V. — LA VACCINATION CHARBONNEUSE
Nous avons vu les avantages matériels que M. Pasteur avait tirés de cette découverte. Nous allons maintenant dire C[uelques mots de la découverte ellemême et de ses résultats.
M. Pasteur isole la bactéridie charbonneuse, la cultive à part, atténue sa virulence, et l'inocule aux bêtes à cornes comme préservatif du charbon.
Il a institué, à cet effet, une fabrique de vaccin, rue Vauquelin, 22, sous la direction de M. F. Boutroux. Voici un extrait du prix courant imprimé : « Le vaccin charbonneux est expédié franco, par tubes, aux prix suivants :
• Le tube : l^vacciu 2° vaccin Total
Pour 24 bœufs, ou 50 moutons. 2,50 2,50 5 fr. 50 -™ 100 — 5 5 10
« Il n'est pas envoyé de tubes pour un nombre d'animaux inférieur à 25 bœufs ou 50 moutons, »
La statistique de la mortalité à la suite du traitement par le vaccin charbonneux est concluante.
On ne peut citer que quelques laits parmi des milliers.
Dans une ferme des environs de Laon, on vaccina jusqu'à trois fois, à 15 jours d'intervalle, un troupeau atteint du charbon, sans pouvoir enrayer la maladie.
Dans une ferme voisine, on vaccina les chevaux qui n'étaient nullement malades, et trois périrent des suites de l'opération ; M. Magnier, le propriétaire, réclama le prix de ses chevaux, qui lui fut remboursé.
Aux environs de Meaux, un vétérinaire ayant tué quatre vaches avec le fameux vaccin, M. Pasteur paya ces animaux pour couper court aux réclamations des intéressés.
Autres exemples, cités par M. Paul Boullier, vétérinaire à Gourville (Eure-et-Loir) :
« En 1882, M. Franchamp, cultivateur au Treml)lay, canton 'de Châteauneuf (Eure-et-Loir), perdit pour cinq mille francs de chevaux, vaches et moutons, m orts des suites de la vaccination charbonneuse,
«En 1883, M, Fournier, vétérinaire à Angerville (Loiret), vaccine un troupeau de 400 moutons; or, quelques jours après l'application du premier vaccin, 90 moutons succombaient du sang de rate (charbon^
« Enfin, en 1884, deux de mes clients et amis, M. Henri Thirouin, maire de Saint-Germain-le-Gaillard, et M. Marcel Lebrun, cultivateur dans cette même commune, firent vacciner leurs moutons par un de mes collègues de Chartres, M.'ErnestBoutet; ils perdirent à eux deux autant de moutons qu'il en est mort dans les trente communes où j'exerce la médecine vétérinaire et où l'on ne vaccine pas, et quarante-cinq fois plus que n'en ont perdu cinquante autres cultivateurs, qui possèdent des moutons à S ain t-Ger main-le-Gaillard .
« C'est par millions que se chiffrent les pertes causées en France par la vaccination charbonneuse ! »
La commission sanitaire du gouvernement hongrois terminait ainsi, en 1881, son rapport sur l'inoculation du bétail préconisée par M. Pasteur :
« Les maladies les plus graves, pneumonie, fièvres catarrhales, etc., ont frappé exclusivement les ani-
maux soumis à l'inoculation. Il suit delà que l'inoculation Pasteur tend à accélérer l'action de certaines maladies latentes et à hâter l'issue mortelle d'autres affections graves. »
Le gouvernement hongrois a aussitôt interdit ces inoculations.
Mais la meilleure démonstration de l'inutilité de la vaccination charbonneuse est qu'elle cesse d'être aujourd'hui pratiquée, la plupart des vétérinaires ayant reconnu son inefficacité.