‹ M. Pasteur et la rage, Exposé de la méthode Pasteur - fréquence de la rage - insuccès du nouveau traitement - la rage du chien et du loup - statistiques complètes, etcChapitre 9 sur 104 · TRAITEMENT TOUR LES MORSUB.ES DE LOUP · texte numérisé non relu

TRAITEMENT TOUR LES MORSUB.ES DE LOUP

Le traitement que nous venons d'indiquer s'appliquait d'abord à tous les mordus par des chiens ou par des loups. Mais les nombreux insuccès survenus sur des Russes mordus par des loups ont engagé le maître à modifier sa méthode. Voici à quelle occasion :

Neuf Russes de Wladimir furent mordus le 25 mars et cautérisés, six heures après, avec l'cicide azotique, par le docteur Vicknevsky ; puis, une fois qu'on leur eut fourni les fonds nécessaires pour leur voyage, ils partirent pour Paris accompagnés de ce médecin, et se présentèrent, le 8 avril, à la consultation de M. Pasteur.

C'est par eux que M. Pasteur inaugura son nouveau système d'inoculations à l'usage des « Morsures de loup ». Ce système consiste à faire trois injections par jour, de force toujours croissante, une le matin, l'autre l'après-midi, la troisième le soir, et chaque fois deux seringuées au lieu d'une, par conséquent six seringuées par vingt-quatre heures.

Le quinzième jour du traitement, M. Pasteur a interrompu ses inoculations, afm de laisser reposer ses malades, se proposant (le les reprendre

plus tard. Mais un de ces Russes étant mort de la rage le 19 avril, le D' Vicknevsky a préféré repartir. lia donc quitté Paris avec les huit Russes restants. Sur ces huit Russes, l'un est mort également de la rage pendant la route, après trente-six heures de cruelles souffrances. Enfin, quelques jours après leur retour à Wladimir, un troisième Russe a succombé de même à la terrible maladie. Par conséquent, trois décès sur neuf mordus 1

Tels sont les faits et tels sont les chiffres, les seconds aussi authentiques que les premiers. ■

Voici comment un des panégyristes de M. Pasteur, M. G. James, apprécie les faits : « Evidemment toute conclusion basée sur ces résultats serait chose prématurée, puisque M. Pasteur en est encore, pour ce qui se rapporte à la morsure du loup,à la période d'essais. » Quant à ces essais, je les quah fierai d'un mot : ils me stupéfient, au point de vue physiologique.

Comment ! Voilà un virus — le numéro 2 par exemple — dont une goutte suffit pour tuer le chien le plus robuste, et c'est par seringuées pleines que vous l'injecterez, plusieurs fois chaque jour, dans les veines d'un homme ! Et cet homme n'éprouvera ni une démangeaison dans la piqûre, ni un simple étourdissement dans le cerveau ? Mais il n'y a pas d'animal antédiluvien,

fût-ce le mastodonte, qui ne fût foudroyé par un pareil poison à pareille done. Décidément M. Pasteur joue ici avec son virus, comme un dompteur joue avec ses fauves.

Surtout qu'on ne voie pas dans cette dernière réflexion de ma part, une pensée critique. Non. .Ce que j'ai voulu dire, c'est que jamais un médecin n'aurait osé faire pareille tentative ; car enfin, ce que vous inoculez, ce n'est pas le contrepoison, c'est le poison lui-même. Or, qui vous garantit que, si vous en centuplez la dose, dans l'espoir d'en centupler les effets, vous ne travaillerez pas au contraire dans le sens du mal, en ajoutant une trop forte proportion de virus à celle dont la dent de l'animal a déjà vicié l'organisme d'où résultera plus tard quelque terrible explosion rabique.

Mais le prophète a prononcé : inclinons-nous. Seulement c'est le cas ou jamais de dire :

« Mais pour être approuvés

De semblables projets veulent être achevés. »

Depuis cette époque, M. Pasteur a fait subir à son traitement de nombreuses variations qui ont enlevé à sa méthode toute la rigueur scientifique qu'elle semblait avoir dans les débuts. Nous aurons l'occasion d'en parler plus loin.

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