Auguste Comte cl la Philosophie j^ositive, p
Aussi M. Liltré ne se fait-il pas faute d'indiquer les parties faibles et les insuffisances du système pour obéir à ce devoir de la critique qui n'est que le droit de la vérité sur nous. Nous ne voulons pas entrer dans le détail de la controverse, mais nous devons au moins signaler ce que M. Litiré retranclie du programme positiviste ou ce qu'il voudrait y ajouter, enfin les parties du système qui ne lui semblent avoir reçu qu'un établissement provisoire. Dans la conclusion de l'ouvrage où il examine l'ensemble de la pliilosophie positive, il y signale trois lacunes essentielles. D abord l'économie politique. 11 ne conçoit pas que dogmatiquement, en divers passages de ses écrits, elle ait été écartée par Comte comme une fausse science. Il établit qu'elle fait partie intégrante de la sociologie et qu'elle ne peut être négligée sans dommage pour toute la théorie de cette science. C'est en effet une des idées chères à la nouvelle école que le corps social reproduit en traits fidèles, bien qu'agrandis, l'image d'un corps vivant. Dans l'organisme social, l'économie politique représente ce qu'est la nutrition dans l'organisme;
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c'en est la partie végétalivc, celle par où il s'en- UeLient journellement. Or il est aisé de démontrer par l'analyse et la comparaison que les fonction^5 supérieures du corps social, celles qui administrent la parlie morale, esthétique, scientifique et qiji conduisent l'évolulion, sont sous la dépendance absolue des fonctions inférieures qui assurent l'entretien matériel de la société, ce qu'on peut appeler l'industrie, tout de même que, dans le corps vivanf, les fonctions supérieures dévolues au sysiérne nerveux sont sous la dépendance des fonctions de nutrition sans lesquelles elles ne peuvent ni exister ni être connues. L'omission de l'économie politique est donc une grave lacune dans la sociologie et aussi un vice grave contre la méthode qui gouverne la hiérarchie des sciences. — Une seconde lacune urgente à combler concerne h théorie cérébrale. L'hypothèse de Gall, adoptée légèrement ou plutôt adaptée avec quelques modifications par Comte à son système, est une conception ruineuse. 11 faut donc se hâter de retirer de l'édifice ces matériaux trompeurs; mais le vide qu'ils laissent est grand. C'est toute
la psychologie biologique à consliluer, tout Terisembledes conditions organiques sous lesquelles se manifeste la pensée. Ainsi comprise, cette théorie appartient à la biologie ; c'est dans l'anatomie qu'elle doit être étudiée, dans la physiologie, dans la zoologie, dans l'évolution des âges, dans la pathologie. Elle n'a encore, il est vrai, au service des savants que des rudiments, étant la plus compliquée et la plus difficile des parties de la biologie ; mais ce qu'on sait vraiment et qui s'accroît tous les jours montre ce que sera un jour cette science, quand elle sera constituée et en marche. — Enfin, l;i plus grave des lacunes est l'omission de la psychologie, non pas la psychologie comme nous l'entendons et comme la défend Stuart Mill contre la condamnation formelle d'Auguste Comte, la psychologie de l'homme individuel, mais la psychologie de l'homme collectif, qu'il appelle « la théorie subjective de l'humanité » et qui comprend, oufre l'étude des conditions formelles de la pensée, la morale et l'esthétique. Ces théories font défaut dans la philosophie positive; elles lui sont pourtant essentielles. Elles sont le complément même de la
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philosophie ; tant qu'elles ne sont pas constituées, une foule de^ notions vraiment philosophiques restent déclassées, sans liaison, sans ensemble. Mais, comme le dit M. Littré dans son langage elliptique et abstrait, « elles n'arrivent qu'à la suite du savoir objectif » ; c'est à Taide de ce savoir qu'on peut examiner, au terme de la carrière parcourue , l'instrument subjectif qui Ta parcourue et conquise ; la théorie du sujet est le complément indispensable de la théorie de l'objet^
Voilà bien des lacunes, et très graves, signalées dans la doctrine d'Auguste Comte; mais, pas plus que lui, son disciple, qui est en même temps son critique, n'est sorti de l'ère préparatoire, Fère des programmes. Un de ces programmes bien remplis aurait mieux servi les véritables intérêts de la science que toutes ces vagues promesses, ces sommaires anticipés du savoir futur ou ces controverses sur Tinsuffisance des sommaires proposés. Entendons-nous bien. Je ne prétends pas que M. Littré n'ait pas laissé des