Littérature et Histoire, préface, p. 3 et suiv
çaise, comme par un regret de Tavoir repoussé en 1863 après un débat fameux, avait saisi l'occasion de l'achèvement du Dictionnaire pour en récompenser l'auteur. Enfin, après avoir clé quelque lemps député, devenu sénateur inamovible, il avait épuisé toute la série des honneurs qu'un homme de science peut réunir sur sa tôle, sans avoir jamais aliéné sa liberté ni à un pouvoir ni à un parti. C'était sa satisfaction intime. Il avait résolu, à un certain moment, c< d'arranger sa vie, c'est-à-dire de ne laisser aucune prise, en renfermant étroitement ses ambitions dans ce qui est accordé soit par l'élection, soil par la faveur publique. » — Il y avait réussi, et, de cette façon, il s'était soustrait aux mauvais vouloirs que suscitaient ses opinions philosophiques et qui auraient été un obstacle insurmonlable dans certaines carrières. Resté ferme dans une attitude d'opposition absolue pendant tout le temps du second empire, il avait pu constater qu'en dehors de ces carrières les intentions de nuire, dans Tordre philosophique et littéraire, demeurent, étant donné notre milieu social, sans aucune efficacité. « On a lancé
contre moi des polémiques qui devaient me confondre ou, si j'étais trop endurci, écarter d'une tête maudite la foule et l'opinion. Qu'est-il arrivé? Mes amis connus et inconnus, en France et hors de France, ont tenu à mépris ces déclamations ou, dans leur dédain, n'en ont même pas pris connaissance... Puisque, en réalité, on ne s'atteint pas, séparé qu'on est par la violence et l'exagération , ne vaudrait-il pas mieux renoncer aux polémiques insultantes et mensongères^? » Souvent discuté avec violence, injurié même, il se consolait, ou plutôt se rendait invulnérable aux attaques par des réflexions du genre de celles-ci : « Les lecteurs des journaux républicains ne lisent point les journaux monarchiques et cléricaux, et réciproquement. La barrière ne se franchit ni d'un côté ni de l'autre ; il en résulte qu'on s'ignore beaucoup. Cela crée une espèce d'entresol où l'on se dit à soi-même maintes choses dont l'unique avantage est de se faire plaisir. Ces choses n'ont ni vérité, ni vraisemblance, ni portée; elles travestissent les