‹ M. Littré et le positivismeChapitre 34 sur 55 · Revue de philosophie positive, janvier 1880, p · texte numérisé non relu

Revue de philosophie positive, janvier 1880, p

monde; en face de pareilles visions, se dégager complètement n'est pas facile.

Personne, parmi les penseurs plus ou moins direcfement issus du positivisme, n'a plus vaillamment accepté la nécessité de ce concept de l'inconnaissable et des conséquences qu'il implique, personne n'en a plus clairement et résolument dégagé le sens véritable et la porlée que ce vaste et puissant esprit, M. Herbert Spencer. Mais c'est en même temps la destruction logique du positivisme. En voici l'exact résumé : Les arguments à l'aide, desquels on démontre que l'absolu est inconnaissable expriment imparfaitement la vérité; ils l'expriment uniquement sous le côté logique; sous le côté psychologique, c'est différent. Toutes les propositions de ce genre omettent ou plutôt excluent un fait de la plus haute importance. A côté de la conscience définie dont la logique formule les lois, il y a une conscience indéfinie qui ne peut être formulée. Il y a tout un ordre de pensées, réelles quoique indéfinissables, qui sont des affections normales de l'intelligence. On dit que nous ne pouvons connaître l'absolu ; mais dire que nous

ne pouvons le connaître, c'est aftîrmer implicitement qu'il y en a un. Quand nous nions que nous ayons le pouvoir de connaître Tessence de l'absolu, nous en admettons tacitement l'existence, et ce seul fait prouve que l'absolu a été présent à l'esprit, nonpas en taiit que rien ^ mais en tant que quelque chose.,. Un sentiment toujours présent d'existence réelle et substantielle fait la base même de notre intelligence. Le relatif est inconcevable s'il n'est pas en relation avec un absolu réel; autrement ce relatif deviendrait absolu lui-même et acculerait l'argument à une contradiction... En examinant l'opération de la pensée dans ses conditions et dans •ses lois, nous voyons également comment il nous est impossible de nous défaire de la conscience d'une réalité cachée derrière les apparences, et comment de cette impossibilité résulte notre indestructible croyance à cette réalités

Dans ce ferme réalisme opposé à la philosophie dissolvante du phénoménisme universel, dans cette impossibilité de concevoir le relatif

Page 1