‹ M. Pasteur et la rage, Exposé de la méthode Pasteur - fréquence de la rage - insuccès du nouveau traitement - la rage du chien et du loup - statistiques complètes, etcChapitre 64 sur 104 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

LA STATISTIQUE.- COMMENT M. PASTEUR TRAITE LES CHIFFRES ET ARRIVE A UN CHIFFRE PRODIGIEUX DE GUÉRISONS.

M. Pasteur, qui traite l'arithmétique en grand seigneur, a fait dire, le 10 octobre 1886, à la Sorbonne par son lieutenant Chautemps que la mortalité par rage, en France, pendant les sept dernières années de l'Empire, donnait une moyenne annuelle de 51 décès, chiffre qu'il s'est permis d'élever, en dépit des statistiques officielles, jusqu'à 76, sous prétexte qu'un tiers des départe ■ ments français n'avaient pas signalé de cas de rage durant cette période.

Or, en nous basant sur ces mêmes statistiques des sept dernières années de l'empire, savoir: 1864, 6Q décès ; 1865, 48 ; 1866, 64; 1867, 57 ; 1868 56 ; 1869, 36, et 1870, 6, nous dégageons une moyenne annuelle de 47 décès 7 dixièmes, et non de 51.

Il convient de faire remarquer que, sauf la der-

nière année, M. Pasteur a choisi de préférence les années fournissant les chiffres les plus élevés, alors qu'il invoquait un tableau dressé de 1850 à 1872, d'après les indications officielles du comité consultatif d'hygiène de France, par M. le docteur Brouardel, dans son Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales (S^ série, vol. 2, page 192).

Voici ce tableau :

1850 27 décès 1858 17 décès 1800 04 décès

D'après les chiffres qui précèdent, la moyenne annuelle des décès par rage est donc de 30, selon l'arithmétique, et non de 76, comme le prétendent ceux qui jonglent avec les chiffres.

On a essayé d'établir, à l'aide de déductions plus habiles que sincères, que la rage eût du faire, cette année, en France, 155 victimes au lieu de 10, la nouvelle méthode en ayant sauvé, nous dit-on, 145.

Les statistiques officielles qu'on vient de lire,

établissant que la rage n'a jamais fait en France 155 victimes en une année 'v^le chiffre le plus élevé ne dépassant pas 60 décès), infligent à cette prétention un démenti formel.

Nous avons déjà traité, dans un chapitre précédent, la question de la fréquence de larago.

Il nous paraît utile de placer de nouveau sous les yeux de nos lecteurs l'opinion des hommes compétents pour répondre aux assertions des pastoriens depuis l'impression de la première partie de ce livre.

Voici ce que disait M. Leblanc, vétérinaire, membre de l'Académie de médecine:

ï La rage, quoique étant une cause presque infaillible et épouvantable de mort, est infmiment moins fréquente que beaucoup d'autres causes dont le résultat est le même. D'après M. Vernois, la moyenne des cas de rage chez l'homme pour toute la France, a été de 17.08 pour 100 ; et selon M. Tardieu, de 20 à 24,3 pour 100 ; les coups de pieds de cheval eux seuls, par exemple, occasionnent une bien plus grande mortalité.»

En ce qui concerne la mortalité par la rage, Bouley, qui était un des plus fervents défenseurs de la méthode Pastorienne, s'exprimait ainsi :

a En voyant combien les cas de rage sont rares

sur l'espèce humaine relativement au nombre des animaux de l'espèce canine qui, chaque année, sont atteints de cette maladie, nous inclinons à penser que la proportion établie par Hunter est celle qui se rapproche le plus de la réalité : 5 pour 100 seulement des personnes mordues seraient vouées à la rage.»

On comprend facilement l'intérêt qu'ont au jourd hui les Pastoriens à exagérer la fréquence de la rage, l'année 1886 qui vient de s'écouler ayant donné une mortalité par la rage de beaucoup supérieure à celle des années précédentes.

Comment il est mort en 1886, 46 personnes de la rage alors qu'il n'en devait mourir que 25 ou 30 d'après les slatistiques des années antérieures ; où donc sont les avantages de votre méthode ?

Dans la séance du 18 janvier 1887 (Académie de médecine), M. Brouardel contestait ce chiffre de 30 par an qu'il avait lui-même donné dans son article i?r/^e, du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales.

La meilleure réponse à opposer à M. Brouardel et aux Pastoriens qui cherchent à s'illusionner sur la fréquence de la rage en France est le passage suivant de Tardieu qui est extrait d'un

rapport officiel que ce grand hygiéniste a présenté au ministre en 1863.

«... Ce cliiffre(24 à 25, s'il n'est pas l'expression absolue de la vérité, n'en est pas certainement très éloigné : car grâce à la stimulation incessante de l'administration supérieure, grâce au concours des autorités locales et des conseils d'hygiène d'arrondissement, on est arrivé à obtenir des réponses à l'enquête presque dans la totalité des départements. Je maintiens donc par toutes ces raisons ce chiffre de 25 cas de rage comme représentant très approximativement les faits de transmission qui se produisent chaque année en moyenne dans toute la France, chiffre encore trop considérable, à coup sûr, mais qu'il est consolant de pouvoir opposer à ce nombre de victimes six ou huit fois plus grand, dont il ne

DOIT PLUS ÊTRE PERMIS d'EFFRAYER LES ESPRITS.

MM. les pastoriens ont trouvé là un juge sévère. En exagérant la fréquence de la rage, ils ont simplement pour but ô.'eff'rayer les es- /inïs et d'augmenter la peur qu'engendre cette maladie afin de faire croire à la valeur de leur méthode miraculeuse de traitement.

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