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lation, soit avec la substance du cervelet ou de la moelle allonge'e des chiens enragés, M. Pasteur inocula sous la peau à des lapins et à des chiens, avec toutes les précautions nécessaires de pureté, diverses parties du cerveau d'un chien mort enragé. La rage se déclara chez les chiens et chez les lapins, avec une durée d^incubation à peu près égale à celle qui suivait les cas de morsure ordinaire. Quelle que fut la nécessité de se soumettre encore à cette incertitude d'incubation, un résultat très grand était acquis : on pouvait inoculer la rage avec une matière autre que la bave. Outre que la bave est toujours impure, qu'elle renferme un microbe spécial de la salive doué d'une virulence spéciale, elle offrait d'autres inconvénients. Il fallait, dans la poursuite des recherches, avoir sans cesse à sa disposition de la bave de chiens atteints de rage. Or, la bave perd en vingt-quatre heures sa virulence rabique. L'existence de la virulence rabique dans Tencéphale mettait, au contraire, à la disposition de l'expérimentateur le virus dans un grand état de pureté, abondant et susceptible de longue conservation.
L'idée vint alors à M. Pasteur et à ses prépa-
rateurs d'inoculer la matière rabique virulente, à rétat de pureté, sous la dure-mère, à la surface du cerveau d'un chien. Pourquoi ne porterait-on pas d'emblée, se disait M. Pasteur, le virus là où il doit agir et se développer ? Après avoir pratiqué dans le crâne d'un chien chloroformé une trépanation, on déposa à la surface de son cerveau une parcelle du bulbe d'un animal mort de la rage. L'influence du chloroforme une fois dissipée, le chien reprit toutes les apparences de la santé. Il mangea le soir même. Mais, au bout de quelques jours les symptômes de la rage apparurent. L'animal devenait triste, inquiet, il bouleversait sa litière, refusait toute nourriture. Bientôt un hurlement lamentable et aigu fut le premier signe de la voix rabique, qui n'est qu'un long cri de souffrance et d'appel, où s'entremêlent des aboiements d'hallucinations. La dépravation de l'estomac commença. 14 avala du foin et de la paille, il devint furieux, agité de convulsions violentes; il mourut enfin après un dernier accès. Pendant toute cette période, le laboratoire était dans la joie. On était donc en possession d'une méthode qui permettrait d'abréger singulièrement la durée dïncubation et de donner la rage à coup sûrl Les
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essais se multiplièrent : tout chien trépane' et qui reçut à la surface du cerveau un peu du bulbe d'un animal enragé succomba à la rage dans une période qui atteignait rarement vingt jours. L'exercice de cette méthode ne démontrait-il pas, en outre , que la rage est une maladie de Tencéphale, que le siège du virus rabique, loin d'être exclusivement dans la bave, est avant tout propre à la matière cérébrale ?
D'autres résultats qui agrandissent celui-ci ne se firent pas attendre. Il fut établi que non seulement le cerveau est rabique, mais que la moelle épinière, dans toute sa longueur, peut être rabique, et que les nerfs eux-mêmes, dans tout leur trajet, du centre à la périphérie, peuvent contenir le virus de la rage. S'il existe un microbe de la rage, ce microbe a dans le corps, pour milieu de culture par excellence, Tencéphale, la moelle et les nerfs. Il fut établi, en outre, qu'il y avait des localisations du virus dans telle ou telle partie du système nerveux et qu'il fallait chercher dans ce fait les différences si considérables des symptômes rabiques dans les divers cas de la rage. Au moment de la mort, la moelle allongée ou bulbe est toujours rabique. Il fut établi enfin qu'on pouvait donner la rage, et
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presque aussi rapidement que par trépanation, en inoculant la matière nerveuse rabique dans le système circulatoire sanguin, — par une veine.
En présence de tels faits, on se rend aisément compte de ce qui se produit dans les cas de morsure par un chien enrage'. Le système sanguin porte à la surface du cerveau ou à la surface de la moelle le virus qui s'y cultive en tel ou tel point, et envahit peu à peu la matière nerveuse. Celle-ci serait progressivement attaque'e sur tous ses points, si la mort par le bulbe n'arrivait pas presque toujours avant que la propagation du virus puisse s'être généralisée.
Les glandes de la salive sont souvent rabiques, sans doute parce que les nerfs qui s'y rendent y déversent peu à peu le virus. Ainsi s'explique la présence de ce virus dans la bave des chiens enragés, où de tout temps, depuis que la maladie est connue, il a été constaté. Lorsque la moelle ou certaine de ses parties se trouve prise la première par le virus, une paratysie générale précède souvent la mort. La rage n'est alors, le plus souvent, ni aboyeuse, ni mordeuse, le chien est caressant jusqu'à la fin.
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(( Quand on examine avec soin, disait, au mois de juillet i883, le préparateur de M. Pasteur, M. Roux, dans sa thèse de doctorat en médecine; quand on examine avec soin un peu de la pulpe fraîche du cerveau d'un animal enragé et en même temps par comparaison la substance d'un animal sain, il est très difficile de faire une différence. Il semble cependant que, dans la matière rabique^ outre les granulations qui sont à profusion dans la pulpe saine, il existe de petits points d'une extrême finesse, presque imperceptibles avec nos plus forts grossissements. Dans le liquide céphalo-rachidien, si limpide en apparence, on parvient, avec beaucoup d'attention, à découvrir les mêmes petits points. Est-ce là le microbe de la rage? Quelques-uns n'hésitent pas à l'affirmer. Pour nous, tant que la culture du microbe en dehors de l'organisme n'aura pas été faite et que la rage n'aura pas été communiquée au moyen de ces cultures, nous nous abstiendrons d'en parler. »
On tenta bien des essais de cultures à travers les milieux artificiels les plus différents ; rien ne réussit. Il y avait des jours où les préparateurs se demandaient s'il ne serait pas plus sage de re-
noncerà poursuivre le problème de la rage dans tous ses détails. « Non, répondait M. Pasteur, il faut aller jusqu'au bout. Assemblons, accumulons les faits. »
Pendant plus de trois ans, le laboratoire fut converti en chenil. Chiens mordeurs et chiens mordus étaient dans toutes les cages. En dehors de ces hôtes habituels, il ne se passait pas à Paris un cas de rage dont M. Pasteur ne fût averti. Un jour, le vétérinaire M. Bourrel lui télégraphia : « Caniche et bouledogue en plein accès, venez. » M. Pasteur me proposa de l'accompagner et nous partîmes en emportant six lapins dans un panier. Les deux chiens étaient rabiques au dernier point. Le bouledogue surtout, un énorme bouledogue, hurlait, écumait dans sa cage. On lui tendit une barre de fer, il se jeta sur elle, et on eut grand'peine à la retirer de ses crocs ensanglantés. On approcha alors un des lapins de la cage et on fit passer à travers les barreaux Poreille pendante du lapin effaré. Mais, malgré les excitations, le chien se rejeta dans le fond de sa cage, et refusa de mordre. « Il nous faut cependant, dit M. Pasteur, inoculer les lapins avec cette bave ! »
Deux garçons prirent une corde à nœud cou-
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lant et la jetèrent au chien comme on jette un lacet. Le chien fut pris et ramené sur le bord de la cage, on s'en empara, on lui lia la mâchoire, et le chien, étouffant de colère, les yeux injectés de sang, le corps secoué d'un spasme furieux, fut étendu sur une table et maintenu immobile, pendant que M. Pasteur penché, à la distance d'un doigt sur cette tête écumante, aspirait, à l'aide d'un tube effilé, quelques gouttes de bave.