‹ M. Pasteur et la rage, Exposé de la méthode Pasteur - fréquence de la rage - insuccès du nouveau traitement - la rage du chien et du loup - statistiques complètes, etcChapitre 88 sur 104 · A COTÉ DU SAVANT, L'HOMME DÉSINTÉRESSE · texte numérisé non relu

A COTÉ DU SAVANT, L'HOMME DÉSINTÉRESSE

Nous avons déjà exposé dans la Préface quelquesunes des considérations qui nous obligent, après avoir consacré un volume au savant, à consacrer quelques lignes à l'homme.

Avant cette malheureuse affaire de la rage qui a été pour notre chimiste le signal d'une chute terrible, le point de départ d'une véritable catastrophe, les découvertes de M. Pasteur, les services que M. Pasteur avait rendus à l'agriculture et à l'industrie, le désintéressement de M, Pasteur étaient passés à l'état de dogme indiscutable.

Seuls quelques rares esprits d'élite avaient pu se garer de l'engouement et gémissaient en silence.

La lettre suivante, écrite par M. de Saint- Valher, sénateur et ambassadeur de la République Française en Allemagne, adressée à M. Ghavée-Leroy, montre quel était alors l'état des esprits indépendants :

le' juillet 1883.

... Je crois que vos observations sont dictées par votre sage et exacte connaissance des choses et des faits, par votre expérience et qu'elles ont l'autorité -

du bon sens et de la pratique ; mais les assemblées et les gouvernements subissent, comme les populations, des courants d'engouement, et c'est le cas en ce moment pour ce qui concerne M. Pasteur et ses découvertes; on se briserait, on s'exposerait à des reproches violents, à des huées, si l'on voulait s'opposer, au Sénat comme à la Chambre, au projet de loi accordant une pension de 25,000 francs; ses services à l'agriculture, ses découvertes, sont à l'état de dogme indiscutable pour la plupart des membres des assemblées, et s'il y a quelques membres qui ne partagent pas l'enthousiasme admiratif général, ils ne peuvent que s'abstenir et garder le silence.

Par le triste temps où nous vivons, avec les faux savants à bruyante trompette, de l'espècede Pasteur, ce ne sont ni les sages, ni les modérés, ni les hommes pratiques que l'on écoute. La faveur est à ceux qui cherchent les sensations et font la plus bruyante parade. Tous histrions de foire, s'embrassant pour se décerner mutuellement, dans les journaux amis et complices, l'encens de la célébrité. »

Cette lettre, empreinte d'une profonde tristesse, nous représente quelle était l'opinion des hommes sensés sur M. Pasteur dont les réclames intéressées fatiguaient depuis longtemps les oreilles.

Mais la question de la rage est venue rappeler l'attention sur le merveilleux savant. C'est alors que la réclame organisée par M. Vallery-Radot ne connut

plus de bornes et qu'on vit de nouveau apparaître les clichés :

M. Pasteur le savait désintéressé.

M. Pasteur qid a rendu la. joie et la fortune aux départements du midi

M. Pasteur, etc., etc.

On sait le reste.

Eh bien ! il nous a paru bon, utile et sain de placer sous les yeux de nos lecteurs quelques documents de nature à les éclairer sur le désintéressement de M. Pasteur et sur la valeur réelle de ses prétendues découvertes. Nous aurions voulu nous borner à traiter dans cet ouvrage la seule question scientitîque, mais l'attitude imprudente prise par M. Pasteur et ses acolytes dès le début de cette campagne où il s'est posé en maître indiscutable et infaillible, nous a obligé à nous livrer à une étude approfondie de la personne et de l'œuvre tout entière de ce nouveau génie.

Les documents que nous publions et qui seront certainement utilisés par ceux qui écriront plus tard riiistoire scientifique du XIX« siècle sont de la plus scrupuleuse authenticité. Nous les synthétiserons autant que possible.

i I. — M. PASTEUR SAVANT DÉSINTÉRESSÉ.

L'étude attentive des travaux publiés par AL Pasteur pendant ces vingt dernières années nous montre que ces travaux ont toujours eu pour but la re-

cherche de la fortune ou d'un procédé capable de la conquérir rapidement. A peine M. Pasteur croyait-il avoir fait une découverte qu'il s'empressait d'en monopoliser le profit par un brevet.

Nous ne critiquons pas cette manière d'agir qui est celle d'un homme qui cherche à s'enrichir, mais nous faisons simplement remarquer qu'elle est absolument en contraste avec les habitudes habituellement en honneur dans les sciences médicales. Tout médecin qui fait une découverte utile à l'humanité s'empresse de la rendre publique et non de la monopoliser à son profit.

Avant d'exposer les brevets pris par M. Pasteur pour se réserver le profit de découvertes qui, hélas ! n'avaient aucune importance, nous allons examiner dans quelles circonstances M. Pasteur s'est fait allouer une pension de 25.000 fr. de rente réversible à sa veuve et à ses enfants.

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