‹ M. Pasteur et la rage, Exposé de la méthode Pasteur - fréquence de la rage - insuccès du nouveau traitement - la rage du chien et du loup - statistiques complètes, etcChapitre 69 sur 104 · RÉVEILLAC EST MORT DE LA RAGE EXPÉRIMENTALE · texte numérisé non relu

RÉVEILLAC EST MORT DE LA RAGE EXPÉRIMENTALE

Je dirai d'abord quelques mots sur le cas de Réveillac, mort de la rage paralytique, que j'ai fait connaître à l'Académie, le 4 janvier dernier.

Il résulte de l'enquête qui vient d'être faite par M. Pujardin-Beaumetz et moi. que les détails que j'ai donnés à la dernière séance sont absolument exacts. Il en résulte ensuite une démonstration de plus en plus évidente sur la nature de la mort. Cet individu a en effet succombé à une affection paralytique sur la nature de laquelle je reviendrai plus tard.

Ce qu'il y a de plus curieux dans cette enquête conduite avec sa loyauté habituelle par M. Dujardin-Beaumetz, c'est que plus on cherchait le chien, plus on voyait apparaître le lapin :

Douleurs au niveau des points d'inoculations et non du doigt mordu ;

Forme paralytique de la maladie, et non forme convulsive, furieuse et délirante ;

Impossibilité de cracher et difficulté d'avaler, au lieu de la sputation et de l'hydrophobie ;

Cécité pendant les dernières heures de la vie, au lieu de l'acuité de la vision, etc , etc.

En résumé, Réveillac n'est pas mort de la

RAGE DU CHIEN, MAIS d'uNE AFFECTION QUI RAP- PELLE LA RAGE EXPÉRIMENTALE.

Et voilà pourquoi les médecins qui l'ont vu vivant n'ont pas pu faire le diagnostic exact; il n'en faut pas accuser leur ignorance ; ils se trouvaient en présence :

Non pas d'une maladie naturelle,

Mais d'une maladie artificielle;

Non pas d'une maladie qu'on observe dans la salle de clinique, mais d'une maladie qu'on ne voit que dans le laboratoire ; d'une maladie créée de toutes pièces ; d'une maladie expérimentale.

Ils se trouvaient en présence de la rage de laboratoire.

En voulez-vous la preuve ? rappelez- vous la parole de M. Pasteur lui-même.

A la séance du 26 février 1884, M. Pasteur rappelle à l'Académie que, dans sa communication du 11 décembre 1882, il avait annoncé que l'inoculation de virus rabique dans le système sanguin offrait le plus souvent des rages vk- RALYTiQUEs avec (26se/ice de fureur q\. ^'aboiement rabique :

La trépanation donne le plus souvent la rage furieuse.

Il cite, en outre, le cas d'un lapin qui est pris de parahjsie rabique, treize jours après la trépanation. Les jours suivants, il se guérit complé-

tement ; la paralysie reprend quarante-trois jours après, et il meurt rabique le quarante-sixième jour.

Chez la poule, il y a absence de symptômes violents^ mais somnolence, inappétence et joa ralysie des membres.

Or, que fait M. Pasteur dans ses inoculations, sinon des injections qui pénètrent dans la circulation ? Et qu'obtient-il maintenant avec ses inoculations intensives ? de la paralysie I! (cas de Réveillac à Paris, de Née, à Arras) ou de la courbature générale (cas de Soudini à Constantine).

Mes collègues, Dujardin-Beaumetz et Chauveau, ont très justementfait observerque la rage PARALYTIQUE était absolumeut exceptionnelle chez l'homme. Or nous venons devoir qu'elle est fréquente chez le lapin, d'après M. Pasteur lui-même ; et c'est ce qui constitue l'excessive gravité du fait de Réveillac et de celui de Née, d'Arras, que je vous citerai tout à l'heure.

Rouyer est mort delà rage expérimentale et non pas d'urémie.

Chez l'enfant même dont a parlé M. Brouardel(l),ce qui paraît avoir dominé, ce sont bien les syptômes paralytiques. En effet, cet enfant est bien mort de la rage, les détails mêmes fournis

(1) Vojezplus ioinrobscrvalion deRouyer.

par M. Brouardel le prouvent avec évidence. On avait pu croire, mardi dernier, que l'autopsie avait révélé des lésions rénales suffisantes pour expliquer la mort. Pas le moins du monde. Les reins étaient sains, sauf cette congestion qu'on peut rencontrer dans tous les cas où le sujet est mort par asphyxie, dans la rage sous toutes ses formes. 11 y avait de l'albumine dans les urines; mais c'est très fréquent chez ceux qui meurent de la rage. Dans une observation écrite en 1878, par exemple, M. A. Robin.insiste justement sur ce point : il raconte que, dans l'urine extraite par le cathétérisme de la vessie d'un homme atteint de rage classique, convulsive, il a constaté la présence de l'albumine. C'est donc un signe qui vient appuyer et non infirmer le diagnostic tmge. D'ailleurs, l'urine dont il s'agitétait extraite de la vessie 48 heures après la mort ; or M . Brouardel lui-même professe qu'il ne faut pas attacher grande importance à l'albumine trouvée dans la vessie d'un cadavre.

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