COMMENT M. PASTEUR PRÉSENTE LA STATISTIQUE
Voici comment un écrivain distingué, collaborateur du Journal de médecine de Paris, a commenté les récentes statistiques fournies par M. Vulpian, au nom de M. Pasteur, à l'Académie des Sciences et à l'Académie de Médecine.
Comment un homme de la valeur de monsieur Vulpian peut-il soutenir l'argument suivant qu'il emploie à la défense de la méthode Pasteur ?
« Il est mort dans une année 16 individus enragés, non inoculés préventivement : les statistiques antérieures donnaient une moyenne de 16 décès pour 100 mordus par des chiens enragés, il y a donc eu en France, dans l'année qui vient de s'écouler, 100 individus mordus par des chiens enragés et qui ne se sont pas fait inoculer I »
Jusqu'ici rien de mieux et rien de plus limpide mais après, quel brouillard et par conséquent quelle chute !
« Par contre, le laboratoire a inoculé 1726 mordus et n'a eu que 12 décès au lieu de 276 que ce chiffre de 1726 aurait dû produire ; donc, par le procédé Pasteur, la mortalité est abaissée à 0,93 "IJBull. de VAcad. n' 3, page 105, 1887).
Est-il un raisonnement plus faux ? et ne doiton pas dire au contraire :
« Il est mort cette année 30 personnes de la rage ; c'est la moyenne normale. »
Or cette moyenne s'appuyant sur le chiffre de 16 décès de rage pour 100 mordus faisait supposer pour les années antérieures 200 individus environ mordus par année et pas six de plus.
Pourquoi, cette année, transfigurer ce chiffre de 200 et accepter de gaité de cœur que la somme totale annuelle de 200 mordus par an qui a paru rationnelle pour une statistique de 20 ans sesoit élevée d'un bond à 1826 ?
Nous savons bien qu'on vient nous dire d'autre part que le chiffre de 30 décès par an pour la rage est approximatif, qu'un tiers des départements n'a pas répondu à l'enquête et que,, par conséquent, il doit être, non, il est trop faible : soit. En ce cas il est permis de supposer que ce tiers du territoire de la République n'était ou n'est pas plus mal partagé que les deux autres ; il y a même des esprits mal faits qui, s'appuyant sur les exemples de Gonstantinople et d'autres lieux, prétendraient au contraire que ce tiers était peut-être mieux partagé et que pour cette raison l'enquête n'a pas eu sa réponse, mais nous ne sommes pas de ces esprits-là et nous mettons au passif de ces départements heureux
ou négligents le tiers qu'aurait dû représenter
sa mortalité par cas de rage, ci 15
Mortalité déclarée d'autre part 30
Total.... 45
C'est bien loin du chiffre supposé par M. Vulpian.
Mais on vient nous dire encore: « Ce chiffre est inférieur à la vérité parce qu il y a un grand nombre de décès rabiques cachés par un autre diagnostic, intentionnellement ou non. »
Nous croyons que c'était maintenant que cela pouvait se dire : mais enfin soyons coulants et quelque peu de créance que nous ayons dans ce raisonnement, car il n'y a pas de maladie inspirant tout à la fois plus de pitié et d'horreur, plus terrible, plus frappante et par conséquent moins ignorée dans ses résultats apparents que la rage, admettons pour un instant que la moitié des décès demeure inconnue: Nous n'en croyons rien, mais c'est pour faire plaisir à nos adversaires.
Nous voilà donc en face de '^ fois 45, soit 90 décès annuels par rage : la proportion des décès pour cent n'a pas changé, elle est la même ou à peu près dans tous les pays qui ont fait les mêmes recherches ; cela suppose donc 563 mordus.
Voilà, nous l'espérons, une concession suffîsan-
te, et si, sur ce chiffre-là, la statistique de la rue d'Ulm avait trouvé 1 décès %, exactement 0,93 % , comme, à tout prendre, il peut s'approcher de la vérité, nous aurions été les premiers à crier victoire.
Mais nous sommes loin de compte. On vient nous dire : « Ce n'est pas 30 décès qu'il y avait par année, on a mis ce chiffre dans les dictionnaires, c'est vrai, mais les dictionnaires, qu'est-ce que ça prouve, si ce n'est que les éditeurs gagnent beaucoup d'argent, ce n'est même pas 90, c'est 276 décès qu'il aurait dû y avoir cette année !..., plus 16 enragés de mauvais caractère qui sont morts dans Timpénilence finale sans recevoir les secours de la nouvelle religion : total 292 décès qui doivent avoir eu lieu antérieurement ou qui auraient dû avoir lieu cette année ; et cela parce qu'il y a eu 100 mordus de votre côté et 1726 du nôtre, autrement dit 1826 mordus.
Nous déclarons bien humblement ne pas être en état de suivre de pareils raisonnements. Le moyen de croire, en effet, qu'un chiffre puisse être diminué ou faussé par l'erreur de la statistique de 9 fois sa valeur ! 11 ny a qu'une coquille qui puisse donner un semblable résultat. Que dans une épidémie de choléra ou autre, même à l'heure actuelle et malgré les moyens perfectionnés que nous avons, il se commette des erreurs,
que quelques centaines puissent être marquées en plus ou en moins, c'est admissible ; il s'agit là de chiffres imposants et se marquant par milliers oudizainede mille, mais, pour unemaladie si terrifiante, si connue dans la plupart de ses phénomènes extérieurs, que, du chiffre de 30 décès qu'une enquête minutieuse a enregistrés et que nous portons à 90 par une hypothèse aussi large que gracieuse, on saute à 292 décès, pour un lapin c'est peut-être facile, mais pour nous, nos jarrets s'y refusent.
Le goût des chiens, heureusement pour le fisc, s'est très répandu, c'est vrai, les petites dames promènent une meute de gros chiens, les hommes grands en ont de tout petits, mais cela suffit- il à prouver, à faire supposer môme, que malgré l'abandon dans lequel les ordonnances de Police ont été laissées, nous voulons dire malgré l'absence des muselières, le nombre des mordus et par conséquent le nombre des chiens enragés ait pu augmenter dans une proportion aussi notable ? Non, évidemment. Nous disons ceci avec d'autant plus de conviction que nous sommes loin, bien loin même, de critiquer la méthode en elle-même. Nous voudrions la voir plus parfaite, voilà tout. Les essais tentés par Monsieur Pasteur sur les chiens sont assez encourageants pour que son institut continue ses
recherches de ce côté. Les expériences qu'a produites bien involontairement la recherche de la pierre philosophale ont fait progresser la^chimie beaucoup plus que n'aurait pu le faire cette découverte impossible.
Cherchez donc, messieurs les physiologistes, et vous trouverez peut-être; mais en attendant que vous ayez résolu ce merveilleux problème, ne vous hâtez par trop de nous comparer à des chiens, il n'y a pas que des chrétiens en ce monde et vous n'êtes pas musulmans. En attendant, et si A^ous êtes mordus, entrez toujours chez un serrurier, chez un maréchal-ferrant, chez un charron, faites rougir à blanc un clou bien pointu et faites-vous cautériser profondément si vous ne pouvez vous cautériser vous-mêmes.
Vous avez, sans ce moyen, cinq chances sur six en votre faveur : après la cautérisation vous en aurez un peu plus, mais pas beaucoup, car, dans l'état actuel de la science, si on admet qu'un virus inoculé préventivement puisse préserver d'un autre virus (exemple unique chez l'homme, la Vaccins pour la Variole) rien, absolument rien, n'a jamais laissé supposer que la marche d'un virus inoculé put être enrayée par quoi que ce fût.
Les cautérisations les plus énergiques, l'excision même du chancre ont-elles jamais empêché
le développement de la Syphilis ? la Vaccine a-telle jamais modifié l'évolution varioliqae en incubation? chacun sait bien que non et quelquesuns ont même été jusqu'à dire que la variole en était exaltée*
Si la syphilis doit être mise à part à cause de la longueur de son incubation, à cause surtout de l'absence absolue de phénomènes précédant l'apparition du chancre, condition qui, comme dans la rage, rend impossible de savoir si on est ou non infecté, les autres termes de comparaison sont exacts et, nous le répétons, les précautions qui pour cette maladie sont à la disposition de la science n'offrent qu'un bien faible secours étant surtout donné la difficulté de leur emploi immédiat.
Pourquoi donc, dira-t-on, refuser aux cautérisations une réelle valeur et comment expliquez-vous sans cela le chiffre en somme minime de 16 décès pour cent mordus.
Nous ne refusons pas aux cautérisations un certain bénéfice, et la preuve, c'est que nous y aurions recours, mais au plus vite encore, si jamais un caniche prenait notre mollet pour un gigot, mais nous n'en restons pas moins convaincus que les cautérisations sauvent peu de monde et que, s'il y a 16 malheureux qui meurent sur cent qui ont été mordus, c'est qu'il n'y a
que 16 enragés, que 16 intoxiqués si vous l'aimez mieux. — Et les autres ? — Les autres, ils n'étaient pas inoculés ou ils étaient réfractaires, voilà tout ? Qu'a cela d'extraordinaire ? Est-ce qu'on ne sait pas qu'il y a des gens réfractaires à la variole, à la scarlatine, à la syphilis même, quoique ce soit moins net pour cette dernière affection étant donnée maintenant la question d'hérédité qui explique bien des mystères. Et pais, d'ailleurs, j'espère bien que vous ne croyez pas aux remèdes des sorciers, des empiriques quelconques qui, depuis que la rage existe^ ont inondé la terre et encombré les bureaux académiques de leurs panacées.
Il n'y a pas une province du monde où un charlatan n'ait préconisé un antidote infaillible contre la rage ; vous ne croyez pas davantage, je l'espère pour vous, aux miracles ? eh bien, si vous n'admettez pas qu'il y ait des natures, des organismes réfractantes à la rage, vous êtes obhgés de croire « toutes les bourdes que je pourrais vous énumérer et dont vous me faites grâce, n'est-ce pas! Car, il n'y a pas à dire, dans chaque pays on vous citera des guérisons authentiques par le remède de M. un tel, de Mlle une telle ou de tel berger ; on vous citera des guérisons encore bien plus nombreuses par l'effet de telle chapelle, de telle eau miraculeuse et
pour ne citer qu'un seul endroit parmi ceux-ci, il y a pas mal de siècles que le pèlerinage de Saint- Hubert a la réputation de guérir de la rage; la rue d'Ulm lui fait bien du tort en ce moment. Or, qu'est-ce que c'est que toutes ces guérisons? Ce sont des individus qui étaient bel et bien mordus, mais qui n'étaient pas enragés, qui étaient réfractaires ou à l'abri et qui ont guéri parce qu'ils n'avaient pas la rage quoique mordus par des chiens enragés. Et ne croyez pas que je plaisante en disant cela ; la masse du public est bien stupide, mais si une apparence de raison ne venait pas flatter ses erreurs, elle aurait bientôt fait de jeter aux orties ses croyances irréfléchies et ses superstitions.
in. COMMENT ON AUGMENTE LE NOMBRE DES GUÉRISONS FICTIVES.
Nous avons déjà démontré au chapitre IV que la grande majorité des personnes qui ont été inoculées à l'Ecole normale n'étaient ni enragées, ni menacées de l'être. Les faits que nous avons pubUés sont démonstratifs.
Depuis que ce chapitre IV est imprimé de nombreux faits nouveaux sont venus à l'appui de noti/e assertion.
La lettre suivante que M. le secrétaire perpétuel communique à l'Académie de médecine
émane du docteur Prince de Grodno et est relative aux prétendues guérisons de la rage par M. Pasteur. (Séance du 4 janvier 1887.)
« Au mois d'août dernier, par ordre du gouvernement russe, M. le D"" Cywinski a conduit à Paris, chez M. Pasteur, dix soldats de Wilna mordus par un chien soi-disant enragé. A tous ces militaires, M. Pasteur a conseillé des inoculations antirabiques ; douze jours après, les voyageurs retournèrent à Wilna ; mais grand fut leur étonnement de trouver à leur retour le chien qui passait pour enragé en parfaite santé qu'il a conservée jusqu'à aujourd'hui (10/22 décembre). De cette manière les braves militaires ont eu l'agréable plaisir de voir gratis la belle ville de Paris.
«c Le chien en question appartient au Régiment et a été soupçonné de rage pour avoir légèrement mordu ces soldats qui l'agaçaient. Or, les soldats vinrent dire à leur chef qu'ils étaient blessés par ce chien enragé. Etait-ce là leur croyance ou simplement l'envie de voyager ? Ordre fut immédiatement donné au D"" Cywinski de les conduire auprès de M. Pasteur.
» Les soldats mordus n'ont pas été examinés avant leur départ pour la France (1). »
(1) Ce fait a été, il est vrai, contesté par le gouverneur.
Le D"" Garcia Sola, professeur à l'Université de Grenade a publié l'article suivant, très modéré dans la forme, dans la Gaceta Media Calabona (31 octobre).
Comme, en ce qui concerne la rage, on ne connaît pas encore aujourd'hui d'une façon certaiue, malgré toutes les recherches, le micro-organisme pathogène, le D"" {jarcia Sola estime qu'il ne s'agit pour le moment que d'examiner les résultats empiriques des inoculations de moelle faites par Pasteur, et il vient juger les garanties qu'offrent les statistiques du grand chimiste au point de vue de cette question : les Individus donnés comme s-auvés par les inoculations avaient-ils réellement la rage en incubation ? Sa critique présente des points de contact remarquables avec les judicieux arguments développés à ce sujet par M. Colin (d'Alfort) devant l'Académie de Médecine (Voyez le chapitre IX, page 149\ On en pourra juger par l'énoncé des conditions qu'il requiert pour qu'on puisse admettre la réalité de l'incubation rabique chez l'homme mordu. Ce sont les quatre conditions fondamentales suivantes :
1" Que le sujet soit mordu par un animal (loup, vache, chien, renard, chat) qui soit atteint d'hydrophobie rabique.
2° Que les morsures portent sur un endroit découvert (visage, cou, mains) ou qu'elles aient lieu de telle manière qu'elles déterminent la fixation du virus sur la surface cruente ; il ne faut pas par exemple que le virus soit resté attaché aux vêtements ou ait été entraîné au dehors de la plaie..
3" Que le sujet n'ait pas d'immunité qui l'empêche de contracter cette maladie.'
4° Qu'il n'ait été employé immédiatement après l'inoculation aucun des moyens qui sont capables d'en annuler les-effets comme la cautérisation ou l'extirpation de la partie mordue.
Pour ce qui regarde les preuves répondant à la première condition, il n'accorde, comme M. Cohn, qu'une valeur tout à fait insignifiante à l'autopsie, et il cite le fait suivant, qui montre bien qu'on ne saurait se fier pour tous les cas aux renseignements recueillis :
a Dans la soirée du 11 mai dernier, dit-il, une sentinelle de la garnison de Grenade, soldat des chasseurs de Cuba, fut mordue d'abord à la jambe, ensuite au poignet et à l'avant-bras par un petit chien que le blessé jugea enragé, en raison de l'absence de motif à son attaque et de sa persistance dans ses morsures. Très affecté, le soldat demanda au caporal à être relevé et fut
mené à l'hôpital militaire, où on le traita par les moyens appropriés pour éviter les effets possibles d'une inocnlation rabique. Quelques moments après l'accident le chien fut tué par d'autres soldats de la même garde ; M. Dimas Martin vétérinaire militaire, ayant fait son autopsie' me remit les centres nerveux de l'animal pour les examiner dans le laboratoire d'histologie dont j'ai la directionà la Faculté de Médecine, et le gouverneur militaire de la place m invita à déclarer si le chien était ou non atteint de la
rage .
. Pour m'acquitter de cette recherche, je considérai comme très secondaire l'investigation macroscopique et microscopique des pièces remises, car, contrairement à l'aifirmation de Gowers. des lésions caractéristiques de la rage manquent dans tous les débris de l'animal qui en a souffert. Je me bornai donc a faire durcir dans la solution d'acide chromi que un petit fragment du lobule frontal gauche au niveau d'un point qui me parut un peu congestionné ; et je n'observai, après le durcissement obtenu, pas même de traces d'encéphalite dans les diverses coupes que je pratiquai. En revanche, je disposais d'un matériel irréprochable pour pratiquer les inoculations expérimentales, puisque la protubérance et le bulbe
du chien sont les points organiques où la virulence rabique est la plus grande. Je préparai en conséquence, pour l'expérimentation , deux lapins un adulte de plus d'un an., et un autre jeune de 4 mois, et je procédai à leur inoculation dans la forme suivante. Après avoir cautérisé la surface du bulbe rachidien, au moyen d'une baguette de verre chauîfée que je passai dessus, détruisant ainsi les germes atmosphériques qui auraient pu se déposer sur cette surface, je séparai avec des ciseaux courbes, venant d'être rougis, une portion de la substance du bulbe, que je diluai, après broiement, dans de l'eau bien stérilisée, et je fis avec cela une bouillie très diffluente, propre à l'inoculation. Je séparai par une incision cruciale les parties molles extracrâniennes correspondantes à la région frontopariétale gauche du plus âgé des lapins, puis je fis marcher la petite scie du trépan .-j'obtins une rondelle osseuse de 5 millimètres de diamètre, dont l'ablation me mit à découvert ladure-mère, intacte. Je pratiquai l'inoculation de la bouillie au-dessous de cette membrane, je lavai aussitôt le fond de la plaie avec une solution phéniquée faible et suturai ensuite les quatre lambeaux triangulaires des parties molles. Le lapin qui, sans avoir été chloroformé, s'était fort peu agité pendant l'opération, se montra gai dès qu'on le
mit par terre, poursuivant son repas avec la plus grande vivacité. Chez l'autre lapin je fis deux injections sous-cutanées, dans les flancs, avec la ménle dilution du bulbe du chien. 24 heures après l'inoculation, les animaux présentaient seulement comme phénomène anormal une hyperthermie de 2 degrés. Cette température avait baissé de 1 degré au bout des 48 heures, et elle était redevenue physiologique le quatrième jour après l'inoculation. Pendant ce temps, de même queles jours suivants, jusqu'au terme d'un mois plein après les inoculations, les deux lapins restèrent en parfaite intégrité physiologique, étant vivaces et gais, buvant de l'eau bien que mangeant un aliment juteux (laitue), et témoignant qu'ils conservaient intacte la motilité des extrémités postérieures, dans lesquelles s'accentue tant la paralysie (forme médullaire) chez ces animaux, quand ils sont atteints de la rage. Au reste, le processus de réparation du traumatisme chez le lapin trépané marcha avec la rapidité avec laquelle nous surprend toujours cet animal en pareil cas. Considérant donc que le terme moyen de l'incubation de la rage transmise au lapin par injection sous-cutanée de bulbe rabique, etsurtout par inoculation sous-arachoïdienne, oscille entre 7 et 18 jours, je jugeai achevée, au bout des 30 jours, l'observation des deux la-
pins et, ceux-ci se trouvant en parfait état pliysiologique, je conclus, en déduisant que le ctiien en question n'était pas atteint de l'tiydro phobie rabique.
« Mais, pendant que je tenais en observation les animaux inoculés, l'autorité militaire me pressait pour me faire prononcer à la hâte, car elle désirait vivement envoyer à Paris le pauvre soldat, au cas où le résultat de mon investigation eût été affirmatif. Je répondis que, jusqu'à ce qu'il se fût écoulé au moins 17 jours depuis l'inoculation aux lapins, je ne pouvais donner aucune réponse catégorique. De cette lutte, d'une part entre le très légitime désir des chefs du soldat, qui souhaitaient vivement qu'on ne perdit pas de temps, et d'autre part, le non moins justifié délai imposé par moi jusqu'à ce que j'eusse vu le terme de la période d'incubation chez les animaux qui étaient l'objet de mes expériences, il résultat que, ne croyant pas opportun d'attendre davantage, l'autorité militaire envoya à Paris, le soldat mordu, pour qu'il s'y soumît aux inoculations de Pasteur. Ce départ s'effectua 12 jours après que les morsures avaient été reçues et 11 jours après que j'avais inoculé les lapins, de manière que le soldat était déjà àParis, quand, le 29 mai, je certifiai la non-virulence des morsures. »
t De la précédente observation il ressort que. ce prétendu malade ayant été traité par M. Pasteur et la rage n'ayant pas fait son apparition chez lui, on inscrira ce cas, parmi ceux favorables aux inoculations curatives.Tel est le vice de la statistique que je me propose de signaler ; et l'on peut tant généraliser cette objection que je n'hésite pas à affirmer que le fait qui vient d'être rapporté se grossirait de beaucoup d'analogues, si dans tous les cas d'Espagnols adressés à Pasteur, on avait fait la même investigation que j'ai accomplie au sujet de l'unique qui est allé de Grenade à Paris (1). m
On ne saurait fournir un fait plus probant à l'appui de l'assertion que nous avons émise dès le début : t On inocule chez M. Pasteur tout individu qui doit avoir été mordu par un chien sans qu'il existe aucune preuve que ce chien soit enragé.
(1) Ce fait est emprunté à la Revue internationale des Sciences médicales que M. le D^ Martel dirige avec autant de talent que d'indépendance.