JULIEN, M"'^ JULIETTE
M™® JOLIETTE. — Il est parti ?
JULIEN, accablé, va s'asseoir sur le canapé. — Oui, il est parti.
M'"^ JULIETTE. — Il ne s'est douté de rien ?
JULIEN. — De rien.
M™*' JOLIETTE. — Vous aviez raison. M. Joliette est une bête.
JULIEN, à lui-même. — Est-il si bête?
M™^ JOLIETTE, désignant les meubles. — Tiens ! Ils sont revenus !
JULIEN. — Et devinez qui me les a rapportés
M™*' JOLIETTE. — Mon mari !
JULIEN. — Parfaitement, votre mari.
M'"^ JOLIETTE. — Je le reconnais bien là ! C'est une excellente pensée qu'il a eue.
JULIEN, amer. — Vous trouvez?
M''''' JOLIETTE^ s' asseyant près de lui. — Nous serons mieux. Allons, va-t-il falloir que je fasse les premières avances ?
JULIEN, ironique. — Nous reprenons où nous en sommes restés ?
M"'^ JOLIETTE. — J'espère que vous n'y verrez pas d'inconvénient.
JULIEN, se levant. — Une fois de plus, je constate la clifTérence qu'il y a entre la morale des femmes et celle des hommes !
M*"® JOLIETTE. — Le moment est-il bien choisi pour cette constatation?
JULIEN. — Non... mais... vous n'apercevez pas pourquoi je suis désolé, démonté, navré?
M'"'^ JOLIETTE. — Tout à l'hcure j'apcrccvais. . . Puisque le mobilier est de retour...
JULIEN. — Il s'agit bien de ça ! Parlons net : il m'est désormais interdit de vous aimer.
M"'*' JOLIETTE, surprise. — Hein?
JULIEN. — ^ Que voulez-vous? C'est un cas de conscielice. Je ne peux pas tromper un homme qui me rend mes meubles.
M™*^ JOLIETTE. — Je vous Ics aurais rendus moimême si j'avais su !
JULIEN. — Il n'aurait plus manqué que ça ! Merci... je ne bois pas de cette eau-là ; elle est trop amère...
M"'*^ JOLIETTE. — Vous lie m'aimcz plus !
JULIEN. — Je vous aime... je vous adore... Cependant je suis avant tout un honnête garçon. Je veux bien outrager un homme qui ne m'a rien fait, mais je ne saurais tromper mon bienfaiteur... car il est mon bienfaiteur, le misérable !... (Silence.)
M'"'' JOLiETTE, triste. — Vous êtes plein de délicatesse...
JULIEN. — A quoi me sert-elle? A me rendre malheureux.
M'"*^ JOLIETTE, résignée. — Séparons-nous. Où est mon chapeau ? (Eite va te cherchera droite.)
JULIEN. — Dans le cabinet noir... Ah ! Madame Jolietle... jamais je n'aurais cru que la journée finirait ainsi.
M'"'' JOLIETTE, mettant son chapeau. — Résignons-nous, mon ami. Embrassez-moi une dernière fois, ça ne comptera pas... (// t'embrasse.) Voihi... C'est terminé... Passez moi mon manteau... Bien.
JULIEN, hésitant. — M. Joliette m'a invité à dîner ce soir. Dois-je venir ?
M""*^ JOLIETTE. — En ami? Ça n'a plus grand intérêt. I3ah ! Venez tout de même.
JULIEN. — Au revoir. Madame Joliette. (// ouvre la porte.)
M"^^ JOLIETTE. — Au rcvoir. Monsieur Pusserel. [En sortant, et te croise M"^"" Foin.)