‹ M. Pasteur, histoire d'un savant par un ignorant [pseud.]Chapitre 8 sur 19 · LA QUESTION · texte numérisé non relu

LA QUESTION

« Tout corps sec, disait Aristote, qui devient humide et tout corps humide qui se dessèche, engendre des animaux. » Les abeilles, selon Virgile, naissent des entrailles corrompues d'un jeune taureau. Au temps de Louis XIV, on n'était guère plus avancé. Un célèbre médecin alchimiste. Van Helmont, écrivait : « Les odeurs qui s'élèvent du fond des marais produisent des grenouilles, des limaces, des sangsues, des herbes et bien d'autres choses encore. » Mais ce qui était plus extraordinaire, c'était la véritable recette que donnait Van Helmont pour avoir une potée de souris. Il suffisait de comprimer une chemise sale dans l'orifice d'un vase conte-

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nant des grains de blé. Le ferment sorti de la chemise sale, modifié par l'odeur du grain, donnait lieu à la transmutation du froment en souris, après vingt et un jours environ. Van Helmont, qui affirmait avoir vu le fait, ajoutait avec assurance :

« Les souris naissent adultes ; il en est de mâles, il en est de femelles. Pour reproduire l'espèce, il leur suffit de s'accoupler.

« Creusez, disait-il encore, un trou dans une brique, mettez-y de l'herbe de basilic pilée, appliquez une seconde brique sur la première, de façon que le trou soit parfaitement couvert ; exposez les deux briques au soleil, et, au bout de quelques jours, l'odeur de basilic, agissant comme ferment, changera l'herbe en véritables scorpions. »

Un naturaliste italien, Redi, fut le premier qui apporta dans cette question de la génération spontanée un examen un peu plus attentif. Observant les vers de la chair en putre'faction, il fit voir que ces vers ne naissaient pas spontanément, qu'ils étaient des larves d'œufs de mouches. Pour empêcher les vers de naître, Redi démontra qu'il suffisait d'entourer d'une gaze fine la chair avant de l'exposer à l'air.

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Aucune mouche ne venant se poser sur cette chair protégée, il n'y avait point d'œufs de'posés, et par conséquent ni larves ni vers. Mais, au moment où la question de la génération spontanée allait s^amoindrissant, circonscrivant de plus en plus son domaine, la découverte du microscope vint apporter à cette doctrine réfugiée dans de petits retranchements de nouvelles et formidables ressources. En présence de cemonde d'animalcules, les partisans de la ge'nération spontanée triomphèrent :

« Nous avons pu, disaient-ils, nous tromper sur Torigine des souris, des vers; mais est-il possible de croire que l'origine des êtres microscopiques ne soit pas le fait d'une génération spontanée ? Comment expliquer autrement leur présence et leur puUulation dans toute matière animale ou ve'gétale morte en voie de de'composition ? »

Buffon apporta à l'appui de la doctrine de la ge'nération spontanée Tautorité de son nom. Il érigea même tout un système pour soutenir cette hypothèse. En 1745, deux abbés luttèrent vivement ensemble pour attaquer ou défendre cette question. Pendant que Needham, prêtre catholique anglais, adoptait la doc-

trine de la génération spontanée, le prêtre italien Spallanzani la combattait énergiquement ; mais, bien que Spallanzani fût reste' maître de sa thèse aux 3^eux du public, sa victoire était plus apparente que réelle, plus dans les mots que dans les faits.

Le problème reparut plus pressant que jamais en i858. M. Pouchet, directeur du Muse'um d'histoire naturelle de Rouen, correspondant del'Acade'mie des sciences, déclara à cette Académie qu'il avait réussi à démontrer, d'une façon certaine, absolue, l'existence d'êtres microscopiques venus au monde sans germes, par conséquent sans parents semblables à eux.

Comment M. Pasteur se jeta-t-il dans cette discussion? Comment fut-il conduit à s'occuper d'une question aussi ardue et au premier abord aussi éloignée de ses travaux? Les résultats de ses recherches sur les fermentations lui en firent une sorte de devoir. 11 y était amené par une série de déductions logiques. Qu'on se rappelle, par exemple, cette expérience dans laquelle M. Pasteur expose, à la chaleur de Tété, de Peau sucrée, mêlée des phosphates de potasse et de magnésie, d'un peu de sulfate d'ammoniaque et du carbonate de chaux. Dans

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ces conditions, on voit souvent se développer la fermentation lactique, c'est-à-dire que le sucre devient de l'acide lactique qui s'unit à la chaux du carbonate pour former du lactate de chaux. Ce sel cristallise en longues aiguilles et finit parfois par remplir tout le vase, en même temps que prend naissance et se multiplie un petit être organisé, le ferment lactique. Si l'on pousse plus loin l'expérience, une autre fermentation succède d'ordinaire à celle-ci. Des vibrions mobiles se montrent, se multiplient; le lactate de chaux disparaît, la fluidité revient dans la masse et ce lactate se trouve remplacé par du butyrate de chaux. Quelle suite d'étranges phénomènes! Comment la vie a-t-elle apparu dans ce milieu sucré, de composition si simple à l'origine et surtout si éloigné en apparence de toute production de vie ? Ce ferment lactique, ces vibrions but3Tiques,d'où viennent-ils? Se sont-ils formés d'eux-mêmes ou proviennent-ils de germes? Mais ces germes eux-mêmes, d'où sortent-ils ?

Cette question de l'apparition des ferments organisés vivants était devenue, pour M. Pasteur, la qr/estion maîtresse, la plus grande difficulté des fermentations, puisque dans toutes

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les fermentations M. Pasteur voyait s'établir une corrélation entre Faction chimique des décompositions et la pre'sence d'êtres microscopiques. Avant dételles constatations, ces difficulte's n'existaient pas. La doctrine allemande, la théorie de Liebig, était universellement re'pandue. Ce n'était pas, dans ce système, la vie qui présidait à la fermentation, c'était une matière organique, azotée, albumine, fibrine, caséine, etc., ou des liquides contenant des substances de cet ordre, tels que le lait, le sang, Turine qu'il suffisait d'exposer à l'air pour en faire des ferments. Pour tout dire en une ligne, les ferments étaient des substances chimiques mortes en voie d'altération.

Dans le rôle des fermentations, la question de Torigine des êtres microscopiques s'imposait donc à M. Pasteur comme une nécessité inévitable. Il ne pouvait pas, dans sa pensée, aller plus loin avant d'avoir abordé un tel problème.

Au mois d'octobre iSSy, M. Pasteur fut appelé à Paris. Après avoir été un doyen invraisemblablement jeune, il était maintenant chargé à l'École normale supérieure des études scientifiques , à l'âge de trente-cinq ans. Mais

si ce titre était flatteur, il ne donnait pas à M. Pasteur ce que M. Pasteur désirait le plus. Comme il n'avait point de chaire, il n'avait point de laboratoire. C'était dans cette phase fatale où la science et l'enseignement supérieur étaient délaissés. C'était l'époque où Claude Bernard vivait dans un laboratoire étroit et humide, où M. Berthelot, déjà connu par de grands travaux, n'était encore qu'un préparateur au Collège de France, où un ministre de l'instruction publique disait à M. Pasteur :

« Il n'y a pas de rubrique au budget pour vous allouer i,5oo francs par an comme frais d'expériences. ))

M. Pasteur n'hésita pas à faire construire, avec ses propres ressources, un laboratoire dans un des greniers de l'École normale; mais on devine sans peine quelle fut la modestie d'un tel aménagement dans une telle place. Partageant sa vie entre ses devoirs professionnels et ses expériences de laboratoire, M. Pasteur ne sortait guère que pour s'entretenir de ses recherches quotidiennes avec M. Biot, M. Dumas, M. de Senarmont et M. Balard. M. Biot était surtout son confident habituel. Le jour où M. Biot apprit que M. Pasteur se proposait d'étudier

Tobscure question des générations spontanées, il le dissuada vivement de s'engager dans une pareille voie.

« Vous n'en sortirez pas, lui disait-il, vous perdrez votre temps. » Et comme M. Pasteur essayait quelques observations timides, s'efTorçant de démontrer que, dans Tordre de ses études, il lui était indispensable d'attaquer ce problème, M. Biot s'emporta. Doué, comme Ta dit Sainte-Beuve, de toutes les qualités de curiosité, de finesse, de pénétration, d'exactitude ingénieuse, de méthode et de clarté, de toutes les qualités enfin essentielles et secondaires, M. Biot traita d'ayenture orgueilleuse, de folie le projet de M. Pasteur.

Plus hardi que M. Biot, mais d'une circonspection toujours en éveil, M. Dumas déclara à M. Pasteur, sans du reste insister autrement, qu'il ne conseillerait à personne de rester trop longtemps dans un pareil sujet. Seul, M. de Senarmont prit la défense de M. Pasteur et dit à M. Biot :

« Laissez faire Pasteur. S'il ne trouve rien dans la voie où il s'engage, soyez tranquille, il n'y restera pas. Mais, ajoutait-il, je serais surpris qu'il ne trouvât rien. »

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M. Pouchet avait nettement abordé le problème :

« Les adversaires de lage'ne'ration spontanée, disait-il, prétendent que les germes des êtres microscopiques existent dans Pair, que Pair les charrie, les transporte à distance. Eh bien! que diront ces adversaires si je parviens à déterminer la génération de quelques êtres organisés en substituant un air artificiel à celui de Tatmosphère ? »

M. Pouchet imagina alors cette expérience fort ingénieuse. Il remplit un flacon d'eau bouillante, le boucha hermétiquement avec la plus grande précaution et le plongea renversé dans une cuve à mercure. Lorsque l'eau fut totalement refroidie, il déboucha ce flacon sous le métal et introduisit à l'intérieur un demi-litre de gaz oxygène pur, de ce gaz qui est la partie vitale et salubre de Pair, aussi nécessaire à la vie des êtres microscopiques qu'il l'est à la vie des grands animaux et des grands végétaux. Jusqu'à présent, il n'y avait dans le vase que de l'eau pure et du gaz oxygène. M. Pouchet introduisit alors une petite botte de foin pesant quelques grammes. La botte avait été renfermée dans un flacon bouché à Pémeri et sortant d'une

étuvc chauffée longtemps à plus de loo degre's. Au bout de huit jours, il y avait dans cette infusion de foin une moisissure développe'e. D'où venait-elle? s'écriait victorieusement M. Pouchet. Ce n'était assurément pas de l'oxygène, ox3^gène que M. Pouchet avait fait naître d'une combinaison chimique à la tempe'rature de l'incandescence. L'eau qui avait été placée bouillante e'tait également privée de germes, puisqu^à une tempe'rature pareille, pensait-il, tout germe eût été cuit. Le foin ne pouvait pas davantage en contenir. Il sortait d'une étuve chauffée à 100 degrés. Comme on disait cependant que certains êtres chauffés à loo degrés trouvent le moyen de résister à un pareil traitement, M. Pouchet chauffa le foin à 200, à 3oo degrés, à tous les degrés que Ton voulut.

M. Pasteur vint troubler le triomphe de M. Pouchet.

« Oui, dit M. Pasteur, dans une leçon retentissante qu'il fit, en 1864, à la Sorbonne, devant un public immense composé de savants, de philosophes, de femmes du monde, de prêtres et de romanciers, — Alexandre Dumas était au premier rang, — tous avides de vérité, remués par tous les problèmes qu'agitait une telle ques-

tion, oui, l'expérience ainsi conduite est irre'procliable, mais irréprochable seulement sur tous les points qui ont attiré Tattention de l'auteur. Je vais démontrer qu'il y a une cause d'erreur que M. Pouchet n'a pas aperçue, dont il ne s'est pas le moins du monde douté, dont personne ne s'était douté avant lui, et cette cause d'erreur rend son expérience complètement illusoire, aussi mauvaise que celle du pot de linge sale de Van Helmont : je vais vous montrer par oia les souris sont entrées. Je vais démontrer que, dans toute expérience de ce genre, il faut absolument proscrire l'emploi de la cuve à mercure. Je vais vous démontrer enfin que c'est le mercure qui apporte dans les vases les germes ou plutôt, pour que mon expression n'aille pas au delà du fait démontré, les poussières qui sont en suspension dans l'air. )>

Pour rendre visibles les poussières en suspension, M. Pasteur, après avoir fait l'obscurité dans la salle, perça cette obscurité d'un faisceau de lumière. Alors apparurent, dansant et tourbillonnant dans les rayons lumineux, mille petits brins de poussière.

« Si nous avions le temps de les bien regarder, continua. M. Pasteur, nous les verrions,

quoique agités de mouvements divers, tomber plus ou moins vite. C'est ainsi que se couvrent de poussière tous les objets, ces meubles, cette table, le mercure de cette cuve. Depuis que ce mercure est sorti de sa mine, que de poussières il a reçues, indépendamment de celles qui s'incorporent sans cesse dans l'inte'rieur du me'tal par l'effet des manipulations nombreuses auxquelles il est soumis dans le laboratoire! Il n'est pas possible de toucher à ce mercure, d'y placer la main, un flacon, sans introduire dans l'intérieur de la cuve les poussières qui sont à la surface. Vous allez voir ce qui se passe. »

Alors, projetant, au milieu d^une profonde obscurité, le jet de lumière sur la cuve à mercure et le métal liquide apparaissant dans son éclat habituel, M. Pasteur saupoudra de poussières le mercure. Puis il prit un bâton de verre et l'enfonça. Toutes les poussières cheminèrent et se dirigèrent du côté de l'endroit où plongeait le bâton de verre. Toutes pénétrèrent dans l'espace contenu entre le verre et le mercure.

<( Oui, s'écria M. Pasteur, d'une voix vibrante et grave où l'on sentait toute sa probité de savant convaincu, oui, M. Pouchet avait éloigné les germes de Teau, du foin, mais ce qu'il

n'avait pas éloigné, c'étaient les poussières qui se trouvaient à la surface du mercure. Et voilà quelle a été la cause de l'erreur, voilà ce qui détruit tout le système ! »

M. Pasteur institua des expériences toutes semblables à celles de M. Pouchet, mais en éloignant d'une manière absolue les causes d'erreur qui avaient échappé à ce dernier. Il prit également un ballon de verre, mais à col allongé, qu'il recourba et fit communiquer avec un tube de platine disposé sur un fourneau, de façon qu'on pût le chauflér à une température élevée et même voisine du rouge. Dans le ballon, il avait placé des liquides très putrescibles, de l'urine, par exemple. Lorsque le fourneau qui entourait le tube de platine fonctionna, M. Pasteur fit bouillir l'urine pendant quelques minutes; puis il laissa refroidir le liquide, mais sans arrêter le feu qui chauffait le tube de platine. Pendant le refroidissement du ballon, contenant l'urine, l'air extérieur y rentrait, mais après avoir passé par le tube de platine rougi. Dans ces conditions, Turine se trouvait mise au contact d'un air chauffé, mais dont tous les germes qu'il pouvait tenir en suspension se trouvaient brûlés,

Dans une expérience ainsi faite, Tiirine ne s'altère jamais, elle e'prouve seulement une très faible oxydation directe qui fonce un peu sa couleur, mais elle n'éprouve de putréfaction d'aucune sorte. Lorsqu'on veut répéter cette expérience avec des liquides alcalins, tels que le lait, la température d'ébullition doit être un peu dépassée, circonstance facile à réaliser avec Tappareil qui vient d'être décrit. On ajoute à l'extrémité libre du tube de platine un tube de verre recourbé à angle droit, plongeant de quelques décimètres dans une cuve à mercure profonde, tant que dure l'ébuUition du lait. Cette ébuUition se fait alors sous une pression plus grande que la pression atmosphérique et, par conséquent, à une température plus éleve'e que 100 degrés.

Mais il fallait établir que les poussières qui flottent dans l'air renferment des germes d'organismes inférieurs. M. Pasteur plaça dans un tube une bourre de coton et aspira, à l'aide d'une petite trompe à eau, de l'air qui était obligé de passer dans le tube où il se filtrait pour ainsi dire en déposant toutes ses poussières dans la bourre. Prenant alors un verre de montre, M. Pasteur mit sur ce verre une goutte

d'eau, y plaça un instant la bourre de coton, la reprit légèrement humide, la malaxa et fit tomber sur une lamelle de verre cette goutte d'eau salie. M. Pasteur ajouta sur le verre une seconde, puis une troisième goutte et finit par extraire et rassembler sur la lamelle presque toutes les poussières contenues dans la bourre. L'opération est simple et chacun peut la faire. Si l'on observe alors au microscope une goutte prise sur la lamelle, on distingue des fragments de suie, des débris de laine, de soie, de coton, tout ce qu'on pourrait appeler les poussières mortes, et, au milieu de ces poussières mortes, apparaissent des poussières vivantes, c'est-à-dire des êtres appartenant au règne ve'gétal ou au règne animal, des œufs d'infusoires et des spores de cr3^ptogames. Germes, animalcules, flocons de moisissures se trouvent répandus dans l'atmosphère, prêts à tomber dans le milieu qui leur est propre et à se développer prodigieusement.

Ces petits corps d'apparence organisée que Ton rencontre associés au milieu de poussières amorphes et qu'on recueille sur la bourre de coton, sont-ils bien des germes d'êtres microscopiques? Si l'expérience renouvelée de celle de

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M. Pouchet est irréprochable, l'interprétation que lui donnait M. Pasteur n'était peut-être pas rigoureusement démontrée. En face du problème de l'origine de la vie, toutes les hypothèses sont possibles, tant que la vérité n'a pas été mise en pleine lumière. On pouvait donc dire à M. Pasteur : Oui, si l'air qui a passé à travers un tube de platine contient des germes et qu'il soit mis ensuite au contact d'un liquide tel que l'urine, préalablement porté à rébullition,il est clair que cet air ne peut provoquer ni fermentation, ni putréfaction, ni formation d'organismes, parce que les germes de ces derniers, qui étaient en suspension dans l'air, ont perdu toute vitalité en passant à travers le tube du platine rougi au feu. Mais de quel droit parlez-vous de germes? Qui vous dit que, pour déterminer l'existence et l'apparition d'un être microscopique dans un liquide putrescible ou fermentescible, il faille, comme vous le prétendez, l'existence préalable de germes? Le primiim movens de la vie des êtres microscopiques ne peut-il pas consister tout entier dans un milieu approprié, mis en activité par un certain fluide, magnétisme, électricité, ozone même? Or, par le passage de l'air dans votre tube de platine chauffé au

rouge, vous détruisez tout cela, et la stérilité de votre ballon d'urine n'a rien qui doive étonner.

Les partisans de la ge'nération spontanée avaient souvent de'veloppé ce raisonnement d'apparence redoutable. Aussi M. Pasteur jugea-t-i] nécessaire de pousser, plus avant encore qu'il ne l'avait fait, la preuve que les bourres de coton, sur lesquelles il avait filtré de Fair, étaient bien réellement chargées de germes.

Par un ingénieux dispositif expérimental, il ensemença les bourres de coton, chargées de poussières de l'air, dans ces mêmes liquides de tout à l'heure, tels que l'urine rendue stérile par l'ébullition. Les liqueurs devinrent fécondes, plus fécondes même que si on les eût exposées au libre contact de Tair atmosphérique. Or, qu'y avait-il dans ces poussières des bourres? rien que des particules amorphes, soies, brins de coton, fécule et, en outre, de très petits corps qui, par leur translucidité et leur structure, se confondaient avec des germes d'êtres microscopiques. On ne pouvait invoquer aucune présence de fluides impondérables.

Craignant toutefois que, dans un dernier esprit de doute, on n'attribuât au coton, en le

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considérant comme une matière organique, une influence quelconque dans la fécondité des infusions, M. Pasteur remplaça les bourres de coton par des bourres d'amiante, préalablement portées au rouge : le résultat fut le même.

M. Pasteur voulut éloigner davantage encore l'hypothèse de la présence dans l'air ordinaire de quelque chose d'inconnu qui, en dehors de tout germe microscopique, pouvait être la cause de la vie et de Tapparition des infiniment petits. Il commença une série d'expe'riences aussi simples que de'monstratives. Après avoir placé une infusion très altérable, en d'autres termes très propre à l'apparition d^êtres microscopiques, dans un ballon de verre à long col, il étira ce col à la lampe d'émailleur, de façon à laisser au col un très petit diamètre, en même temps, que par le mouvement de la main imprimé au verre fondu, il rendait ce col sinueux, comme un col de cygne. L'extrémité de ce col effilé restait ouverte. Il porta ensuite le liquide à l'ébuUition pendant quelques minutes jusqu'à ce que la vapeur d'eau sortît en abondance par l'extrémité du col. Dans de telles conditions, le liquide du ballon, si putrescible qu'il puisse être, se conserve indéfini-

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ment sans la moindre altération. On peut même le manier, le transporter d'un lieu dans un autre, le laisser exposé à toutes les variations des températures des saisons, le placer dans une étuve de 3o à 40 degrés : le liquide reste limpide comme à la première heure. C'est à peine s'il se manifeste une faible oxydation directe purement ciiimique des matières du liquide. L'air ordinaire, entrant avec force dans les premiers moments , arrive brusquement dans le ballon, mais il rencontre un liquide très voisin de la température de Tébullition, et lorsque le liquide est assez refroidi pour ne plus pouvoir enlever aux germes leur vitalité, la rentrée de l'air est assez ralentie pour que les germes, capables d'agir sur le liquide et d'y faire apparaître des productions organisées, soient déposés dans les courbures encore humides, sans arriver jusqu'au contact du liquide.

Vient-on, après des semaines, des mois et même plusieurs années de séjour dans une étuve, à détacher, par un trait de lime, le col du ballon, dans sa partie restée verticale, sans toucher autrement au ballon? Moisissures, mucors, bactéries, infusoires même, commencent de se montrer, après vingt-quatre ou quarante-huit

heures, absolument comme s'il s'agissait d^infusions re'centes exposées au contact de l'air ordinaire.

Les mêmes expe'riences peuvent se répéter avec des liquides un peu alcalins, tels que le lait, pourvu qu'on ait la pre'caution de produire l'ébullition à une tempe'rature supérieure à 100 degrés.

Le grand intérêt de la méthode de M. Pasteur est qu'elle achève de prouver sans réplique que l'origine de la vie dans les infusions qui ont été portées à l'ébullition est uniquement due aux particules solides en suspension dans l'air. Gaz, fluides divers, électricité, magnétisme, ozone, choses connues ou choses occultes, il n'y a rien dans l'air atmosphérique ordinaire qui, en dehors de ces particules solides en suspension, puisse amener la putréfaction ou la fermentation des infusions.

Enfin, pour achever de convaincre les esprits les plus prévenus, pour ne pas laisser la moindre contradiction debout, M. Pasteur montra un de ces ballons à col sinueux tels qu'il les avait préparés et conservés depuis des mois et des années. Le ballon était couvert de poussière. « Eh bien I disait-il, qu'avec un petit

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fragment de porcelaine, de verre ou de platine, vous enleviez un peu de cette poussière extérieure et que vous la fassiez arriver jusqu'au liquide en introduisant dans le col sinueux le petit fragment qui la supporte et en renversant le vase avec précaution, de manière que le petit fragment vienne à tomber dans le liquide, dès le lendemain, l'infusion, qui était restée d'une limpidité parfaite, se troublera et se comportera comme les infusions au contact de Tair ordinaire. »

Si Ton renverse le ballon de façon à faire arriver une gouttelette du liquide de l'infusion vers Textre'mité de la partie courbe du col, là où se sont arrêtées les poussières, et si Ton fait rentrer ensuite dans le ballon la gouttelette pour la mettre au contact de Tinfusion, le résultat est le même. L'altération se produit, les organismes microscopiques se multiplient. Enfin, si Ton prend un de ces ballons à l'épreuve de toute altération depuis des mois et des années, et si on l'agite violemment de façon que l'air extérieur rentre en masse et avec force, et si, après quelques secousses de cette nature, on replace le ballon à l'étuve, la vie y apparaîtra bientôt.

L'Académie des sciences avait, en i86o,pro-

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posé un prix dont elle avait précisé les conditions en ces termes :

« Essayer, par des expériences bien faites, de jeter un jour nouveau sur la question des géne'rations spontane'es. » L'Académie ajoutait qu'elle demandait des expériences précises, rigoureuses, également étudiées dans toutes leurs circonstances, telles en un mot qu'il fût possible d'en déduire quelques résultats dégagés de toute confusion née des expériences mêmes. M. Pasteur remporta le prix, et nul, on l'avouera, ne le méritait mieux que lui. Cependant, à ses yeux, le sujet était encore enveloppé de certaines difficultés. Dans les discussions ardentes auxquelles donnait lieu la question des générations spontanées, les partisans de la doctrine de la vie sans germes invoquaient à chaque instant une objection qui avait pour appui une opinion généralement admise, depuis l'époque d'un travail célèbre de Gay-Lussac relatif aux conserves d'Appert. Gay-Lussac était arrivé à cette conclusion qu'une condition de la conservation des substances animales et végétales dans le procédé d'Appert consistait dans Tabsence de Toxygène.

c( On peut se convaincre, disait-il, en anal}^sant l'air des bouteilles dans lesquelles les

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substances ont été conservées, qu'il n'y a plus d'oxygène et que l'absence de ce gaz est par conséquent une condition nécessaire pour la conservation des substances animales et végétales. ))

Bientôt on renchérit même sur cette proposition et ce fut une opinion courante dans la science que la moindre bulle d'oxygène ou d'air qui serait mise au contact d'une conserve suffirait pour en provoquer Taltération. Les partisans de la génération spontanée, les hétérogénistes formulaient dès lors en ces termes leurs objections à M. Pasteur : « Comment voulezvous qu'il y ait assez de germes d'êtres microscopiques pour que la plus petite bulle d'air contienne les germes qui peuvent se développer dans toutes les infusions organiques ? S'il en était ainsi, il y aurait dans l'air encombrement de germes organiques. » M. Pouchet disait et écrivait que cela formerait un brouillard épais, « dense comme du fer ».

Mais M. Pasteur montra que l'interprétation donnée à l'expérience de Gay-Lussac et la conséquence qu on en déduisait, au sujet de l'altération possible des conserves par une petite quantité de gaz oxygène, était tout à fait erronée. Gay-

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Lussac s^était trompé en disant que l'absence d'oxygène était une condition nécessaire de la conservation. Si, au bout d'un certain temps, une conserve d' Appert ne contient plus d'oxygène, c'est tout simplement parce que cet oxygène est peu à peu absorbé par les matières toujours plus ou moins chimiquement oxydables de la conserve ; mais , en réalité, il est très facile d'avoir des conserves d' Appert avec plus ou moins d'oxygène dans les vases. M. Pasteur ne tarda pas à reconnaître que l'interpre'tation donnée à l'expérience de Gay-Lussac pe'chait par un autre point. Il reconnut qu'il était faux qu'une petite quantité d'air fût capable de provoquer toujours un développement d'organismes microscopiques.

Plus re'pandus dans les villes que dans les campagnes, les germes deviennent plus rares à mesure qu'on s'éloigne des habitations. Les montagnes en ont moins que les plaines et, à partir d'une certaine hauteur, ils deviennent tout à fait rares.

Les expériences que fît M. Pasteur, pour mettre ces faits en évidence, furent extrêmement simples. Il prit une série de ballons, d'un quart de litre de capacité environ, dont il étira le col en

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Tefnlant à la lampe d'émailleur, après l'avoir à moitié rempli d'un liquide putrescible. Puis, il fit bouillir le liquide pendant quelques minutes, et, pendant Tébullition, alors que la vapeur sortait avec force par la partie effilée du col, il ferma cette partie effilée, à l'aide de la lampe d'émailleur. Ainsi préparés, des ballons peuvent être facilement transportés. Comme ils sont vides d'air, puisque celui qu'il contenait à l'origine a été chassé par la vapeur d'eau, l'air extérieur, au moment où l'on brise leur pointe effilée, se précipite brusquement avec tous les germes que cet air peut tenir en suspension. Si on les referme aussitôt après^ par un trait de flamme, et si on les abandonne ensuite à euxmêmes, on peut facilement reconnaître ceux qui s'altèrent. Or, M. Pasteur constata que, quel que fût le lieu où Ton opérait, un certain nombre de ballons n'éprouvaient aucune altération. Il ne faudrait cependant pas les ouvrir dans une pièce quelconque où l'on viendrait de soulever les poussières, après avoir, par exemple, épousseté des meubles ou balayé la pièce ; dans ce cas, tous les ballons s'altéreraient à cause de la grande quantité de germes soulevés et mis en suspension dans l'air.

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M. Pasteur partit pour Arbois avec des séries de ballons. Il en ouvrit à la campagne, loin des habitations; il en ouvrit d'autres au pied des hauteurs qui forment le premier plateau du Jura; une se'rie de vingt autres fut ouverte sur le mont Poupet, à 85o mètres au-dessus du niveau de la mer, et vingt autres enfin furent transportés au Montanvert, près de la Mer de glace, à 2,000 mètres d'éleVation. Il rapporta ensuite toute sa collection à Paris, et, au mois de novembre 1860, il la déposa sur le bureau de l'Académie des sciences.

Sur les vingt premiers ballons ouverts dans la campagne, huit renfermaient des productions organisées. Sur les vingt ouverts aux premières hauteurs du Jura, cinq seulement étaient altérés, et enfin, sur les vingt derniers ouverts au Montanvert par un vent assez fort qui soufflait des gorges profondes du glacier, un seul était altéré.

Si on faisait une pareille série d'expériences dans un aérostat, on reconnaîtrait aisément que Tair des hauteurs de l'atmosphère est absolument privé de germes. Il faudrait avoir, bien entendu, la précaution de se garantir de l'introduction des poussières que pourraient porter avec eux les agrès et les aéronautes.

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Mais nous n'avons pas encore tout raconté. Jusqu'à présent, toutes ces expériences si concluantes n'avaient porté que sur des liquides organiques, très altérables, il est vrai, mais qui tous avaient subi la température de Tébullition ou même une température plus élevée que 100 degrés. Les partisans de la génération spontanée pouvaient donc être autorisés à dire que si l'on avait pris la précaution de mettre au contact d'un air pur des liquides organiques naturels, dans Tétat où la vie végétale et animale les élabore, les choses se seraient passées autrement. C'est alors que la vie aurait apparu spontanément par la naissance d'êtres microscopiques. Aucun adversaire de M. Pasteur n'avait formulé cet argument; mais M. Pasteur, qui a au dedans de lui-même un adversaire toujours présent, toujours en éveil, prêt à ne céder que devant la force des preuves accumulées, s'adressait cette objection. Il ne fut satisfait que le jour où il réussit à l'écarter complètement. Dépouillant, à l'aide de dispositions expérimentales ingénieusfîs. Pair de tout germe vivant, il mit au contact de cet air pur les liquides les plus putrescibles, notamment du sang veineux ou du sang artériel ex de l'urine. Il prenait ces

^4.0 HISTOIRE d'uN SAVANT.

liquides directement dans les veines, dans les artères et dans la vessie d'animaux en pleine santé. Aucune altération ne se produisit. Il y eut, avec le temps, une absorption chimique de petites quantités de gaz oxygène, mais ni fermentation ni putréfaction n'apparurent; pas le moindre développement de bactéries, de vibrions ou de moisissures. Cest alors que M. Pasteur put légitimement s'écrier dans cette célèbre leçon de la Sorbonne :

« Non, il n'y a aucune circonstance aujourd^'hui connue qui permette d'affirmer que des êtres microscopiques sont venus au monde sans germes, sans parents semblables à eux. Ceux qui le prétendent ont été le jouet d'illusions, d'expériences mal faites, entachées d'erreurs qu'ils n'ont pas su apercevoir ou qu'ils n'ont pas su éviter. La génération spontanée est une chimère. »

M. Pasteur n'était pas le seul à manifester une conviction aussi arrêtée. M. Flourens , secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, prononça un jour ces paroles, devant l'Académie tout entière, avec l'autorité d'un président de cour prononçant un arrêt :

c( Tant que mon opinion n'était pas formée,

je n'avais rien à dire ; aujourd'hui, elle est formée et je la dis. Les expe'riences sont décisives. Pour avoir des animalcules que faut-il, si la génération spontanée est réelle ? De l'air et des liquides putrescibles. Or, M. Pasteur met ensemble de l'air et des liquides putrescibles et il ne se fait rien. La génération spontanée n'esi donc pas. Ce n'est pas comprendre la questior que de douter encore. )>

Mais quelques adversaires doutaient toujours Lorsque M. Pasteur eut annoncé le résultat dt ses expériences et apporté devant l'Académie ses séries de ballons, M. Pouchet et M. Joly annoncèrent que si M. Pasteur avait ouvert ses ballons dans le Jura et sur la jNler de glace, ils étaient allés, eux, au sommet de la Maladetta et que les résultats de M. Pasteur n'étaient pas exacts.

M. Pasteur demanda des juges à l'Académie. Seule, une commission, disait-il, terminera le débat. La commission fut nommée, et, de part et d'autre, les positions furent nettement prises.

« J'affirme, déclarait M. Pasteur, qu'en tout lieu il est possible de prélever, au milieu de l'atmosphère, un volume d'air déterminé qui ne

contienne ni œuf ni spore et ne produise aucune ge'nération dans les solutions putrescibles. »

De son côté, M. Joly écrivait : « Si un seul de vos ballons demeure inaltéré', nous avouerons loyalement notre défaite. » Enfin, M. Pouchet, aussi net, aussi affirmatif que M. Pasteur, disait : « J'atteste que, sur quelque lieu où je prendrai un décimètre cube d'air, dès que je mettrai celui-ci en contact avec un liquide fermentescible, renfermé dans un matras hermétiquement clos, constamment celui-ci se remplira d'organismes vivants. »

Cette double déclaration, qui passionna à cette époque tout le monde savant, avait lieu au mois de janvier 1864. Pressé d'engager l'action, M. Pasteur attendait avec impatience que la commission ordonnât cette prise d'air qui devait tout décider; mais M. Pouchet sollicita un délai, voulant, disait-il, attendre l'époque des chaleurs. M. Pasteur s'étonna et se résigna cependant à attendre. Le i5 juin, la commission et les adversaires se réunirent.

a Comme toute la contestation porte sur un simple fait, déclara la commission, une seule expérience doit être provoquée et c'est elle seule qui fermera la discussion. »

LES GÉNÉpATIONS SPONTANEES. 14]

Malgré cette clause, les partisans de la génération spontanée voulurent recommencer toute la série de leurs expériences. Vainement la commission essaya-t-elle de leur persuader que c'était rendre le jugement aussi long que Pavait été la discussion elle-même, que tout, encore une fois, portait sur un fait et que, ce fait, une seule expérience suffirait pour l'établir. Les hétérogénistes ne voulurent rien entendre. M. Pouchet et M. Joly se retirèrent.

c< Il est bien certain, racontait un historien exact et autorisé de ces débats, M. Jamin, que les hétérogénistes, de quelque façon qu'ils aient coloré cette retraite, se sont eux-mêmes condamnés. S'ils avaient été sûrs du fait, — qu'ils s'étaient solennellement engagés à prouver sous peine de s'avouer vaincus, — ils auraient tenu à le montrer, car c'était le triomphe de leur doctrine. On ne se laisse condamner par défaut que dans les causes dont on se défis, «

Après avoir ainsi résolu le problème de la géne'ration spontanée, problème qui n'était qu'une parenthèse imposée à son esprit, M. Pasteur revint aux fermentations. Guidé par ses dernières études sur le vinaigre et d'autres observations de détail, il entreprit de rechercher les causes qui pouvaient provoquer les maladies des vins. Les explications de ces altérations, telles que la science les donnait alors, ne reposaient que sur des hypothèses. Tout le monde, depuis Chaptal, en passant par Liebig et Berzelius, croyait que le vin est un liquide dont les di< vers principes réagissent les uns sur les autres par des actions mutuelles et lentes. Le vm, disait-on, est sans cesse en travail. Lorsque la

146 HISTOIRE d'un savant.

fermentation du raisin est achevée, l'e'quilibre n'est pas établi entre les divers principes de la liqueur. Elle a besoin de temps pour se faire, pour que ces principes se fondent les uns dans les autres. Si ce développement des actions réciproques, ajoutait-on, n'est pas re'gulier, le vin devient malade. G'e'tait, en d'autres termes, la doctrine de la spontanéité. Sans appui dans des expériences raisonnées, ces explications ne pouvaient satisfaire M. Pasteur, au moment où il venait de mettre en évidence qu'il n'y a rien de spontané, pas plus dans les phénomènes de fermentation qu'au sein des infusions et des liquides organiques d'origine animale ou végétale.

M. Pasteur essaya tout d'abord de montrer que le vin ne travaille pas autant qu'on le suppose. Sans doute, le vin étant un mélange de diverses substances, parmi lesquelles il y a des acides et de l'alcool, il doit se former avec le temps des éthers particuliers, et des réactions du même o'rdre prennent peut-être naissance ^ entre les autres principes également contenus dans le liquide. Mais si l'on ne peut nier l'exactitude de tels faits, établis sur des lois générales, confirmés et étendus par des travaux récents,

ÉTUDES SUR LE VIN. ï47

M. Pasteur pensait que Ton en tirait une fausse application, lorsqu'on voulait les faire servir à expliquer le vieillissement des vins ou leurs maladies, en un mot, les principaux changements de bonne ou de mauvaise nature dont les vins sont le siège e'vident. Bientôt le vieillissement du vin lui parut résider essentiellement dans des phénomènes d'oxydation dus à l'oxygène de Pair qui se dissout et pénètre dans le vin. lien donna des preuves manifestes. Je n'en citerai qu'une seule. Du vin jeune qu'on enferme dans un vase de verre hermétiquement clos garde sa verdeur; il ne se fait pas, il ne vieillit pas. M. Pasteur démontra, en outre, que toutes les pratiques de la vinification s'expliquent par la double nécessité d'oxygéner le vin au degré convenable et de prévenir ses altérations. Quant à la recherche des causes mêmes de ces altérations, M. Pasteur, obéissant toujours à une idée préconçue, en se réservant le soin de la contrôler avec toute la rigueur de la méthode expéri* mentale, se demanda si les maladies du vin ne proviendraient pas de ferments organisés, de petits végétaux microscopiques. Dans ces altérations, pensait-il, il doit y avoir des influences étrangères à la composition norm^ale du vin.

148 HISTOIRE d'un savant.

Cette h3^pothèse se vérifia. Entre ses mains, les altérations des vinsse montrèrent corrélatives de la présence et de la multiplication de végétations microscopiques. Gomme ces végétations trouvent dans le vin des conditions favorables à leur développement, elles Taltèrent soit par la soustraction de ce qu'elles lui enlèvent pour leur nourriture propre, soit principalement par la formation de nouveaux produits qui sont un effet même de la multiplication de ces parasites dans la masse du vin.

Tout le monde sait ce que c'est que le vin acide, le vin piqué, le vin aigre. Les expériences antérieures de M. Pasteur ont clairement démontré que Ton n'a jamais vu une portion quelconque de vin devenir acide, piqué, en un mot vinaigre, en dehors de la présence du petit champignon microscopique désigné sous le nom de mycodei^ma aceti. Cette petite plante est Tintertnédiaire obligé de Tacescence, de la condensation de l'oxygène de l'air et de sa fixation sur l'alcool du vin, quand celui-ci devient du vinaigre. ChaptaUqui publia un volume sur l'art de faire le vin, connaissait l'existence de ces fleurs du mycoderme, mais ce n'étaient à ses yeux que « des ébauches de végétation », dont l'influence sur

ics qualités des liquides ne se faisait nullement sentir. Uutre le mycodeivna aceti, qui est la marque de Tacétification, il y a un autre mycoderme que Ton appelle le mjcoderma vini. Il ne dépose, lui, rien de nuisible, et ses fleurs se développent de préférence sur les vins jeunes, encore verts, conservant Tastringence des premiers temps de leur fabrication. Les exigences des deux sortes de fleurs sont telles que, même en ensemençant de la fleur du vinaigre à la surface d'un vin jeune, le développement n'aurait pas lieu. Inversement, le mycodeivna vini semé sur des vins qui ont vieilli en tonneau et en bouteilles refuserait de s'y multiplier. Le mycoderma vini n'altère point le vin, le vin ne tourne point à l'acide. Au fur et à mesure que le vin vieillit, la fleur du vin tend à disparaître, le vin se dépouille, pour employer une expression consacrée. Physiologiquement parlant, le vin perd de son aptitude à nourrir le mjcoderma vini qui, se trouvant progressivement privé d'aliments appropriés, se fane, s'atrophie. Mais c'est alors que le mycoderma aceti peut apparaître et se multiplier avec une facilité d'autant plus grande qu'il puise assez longtemps sa première nourriture dans les cellules mSmes du mycoderma vini.

i5o HISTOIRE d'un SAVANT.

Le mfcodenna aceti a eu une trop large part dans les pages du commencement de ce livre pour quMl soit nécessaire d'y revenir.

Il est une autre maladie très commune qui attaque les vins, lorsque la grande chaleur de rété commence de se faire sentir dans les caves. On dit que les vins sont tournés, sont montés, ont la pousse. Le vin est légèrement troublé et prend un goût à la fois fade et piquant. Quand on le verse dans un verre, de petites bulles de gaz très fines viennent former couronne à la surface. En élevant le verre entre l'œil et la lumière, on distingue, à la moindre agitation, des ondes soyeuses qui se déplacent et se meuvent dans le liquide en divers sens. Lorsque le vin qui tourne est en tonneau^ il n'est pas rare de voir le fond du tonneau bomber un peu et parfois des suintements se produire aux joints des douves. Si Ton pratique un fausset, le vin jaillit et voilà pourquoi l'on dit que le vin a la pousse.

Les auteurs qui avaient écrit sur le vin attribuaient cette maladie à la lie qui remonte. Ils croyaient que le dépôt, qui existe toujours en plus ou moins grande quantité à la partie inférieure des tonneaux, se soulève et se répand dans toute la masse du vin.

ÉTUDES SUR LE VIN. l5l

Rien n'est plus inexact. Si ce phe'nomène se produit parfois, c'est-à-dire que le de'pôt remonte dans la masse du vin, la cause en est due à une diminution brusque de la pression atmosphérique, dans les temps d'orage, par exemple. Gomme le vin est toujours chargé de gaz acide carbonique qu'il tient en dissolution depuis le moment de la fermentation, on conçoit qu'un abaissement de pression barométrique fasse dégager des bulles d'acide carbonique. Ces bulles, s'élevant de là partie inférieure du tonneau, peuvent soulever alors une partie du dépôt qui vient se mêler au vin et le trouble. Mais la cause réelle de la maladie que Ton appelle à proprement parler la maladie du vin tourné tient à un tout autre motif. Ce trouble, sans aucune exception, est dû à la présence de petits filaments d'une extrême ténuité ; ils ont un millième de millimètre de diamètre environ. Leur longueur est très variable. Ce sont eux qui, lorsque le vin est agité, donnent lieu à ces ondes soyeuses se mouvant en divers sens. Souvent le dépôt du tonneau laisse un amas de ces filaments très longs, enchevêtrés les uns dans les autres, formant une masse glutineuse qui, au microscope, n'est pour ainsi dire composée que de ces pe'cits filaments. En agis-

l52 HISTOIRE d'un savant.

sant sur certains principes du vin, particulièrement sur le tartre, ce ferment dégage de l'acide carbonique. Le phénomène de la pousse se produit alors, parce que, si le tonneau est terme', la pression intérieure du liquide augmente. Ainsi s'explique également le pétillement et la couronne de petites bulles de gaz, lorsqu'on verse le vin tourne' dans un verre. En un mot, la maladie du vin tourné n'est autre chose qu'une fermentation due à un ferment organisé qui, sans nul doute, provient originairement de germes pris à la surface des grappes de raisin au moment de la récolte ou dans quelques grains avariés, comme il s'en trouve toujours dans la vendange. Il est bien rare de ne pas trouver ce parasite des vins tournés parmi les matières des dépôts du vin au fond des tonneaux, mais ce parasite n'est gênant que s'il vient à se multiplier beaucoup. Le moyen d'empêcher cette multiplication, M. Pasteur le trouva dans un remède préventif très simple, également applicable à d'autres maladies des vins, la maladie de l'amertume et la maladie de la graisse.

Beaucoup de vins prennent avec Tâge un goût d'amertume plus ou moins prononcé et jusqu^à devenir parfois impropres à la consommation.

ETUDES SUR LE VIN. i53

Les vins rouges sans exception sont sujets à cette maladie, mais elle atteint de préférence les vins des meilleurs crus et particulièrement les vins les plus fins de la Côte-d'Or. Cest encore un petit champignon filamenteux qui se charge de cette besogne. Et non seulement il détermine dans le vin une amertume qui lui enlève peu à peu toutes ses qualités, mais il forme, en outre, dans les bouteilles un dépôt qui n'est jamais adhérent au verre et qui trouble tout le vin. C'est dans ce de'pôt que flottent les filaments de ce champignon.

Si les vins blancs n'ont pas à redouter cette maladie de Tamer, ils sont exposés, surtout les vins blancs du bassin de la Loire et de FOrléanais, à la maladie de la graisse. Les vins perdent leur hmpidité; ils deviennent plats et fades ; ils filent comme de Phuile. La maladie se de'clare dans les tonneaux ou dans les bouteilles les mieux bouchées. M. Pasteur a reconnu que la graisse des vins est encore produite par un ferment spécial qui se montre au microscope formé de filaments à la manière des ferments des maladies précédentes, mais différents de structure et d'action physiologique sur le vin.

i54 HISTOIRE d'uN SAVANT.

En résumé, d'après les observations de M. Pasteur, les altérations des vins ne doivent dans aucun cas être attribuées à un travail naturel des principes du vin qui proviendraient d'une sorte de mouvement intérieur tout spontané et que commanderaient seulement des variations de température ou de pression atmosphe'rique. Elles sont, au contraire, exclusivement sous la dépendance de développements d'organismes microscopiques dont les germes existent dans le vin depuis le moment de la fermentation originelle qui lui a donné naissance. Quelle profusion de germes de toute nature ne doit-on pas introduire dans une cuve de vendange ! Que d'altérations ne rencontre-t-on pas dans les feuilles, dans tel ou tel grain de raisin avarié! Que de poussières organiques diverses sur les bois des grappes, à la surface des grains, sur l'attirail servant aux vendangeurs! Que de moisissures de toute espèce! Une foule de ces germes sont évidemment stériles dans le vin dont la composition à la fois acide, alcoolique et privée d'air se prête si peu à la vie. Mais y a-t-il lieu d'être surpris que quelques-uns de ces germes extérieurs, si nombreux, et possédant à un degré plus ou moins marqué le caractère anaérobie trouvent

à tel ou tel moment de l'état du vin les conditions de leur existence et de leur multiplication ?

La cause de ces altérations était trouvée. Restait à empêcher le développement de tou's ces parasites. Les premières tentatives de M. Pasteur eurent pour objet la recherche de substances qui, àPabsence d'odeur et de saveur particulière, joindraient la vertu d'être inoffensives, mais dont la présence s'opposerait à la vie de ces ferments de maladies. Dans cette voie, le succès était soumis à trop de conditions pour être facilement réalisable. Après des essais infructueux, M. Pasteur eut Tidée de recourir à l'influence de la chaleur. Il ne tarda pas à reconnaître qu'il suffisait de porter le vin, pendant quelques instants seulement, à une température de 55 à 60 degrés pour qu'il fût mis à l'abri de toute altération ultérieure. Ses expériences portèrent d'abord sur la maladie de l'amertume. Il se procura les vins des grands crus de la Bourgogne, vins de Beaune et de Pomard d'années diverses, années i858, 1862 et i863. Vingt-cinq bouteilles furent laissées debout pendant quarante-huit heures, pour permettre à toutes les petites particules solides en suspension dans le

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vîn de se déposer. Quelque limpide que soit un vin, il donne toujours lieu à un dépôt, si faible qu'il puisse être. M. Pasteur de'canta ensuite le vin avec un soin minutieux, à l'aide d'un siphon de très faible débit. Cette dernière pre'caution était nécessaire pour ne pas soulever et entraîner le dépôt formé. Lorsqu'il ne resta plus dans chaque bouteille qu'un centimètre cube de liquide, M. Pasteur agita la bouteille pour ramasser tout le dépôt dans cette petite quantité de liquide, puis il examina successivement au microscope chacun de ces fonds de bouteilles. Il aperçut nettement quelques filaments de ferments. Les vins cependant n'accusaient pas au goût la moindre amertume. Mais le germe d'un mal possible s'y trouvait et il est aisé de comprendre que le mal ne se fait sentir au palais que si les petits champignons ont pris un assez grand développement.

M. Pasteur chauffa alors, sans la déboucher, une bouteille de chaque sorte de ces vins de Beaune et de Pomard. Le chauffage fut porté à une température de 60 degrés. Après le refroidissement de ces bouteilles, il les plaça, en les couchant, à côté d'autres bouteilles non chauffées et également couchées des mêmes vins. Les

ÉTUDES SUR LE VIN. iSy

unes et les autres restèrent dans une cave dont la température variait, en été, entre i3 et 17 degrés. Tous les quinze jours, M. Pasteur venait passer l'inspection. Sans déboucher les bouteilles, il les élevait de façon à regarder dans la gouttière du fond de chaque bouteille placée entre l'œil et la lumière, et à pouvoir constater la moindre formation de dépôt. En moins de six semaines, particulièrement pour le vin de Tannée i863, un dépôt flottant très apparent commença de se former dans toutes les bouteilles qui n'avaient pas été chauffées; ces dépôts augmentèrent progressivement. En examinant ces dépôts au microscope, tous se montrèrent forme's de filaments organisés, mélangés quelquefois d'un peu de matière colorante devenue insoluble. Nul dépôt n'apparut dans les bouteilles chauffées.

L'idée première du chauffage des vins n'appartient pas à M. Pasteur. Les personnes qui aiment à rechercher les questions de priorité trouveront dans les œuvres des agronomes latins diverses pratiques de conservation des vins qui, toutes, reposent sur Temploi de la chaleur. D'autres fois, pour donner au vin de la durée, on

i58 HISTOIRE d'un SAVANT.

ajoutait à la vendange des proportions variables de moût cuit, réduit à la moitié ou aux deux tiers, dans lequel on avait fait infuser de Tiris, de la myrrhe, de la canelle, de la poix résine et d'autres ingrédients. Mais, pour citer des exemples plus rapprochés. Appert, dont les conserves sont devenues si populaires, raconte qu'il envoya à Saint-Domingue quelques bouteilles de vin de Beaune, préalablement chauffées au bain-marie à 70 degrés et qu'il compara à leur retour en France deux bouteilles de ce vin avec une bouteille du même vin resté au Havre et une autre bouteille également du même vin resté dans sa cave, — toutes deux n'ayant pas subi l'opération du chauffage. La supériorité du vin qui revenait de Saint-Domingue, dit Appert, était incontestable. Rien n'égalait sa finesse et son bouquet. Mais Appert ne signalait nullement comme vin altéré ou malade le vin des deux bouteilles restées en France. Il n'y avait point dans cette remarque une observation complète, il y avait simplement la constatation du fait qu'un long voyage, ce qu'on savait déjà, joint à l'emploi de la chaleur, avait eu un excellent effet sur du vin de Beaune. Cet incident était tombé dans l'oubli, dans un oubli si complet que ce fut

ÉTUDES SUR LE VIN. i5q

seulement en i8G5 que M. Pasteur, se livrant à des recherches historiques pour composer ses Études sur le vin, rencontra par hasard rhistoire des bouteilles de Saint-Domingue et s'empressa de la raconter à TAcadémie. Mais M. Pasteur eut sur la question du chauffage des vins un débat de priorité auquel il ne s'attendait guère. Un viticulteur bourguignon, M. de Vergnettc, qui, après avoir proposé d'abord comme système protecteur la congélation des vins, avait parlé ensuite sans grande précision de la chaleur comme d'un autre moyen de conservation, réclama une grande part d'invention dans le procédé de M. Pasteur. « Si, après avoir soumis à l'épreuve de la chaleur, disait M. de Vergnette, quelques échantillons de vins que l'on veut exporter, on reconnaît que ces vins ont résisté, on peut les expédier. Dans le cas contraire, on devra s'abstenir. » C'était, dans la pensée de M. de Vergnette, à la composition du vin, à son état robuste, à sa bonne constitution que le vin devait sa propriété de pouvoir supporter le chauffage. M. Pasteur n^eut pas de peine à démontrer que ces assertions sont en pleine contradiction avec l'expérience. Jamais un vin ne s'altère par l'application modérée

lOo HISTOIRE D UN SAVANT.

de la chaleur à Tabri de l'air, et c'est précisément lorsqu'il est d'une santé douteuse qu'il faut lui faire subir l'opération du chauffage, car cette opération ne l'altère pas plus que s'il était d'une santé robuste. Tous les vins peuvent subir l'action de la chaleur sans s'altérer le moins du monde et une minute de chauffage, au degré voulu, suffit pour assurer la conservation d'un vin quel qu'il soit. Grâce à cette opération, le vin le plus faible, le plus disposé à tourner à l'aigre, à la graisse, le vin qui est menacé d'amertume est garanti des alte'rations qu'il aurait pu éprouver.

Rien n'est plus simple que de réaliser les conditions du chauffage en bouteilles. On les porte, après avoir solidement ficelé le bouchon pour l'empêcher de sauter, dans un bain-marie. Un panier en fer est utile. L'eau doit s'élever jusqu'à la cordeline. Au milieu de ces bouteilles, on en place une remplie d'eau où plonge la boule d'un thermomètre. Dès que le thermomètre marque 55 à 60 degrés, on retire le panier. Il serait imprudent d'en remettre un autre immédiatement. L'eau trop chaude pourrait faire éclater les bouteilles froides. On attend que l'eau ait un peu tie'di ou que les bouteilles du second

ÉTUDES SUR LE VIN. i6l

panier aient été déjà placées dans une eau dégourdie.

Mais si M. Pasteur avait prévu jusqu'aux moindres détails pour prévenir les altérations ou les arrêter, il sentait encore que Ton n'avait pas pleine confiance dans l'efficacité d'un procédé qui devait, pensait-on, nuire soit au goût, soit à la couleur, soit à la limpidité' du vin. Après avoir provoqué le jugement de personnes du monde qui presque toutes, si elles firent une différence, l'établirent consciencieusement en faveur des vins chauffés, M. Pasteur voulut avoir une opinion plus décisive. Il s'adressa d'abord à des courtiers, à des négociants très exercés à saisir dans les vins les moindres de leurs qualités, puis il tenta une grande expérience de dégustation. Le i6 novembre i865, — les dégustateurs n'ont pas oublié la date, — une souscommission, nommée par la commission représentative du commerce des vins en gros de Paris, se rendit à l'Ecole normale pour donner son avis sur un nombre très respectable d'échantillons Après une série d'appréciations qui reconnaissaient sinon une supériorité sur le vin chauffé, du moins une nuance de goût imperceptible qui échapperait, disaient les dégustateurs émérites,

i62 HISTOIRE d'un savant.

aux neuf dixièmes des consommateurs, M. Pasteur, craignant qu'il ne restât encore dans Tesprit du plus grand nombre des membres de la commission une légère prévention contre l'opération du chauffage et que l'imagination n'eût une petite part dans l'examen de ces nuances de goût, demanda à la commission de Tautoriser à ne plus indiquer, dans une séance suivante, si tel échantillon était un échantillon de vin chauffé ou de vin non chauffé. La commission, qui n'avait d'autre désir que celui de connaître la vérité, s'empressa d'accepter. L'incertitude sur la préférence à donner aux vins chauffés ou non chauffés fut amusante, tant elle était absolue. Il va sans dire que les vins non chauffés n'avaient pas éprouvé la plus petite alte'ration. Ils ne se distinguaient des autres que par la simple opération du chauffage. Mais à un certain moment, M. Pasteur, qui était cependant émerveillé de la délicatesse extraordinaire du palais de ces dégustateurs, usa d'une petite supercherie. Il leur offrit deux échantillons absolument identiques, sortant de la même bouteille. Il 3^ eut des préférences,, bien légères il est vrai, mais gravement exprime'es, pour tel ou tel verre. La commission, faisant allusion dans son rapport à cette

ETUDES SUR LE VIN. i63

dégustation spéciale, fut la première à convenir de bonne grâce que les différences entre le vin chauffé et non chauffé étaient insignifiantes, imperceptibles quand elles existaient, et que l'imagination, ajoutait le rapporteur, n'était pas sans avoir une grande influence sur la dégustation, puisque les membres de la commission euxmêmes étaient tombés dans un petit piège expérimental.

Ainsi M. Pasteur, après avoir expliqué les causes qui déterminent les altérations des vins, avait trouvé les moyens de les combattre pratiquement, avec certitude et succès. Il avait pu, grâce à l'application de la chaleur, ne modifier ni la couleur ni le goût des vins, en assurer la limpidité, les rendre capables de se conserver indéfiniment en vases clos. Si ces vins, exposés trop longtemps à l'air, risquaient de s'altérer de nouveau, c^est parce que l'air leur apportait de nouveaux germes vivants de ces ferments qu'ils avaient perdu par Faction de la chaleur. Mais ces germes d'altération qui viennent de l'air sont si peu de chose, quand on les compare à ceux qui viennent du vin lui-même, que Ton peut presque dire que le chauffage rend le vin inaltérable, même après qu'il a été transvasé au contact de

i64 HISTOIRE D'UN SAVANT.

l'air. Par une série d'expériences qui ne devaient rien au hasard^, dirigées, comme le disait un jour M. Dumas, avec le sentiment profond des lois de la nature et la connaissance exquise des moyens que la science possède pour les mettre en e'vidence, une des plus grandes questions économiques était résolue. Les vins pouvaient être gardés ou transportés en tout pays sans que leur goût ou leur parfum en fût altéré. Ces expériences de laboratoire devaient, par une large exploitation, — car on imagina bientôt des appareils puissants pour chauffer le vin des tonneaux, — prendre les proportions d'un bienfait public.

Avez-vous jamais assisté, dans certains départements du Midi, aux éducations des vers à soie? La vie des populations est suspendue à l'existence des précieux insectes. On ne voit dans chaque maison que des claies où se traînent les vers. On en met jusque dans la cuisine, et souvent, même dans les familles aisées, ils occupent les meilleures chambres. Là où Ton fait de grandes éducations, s'élèvent, dans d'immenses hangars, sous des toits à tuiles disjointes, de véritables étagères de claies, où des milliers et des milliers de vers rampent sur des litières qu'ils ont l'instinct de ne jamais quitter. Grandes ou petites, les magnaneries sont partout. Les gens ne s'abordent pas pour se dire : Com-

i66 HISTOIRE D UN SAVANT.

ment allez-vous? mais: Gomment vont-ils? La nuit, on se relève pour leur donner à manger ou pour entretenir dans la chambrée une chaleur convenable. Et que d'inquiétudes au moindre changement de temps! La feuille du mûrier ne sera-t-elle pas mouillée? La digestion se ferat-elle bien? La digestion! grande affaire pour la santé des vers qui ne font guère que manger tout le temps de leur vie ! Leur appétit devient surtout insatiable durant les derniers jours de l'éducation. Tout le monde est alors sur pied jour et nuit. Ce ne sont à tout moment que sacs de feuilles qu'on apporte et que l'on éparpille sur les litières. Parfois le bruit des vers triturant ces feuilles ressemble au bruit de la pluie sur des arbres touffus. Avec quelle impatience on attend le moment oii, arrivés à leur dernière mue, les vers, le corps gonflé de soie, monteront sur la bruyère pour s'enfermer dans leur prison d'or et y devenir chrysalides! Quels jours de fête que ceux où l'on recueille les cocons, où l'on fait, comme disait Olivier de Serres, la cueillette de la soie!

Ainsi que toutes les récoltes agricoles, cette cueillette est exposée à bien des risques. Presque toujours cependant elle paie l'éducateur de ses

peines, et parfois elle le paie largement. Mais, en 1849, après une année exceptionnellement bonne, et sans qu'aucune condition atmosphérique expliquât de pareils faits, des chambrées échouèrent presque complètement; une maladie, qui peu à peu prit les proportions d'une épidémie, s'abattit sur les magnaneries. Vers à peine éclos ou vers arrivés à leur dernière mue, bon nombre étaient frappés. Peu importait la phase que traversait le ver, toutes l'exposaient au mal.

Il n'est guère de collégien qui n'ait élevé' au fond de son pupitre cinq ou six vers à soie, les nourrissant au besoin, à défaut de feuilles de mûrier, de quelques feuilles de laitue ou même de salsifis. Aussi est-il à peine nécessaire de rappeler comment vient, grandit et se transforme le ver à soie. Sortant de son œuf, que l'on appelle une graine, tant cet œuf ressemble à une petite semence ye'gétale, le ver naît au printemps, dès les premiers beaux jours. Il ne pèse alors qu'un à un et demi-milligramme. Peu à peu, sa grosseur et son activité augmentent. Le septième jour de sa naissance, il s'arrête sur une feuille et paraît s'endormir. Il reste ainsi pendant près de trente

ï68 HISTOIRE d'uN SAVANT.

heures. Bientôt sa tête remue, comme si elle ne tenait plus au reste du corps, et, sous la peau de cette tête, apparaît une seconde tête toute neuve. Comme s'il sortait d'un e'tui, le ver se de'gage de sa vieille peau fle'trie. Voilà ses pattes de devant, voilà les fausses pattes qu'il porte à son arrière. Le ver est enfin tout entier. Il se repose un instant et se met à manger. Au bout de quelques jours, nouveau sommeil , nouvelle peau, nouvelle mue, puis une troisième, puis une qua« trième me'tamorphose. Huit jours environ après la quatrième mue, le ver ne mange plus, son corps devient plus effilé, plus transparent, il cherche à quitter sa litière, il lève la tête, il paraît inquiet. Il suffit de placer alors quelques brindilles desséchées de bruyère pour qu'il s'y accroche, qu'il y monte et qu'il n'en descende plus. C'est là qu'il file son cocon et qu'il devient chrysalide. Lorsque les vers d'une chambrée ont tous filé leur soie, les cocons sont étouffés dans des étuves à vapeur d'eau bouillante et, après les avoir fait sécher au soleil, on les livre aux filatures. Si Ton veut, pour avoir de la graine, réserver une partie des cocons, au lieu de les étouffer on les réunit en chapelets, en filanes, suivant le mot consacré. Après trois semaines environ,

LA MALADIE DES VERS A SOIE. i6()

le papillon sort de sa chrysalide, perce le cocon au moyen d^une liqueur qu'il laisse échapper de sa bouche et qui a la propriété de ramollir tellement la soie que le papillon peut traverser le cocon. A peine s^est-il essuyé et a-t-il développé ses ailes que mâles et femelles s'accouplent pendant quelques heures. Puis les femelles pondent leurs œufs. Elles peuvent en pondre de quatre à six cents. Voilà toutes les phases que traversent les vers à soie dans l'espace de deux mois.

Eh bien ! dans cette maladie qui désola les magnaneries, en 1849, 1^^ symptômes e'taient multiples et changeants. Quelquefois la maladie s'annonçait immédiatement. Beaucoup d'œufs étaient ste'riles ou les vers mouraient dès les premiers jours de leur naissance. Souvent Téclosion était excellente, les vers arrivaient jusqu'à la première mue, mais cette mue se faisait mal. Un grand nombre de vers, prenant peu de nourriture à chaque repas, restaient plus petits que les autres, avaient un aspect un peu luisant et une teinte noirâtre. Au lieu de vers re'guliers, parcourant ensemble toutes les phases de cette première mue, Te'ducation commençait de présenter une inéga-

lyo HISTOIRE D UN SAVANT.

lité sensible qui s^accusait de plus en plus à chacune des mues suivantes. Bien loin de voir sur les tables les vers foisonner pour ainsi dire, comme s'ils augmentaient en nombre, il y avait partout des places vides. Chaque matin, on relevait des cadavres sur'les litières.

Le mal se présentait quelquefois dans des conditions plus cruelles. La chambrée avait très bien marché jusqu'à la troisième et même jusqu'à la quatrième mue; Tégalité et la santé des vers ne laissaient rien à désirer; mais, à partir de la quatrième mue, les craintes de Téducateur commençaient. Les vers ne blanchissaient pas, ils conservaient une teinte rouillée. Leur appétit diminuait, ils s'éloignaient même de la feuille qu'on leur offrait. Des taches apparaissaient sur leur corps : meurtrissures noires, irrégulièrement disséminées sur la tête, sur les anneaux, sur les fausses pattes, sur Péperon. Çà et là on apercevait des vers morts. En soulevant la litière, on en trouvait un grand nombre. Toute chambrée atteinte était une chambrée perdue. En i85o et en i85i, les échecs se renouvelèrent Quelques éducateurs, découragés, attribuèrent ces accidents à la mauvaise graine, et en firent venir de Tétranger.

Tout alla d'abord à souhait. L'année i853, où s'élevèrent en France beaucoup de ces graines, fut une des plus productives du siècle. On fît jusqu'à 26 millions de kilogrammes de cocons, qui produisirent un revenu de i3o millions de francs. Mais, l'année suivante, quand on essaya la graine issue des papillons de ces belles chambrées d'origine étrangère, cultivées en France, on constata immédiatement une singulière dégénérescence. Cette graine ne valait pas mieux que la graine française. On était véritablement aux prises avec une épidémie. Comment s'en défendre? Faudrait-il donc toujours s'adresser aux semences étrangères ? Et si l'épidémie gagnait l'Italie, l'Espagne et les autres contrées sérielcoles ?

Ce que l'on redoutait arriva. Le mal s'étendit; l'Espagne et l'Italie furent frappées. Il fallut aller chercher des graines dans les îles de l'Archipel, en Grèce et en Turquie. Ces graines, d'abord très bonnes, s'infectèrent à leur tour dans leur pays d'origine; Tépidémie s'était propagée jusque-là. On alla s'approvisionner en Syrie et dans les provinces du Caucase. Le fléau suivait le commerce des graines. En 1864, toutes les semences, de quelque coin de l'Europe

17* HISTOIRE d'un SAVANT.

qu'elles vinssent, e'taient des semences malades ou suspectes. A Textrême Orient, le Japon seul restait encore sain.

Sociétés agricoles, gouvernement, tout le monde était préoccupé du fle'au et de sa marche envahissante. C'était, disait-on, quelque chose comme le choléra des vers à soie. Des centaines de brochures se publiaient chaque année. Les remèdes les plus bizarres étaient proposés, tous infaillibles, assurait-on^ depuis le soufre en fleurs, les cendres et la suie répandues, tantôt sur les vers, tantôt sur les feuilles de mûrier, jusqu'aux fumigations gazeuses de chlore, de goudron, d'acide sulfureux. On prescrivit même de faire prendre aux vers du vin, du rhum et de l'absinthe, et, après l'absinthe, on conseilla d'essayer la créosote et le nitrate d'argent. En i863, le ministre de l'agriculture , stipulant au nom de l'État, signa avec un Italien, qui avait proposé l'achat d'un procédé destiné à combattre la maladie des vers à soie, un traité par lequel, lui, ministre, s'engageait, si l'efficacité du procédé était reconnue, à solliciter une indemnité de 5oo^ooo francs en faveur du sériciculteur italien. Des expériences eurent lieu dans douze départements, mais ne donnèrent aucun résultat

favorable. En i865, la récolte des cocons tomba à 4 millions de kilogrammes. C'était une perte de 100 millions de francs.

Le sénat fut saisi d'une pétition désolée, signée de trois mille six cents maires, conseillers municipaux et propriétaires fonciers des départements séricicoles. La grande autorité scientifique de M. Dumas, sa connaissance de Pindustrie de la soie, sa sympathie pour les souffrances d'un des départements les plus frappés, — le Gard, son pays natal, — tout contribua à le faire nommer rapporteur de la commission. Pendant qu'il rédigeait son rapport, l'idée lui vint d'engager M. Pasteur à se livrer à des recherches pour conjurer l'épidémie dont personne ne pouvait triompher.

M. Pasteur commença par décliner cette offre. C'était au moment o\i les résultats de ses recherches sur les ferments organisés lui ouvraient une vaste carrière; c'était au moment où, comme application de ses dernières études, il venait de reconnaître la véritable théorie de la fabrication du vinaigre et de découvrir la cause des maladies des vins; c'était au moment enfin oià, après avoir fait la lumière sur la question des générations spontanées, les infiniment petits lui apparaissaient

174 HISTOIRE d'uN SAVANT.

infiniment grands. Il les voyait partout présents, soit comme agents de décomposition chargés de rendre à l'atmosphère tout ce qui a vécu, soit comme auteurs directs des maladies contagieuses. Et on lui proposait de quitter cette voie dont il était sûr, qui lui offrait de toutes parts des horizons illimités, pour entrer dans un chemin inconnu, sans issue peut-être. Ne s'exposerait-il pas à perdre des mois, des années dans des efforts stériles ?

M. Dumas insista.

« Je mets un prix extrême, dit-il à son ancien élève devenu son confrère et son ami, je mets un prix extrême à voir votre attention fixée sur la question qui intéresse mon pauvre pays. La misère dépasse tout ce que vous pouvez imaginer.

— Mais considérez, je vous prie, lui dit M. Pasteur, que je n'ai jamais touché à un ver à soie.

— Tant mieux, lui répondit M. Dumas, que vous ne sachiez rien sur le sujet, vous n'aurez d'autres idées que celles qui vous viendront de vos propres observations. »

M. Pasteur se laissa convaincre, moins par la valeur de ce argument que pour donnera son

LA MALADIE DES VERS A SOIE. ijS

illustre maître un témoignage de profonde déférence.

Une fois la promesse faite et la résolution prise d'aller dans le Midi, M. Pasteur se demanda quelle pourrait être la meilleure méthode à employer dans la poursuite du problème. Certes, au milieu du dédale des faits et des opinions produites, ce n'étaient point les hypothèses qui manquaient. Depuis dix-sept ans, il en surgissait de tous côtés.

Un des travaux les plus récents et les plus étendus sur la terrible épidémie avait été présenté à PAcadémie des sciences par M. de Quatrefages. Un alinéa de ce mémoire avait vivement frappé M. Pasteur. M. de Quatrefages racontait que des naturalistes italiens, notamment Filippi etCornalia, avaient rencontré chez les vers et les papillons des vers à soie de petits corpuscules visibles seulement au microscope, tous identiques de figures et de proportions. Le naturaliste Lebert assurait qu'on les constatait toujours dans les vers malades. Le docteur Osimo, de Padoue, avait même aperçu ces corpuscules dans certaines graines de vers à soie, et le docteur Vittadini avait proposé Texamen des graines au microscope pour

avoir des œufs sains. M. de Quatrefages ne signalait le fait des corpuscules qu'en passant et en doutant de sa valeur et presque de son exactitude. Ce doute aurait pu éloigner de l'esprit de M. Pasteur la pensée d^approfondir la signification de ces petits corpuscules; mais, au milieu de la confusion générale des opinions, M. Pasteur s'attacha d'autant plus volontiers à l'idée d'une étude sur ces petits corps qu'il s'agissait d'un élément organique visible seulement au microscope. Cet instrument avait rendu à M. Pasteur de tels services dans ses délicates expériences sur les ferments qu'il fut séduit à la pensée de le reprendre encore comme un moyen de recherche.

Le 6 juin i865, M. Pasteur partit pour Alais. L'e'motion qu'il ressentit sur les lieux mêmes où le mal sévissait dans toute sa force, sa passion en face d'un problème à re'soudre lui firent immédiatement oublier les sacrifices qu'il venait d'accomplir en quittant son laboratoire de

l'Ecole normale. Il se promit de ne revenir à Paris qu'après avoir e'puise' tous les sujets d'e'tude et triomphé du fle'au.

Quelques heures après son arrivée, il avait déjà constaté la présence des corpuscules dans certains vers et avait pu les montrer au président et à plusieurs membres du comice agricole qui ne les avaient jamais vus. Dès le lendemain, il s'installa dans une maisonnette, à 3 kilomètres d'Alais. Deux petites éducations s'achevaient là. C'étaient à peu près les dernières; partout les cocons étaient faits. L'une de ces éducations, provenant de graines importées l'année même du Japon, avait très bien réussi; l'autre, issue aussi de graines japonaises, mais de graines reproduites dans le pays, en était à la quatrième mue et avait la plus mauvaise apparenceo Or, chose singulière, en examinant au microscope une multitude de chrysalides et de papillons de la chambrée qui remplissait de joie son propriétaire, M. Pasteur trouva pour ainsi dire constamment des corpuscules, tandis que l'examen des vers de la mauvaise chambrée ne lui en offrait qu'exceptionnellement. Cette double circonstance frappa étrangement M. Pasteur. Il envoya aussitôt, dans tous les environs d'Alais,

des personnes à la recherche de quelques restes d'e'ducations tardives. Il attachait une importance extrême à pouvoir ve'rifier si la présence des corpuscules dans les chrysalides ou les papillons de bonnes chambrées et l'absence de ces mêmes corpuscules dans les vers de mauvaises chambrées étaient un fait accidentel ou un fait général. Il ne tarda pas à reconnaître que très souvent les choses se passaient ainsi. Mais qu'allait-il arriver quand les vers de la mauvaise chambrée fileraient leur cocon ? M. Pasteur reconnut que, dans les chrysalides, surtout dans les chrysalides âgées, les corpuscules étaient fréquents. Quant aux papillons, issus de ces cocons, aucun n'en était privé, et ils y étaient à profusion.

Poursuivant son idée préconçue qu'une relation entre la maladie et le corpuscule pouvait exister, comme le pensaient d'ailleurs quelques observateurs, M. Pasteur déclara, dans une note présentée au comice agricole d'Alais, le 26 juin i865, vingt jours après son arrivée, que l'on avait tort de chercher comme on le faisait le signe du mal, c'est-à-dire le corpuscule, dans les œufs ou dans les vers. Les uns et les autres pouvaient porter en eux le germe de

la maladie sans offrir de corpuscules distincts et visibles au microscope. Le mal se développant surtout dans les chrysalides et dans les papillons, c'était dans les papillons et dans les chrysalides qu'il fallait le chercher. Enfin, concluait M. Pasteur, il devait y avoir un moyen infaillible de se procurer de la graine saine, en ayant recours à des papillons exempts de corpuscules.

M. Pasteur s'empressa d'appliquer ce mode nouveau pour obtenir des graines pures. Bien que la maladie fût généralement répandue, il parvint cependant, après plusieurs jours d'observations microscopiques assidues, à rencontrer des papillons prive's de corpuscules. Il en conserva précieusement la graine, ainsi que la graine issue de couples très corpusculeux, se promettant d'attendre l'année suivante ce que donneraient ces graines, — les premières vraisemblablement exemptes de corpuscules et les autres corpusculeuses. On aurait dès lors, quoique sur une petite échelle, des éducations primitivement saines et d'autres malades dont la comparaison avec les éducations industrielles, toutes plus ou moins frappées par le mal, ferait surgir des vues toutes nouvelles. Qui sait

l8o HISTOIRE D'UN SAVANT,

même, se disait M. Pasteur, s'il n'y a pas dans l'application pratique de cette production de graines pures à l'aide de papillons exempts de corpuscules le salut de la sériciculture?

A peine M, Pasteur avait-il fait connaître d'abord au Comice agricole d'Alais, puis à l'Académie des sciences, le résultat de ses premières observations et les inductions auxquelles elles donnaient lieu, que s'élevèrent de toutes parts des critiques sans nombre. On lui objecta que les travaux de plusieurs savants italiens établissaient, à n'en pouvoir douter, que les corpuscules étaient un élément normal de certains vers et particulièrement de tous les papillons, lorsqu'ils avançaient en âge, que d'autres auteurs avaient affirmé qu'il suffisait de mettre des vers à la diète pour faire apparaître dans tous leurs tissus ces fameux corpuscules, que le docteur Gaëtano Cantoni avait déjà essayé des éducations avec des graines provenant de papillons sans corpuscules et au'il avait totalement échoué.

« Vos efforts seront vains, écrivait le célèbre

ntomologiste italien Gornalia, vos œufs choisis

donneront des vers sains, mais ces vers devien-

LA MALADIE DES VERS A SOIE. i8i

dront malades par suite du génie épidémique qui règne partout. »

Tout autre que M. Pasteur eût e'te' ébranle', mais M. Pasteur n'était pas homme à se décourager sur la foi de vues à priori et d'assertions plus ou moins hasardées. 11 se promit de n'abandonner son idée préconçue que lorsque l'expérimentation aurait prononcé avec rigueur. Toute recherche scientifique, pour être abordée et poursuivie avec succès, doit avoir pour point de départ une idée préconçue, une hypothèse dont on s'efforce, par l'expérimentation, de vérifier l'exactitude et la portée. Pour juger de la valeur des faits que M. Pasteur venait d'annoncer, la question était de savoir s'il y avait une relation de cause à effet entre les corpuscules et la maladie régnante. C'était là le grand point à éclaircir.

Mais s'il avait découvert sans tâtonnement la voie qu'il fallait suivre, M. Pasteur s'y avança ensuite avec sa rare prudence d'expérimentateur. Pendant cinq années, il revint s'installer plusieurs mois près d' Alais. La petite maison blottie dans les arbres, que Ton appelle le Pont-Gisquet, devint à la fois son habitation et sa magnanerie.

l82 HISTOIRE D UN SAVANT.

Elle est cerne'e par des montagnes où s'e'tagent des gradins plantés en mûriers. La solitude e'tait profonde. M"^ Pasteur et sa fille se transformèrent en magnanarelles, prenant leur rôle au sérieux, non seulement faisant la cueillette de la feuille du mûrier, mais s'associant encore à toutes les expériences tentées. Les préparateurs de l'Ecole normale, les Duclaux, les Gernez, les Maillot et les Raulin vinrent se grouper autour de leur maître. Ainsi se forma dans ce coin perdu des Gévennes une colonie cherchant avec ardeur la solution d'un obscur problème et les moyens de guérir ou de prévenir une maladie qui tarissait depuis si longtemps une des grandes sources de la richesse nationale.

Un des premiers soins de M. Pasteur fut de résoudre la question de la contagion du mal. On avait bâti beaucoup d'hypothèses sur cette contagion, mais on avait essayé très peu d'expériences et aucune des expériences faites n'avait été décisive. Aussi les opinions étaient-elles très partagées. Les uns considéraient que la contagion était certaine; le plus grand nombre la mettait en doute ou en niait l'existence. Quelques-uns la considéraient comme accidcn-

LA MALADIE DES VERS A SOIE. i83

telle. On disait, par exemple, que le mal n^e'tait pas contagieux par lui-même, mais qu'il le devenait lorsqu^il y avait présence et complication d'autres maladies qui, elles, e'taient contagieuses. L'hypothèse était commode et permettait d'expliquer des faits contradictoires. Si des personnes avaient vu des vers sains, mêlés par mégarde ou volontairement à des vers malades, périr tous, et si elles affirmaient la contagion, d'autres personnes répondaient aussitôt par des observations diamétralement opposées.

Quelles que fussent les divergences d'opinions, tout le monde croyait cependant à l'existence d'un milieu délétère rendu épidémique par quelque influence occulte. M. Pasteur parvint bientôt, par des expériences rigoureuses, à démontrer que le mal était absolument contagieux.

Voici quelle fut une de ces premières expériences. Il prit de très bons vers, exempts de la maladie des corpuscules^ au sortir de leur première mue, et il leur donna un repas de feuilles corpusculeuses. Rien de plus simple : il broya un ver à soie, délayé dans un peu d'eau, et il passa sur toute la surface des feuilles un pinceau trempé dans ce liquide. Pendant plusieurs jours,

i84 HISTOIRE D UN SAVAN^T.

on ne s*aperçut pas le moins du monde que les vers fussent en proie à un mal intérieur. Les vers arrivèrent à la seconde mue avec le même ensemble que des vers d'un lot témoin qui n'avait pas été contagionne'. La seconde mue s'accomplit sans éprouver de retard : c'e'tait la preuve que tous les vers, contagionnés et témoins, avaient pris la même quantité' de nourriture. Le parasite n'avait pas Tair d'être pre'sent. Les choses continuèrent ainsi quelques jours encore. La troisième mue elle-même se fit sans une différence bien sensible entre les deux lots de vers. Mais bientôt survinrent des changements profonds. Les corpuscules, qui ne s'étaient montre's jusque-là que dans les tuniques de l'intestin, ne tardèrent pas à apparaître dans les autres organes. Dès le deuxième jour qui suivit la troisième mue, c'est-à-dire le douzième depuis la contagion, une inégalité' sensible sépara les vers contagionne's de ceux qui ne l'étaient pas. Les vers du lot témoin étaient visiblement bien mieux portants. En regardant à la loupe les contagionnés, on distinguait sur leur tête et sur les anneaux de leur corps une multitude de petites taches qui jusque-là ne s'étaient pas montre'es. Les taches apparaissaient sur la peau extérieure,

LA MALADIE DES VERS A SOIE. i85

lorsque la peau inte'rieure du canal intestinal contenait un nombre assez conside'rable de corpuscules. C'étaient ces corpuscules qui entravaient les fonctions digestives et gênaient l'assimilation de la nourriture ingérée. De là rine'galité des vers. Après la quatrième mue, on eut sous les yeux l'image du mal tel qu'il éclatait à chaque instant dans les magnaneries industrielles, notamment ce symptôme des taches sur la peau qui faisaient appeler la maladie du nom de pébrine. Les paysans disaient que les vers étaient poivre's. La plupart des vers étaient remplis de corpuscules. Ceux qui firent leur cocon donnèrent des chrysalides qui n'étaient pour ainsi dire qu'une bouillie corpusculeuse. Que d'enseignements dans cette simple expérience! Le corpuscule ingéré dans le canal intestinal en même temps que la nourriture des vers pouvait donc porter l'infection dans ce canal intestinal et progressivement dans tous les tissus. Le mal pouvait avoir dans certains cas une longue incubation, puisque ce n'était qu'au douzième jour qu'on s'en était aperçu. Enfin les taches de pébrine sur la peau, loin d'être la maladie, n'étaient que l'effet du corpuscule développé à l'intérieur. Elles n'étaient qu'un signe déjà éloi-

i86 HISTOIRE D'UN SAVANT.

gné du mal. « Ah ! se disait à ce spectacle M. Pasteur, si Ton rapprochait ces taches de pébrine de certaines maladies humaines dans lesquelles apparaissent sur le corps des taches ou pétéchies, que d'inductions intéressantes se présenteraient à des esprits préparés ! »

M. Pasteur ne se lassait point de reproduire cette curieuse expérience en en faisant varier les conditions. Tantôt il introduisait les repas corpusculeux dans l'éducation des vers sains dès leur naissance, tantôt à la seconde^ tantôt à la troisième mue. Parfois c'était au moment où les vers allaient faire leur cocon que ce repas corpusculeux leur était servi. Tous les désastres que Ton constatait dans les magnaneries, leur étendue et leurs formes multiples apparaissaient fidèlement reproduits. M. Pasteur créait à volonté telle ou telle manifestation de la pébrine. Quand il contagionnait, par de la matière fraîche de corpuscules, des vers très sains après leur quatrième mue, ces vers, même à la suite de plusieurs repas de feuilles corpusculeuses, alternant avec des repas de feuilles saines, faisaient leur cocon. On eût dit que la contagion, dans ce cas, n'avait pas lieu. Ce n'était là qu'une apparence trompeuse. La communication du mal s'accusait

au plus haut degré dans les chrysalides et dans les papillons. Beaucoup de chrysalides mouraient avant de se transformer en papillons et leur corps était pour ainsi dire exclusivement composé de corpuscules. Les papillons, qui s'étaient formés et qui sortaient de leur cocon, avaient le plus triste aspect. Le mal pouvait même aller jusqu'à rendre l'accouplement et la ponte impossibles.

Fidèle aux prescriptions de la méthode expérimentale, M. Pasteur avait le soin de reproduire ces mêmes expériences avec des vers du lot témoin, d'où l'on avait extrait les vers contagionnés. Il donnait à manger à ces premiers vers sains non plus des feuilles contaminées de cadavres corpusculeux, mais des feuilles sur lesquelles on avait étendu au pinceau une bouillie claire de débris de papillons ou de vers exempts de corpuscules. Ces repas laissaient aux vers leur santé habituelle. Était-il une meilleure preuve que le corpuscule fût bien à lui seul la cause de la pébrine?

Toutes ces expériences variées, je le répète, à l'infini jetaient une vive lumière sur la maladie et rendaient un compte exact de ce qui se passait dans les éducations industrielles. Depuis le mal qui s'abattait aux premiers jours de la naissance

iS.S HISTOIRE d'un SAVANT.

du ver et décimait une chambrée, jusqu'au mal invisible qui s'enfermait pour ainsi dire dans le cocon, tout s'expliquait maintenant. Un des effets du fléau qui avait le plus excité la surprise et dérouté les efforts des éducateurs était l'impossibilité des grainages productifs, alors même qu'on essayait de faire de la graine avec les cocons de chambrées très réussies au point de vue de la production des cocons. On constatait à peu près infailliblement, l'année suivante, que la semence de ces belles chambrées était improductive. Nombre de Comices agricoles et de praticiens, ne pouvant croire à l'existence du mal dans des chambrées aussi satisfaisantes par l'abondance du produit et la beauté des cocons, s'obstinaient à croire que les échecs avaient une tout autre cause que la graine elle-même. Il en résultait déceptions sur déceptions, souvent même des méprises très regrettables. On voyait fréquemment les éducateurs les plus honnêtes livrer au grainage de très belles récoltes, parce qu'ils n'avaient observé chez les vers ni taches de pébrine accusées, ni corpuscules, même à l'époque de la bruyère, et que la montée s'était faite dans les meilleures conditions. Et l'année suivante, ils avaient la douleur de voir périr toutes les

LA MALADIE bES VERS A SOIE. i8g

éducations de ces graines. De telles circonstances, si bien faites pour jeter le découragement et donner au fléau un caractère mystérieux, trouvaient leur explication naturelle dans les faits de contagion expérimentale.

Toutefois, comme il n'arrive jamais à l'éducateur de contagionner directement les vers en leur donnant à manger des feuilles volontairement chargées de débris corpusculeux, on pouvait se demander comment, dans les éducations industrielles, se produisaient de pareils faits. M. Pasteur ne tarda pas à résoudre cette difficulté.

Dans une éducation où se trouvent des vers corpusculeux, ceux-ci fournissent sans cesse une matière contagionnante qui tombe sur la feuille et la souille. Ce sont les déjections de ces vers que le microscope montre plus ou moins remplies de corpuscules enlevés aux parois du canal intestinal. C'est là qu'ils pullulent. On conçoit aisément que les déjections qui tombent sur la feuille la contaminent d'autant plus facilement que les vers en rampant pressent par le poids de leur corps ces déjections contre la feuille. Telle est une des causes de contagion naturelle. M. Pasteur, à l'aide des déjections des vers corpusculeux, déjections écrasées, délayées dans quelques

igo HISTOIRE d'un SAVANT.

gouttes d'eau, étendues ensuite au pinceau sur la feuille de mûrier destinée même à un seul repas, contagionna autant de vers qu'il voulut. Il constata aussi l'existence d'une autre cause de contagion naturelle et directe. Les six pattes antérieures du corps des vers sont terminées par des crochets pointus, à Taide desquels les vers se piquent la peau les uns les autres. Que l'on imagine un ver sain passant sur le corps d'un ver corpusculeux. Les crochets du premier ver, en pénétrant dans la peau du second, peuvent se souiller des corpuscules placés immédiatement sous cette peau et ces crochets sont prêts à aller porter le mal sur d'autres vers sains piqués à leur tour. Pour démontrer expérimentalement, comme J'a fait M. Pasteur, l'existence de cette cause de contagion, il suffit de prendre des vers et de les amener à se blesser eux-mêmes. Enfin l'infection à distance, par l'intermédiaire de l'air et des poussières qu'il transporte, n'est pas un fait moins avéré. Il suffit de soulever, par le balayage de la chambrée ou par le nettoyage des claies, les poussières de déjections corpusculeuses, les débris desséchés de vers morts et de les laisser se répandre sur des claies de vers sains pour voir apparaître au bout d'un certain

LA MALADIE DES VERS A SOIE. igt

temps la contagion dans ces vers. Les vers très sains, fussent-ils placés dans une magnanerie à une assez grande distance des vers malades, seront infectés à leur tour.

Certes, il n'était plus possible, après tant d'expériences décisives, de ne pas voir dans la pébrine une maladie essentiellement contagieuse. Cependant, parmi les faits qui étaient invoqués en faveur de la non-contagion, il en est un qu'il était difficile d'expliquer. Il existait plusieurs exemples d'éducations réussies, quoique faites dans des magnaneries qui avaient, l'année précédente, absolument échoué par la pébrine. M. Pasteur démontra que si les po-ussières peuvent servir d'éléments de contagion, c'est à la condition que ces poussières soient fraîches. La matière corpusculeuse, en se desséchant, perd sa virulence, si l'on peut parler ainsi. Il suffit de quelques semaines pour que cette matière devienne inoffensive. Les poussières d'une année ne sont donc point nuisibles aux éducations de l'année suivante. La maladie s'éteint sur place. Ce qui la rend transmissible, ce sont uniquement les corpuscules contenus dans les œufs des éducations à venir.

Et quoi de plus facile à comprendre que la

présence du parasite corpusculeux dans la graine ! L'œuf prendnaissancependant cette merveilleuse phase de la vie du ver à soie qui, après avoir filé son cocon, s^ chrysalide, s'y endort et se résout, pour ainsi dire, dans des sortes d'albumine et de vitelline, d'où sortira un papillon tout formé comme un poussin sort de son œuf. Que Ton imagine cette gangue d'une vie prochaine, non plus dans sa pureté normale, mais associée à un parasite qui, lui aussi, va trouver dans ces matières si propres à la vie et à ses transformations les éléments de sa nourriture et de sa multiplication. Il sera là, ce parasite, au moment où les œufs du papillon femelle, tendres et mous comme de Talbumine, commenceront de dessiner leur contour. Malheur à ces œufs, s'ils enferment alors quelques parcelles de corpuscule ou de sa matrice originelle ! L'enveloppe de ces œufs aura beau devenir peu à peu dure et cornée, l'ennemi sera dans la place et plus tard il se retrouvera dans l'embryon du ver à soie. *

C'est ainsi que cette terrible épizootie est tout à la fois contagieuse et héréditaire, toute prête à nous permettre de comprendre l'évolution de ce double caractère dans certaines maladies des hommes et des animaux.

LA MALADIE DES VERS A SOIE. icj3

Lorsque M. Pasteur se rendit pour la première fois à Alais, l'épidémie des vers à soie était universellement rapportée à une seule cause, la pébrine, et la pébrine s'appelait la maladie. Ce mot disait tout. Il indiquait que l'on avait affaire à un fléau mystérieux, insaisissable dans sa nature et dans ses origines , prêt à sévir sur toutes les éducations. Quoi qu^il advînt, quelle que fût la cause de ruine d'une magnanerie, on accusait la maladie. Une des preuves les plus frappantes que le mal était rapporté à la pébrine seule se trouve dans la proposition d'un prix de 5,ooo florins fondé en 1868 par le gouvernement autrichien pour récompenser l'auteur du meilleur remède préventif ou curatif capable d'empêcher la pébrine, « maladie épidémique sévissant sur le ver à soie ».

Si l'on embrasse maintenant d'un coup d'œil les principes qui viennent d'être établis, on jugera que la pébrine pouvait être considérée

comme vaincue. M. Pasteur avait démontré que les papillons exempts de corpuscules ne donnent jamais naissance à un seul œuf corpusculeux; il avait prouvé, en outre, que des graines, élevées isolément, loin d'un voisinage immédiat avec des graines contaminées, ne produisent ni vers, ni chrysalides, ni papillons corpusculeux. Il était donc facile de multiplier l'existence de chambrées exemptes de pébrine. La production de la soie, la production des graines était ainsi assurée. Pour constater si les graines étaient pures, on n'avait qu'à recourir à des observations microscopiques portant sur les papillons reproducteurs. Ces observations pouvaient être faitespardesfemmes, des jeunes filles, des enfants même. Il suffisait de broyer un papillon avec quelques gouttes d'eau et de placer sur le champ du microscope une goutte de cette bouillie pour voir apparaître nettement les corpuscules, quand ils existaient. Il semblait donc qu'on en eût fini avec le fléau. Mais M. Pasteur ne tarda pas à reconnaître que la croyance générale à une maladie unique n'était pas justifiée. Si les expériences de i8G61ui avaient démontré toute Textension de la maladie des corpuscules et avaient fondé les principes d'une pratique propre à la préve-

nir, la méthode qu'il avait adoptée devait lui servir à démontrer que la pébrine était loin d'être la seule cause dont souffrait la sériciculture.

Ce fut en 1867 que ce résultat fut acquis. Cette anuée-là compta double au point de vue expérimental pour M. Pasteur. Obéissant à la fois à une profonde sympathie pour les souffrances et les misères dont il venait d'être témoin deux années de suite, et impatient en même temps d'avoir raison du fléau, M. Pasteur commença, aux mois de février, de mars et d'avril, avant les grandes éducations industrielles , une série d'expériences sur des vers éclos par une chaleur artificielle et nourris de feuilles de mûriers venus en serre chaude.

Or, pendant ces essais précoces, sur 16 pontes provenant de parents non corpusculeux, M. Pasteur en vit i5 réussir, tandis que la seizième périt presque entièrement entre la quatrième mue et la montée à la bru3^ère. Après avoir témoigné de la plus belle apparence, les vers mouraient tout à coup. Dans une éducation de 100 vers, on relevait chaque jour 10, i5, 20 morts, qui devenaient noirs et tombaient en putréfaction avec une rapidité extraordinaire

igô HISTOIRE d'un savant.

souvent même dans l'espace de vingt-quatre heures. Parfois , ils e'taient mous , flasques , pareils à un boyau vide et plisse'. En consultant les auteurs qui avaient écrit sur les vers à soie, M. Pasteur ne put douter qu'il n'eût sous les yeux un exemple caractérise' de la maladie dite des morts-flats ou Jîacherie. Outre que ces vers ne montraient jamais les taches de lapébrine, on n'y rencontrait nulle part dans leur corps la présence des corpuscules. Ce qui était plus significatif encore, les corpuscules se trouvaient également absents dans les chrysalides et dans les papillons des rares vers qui purent faire leur cocon. Quoiqu'un tel exemple ne portât que sur une seule ponte issue de parents privés de corpuscules, M. Pasteur ne laissa pas d'avoir quelques doutes sur l'existence d'une maladie unique, ainsi que sur une dépendance nécessaire entre la pébrine et la flacherie.

Ces premiers soupçons devaient se confirmer bientôt dans ses éducations du mois d'avril et du mois de mai. De nombreux exemples de flacherie se présentèrent. Sur lepôlttt principal de l'indépendance entre les deux maladies, pébrine et flacherie, l'incertitude n'était plus possible. Les éducations atteintes, même au plus haut

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degré, par la maladie des morts-flats venaient de graines nées de parents exempts de corpuscules et conduisaient elles-mêmes à des reproducteurs e'galement privés de ce parasite. En parcourant une multitude d'éducations industrielles, M. Pasteur ne tarda pas à constater que ce qui se passait dans son laboratoire avait un caractère très général, et que, contrairement à l'opinion commune, deux maladies se partageaient les causes de tous les malheurs : la pébrine et laflacherie. La pébrine était évidemment plus ripandue, mais la flacherie avait aussi sa part et sa très ^^rande part de désastres.

Là encore, dans cette nouvelle étude, .a puissance du microscope vint à l'aide de M. Pasteur. Si, à l'époque de l'éducation des vers à soie où la moyenne de la température est toujours assez élevée, on broie dans un mortier, en la mêlant à quelques gouttes d'eau, de la feuille de mûrier et qu'on abandonne ce liquide à lui-même, on le trouve, même après vingt-quatre heures, rempli de petits organismes microscopiques. Les uns immobiles ressemblant à de petits bâtonnets ou à des grains soudés bout à bout comme de petits chapelets; d'autres, plus ou moins agiles, fiexueux, doués d'un mouvement vermiforme,

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de la nature des vibrions et que Ton rencontre dans presque toutes les infusions organiques en voie d'alte'ration. D'où viennent ces organismes microscopiques ? Il suffit de se rappeler les faits relatifs à la géne'ration dite spontane'e pour savoir que ces germes étaient à la surface de la feuille broye'e ou qu'ils e'taient re'pandus, sous forme de poussières, sur les objets qui ont servi à triturer cette feuille, — mortier, pilon, gouttes d'eau ajoute'es.

Chose bien singulière ! Si Ton vient à ouvrir le canal intestinal d'un ver en pleine digestion, la feuille broye'e qui le remplit d'un bout à l'autre ne montrera des organismes microscopiques d'aucune sorte. On n'y verra que cellules du parenchyme de la feuille, grains verts de chlorophylle de la feuille, et débris de trachées. Sous l'influence des liquides que sécrètent les glandes qui tapissent les tuniques du canal intestinal, les germes d'organismes sont eux-mêmes digérés ou gênés dans leur développement. Les fonctions digestives des vers à soie ont une si grande activité que tout est entraîné, détruit à la manière des feuilles elles-mêmes.

Mais que, dans telle ou telle circonstance, la digestion du ver soit ralentie ou suspendue,

alors ces germes extérieurs, ingérés dans le canal intestinal en même temps que la nourriture du ver, donneront lieu à la multiplication des êtres microscopiques qui se forment toujours dans la feuille broyée artificiellement avec un peu d'eau. Que de causes peuvent entraver cette fonction digestive du ver, fonction d'une telle importance pour un être qui, dans Tintervalle d'un mois, passe du poids d'un demi -milligramme au poids de 5, 6, 7 et 8 grammes ! M. Pasteur constata que, toutes les fois qu'un ver était atteint de flacherie, ce ver avait certainement dans son canal intestinal sa matière nutritive associée à l'un ou à l'autre, ou à l'ensemble des organismes microscopiques que l'on rencontre toujours dans la feuille de mûrier triturée. 0 Tout ver flat, disait M. Pasteur, résumant dans une sorte d'aphorisme une série d'observations, est un ver qui digère mal, et inversement, tout ver qui digère mal est condamné à périr de la flacherie ou à fournir une chrysalide et un papillon dont la vie ne s'est pas normalement accomplie, à cause du trouble apporté par des ferments organisés. »

Ainsi que pour la pébrine, les symptômes morbides de la flacherie sont extrêmement variables.

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Tout dépend de l'intensité du mal, c'est-à-dire de l'abondance et de la nature des parasites développés dans le canal intestinal, et tout de'pend aussi de Tépoque de la vie du ver où cette fermentation a commencé de se montrer. Les plus dangereux de tous ces ferments sont ceux qui sont de la famille des vibrions. S'ils existent aux premières phases de la vie du ver, le ver meurt promptement. Il ne tarde pas à tomber en putréfaction, et parfois il se résout en une sanie infecte. Mais souvent la maladie se présente dans des conditions particulièrement affligeantes et désastreuses pour l'éducateur. La chambrée a présenté la plus belle apparence jusqu'à l'époque de la montée à la bruyère. A peine la mortalité a-t-elle été de deux à trois pour cent, ce qui n'est rien. Les mues se sont opérées avec un ensemble parfait; puis, tout à coup, quelques jours après la quatrième mue, les vers deviennent languissants; ils rampent péniblement, ils hésitent à s'emparer de la feuille au moment où on la leur jette sur les claies. Si quelques-uns sont montés sur la bruyère, ils s'allongent sur les brindilles, le corps gonflé d'une nourriture qu'ils ne peuvent digérer. Quelquefois ils restent là sans mouvement jusqu'à leur mort ou tombent pendus et

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retenus seulement par leurs fausses pattes. Les rares papillons qui ont réussi à percer leur coc jn n'offrent pas le moindre corpuscule; ils peuvent faire de la graine, mais cette graine, née de parents affaiblis, donne Tannée suivante une génération menacée de fîacherie. C'est en ce sens que la flacherie peut être une maladie he'réditaire, quoique les parasites du canal intestinal auxquels est due la flacherie ne se transmettent lamais à la graine et aux vers qui en naissent. Les vers ne sont qu'atteints dans leur constitution, et, sans force de résistance contre tout ce qui peut altérer chez eux les fonctions digestives, ils sont à la merci des mauvaises chances d'éducation.

Un trop grand assemblage de vers dans une magnanerie, une trop grande élévation de température au moment des mues, un temps orageux qui prédispose les matières organiques à la fermentation, l'emploi d'une feuille échauffée, d'une feuille mouillée, surtout par un brouillard ou par la rosée du matin ou du soir qui accuniule sur la feuille les germes en suspension dans une grande masse d'air, voilà autant de causes propres à diminuer l'activité des fonctions digestives des vers et à faire naître, à la

suite d'une fermentation de la feuille dans la canal intestinal, la maladie des morts-flats. Souvent aussi, la flacherie dépend de fautes commises par l'éducateur dans les soins que réclame son précieux « be'tail », selon l'expression du XVI* siècle.

Dans un livre chinois publié sur l'éducation des vers à soie, il y a une se'rie de petits conseils pratiques. « La personne qui soigne les vers à soie, dit ce guide du parfait éducateur, doit porter un vêtement simple, non doublé. Elle réglera la température de l'atelier d'après la sensation de froid ou de chaud qu'elle éprouvera. Si elle sent le froid, elle jugera que les vers ont froid, et elle augmentera le feu; si elle sent de la chaleur, elle conclura que les vers ont trop chaud et elle diminuera convenablement le feu. »

Un point qui était ignoré jusqu'aux expériences de M. Pasteur était le caractère contagieux de la flacherie. Cette contagion peut dépasser, au point de vue de la durée du danger, la pébrine elle-même. Dans la pe'brine, en effet, la matière des corpuscules desséchés perd toute virulence dans l'intervalle de quelques semaines. La pébrine ne peut pas, nous l'avons vu, se communiquer d'une anne'e à l'autre par les poussières

corpusculeuscs d'une magnanerie. Les germes, au contraire, des organismes microscopiques qui provoquent la fermentation de la feuille du mûrier et notamment des vibrions conservent leur vitalité pendant plusieurs années. Les poussières d'une magnanerie infectée par la flacherie se présentent au microscope toutes remplies de kystes ou spores de vibrions. Spores ou kystes sommeillent comme la belle au bois dormant, jusqu'à ce qu'une goutte d'eau tombe sur eux, les réveille et leur donne la vie. Déposés sur la feuille qui va être mangée, ces germes de vibrions pénètrent dans le canal intestinal des vers, se développent, se multiplient et troublent complètementles fonctions digestives des vers, à moins que ces fonctions n'aient une telle puissance que ces germes soient immédiatement arrêtés et digérés. C'est ce qui arrive quand les vers sont en pleine vigueur. Il y a là un combat de la vie, et les vers ont souvent la victoire.

En donnant à des vers très sains un repas de feuilles recouvertes de poussières sèches d'une magnanerie infectée l'année précédente par la pébrinc et la flacherie, M. Pasteur provoqua la flacherie et nullement la pébrine. A plus forte raison, fit-il naître la première de ces maladies,

quand il donna des repas de feuilles souillées par le contenu du canal intestinal des vers flats. De même que dans la pébrine, les déjections des vers atteints de la flacherie qui souillent les feuilles de la litière portent le mal dans les vers sains ou ajoutent à la fermentation dangereuse dans le canal de ceux qui sont déjà en partie '^"nvahis.

Pour préserver les vers à soie de la flacherie accidentelle, il suffit de soins hygiéniques. Quant à la flacherie par hérédité, ou, pour mieux dire, pour celle qui se développe facilement par une diminution de vigueur dans les œufs et dans l'embryon, M. Pasteur trouva encore une fois le remède dans le recours au microscope. Grâce au microscope , on peut se rendre compte de la santé des vers, des chrysalides et des papillons destinés à produire la graine que Ton veut élever. Toute Tattention doit se porter sur Tabsence absolue des ferments dans le canal intestinal des vers et dans la poche stomacale des chrysalides, petite poche à laquelle se réduit tout le canal intestinal du ver et son contenu plus ou moins transformé. Mais si Ton n'a pas le temps de faire au microscope cette recherche des ferments parasitaires, une simple observation des

vers à la fin de leur dernier âge peut suffire., M. Pasteur a beaucoup insistai sur cette observation des vers lorsqu'ils montent à la bruyère. « Si j'étais éducateur des vers à soie, a-t-il écrit dans son beau livre sur la maladie des vers à soie, je ne voudrais jamais élever une graine née de vers que je n'aurais pas observés à maintes reprises dans les derniers jours de leur vie, afin de constater leur vigueur, c'est-à-dire leur agilité au moment de filer leur soie. Servez-vous de graines provenant de papillons dont les vers sont montés avec prestesse à la bruyère, sans offrir de mortalité par la flacherie de la quatrième mue à la montée, et ne contenant pas le moindre corpuscule de la pébrine, et vous réussirez dans toutes vos éducations. »

Nous voici arrivés au terme de cette longue étude. Toutes les obscurités qui enveloppaient à l'origine la maladie des vers à soie étaient désormais dissipées. M. Pasteur était arrive' à

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si bien connaître et les causes du mal et leurs manifestations différentes qu'il était en mesure de donner à volonté soit la pébrine, soit la flacherie. Il pouvait graduer l'intensité du mal, lui commander d'apparaître à tel jour, presque à telle heure. Mais que fallait-il faire maintenant pour transporter dans la pratique les résultats de ses travaux de laboratoire ?

Dès l'origine du fléau et après quelques hésitations qui furent bientôt dissipées, on vit bien que c'était au mauvais état des graines qu'il fallait attribuer tout le mal. Le palliatif des explorations lointaines pour se procurer des semences non infectées était à la fois insuffisant et précaire. C'était aller chercher bien loin et payer fort cher des graines dont on n'était pas sûr. Le salut des éducations de vers à soie ne pouvait re'sulter que de la connaissance de procédés capables de rendre aux graines indigènes leur qualité' d'autrefois.

Ce problème, les re'sultats obtenus par M. Pasteur suffirent à le résoudre. La lutte contre la flacherie est facile. Mais reste la lutte contre la pébrine. M. Pasteur imagina, pour triompher de cette maladie si menaçante, une série d'opérations extrêmement simples.

Voici une chambrée très réussie. Les mues, la montée à la bruyère, rien n'a laissé à désirer. Les cocons sont achevés, on n'attend plus que la sortie des papillons. Ils arrivent, ils s'accouplent. Alors commence le rôle de Téducateur, soucieux du grainage. Il désaccouple les papillons à la fin de la journée, il dépose chaque femelle sur de petits linges suspendus horizontalement. Les femelles pondent leurs œufs. Après la ponte, on prend chaque femelle à tour de rôle et on Tépingle, en lui traversant les ailes, dans un coin replié du petit linge où sont groupées les quelques centaines d'œufs qu'elle a pondus. On pourrait, sur un autre coin de chacun des morceaux de toile, épingler également le mâle, mais on a reconnu que Texamen ultérieur du mâle était inutile : il ne communique pas la pébrine. Le papillon femelle, après s'être desséché au libre contact de l'air, est examiné à loisir, fût-ce même en automne ou en hiver. Rien de plus facile que de se rendre compte s'il y a des corpuscules dans le cadavre. On broie le papillon dans un mortier, on le délaie avec un peu d'eau et on examine au microscope une goutte de la bouillie. S'il y a le moindre corpuscule, on

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sait OÙ est le morceau de toile correspondant au papillon examiné et on brûle la toile et les œufs.

Au fond, cette manière de se procurer de la graine pure n^est que le développement rationnel et de'finitivement établi par l'expérience des premières inductions que, dès le mois de juin i865, M. Pasteur avait exposées au Comice agricole d'Alais. A cette époque, M. Pasteur ne pouvait espérer autre chose, et encore avec timidité^ que le moyen de préparer en très petite quantité une graine saine pour un travail d'étude, mais les choses s'arrangèrent de telle sorte que le point de départ, qui paraissait de pure science, renfermait l'avenir d'une méthode susceptible d'une application pratique étendue. Ce procédé de grainage est aujourd'hui universellement adopté. Dans les Basses-Alpes, dans l'Ardèche, dans le Gard, dans la Drôme et à l'étranger on rencontre partout, à l'époque des grainages, des ateliers où des femmes et des jeunes filles sont occupées par centaines, — avec une remarquable division du travail et sous la surveillance de contrôles sévères et multipliés de contre-maîtres habiles, — au broiement des papillons, à l'examen micioscopique, au triage et au classement des

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petites toiles sur lesquelles sont déposées les graines.

Mais si M. Pasteur ramena la richesse dans des pays désolés, s'il revint à Paris heureux de la victoire obtenue, il avait subi de telles fatigues, il avait tellement abusé du microscope dans la préoccupation de ces expériences quotidiennes et diverses, qu'il fut, au mois d'octobre 1868, frappé d'hémiplégie. Au moment où il vit la mort s'approcher, il dicta à sa femme une dernière note sur les études qui lui tenaient tant à cœur. Cette note fut communiquée à l'Académie des sciences huit jours après cette terrible épreuve.

Une âme si maîtresse de son corps finit par triompher du mal. Mais, paralysé du côté gauche, M. Pasteur ne retrouva jamais l'usage complet de ses membres. Aujourd'hui encore, seize ans après cette atteinte, il a la démarche d'un blessé. Que d'étapes ce blessé devait parcourir, et quels triomphes lui étaient réservés 1

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