II. — LA PENSION DE 25,000 FR
Il n'est pas sans intérêt de se rendre compte de la situation de fortune de M. Pasteur au moment où il sollicitait cette pension de 25,000 fr.
Il ne nous appartient pas, cela va sans dire, de parler de la fortune de M. Pasteur, nous n'avons à nous occuper que des sommes qui lui étaient fournies annuellement par le Trésor et dont le contrôle appartient à tout citoyen.
Les revenus de M. Pasteur consistaient en 1883 en :
Pension nationale 12.000
Subvention annuelle pour son laboratoire 40.000
Traitement de l'Ecole normale, logement, chauffage, éclairage, etc. 20.000
Traitement de l'Institut, jetons de présence au comité d'iiygiène, à l'Académie, etc 3.000
Produit de la vente des tubes à vac-
. cin (d'après l'estimation de M.
Pasteur lui-même) 100.000
Total... 175.500
Ainsi, voilà un homme qui, outre son revenu personnel, se fait un traitement de 175.000 fr. Quelle que soit la valeur du savant, on conviendra que la prébende était bonne et que beaucoup s'en seraient contentés.
Mais M. Pasteur veut encore de l'argent. Pensant que le revenu provenant de la vente des tubes à vaccin n'aurait qu'un temps il veut s'assurer un revenu plus sûr pour lui et les siens.
Voici comment il s'y prit.
M. Pasteur savait que M. Paul Bert, membre de la commission du budget, était tout-puissant auprès du Gouvernement. Il savait aussi que M. Paul Bert désirait vivement entrer à l'Institut.
Or l'Institut, corps bien pensant, ne voulait à aucun prix accepter dans son sein un homme aussi compromis que Paul Bert, qui affichait partout ses opinions révolutionnaires et athées, qui avait dit en
pleine assemblée que la France était envahie par le phylloxéra clérical.
Voici ce qui advint. Je tiens les faits comme absolument exacts ; ils m'ont été aftirmés par Paul Bert lai-même.
Pasteur, qui était tout-puissantà l'Institut, s'en fut trouver Paul Bert et lui dit : « L'Académie des sciences doit procéder prochainement à une élection ; c'est Davaine qui est désigné, mais j'ai assez d'influence sur ce corps savant, pour vous faire nommer. Je le ferai à une condition, c'est que vous fassiez accepter par la commission du budget ma commission de 25,000 fr, »
4 Marché conclu », répond Paul Bert. Et, en effet, Paul Bert entra à l'Institut à une voix de. majorité, contre ce pauvre Davaine qui en mourut de chagrin.
Ceux qui savent que Davaine a été le maître et le précurseur de Pasteur, qu'il a été son ami et son bienfaiteur, seront surpris de cet acte d'ingratitude.
Mais Paul Bert a tenu sa promesse et la pension de 25,000 fr. a été votée. Le vote a été escamoté, afin d'éviter la divulgation à la tribune de certains documents que M. Michou avait préparés pour démontrer que M. Pasteur tirait un immense profit de la vente de ses tubes à charbon. Ces documents, qui prouvent également le désintéressement de M. Pasteur, n'ayant pas été portés à la tribune, nous devons les publier ici. Ils nous ont été remis par M. le D"" Michou, député de l'Aube.