LA MÉTHODE PASTEUR DEVANT LE CONSEIL MUNICIPAL DE PARIS
Au moment où il s'est agi de la création de l'Institut Pasteur, le Conseil municipal de Paris, de même que tous les conseils municipaux et généraux a été mis à contribution par les hommes de l'Ecole normale. Profitant de l'enthousiasme qui avait alors envahi la France, on demandait un terrain dont la valeur dépassait un million.
Le Conseil municipal ne livra pas les cordons de sa bourse sans examiner sérieusement la question. Il a fallu toute la pression administrative et des démarches nombreuses des pastoriens pour vaincre les résistances très légitimes des représentants de la ville qui déclaraient avec raison ne pas être suffisamment édifiés sur la valeur du nouveau traitement.
On a beaucoup exploité dans la presse pastorienne les opinions téméraires émises par les
édiles de Paris à cette époque. Il suffit de relire froidement 'aujourd'hui les discours prononcés pour se rendre compte de leur modération et de leur justesse. M. Joffrin lui-môme est resté dans les mesures des strictes convenances.
Parmi les discours entendus à cette occasion, il en est un qui mérite d'être reproduit ici. Il a été prononcé par M. le H^ Chassaing dans la séance du 19 mars 1886, c'est-à-dire à une époque où aucun journal n'avait osé encore lutter contre l'engouement irréfléchi de la nation. On peut dire que tous les arguments mis en avant par M. Chassaing se sont trouvés justifiés. Notre confrère a été vraiment prophète et, si sa cause n'a pas été gagnée devant le Conseil, il a au moins le mérite d'avoir fait entendre une utile protestation.
Ce n'est du reste qu'avec répugnance que le Conseil a contribué à la création du célèbre Institut. 33 membres seulement sur 60 votants ont accepté la proposition.
Parmi les abstentions ou les votes hostiles se trouvent des noms appartenant à des opinions très diverses, ce qui prouve que la politique était parfaitement étrangère à la question. C'est ainsi que M. Pasteur s'est trouvé combattu par MM. Chassaing, Réty, Dufaure, Gamart, et sou-
lenu par MM. Vaillant et Alphonse Humbert, anciens membres de la Commune.
Nous reproduisons une partie de la remarquable argumentation de M. Chassaing. Elle mérite d'être lue avec attention.