‹ M. Pasteur et la rage, Exposé de la méthode Pasteur - fréquence de la rage - insuccès du nouveau traitement - la rage du chien et du loup - statistiques complètes, etcChapitre 72 sur 104 · LES PASTORIENS PLAIDENT LES CIRCONSTANCES ATTÉNUANTES · texte numérisé non relu

LES PASTORIENS PLAIDENT LES CIRCONSTANCES ATTÉNUANTES

Les défenseurs de la médication antirabique invoquent volontiers la doctrine de Yalihi et des circonstances atténuantes.

Ainsi, pour la petite Pelletier, la première qui succomba malgré les inoculations, on crut d'abord à une méningite ; puis, lorsqu'il devint évident que c'était bien de la rage qu'il s'agissait, on plaida les circonstances atténuantes ; on avait « amené l'enfant trop tard » (trente-six jours après la morsure). Ainsi pour Moermann, inoculé 43 jours après avoir été mordu.

Et Pelletier, comme Moermann, sont rejetés de la statistique mortuaire; on n'en a pas le droit étant données les prémisses de la méthode, l'idée mère dont elle dérive, et que je rappellerai tout à l'heure.

C'est également l'alibi qu'invoquent les parti-

(1) Ces observations sont décrites plus loin, chapitre

sans de la médication, pour les cas successifs de llouyer, de Réveillac, de Sodini et de Née.

Rouyer, dont M. Brouardel vous a lu l'observation, n'est pas mort de la rage, mais « d'urémie » ; Réveillac est mort, « on ne sait pas de quoi » ; Née, d'Arras, « de même ». Eh bien ! Rouyer, Réveillac, Sodini et Née, d'Arras, sont morts : voilà qui est certain !

Ils sont morts dans les limites du temps de Vinoculation ordinaire de la rage : ainsi Rouyer, le 46'^ jour, — Réveillac, le 37e jour, — Sodini, le 39'= jour. — Née, d'Arras, le 38e jour,

— après leurs morsures.

. Ils sont morts d'une maladie nerveuse, étrange, insolite, qui déroute le diagnostic et fait hésiter les plus clairvoyants en clinique.

Ils sont morts dans les limites du temps que met la rage kparcourirson cycle ; ainsi Rouyer, en Qz/a^re jours, — Réveillac, en cinq jours,

— Sodini, en trois jours, — Née, en sepi^ jours.

— Gérard (de Boran), en six jours, — Letang (de Gourgeon), en siâ? jours.

— Mais, dira-t-on, « Rouyer a succombé à l'urémie ». — Singulière urémie qui apparaît justement chez un mordu inoculé, qui apparaît quarante-six jours après la morsure, qui tue en deux jours ; qui n'a été précédée d'aucun des prodromes urinaires de l'urémie aiguë (la cépha-

lalgie, les troubles visuels^ les vertiges^ les vomissements, V œdème léger du visage, etc.); qui débute tout à coup dans un état de santé si parfaite que l'enfant se livrait aux jeux actifs et batailleurs de son âge ; même qui débute brusquement en plein jeu, et à l'occasion d'un coup reçu dans la région des inoculations.

Singulière urémie ! où l'on ne voit aucun des symptômes soit de l'urémie co/iuw/si'ye (éclampsie), soit de l'urémie comateuse., soit de la délirante — et méconnaissable à ce point qu'aucun des médecins appelés ne sait la reconnaître, pas même le docteur Rueff, ancien chef de clinique pour les maladies mentales et par conséquent très versé dans l'étude et la connaissance de ces maladies dont relève précisément l'urémie.

Singulière urémie ! que cette affection où l'on constate, avec la conservation de l'intelligence (il ne s'agit donc pas ù'yxvéïnxo, délirante)., le nasonnement de la voix, comme dans la paralysie diphthérique, la difficulté paralytique d'avaler, « le liquide s'écoulant le long des commissures labiales ».

Singulière urémie ! qui se traduit par des collapsus et se termine au milieu d'un état de dépression absolu avec pâleur extrême, symptômes qui rappellent si bien les paralysies infec-

tîeuses et particulièrement celle de la diphthérie avec paralysie du voile du palais.

Il n'y a guère que l'urémie dijspnêique qu'on puisse un moment invoquer ici — en raison de la difficulté qu'éprouvait le malade à respirer ; mais cette difficulté était du même ordre et de la même origine que celle d'avaler ; elle tenait vraisemblablement à une paralysie des nerfs glosso-pharyngiens et pneumo-gastriques, nerfs qui émergent du bulbe — région intéressée dans l'infection rabique.

Toutes ces raisons, et elles sont suffisantes, me font donc rejeter la supposition de l'urémie, et admettre la rage ; — mais une rage modifiée, déformée, transformée, une rage qui, si elle n'est pas la rage paralytique du lapin, est au moins une rage mixte, produit hybride de la collaboration du virus rabique du chien et de celui du lapin.

En résumé, pour rejeter une rage insolite, où l'on ne sait pas voir ce que j'y vois, on invoque une urémie bien autrement insolite.

Dira-t-on que c'est à l'urémie que Sodini a succombé? car lui aussi avait des urines albumineuses. Ici l'urémie serait plus insolite encore et ne se rattacherait à aucun des types symptomatiques de cette affection. Lamaladie débute trente-neuf jours ^'pvès la morsure, par des douleurs

simultanées au niveau des morsures et des piqûres d'inoculation, comme si les deux virus voulaient signaler leur active collaboration morbiflque; — et ce qui domine dans ce drame qui dure tr^ois j ours seiilement, ce sont encore des phénomènes paralytiques : difficulté de la parole, de l'expectoration, de la respiration, avec courbature générale.

Pour Réveillac (où l'on ne peut pas invoquer l'urémie, cette fois) mêmes difficultés d'avaler ou de cracher, — courbature générale dès le début et paralysie terminale. Tout cela commençant trente-sept jours B.'^vè,?^ la morsure (comme pour Sodini,39 jours, et Rouyer, 46 jours) ; et le début n'étant signalé que par la mise en branle d'un seul virus — le virus du lapin manifestant à la fois sa présence et son activité au niveau des régions inoculées.

Bien autrement significatif encore le fait de Née,d'Arras.lci Xql paralysie n'est pas douteuse, pas plus douteuse n'est Vactivité d'un seul virus— celui du LAPIN : — début par des douleurs exclusivement aux points d'inoculation — rayonnement de ces douleurs vers la moelle, rachialgie.puis finalement paraplégie. — Et avec cette paraplégie, paralysie bulbaire caractérisée par la gêne de la déglutition et de la respiration ; par l'écoulement de la salive le long des commis-

sures labiales ; enfin paralysie de la rétine, cécité pendant les deux derniers jours de la vie.

Yit-on jamais plus large ensemble de phénomènes paralytiques ? Et peut-on ici nier l'évidence, à savoir le développement che;^ cethorri' me de la rage du lapin ?

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