‹ M. Pasteur et la rage, Exposé de la méthode Pasteur - fréquence de la rage - insuccès du nouveau traitement - la rage du chien et du loup - statistiques complètes, etcChapitre 67 sur 104 · LA NOUVELLE MÉTHODE INTENSIVE · texte numérisé non relu

LA NOUVELLE MÉTHODE INTENSIVE

C'est alors que ]\I. Pasteur, tellement convaincu de l'inutilité du traitement appliqué pendant cette première année, a proposé une méthode différente qu'il qualifie d'intensive.

C'est une sorte de martingale bizarre.

Nous en reproduisons religieusement la formule :

I. Traitement pour les petites morsures à travers les vêtements. — (Les moelles sont représentées par des chiffres qui indiquent depuis combien de jours elles sont soumises à la des-

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siccation. La moelle 8 est celle d'un lapin mort depuis 8 jours de rage exaltée : la moelle 1 celle d'un lapin mort la veille).

!''• jour 3 inoculations avec les moelles 12, 11, 10

4e jour 1 inoculation avec la moelle 3

IL Traitement poin^ blessui^es de parties découvertes autres que la face. — Traitement précédent, quelques jours de repos et nouvelle série 4, 3, 2, 1.

III. Traitement intensif appliqué aux individus mordus à la tête, à la face ou aux régions immédiatement voisines {cou, nuque), ainsi qu'aux individus arrivés tardivement. — Traitement précédent, puis la série 4, 3, 2, 1 est reprise plusieurs fois avec intervalles de 2 à 4 jours, pendant 4, 5 et même 6 semaines.

Voilà les formules algébriques que M. Pasteur nous propose pour son nouveau traitement et qu'il applique depuis trois mois, ce qui ne l'a

pas empêché de perdre un grand nombre d'inoculés.

Sur quoi, du reste, repose ce traitement ? Estce sur l'expérimentation, sur la clinique? Hélas ! il faut bien le reconnaître, les chimistes de l'Ecole normale, épouvantés et déconcertés, en sont encore à la période de tâtonnement. Comme leurs premiers virus moelleux n'avaient aucune action sur l'économie (en ce qui concerne l'homme, tout au moino) ils administrent leurs bouillons au hasard comme le prouve surabondamment l'exposé de leur nouvelle méthode. Lorsque nous prescrivons un médicament toxique, nous tenons compte des effets qu"il produit avant d'en augmenter ou d'en diminuer la dose ; en un mot nous faisons de la médecine clinique: maison a bien souci de cela à l'Ecole normale.

La nouvelle méthode intensive n'a pas tardé â produire ses fruits. Mise en pratique à la fin de septembre, on vit aussitôt se produire un nombre considérable de décès chez les imprudents qui s'étaient placés entre les mains des empiriques de l'Ecole normale.

Les individus mouraient non pas de l'hydrophobie furieuse qui résulte de la morsure d'animaux enragés, mais d'une sorte de rage paralytique présentant une analogie frappante avec

les symptômes observés sur les lapins auxquels M. Pasteur avait inoculé ses virus.

On sait que lorsque les symptômes convulsifs de la rage se manifestent chez l'homme, ils sont le plus souvent précédés par une douleur siégeant au niveau de la morsure. Or, chez les individus traités par la nouvelle méthode, les douleurs se montraient au niveau des points d'inoculation seulement et les symptômes étaient exactement ceux de la rage du lapin.

En présence de tels faits se multipliant, le traitement Pasteur était devenu un véritable danger public. C'est alors, que M. le professeur Peter intervint. On verra avec quel courage l'éminent clinicien a fait le procès des dangereux thaumaturges de la rue d'Ulm.

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