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290 LE PRIX DE LA VIE HUMAIiNE

plus de justice et de lumière et que ce surplus de justice et de lumière se répartisse entre des âmes qui ne doivent pas périr, si c'est vraiment à une œuvre éternelle que nous Iravaillons, au progrès de la conscience universelle, à la réalisation de plus en plus étendue et profonde du * monde moral sur la terre, comme inauguration et commencement du règne de Dieu, certes il n'est pas de but plus élevé, plus digne de nos efforts. Mais ici que devient l'œuvre à laquelle on convie tous les hommes d'apporter leur bonne volonté et de se sacrifier même au besoin, s'il le faut? A quel avenir est-elle réservée? A quoi bon nous dévouer ainsi? A quoi bon devenir les ouvriers d'une tâche qui cessera brusquement un jour et dont les résullats, vainement cliers et sacrés, seront brutalement détruits? A quoi bon? C'est le cri lamentable des générations qui savent d'avance qu'elles seront trompées dans leur loinlain espoir et qui, à quelques siècles près, calculent que le trésor de leurs sacrifices périra sans remède. De tous les côtés, il nous arrive des prophéties sinistres. En voici une bien faite assurément pour décourager les efforts de l'humanité : « Déjà,

nous dit-on, la fin du monde apparaît dans un avenir dont la science déchire le voile. Comme les espèces fossiles des diverses époques géologiques, l'homme n'aura fuit que passer sur la terre. Éloignée ou prochaine, une époque viendra sûrement où tout ce qui vit sur la terre retournera avec l'homme à la poussière. La lutte pour l'existence sera terminée. L'éternel repos de la mort régnera sur la terre solitaire. Privé d'atmosphère et de vie comme la lune, son globe désert continuera de tourner autour d'un pâle soleil. L'homme et sa civilisation, ses efforts, ses arts et ses sciences, tout cela aura élé^ » Si ces prophéties sont vraies, si tout périt avec la vie sur notre globe, s'il n'y a pas quelque part une pensée qui se souvienne et des consciences qui aient recueilli le résultat de tant de sacrifices et d'efforts, cette dernière religion du progrès, avec une telle ruine au bout, n'est-elle pas la plus cruelle mystification du pauvre animal humain, que Ton aura inutilement troublé dans son misérable bonheur pour l'agiter à la pour-

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