LA MÉTHODE A LA FACULTÉ DE MÉDE- CINE. M. LE PROFESSEUR PETER
Malgré l'anathème lancé par les Pastoriens contre tous ceux qui se permettaient quelques objections sur la nouvelle méthode ; malgré l'admiration imposée par les régions officielles et la connivence de M. le professeur Grancher qui avait accepté, à l'Ecole normale, le rôle indigne et inutile de porte-seringue, il s'est trouvé un professeur indépendant pour faire entendre sa voix autorisée en faveur du bon sens et de la clinique.
C'est M. le professeur Peter que ses importants travaux placent au premier rang des cliniciens, qui a vengé Thonneur médical et la science française. Dans une remarquable leçon d'ouverture professée à l'hôpital Necker, Féminent praticien s'est exprimé d'une façon sévère sur l'abus que fait l'école moderne des théories microbiennes. Nous reproduisons une partie de cette intéressante leçon. Nous verrons plus loin que M. Peter
s'est prononcé à la tribune de l'Académie de médecine où il a apporté des faits écrasants pour la méthode pastorienne.
« Actuellement, la pathologie tout entière semble dominée par la pathogénie et celle-ci par la bactériologie! Bactérie ici, bactérie là, bactérie partout ! Chaque jour vient apprendre au public médical, stupéfait, que telle maladie après telle autre est manifestement parasitaire ; que la pneumonie l'est comme le rhumatisme et celuici, comme le charbon ; qu'il est des bactéries à tout faire ; des bactéries capsulées de la salive, qui font le bien dans la bouche et le mal dans les poumons, où elles fabriquent la pneumonie (il y a erreur de lieu) ; des bactéries qui font l'hyperthermie de la fièvre typhoïde et des bactéries qui font Talgidité du choléra ; des bactéries qui soufflent le chaud et des bactéries qui soufflent le froid ! !
Il y en a trop ! c'est un débordement.
Cette pathogénic, à tout prendre, pourrait être considérée comme une gymnastique intellectuelle, salutaire au cerveau, mais le médecin est nécessairement « utilitaire »,car, se trouvant toujours en présence du mal, il n'y saurait rester indifférent. Il cherche à appliquer, à utiliser, si possible, toute notion scientifique nouvelle.
On a donc cherché à tirer un parti thérapeuti-
que des doctrines parasitaires et c'est justice de reconnaître que les parasitistes sont tombés dans la même erreur que les organiciens. Pour ceux-ci, la maladie était la lésion ; pour ceux-là, la maladie, c'est le « microbe ». Pour eux, la pneumonie n'est plus l'inflammation du poumon, mais, ce qui n'est pas plus exact, c'est la maladie du microbe pneumonique ; la dothiénentérie n'est plus la lésion des plaques de Peyer, mais, avec tout autant d'inexactitude, la maladie du microbe dothiénentérique. Et voilà mes parasitistes qui retournent à l'unicité par la généralisation (ils décrivent un circulus en sens inverse), et ils proposent de combattre le microbe ennemi par une médication univoque.
Les uns, considérant que, dans la dothiénentérie, c'est le microbe qui fait la fermentation et la fermentation qui fait l'hyperthermie, conseillent de refroidir le malade pour refroidir le microbe et empêcher ainsi sa malfaisance fermentescible. C'est le traitement de la fièvre typhoïde par les bains froids.
On sait ce qui est advenu en France de celte médication exotique, à la suite d'une polémique à laquelle je n'ai pas été étranger.
Mais celte médication systématique a eu ce résultat bienfaisant de nous apprivoiser à l'usage de l'eau froide, dans certains cas bien
déterminés de fièvre typhoïde. Voilà ce qui nous est resté de la doctrine exclusive de Brand. Et c'est là qu'est le progrès^ lequel n'est autre qu'une série d'additions partielles et successives au fond traditionnel.
D'autres, à propos de la pneumonie et toujours pour mettre à mal le microbe morbifère, ont conseillé les injections dans le poumon^ sans songer à ce qu'il y a d'irrationnel dans une semblable médication, puisque, par hypothèse, les pneumocoques étant des parasites, les parasites étant d'essence repullulante, il suffirait que dix, que deux, qu'un seul pneumocoque ne fût pas touché par l'injection pour que la maladie persistât par la repullulation du ou des microcoques survivants. On ne peut que répéter, à propos d'une semblable médication, quecequ'en ont dit avec candeur ceux qui l'ont pratiquée. Il n'y a pas eu d'accidents. Les malades ont souvent plus de résistance qu'on ne croit.
Une troisième tentative thérapeutique, directement inspirée par l'observation parasitiste, est celle de Koch, lequel, remarquant que son bacille-virgule du choléra cesse de se reproduire dans un milieu qui n'est pas humide, a eu l'idée de le faire mourir de soif et n'a pas hésité (la chose est historique) à conseiller aux malheii-
reux xMarseillais décimés par le choléra, de cesser d'arroser les rues de Marseille.
D'autres encore, pour faire pendant à l'antisepsie chirurgicale, ont imaginé V antisepsie médicale ; idée généreuse, mais chimérique, car l'antisepsie chirurgicale repose sur cette notion, que le blessé est un individu sain, mais porteur d'une plaie. Or, cette plaie peut, par hypothèse, donner entrée à ce qu'on appelle les germes de l'air, et ces germes de l'air peuvent, entrés, infecter l'organisme. Il importe donc de s'opposer à la pénétration de ces germes ou de les détruire afin d'empêcher cet organisme sain de devenir malade : telle serait la tâche du chirurgien. Mais, pour le médecin, la situation est toute autre; il est, lui, non pas en présence d'un organisme sain, mais d'un organisme déjà malade. Quand il est appelé et qu'il invervient, cet organisme est déjà infecté : par hypothèse, le microbe est déjà dans la place ; il n'a plus à lui en défendre l'entrée, son rôle n'est plus que de l'en faire sortir. Je n'ai pas à insister davantage pour démontrer le chimérique de l'antisepsie médicale, dont les résultats d'ailleurs sont loin d'être encourageants.
Les inoculations antirabiques ne sont ni moins généreuses ni moins chimériques : irra-
tionnelles en priacipe, elles ont été inefficaces en
réalité.
Irrationnelles, puisqu'elles ont la prétention, contraire aux faits, d'empêcher l'éclosion d'une maladie en incubation et qui tient l'organisme en sa puissance : la vaccine n'a pas ce pouvoir sur la variole incubante ; et l'on voit dans l'organisme contaminé par la variole, qu'on veut entraver par la vaccination, variole et vaccine apparaître à leur jour et simultanément évoluer.
Inefficaces ces inoculations, dites antirabiques, qui, après avoir été annoncées, avec l'éclat que vous savez, échouent aujourd'hui lamentablement. La France ayant eu dans l'année qui vient de s'écouler une mortalité, par la rage, égale à la moyenne des années précédentes", c'est-à-dire, 30 cas, dont 14 morts enragés, après les inoculations, se disant préservatrices, et 16 morts enragés, sans ces inoculations.
Vous voyez ce que la médecine vraiment scientifique et le public y ont gagné ! o