‹ M. Pasteur, histoire d'un savant par un ignorant [pseud.]Chapitre 11 sur 19 · LES VIRUS ATTÉNUÉS OU VACCINS · texte numérisé non relu

LES VIRUS ATTÉNUÉS OU VACCINS

sans changement. C'était donc bien un véritable vaccin. Quelques véte'rinaires et quelques fermiers, à l'annonce de cette découverte, s'adressèrent à M. Pasteur pour lui demander du vaccin contre la maladie si désastreuse des basses-cours. Des essais furent tentés, et tous re'ussirent on ne peut mieux. Pour conserver ce vaccin, on le met à Tabri du contact de Pair, on enferme ses cultures dans des tubes à extrémités scellées à la flamme du chalumeau.

Avant le moment où Ton arrive à cette atténuation de la virulence, à cet intervalle de temps volontairement placé entre deux cultures successives de ce microbe du choléra, de cet intervalle qui fait Tatténuation et les vaccins, que se passet-il donc? Quel est le secret de cette influence? Eh bien ! l'agent qui intervient n'est autre que l'oxygène de l'air. La preuve, la voici. Si Ton pratique la culture de ce microbe dans un tube contenant très peu d'air, et si Ton ferme ensuite ce tube à la flamme de la lampe, le microbe, par son développement et sa vie, prend promptement tout l'oxygène libre contenu dans le tube et l'oxygène dissous dans le liquide. Placé ainsi complètement à l'abri du contact de l'oxygène, le microbe, durant des mois et quelquefois même

durant des années, ne s'atténuera pas sensiblement.

L'oxygène de Tair apparaît donc comme la cause de la modification de la virulence du microbe.

Mais comment expliquer alors la non-influence de Foxygène de Pair dans les cultures successives quand on les pratique toutes les vingt-quatre heures ? Il n'y a qu'une explication possible, dans la pensée de M. Pasteur, c'est que Toxygène de Tair est dans ce dernier cas uniquement employé à la vie du microbe. Une culture a une durée de quelques jours ; après vingt-quatre heures, elle n'est pas terminée. L'air qui vient à son contact est donc employé tout entier à nourrir et à faire pulluler le microbe. L'air n'agit plus ensuite, durant ces longs intervalles de culture, que comme un modificateur, et il arrive un moment où la virulence s'affaiblit au point de devenir nulle.

On constate alors ce fait bien extraordinaire que la virulence peut arriver à ce degré' de nullité, avant qu'il y ait mort du microbe. Les cultures offrent le spectacle d'un microbe indéfiniment cultivable, incapable d'un autre côte' de vivre dans le corps des gallinacés, et

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qui est par conséquent dépourvu de virulence. Ne peut-on pas comparer ce microbe, domestiqué, comme l'appelait un jour M. Bouley, à ces microbes inoffensifs, comme il y en a tant dans la nature ? Nos microbes communs ne seraient-ils pas des microbes déchus de virulences antérieures ? Mais ces microbes inoffensifs ne pourraient-ils pas devenir infectieux dans des circonstances particulières ? Et s'il y a moins de maladies virulentes aujourd'hui que dans les temps passés, le nombre de ces maladies ne pourrait-il pas s^accroître de nouveau ?

Les interrogations se multiplient, tant les faits relatifs à ce premier fait d'atténuation d'un virus suggèrent d'inductions, éveillent d'idées et jettent de clartés nouvelles sur un problème d'une te].J<5 obscurité jusqu'à ces dernières années. On croyait autrefois que les virus étaient des entités morbides. Un virus était un. Cette opinion a encore des défenseurs déclarés. Dans la pensée de M. Pasteur, un virus a des degrés de virulence : il peut aller de la virulence nulle à la virulence maximum. Modifiant à volonté le virus du choléra des poules, M. Pasteur inocule, par exemple, à des poules un virus trop peu atténué pour qu'elles soient à l'abri du virus mortel, mais qui

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est cependant d^une efficacité assez grande pour les pre'munir contre les atteintes d'un virus plus fort que le virus primitif. Le second virus les pre'servera des atteintes d'un troisième virus, et de virus en virus elles finissent par être garanties contre la virulence la plus mortelle, c'est-àdire contre le virus à virulence maximum connue. Toute la question du vaccin se re'duit à savoir à quel moment tel degré' de virus est une garantie de protection contre le virus mortel.

Il semble qu'il se passe entre la variole et la vaccine humaine des faits de même ordre. Il est probable que Ton est rarement vaccine' contre la variole de façon à pouvoir résister à un virus varioleux très intense. Aussi, dans les épidémies de variole, beaucoup de personnes vaccinées sont-elles atteintes, et atteintes parfois d'une variole mortelle.

Au sujet de la pratique de la vaccination des poules contre le choléra qui leur est propre, — ce qui, certes, n'a pas l'importance mate'rielle de la pratique de la vaccine humaine, mais ce qui, scientifiquement, est un fait capital, — on peut espérer, quelles que soient les différences de re'ceptivité des races ou des individus d'une même race, trouver les vaccins qui leur con-

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viennent, si l'on a soin surtout de recourir à l'emploi de deux vaccins successifs, d'ine'gale puissance, mis en usage après dix ou quinze jours d'intervalle. Le premier vaccin peut toujours être choisi d'une assez grande faiblesse pour ne tuer aucun des sujets, et avoir cependant une assez grande force pour que le second vaccin, qui serait en partie mortel s'il était employé d'emblée, ne puisse amener d'accidents et qu'il puisse vacciner contre le virus le plus virulent. Quant à la préparation des vaccins et à leur force appropriée de virulence, il faut, pour s'en rendre compte, tenter des essais sur un certain nombre de poules, au risque même d'en sacrifier quelques-unes dans les e'preuves préalables. En dehors de ces questions de manipulation, reste une question scientifique. Gomment peut-on concevoir les effets de la vaccination? Que se passe-t-il? Quelle explication donner à ce fait qu'une maladie bénigne peut préserver d'une maladie plus grave et la plupart du temps mortelle ? M. Pasteur a cherché longtemps la solution d'un tel problème. Sans se flatter d'avoir dénoué la difficulté, il a cependant amassé des faits qui permettent, au milieu de ces mystères de la physiologie, de faire une hypothèse satisfaisante

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pour Tesprit. M. Pasteur croit que le vaccin, en se cultivant dans le corps de l'animal, enlève aux globules du sang, par exemple, certains principes matériels que la vie met longtemps à rendre à l'économie et dont le virus mortel ou des virus de plus grande virulence que le premier virus-vaccin ne pourraient se passer pour vivre. Ainsi s'expliquerait l'impossibilité' d'action de ces virus progressifs et du virus mortel.

Lorsque M. Pasteur rendit compte à l'Académie des sciences de faits si importants et si imprévus, il y eut, au premier moment, quelques doutes. Ce ne fut pas sans un peu de surprise que l'on entendit, appliqué au choléra des poules, ce mot de vaccination, exclusivement réservé jusqu'alors à la découverte de Jenner. Ce fut au Congrès médical international, qui se tint à Londres au mois d'août 1881, que M. Pasteur, — devant trois mille médecins venus de toutes les parties du monde et qui l'acclamèrent avec un enthousiasme qui retombait en gloire sur la France, — justifia le nom qu'il avait donné à ses expériences prophylactiques.

« J'ai prêté, disait-il, à l'expression de vaccination une extension que la science, je l'espère, consacrera comme un hommage au mérite et

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aux immenses services rendus par un des plus grands hommes de l'Angleterre, Jenner. »

Et pourtant, tout en rendant hommage au sentiment qui porta M. Pasteur à s'effacer derrière Jenner, on a le droit, si Ton envisage les choses au point de vue de la science théorique, de dire qu'il n'y a aucune assimilation à faire entre les deux de'cou vertes. Si grande que soit la découverte de Jenner, elle n'est qu'une observation de hasard, sans fécondité ultérieure. Aussi, depuis un siècle, la médecine n'a-t-elle pu en déduire autre chose que son application même qui en est toute Texpression. « La vaccine..., c'est la vaccine, » était obligé de dire un contradicteur que M. Pasteur poursuivait vigoureusement. Le contradicteur ne trouvait pas d'autre réponse et il ne pouvait pas en trouver d'autre. Le coiv-pox est une maladie propre aune race animale. L'homme ne peut que l'observer; il ne la provoque pas. Supprimez le cojv-pox et la nuit se fait aussitôt pour la vaccination. Dans la découverte française, au contraire, c'est le virus mortel lui-même qui sert de point de départ au vaccin. C'est la main de l'homme qui fait le vaccin, et ce vaccin peut être préparé par un artifice de laboratoire, de manière à suffire à tous les

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besoins. Quel avenir ne se présente pas à l'esprit, quand on songe que le virus et ses vaccins sont une espèce vivante et que dans cette espèce il y a toutes sortes de varie'tés susceptibles d'être fixées par des cultures artificielles? Jenner avait fait une rencontre de génie, mais M. Pasteur a trouve' une méthode de génie.

« Ce n'est là qu'un commencement, disait M. Bouley, le jour oià ces faits avaient e'té annoncés à l'Académie des sciences. Une doctrine nouvelle s'ouvre pour la médecine, et cette doctrine m'apparaît puissante et lumineuse. Un grand avenir se prépare; je l'attends avec la confiance d'un croyant et le zèle d'un enthousiaste. »

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