‹ M. & Mme. LhommeChapitre 38 sur 65 · MARGENCY, BLAVIÈRE · texte numérisé non relu

MARGENCY, BLAVIÈRE

BLAVIÈRE. — \ oyons, mon cher comte, ne faites pas l'enfant î \'ous mettrez cet Italien en petits morceaux.

MARGENCY. — Demaudez-moi d'cutrcr dans la fosse aux lions, demandez-moi de traverser l'océan Pacifique à la nage. . . demandez-moi tout. . . mais pas ça... 11 me tuera.

BLAVIÈRE. — Sapristi ! Comment un homme de votre talent ose-t-il dire une chose pareille ! Vous vous êtes battu trente-deux fois. [Ilva pren dre le livre.) Contre Pascal Navar, contre ce pauvre Brécourt... contre Jaime Préval... contre Simon Duvert... sir Julius Wronsdale... le major ïloitner, etc., êtci C'étaient d'autres gaillards

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qu'Ezzano. . . Dites au moins pourquoi vous tiquez sur celui-là... (// s'assied près de Margency.)

MARGENCY, hiimble. — Blavière... j'ai un aveu pénible à vous faire... {Un temps.) Je ne me suis jamais battu...

BLAVIÈRE. — Qu'est-ce que vous me chantez?

MARGENCY. — G'cst la vérité... Je ne me suis jamais battu... pas une fois! Je dis: pas une fois.

BLAVIÈRE. — Allons douc !

MARGENCY. — Ma parolc d'honneur.

BLAVIÈRE. — Et vous ôtcs président du cercle des Hommes d'épée!

MARGENCY. — J'ajoutc quc je ne me suis jamais servi d'un fleuret.

BLAVIÈRE. — Bah !

MARGENCY. — Je suis incapable de distinguer une-deux de batlez-dégagé.

BLAVIÈRE, se levant. — C'est trop fort !

MARGENCY. — H Y ^ liuitaus... je n'étais connu de personne... je débutais... Vous n'ignorez pas les difficultés que l'on éprouve à faire son chemin quand on a du talent !

BLAVIÈRE. — Et même quand on n'en a pas.

MARGENCY. — Pour cutrcr dans un journal, il faut être connu, et pour être connu, il faut être d'un journal. Il n'y a pas à sortir de là! Afin d'attirer l'attention, j'eus l'idée de porter aux jour-

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naux un faux procès-verbal de duel. J'inventai un prince russe, Wladimir Souzoflf; récit de rencontre à Villebon... Je l'avais soi-disant blessé au poignet... Suivaient des noms de témoins. Ça a bien pris... le procès-verbal parut.

BLAViÈRE. — Il faut avoir un rude toupet !

MARGENCY. — J'ai recomuicncé, une fois, deux fois, trois fois... Je me suis fait connaître... sans danger. On ne contrôle pas, vous pensez!...

BLAVIÈRE. — Mais... ce pauvre Brécourt, que vous avez tué !

MARGENCY. — Il n'y a jamais eu de Brécourt. Seulement, j'avais besoin d'une affaire sensationnelle, pour assurer mon crédit; j'ai corsé le drame. Ça se passait soi-disant à la frontière suisse. Allez-y voir !

BLAVIÈRE. — Faut-il que les confrères soient crédules î

MARGENCY. — A la suitc dc cet incident, vous m'avez engagé...

BLAVIÈRE. — Dame ! je croyais, comme tout le monde, que vous étiez un gars à poil... Je vous ai pris à cause de ça. Il me fallait un homme d'attaque.

MARGENCY. — Vous voycz bien que je ne puis me battre avec cet Ezzano. Il m'étendra du premier coup. Ce serait un assassinat. Vous avez eu

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pitié de Don Zéphyr... soyez bon pour moi... laissez-moi me dégager. [Silence.)

BLAviÈRE. — C'est bon... comme il vous plaira... vous êtes libre !

MARGENCY. — Merci... merci!

DLAviÈRE. — Par exemple, je ne serai pas plus longtemps votre dupe. Vous m'avez mystifié. Vous n'êtes pas brave, ni adroit, ni fort aux armes. Dès ce soir, vous cessez d'appartenir au journal.

MARGENCY. — Tant pis !

BLAVIÈRE, méprisant. — Vos témoins vont rentrer. Je vous laisse le soin de leur signifier votre décision. (// va s'asseoir et lit un journal.)

MARGENCY, allant à la fenêtre. — Un homme à la mer! {Silence.) Quelle heure peut-il être? {Silence.) Six heures [Silence.) ou six heures et demie? [Brouhaha dans la coulisse.) Ah \ mon Dieu !... c'est déjà eux?

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