‹ M. Pasteur et la rage, Exposé de la méthode Pasteur - fréquence de la rage - insuccès du nouveau traitement - la rage du chien et du loup - statistiques complètes, etcChapitre 66 sur 104 · CHAPITRE XXII LA NOUVELLE MÉTHODE INTENSIVE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII LA NOUVELLE MÉTHODE INTENSIVE

Nous avons exposé, avec la plus grande impartialité, dans les premiers chapitres de cet ouvrage, la méthode Pasteur, première manière.

Nous avons vu que le Maître, se basant du reste sur la fantaisie la plus pure, inoculait aux individus qui se rendaient dans son laboratoire sur la foi des réclames, un virus moelleux dont on augmentait chaque jour l'intensité.

On devait ainsi s'opposer à l'action du poison introduit primitivement dans l'économie par la morsure de l'animal.

C'était en médecine l'application renversée du fameux similia similibus des homœopathes.

Vous avez absorbé un poison : pour vous guéfrir, on vous faisait absorber une dose centuple de ce môme poison. C'est ainsi qu'on pratiquait la logique dans le laboratoire de l'Ecole normale.

Mais hélas ! La méthode Pasteur, /)7'emiè7'e manière, que M. Vulpian avait déclarée infail-

ijBLE (1), a été promptement jugée. Tous ceux qui venaient au laboratoire et qui étaient vraiment atteints de la rage, mouraient après la durée ordinaire de l'incubation.

Un grand nombre d'étrangers, notamment les Russes, les Roumains et les Hollandais, qu'on avait déclaré PARFAITEMENT guéris ont succombé dans nos hôpitaux. Les Français payaient malheureusement le tribu à la maladie comme auparavant. C'était une véritable catastrophe.

Cette catastrophe était à prévoir. Irrationnelle et antimédicale en principe, la méthode pastorie^me devait être inefficace, sinon funeste en réalité. Irrationnelle, puisqu'elle supposait, que dans un organisme infecté déjà par une maladie virulente en incubation, l'inoculation d'une maladie virulente ou identique mais atténuée, pouvait empêcher l'éclosion de la maladie incubante : la variole étant là pour démontrer que, dans un organisme en puissance de cette maladie, l'inoculation de la vaccine n'entrave point l'apparition de la variole, les deux maladies infectieuses, variole et vaccine, se développent simultanément.

(l) A l'Académie des Sciences, séance du 12 avril, M. Vulpian, ex-doyen de la Faculté de Médecine^ a prononce ces paroles : « La métliode Pasteur empêche A COUP SUR le développement de la rage » !!!

Maintenant, que la méthode pastorienne soit inefficace, les résultats sont là pour le démontrer.

En présence des insuccès, les pastoriens ont quelque peu perdu la tête, et, pour égarer la galerie ignorante, ils ont, sans souci de la vérité médicale, entassé hérésie sur hérésie. Ils ont, pour expliquer la rage, malgré l'inoculation pastorienne, invoqué le fait que la morsure était plus grave venant d'un loup — sans d'ailleurs comprendre l'explication vraie de ce fait. Ils ont dit ensuite que la cause de la rage (malgré les inoculations du Sauveur) était, dans \q nombre, \di profondeur des blessures, sans prendre garde au peu qu'il faut de virus vaccin ou syphilitique pour vacciner ou syphiliser ; sans prendre garde au peu de profondeur de la blessure dans la vaccination ; sans prendre garde enfin à l'absence même de toute blessure dans le cas de contagion syphilitique, l'épiderme restant alors intact, bien que le chancre induré soit engendré.

Dans un effort désespéré, un pastorien, M. Grancher, n'a pas craint de dire cette monstruosité : qu'on devait au Sauveur une nouvelle découverte, à savoir que désormais il fallait faire entrer dans la doctrine de la virulence la notion de la QUANTITÉ du virus, et cela à propos de l'incubation de la diphthérie ? Ainsi, il faut admet-

tre maintenant que la variole, la diphthérie, la dothiénentérie se contractent par l'introduction, dansl'organisme vivant, d'une quantité notable de matière varioleuse, diphthéri.que ou dothiénentérique. Et c'est un professeur de la Faculté de Médecine de Paris qui dit de telles choses pour le salut d'une doctrine et d'une pathologie également insensées ?

On verra plus loin, dans nos statistiques de mortalité, que la méthode Pasteur, première manière., n'avait en rien diminué la mortalité et que du 30 octobre 1885 au 30 octobre 1886, il est mort de la rage en France le môme nombre d'individus que pendant les années précédentes.

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