‹ M. Pasteur: histoire d'un savantChapitre 10 sur 23 · LE CHARBON. — LA SEPTICEMIE · texte numérisé non relu

LE CHARBON. — LA SEPTICEMIE

« Celui qui pourra sonder iusqu|au fond la nature JesTermeritse^es Fermentations, disait un Jour le ph3^icien Kobèrt Boyle, sera sans doute beaucoup plus capable qu'un autre de donner une iuste explication des divers phe'no-

mènes morbides, aussi bjen des fièvres que des autresan^ctionsT

Ces plî

enomenes ne seront

tions. ))

Aussi, à toutes les époques, les théories médi-

peut-être jamais bien compris sans une connaissance approfondie de la théorie des fermenta- [

Ita/yVuA^fe

'/'U^H.i4t/"^uk iééJt^fimU^

23o HISTOIRE D'UN SAVANT. ••

elles le contre-coup des explications imaginées pour rendre compte du phénomène de la îermentation. Lorsque M. Pasteur entreprit, en 5^ j ■• i856, ses premières études, le« idées de Liebig/5|

i/^gj^jf^l/t/ étaient en pleine faveur. Sa théorie triompliait . . ^ /" partout, et, ainsi que pour les ferments^ les ♦ virus et les processus des maladies étaient considérés comme des résultantes de mouvements L^i/^propres aux substances en voie d'altération et ^^ - pouvant se communiquer aux diverses matières ^M^^i^^"^^ de'rêtre vivant.

Les recherches de M. Pasteur sur le rôle des organismes microscopiques dans les fermentations changèrent le cours de ces idées. On en

revmt à la théorie médicale ancienne du para- Kf^"^' ^. "^ ^, '-■ ■■'>' iiit.1 il II t:i»i

k- — sitisme et des contâmes vivants. Un proiesseur

allemand, le docteur Traube, exposa, en 1864.

r/i/WM/w^Jbdan^ne de ses leçons cliniques, une nouvelle

\ . doctrine d^ la fermentation ammonia'cale de

^ ' l^yrine. ^^^ .

a Pendant longtemps, dit-il, on a regardé le

— ^^^^^^^-^^''^^mucus vésical comme P agent de la décornposi;

Jj^^y^^^ tion alcaline deTurine. On croyait que par suite

de la distension résultant de la rétention du

liquide, la vessie irritée produisait une quantité

plus grande de mucus, et ce mucus était pris

pour le ferment qui amenait la décomposition de l'urée, en vertu d^une force chimique propre. Cette opinion (qui etait celle de Liebig) ne peut tenir devant les rechejrches de M. Pasteur. Cet observateur a de'montré, de la façon la plus péremptoire, que la fermentation alcaline comme /^/Uïï^^^tl^Jt^ Falcoolique, comme Tacétique, est produite par A^^^t^-u*^ des êtres vivants dont la préexistence dans la i^àJâ/^

liqueur est la condition sine qiiâ non du processus. » Et le docteur Traube, citant des faits qui confirmaient la doctrine de M. Pasteur, concluait ainsi : « Malgré la longue durée de la re'tention

d'urine, la fermentation alcaline de l'urine n'a —

point été' produite par une sécrétion exagérée du mucus vésical ou du pus ; elle ne s'est développée qu'à partir du moment où des germesde vibrions sont parvenus du dehors dans la vessie. »

Ainsi apparaissaient nettement en présence les doctrines opposées de Liebi^^et de Pasteur; ainsi s'établissait leur influence réciproque et comparée dans l'étiologie d'une des plus graves maladies de la vessie. Déjà, en 1862, dans son mémoire sur les générations spontanées, M. Pasteur annonçait, contrairement à toutes les idées reçues jusqu'alors, que, toutes les fois que TeS urines devenaient ammoniacales, un petit cham-

Vj^M^ 'VV\AAv.c<1\A^ut:4i4 Ù^V \M^ 'ck^^^^Jy^,^.4n^

^AjlKucLu'

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pignon microscopique présidait à ce genre d'altération. Plus tard, il reconnut quMl n'y avait jamais d'urines ammoniacales dans les alïections de la vessie sans que ce champignon fût pre'sent, et, pour montrer combien dans ces sortes d'études Tapplication thérapeutique est souvent voisine du fait scientifique, M. Pasteur, après avoir prouvé, avec son collaborateur M. Joubert, que Tacide borique s'oppose au développement de ce ferment ammoniacal, conseilla au docteur Guyon, professeur de clinique' des maladies urinaires à la Faculté de Paris, de lutter contre la dangereuse fermentation ammoniacale par des injections d'acide borique dans la vessie. Ce conseil, que s'empressa de suivre le célèbre chirurgien, eut les plus heureux résultats. Tout en reportant à M. Pasteur l'honneur de cette innovation, M. Guyon disait dans une de ses leçons :

^ « L'acide borique a cet immense avantage de pouvoir être employé. à hautes doses, — 3 et 4 p. 100, — sans provoquer la moindre douleur. 'Aussi l'acide borique est-il devenu, dans notre service, l'agent continuellement et heureusement employé pour les injections de lavage. C^est aussi à la solution d'acide borique quej'ai recours pour

LES maladie:? virulentes, 233

pratiquer, après la lithotritie, les évacuations par grands lavages; je ne fais pas une seule opération de broiement sans avoir recours à cet agefît antiseptiqiie, et je ne lave jamais la vessie . des lithotritiés avec une autre substance. J'ai eu aussi à me féliciter de laver très largement la vessie des tainésetjeur plaie avec l'acide borique. Je termine toujours l'opération par des irrigations prolongées faites avec la solution à 3 ou 4 pour 100. »

Ce n'était pas seulement en France et en Allemagne que les idées pastoriennes pénétraient; les progrès de la chirurgie en Angleterre empruntèrent aux travaux de M. Past'eur les applications thérapeutiques les plus importantes. Dès i865, le docteur Lister commença, à Edimbourg, la brillante série de ses succès en . chirurgie par l'application de sa méthode antiseptique universellement adoptée aujourd'hui. Voici ce qu'il écrivait à M. Pasteur, au mois de février 1874, dans une lettre qui fait honneur à la sincérité et à la modestie du grand chirurgien anglais :

« J'aime à croire que vous pourrez lire avec quelque intérêt ce que j'ai écrit sur un organisme que vous avez le premier étudié dans votre mé-

moire sur la fermentation lactique. JMgnore si les annales de la chirurgie britannique ont jamais passé sous vos yeux. Dans le cas où vous les auriez lues, vous avez dû y trouver de temps

- à autre des nouvelles du système antiseptique que, depuis ces neuf dernières années, je tâche d'amener à la perfection. Permettez-moi de saisir cette occasion de vous adresser mes remerciements les plus cordiaux pour m'avoir, par vos brillantes recherches, démontré la vérité de

- la théorie des germes de putréfaction et m'avoir ainsi donné le seul principe qui pût mener à bonne fin le système antiseptique. »

Vl. Pasteur suivait avec un vif intérêt ce mouvement d'idées et les applications heureuses que ses travaux avaient provoquées. Elles ne faisaient que confirmer les espérances qail avait conçues lui-même. Dès 1860, en effet, il exprimait le vœu « de pouvoir conduire ses recherches assez loin pour préparer la voie à une étude

— approfondie de l'origine des maladies ». Et, à mesure qu'il avançait dans la. découverte dej

— ferments vivants, il espérait arriver à la connais-

^AA-:w\— sancejdes causes desjnaladies contagieuses^ ^' * ^ ^ ' toutefois TThesitalongtemps avant de s'engager résolument dans une telle voie. « Je ne

suis ni médecin ni vétérinaire, » répétait-il avec un sentiment de défiance modeste. INIais il arriva un moment où, malgré tous ses scrupules, il ne put se borner au rôle de simple spectateur des travaux inspirés par ses études sur les fermentations, sur la génération spontanée et sur les maladies des vins et de la bière. Les espérances que Ton fondait sur ses méthodes, les éloges dont elles étaient l'objet, tout l'obligeait à aller en avant, Tyndall lui écrivait au mois de février 1876 :

« En reprenant vos recherches relatives aux organismes des infusions, j'ai eu l'occasion de rafraîchir ma mémoire sur vos travaux; ils ont ravivé en moi toute Tadmiration que j'en avais éprouvée à ma première lecture. Je suis dans l'intention de poursuivre ces recherches jusqu'à ce que j'aie dissipé tous les doutes qui ont pu s'élever au sujet de l'inattaquable exactitude de vos conclusions.

« Pour la première fois dans Thistoire de la science, nous avons le droit de nourrir l'espérance sûre et certaine que, relativement aux maladies épidémiques, la médecine sera bientôt délivrée de l'empirisme et placée sur des bases scientifiques réelles. Quand ce grand jour vien-

Ou/^i^'U^M â^\ 'h iA,/vvw#^Awti-l

• — ~ dra, l'humanité, dans mon opinion, saura reconnaître que c'est à vous que sera due la plus

— -- large part de sa gratitude. »

"~M7T^asteur aborda l'étude des virus en cher-

Çy^^-ff^^'tJsy^^M- chant à pénétrer dans toutes ses causes la ter-

/Kft/vl>vv^^«^Ji/''rible maladie que Ton appelle la maladie char- -^__..^ bonneuse. Chaque année, cette maladie décime des troupeaux non seulement en France, mais en Espagne, en Italie, en Russie, où on l'appelle la peste de Sibérie, "en Egypte, où elle - ■> ■ » — - remonte, dit-on, aux dix plaies de Moïse. La Hongrie et le Brésil lui paient régulièrement un formidable tribut, et, pour en revenir à la ^^^ — - — -^ France, c'est par quinze et vingt millions de Qj0 tif,/oXh^iv3iUC?> que, dans certaines années, se sont chif-

r\ Xjmjûh frées les pertes subies. Pendant des siècles.^ on ne put définir la cause du fléau. D'ailleurs, comme la maladie ne présentait pas toujours les mêmes symptômes, comme elle variait dans les diverses espèces animales qu'elle frappait, on établissait des différences, selon telle et telle es-

À^ju\JL&v^ pèce atteinte. J^e charbon dii cheval était distinct du charbon de la vache, celui du cheval et celui

,OUv^w^ de la vache séparés de celui du mouton. Chez

y/ flucAve-. ce dernier, le charbon s'appelait sang-de-rate;

. q chez la vache^ c'était la maladie du swi^; chez^

le cheval, \à fièvre charbonneuse; chez l'homme, ^ ^ • \^ pustule maligne, V œdème 77talin... . ^

Ce ne fut qu^en i85o que Ton trouva les pre- f S ô ^ mières données sérieuses sur la nature du mal, sur sonldentité ou ses différences avec d'autres '

maladies. De 1849 ^ i852, une commission de .^ — ^ -V V Association médicale d 'Eure-et-Loir fit un j

grand nombre d'inoculations et d'essais divers

qui établirent que le charbon du mouton est ^ ^

transmissible du mouton au mouton, au cheval, ^^u^^fir^^l àja vacne, au lapin; que le charbon du cheval ^3^*-^^HM^ se communique au cheval et au mouton; que ^"^-^'^-^'^^^'^ le charbon de la vache se communique au mou- ^^^^^^-^^ ton, au cheval, au lapin. Quant à la pustule '^^^^^êis.f-. iiialigne de l'homme, il n'était pas douteux 'W'^»'^ qu'elle dut avoir la même cause que le charbon fv^H\A>i^ des animaux. Qui sont, en effet, ceux que la pustule maligne atteint le plus souvent? Les ber- "^gers, les bouviers, les cultivateurs, les domestiqucN de ferme, les marcliands de peaux , Igs tanneurs, les laveurs de laine, les équarrisseurs, les bouchers, tous ceux qui vivent du produit

des troupeaux. Dans le maniement d'objets

contaminés, il suffit de la moindre plaie, de la

plus petite excoriation de la peau pour que le

virus pénètre. Lorsque d'autres personnes sont

atteintes, c'est qu'elles habitent dans le voisinage de troupeaux frappés du charbon. Ce sont alors certaines mouches qui transportent le virus. Qu'une de ces mouches ait sucé le sanc d'un cadavre charbonneux, qu'elle aille ensuite piquer quelqu'un, et voilà le charbon inoculé. Au moment même où avaient lieu ces premières expériences de.l'Association médicale d'Eureet-Loir, le docteur Rayer, rendant compte, en i85o, dans le Bulletin de la Société de biologie de Paris, des recherches qu'il avait faites, en collaboration avec le docteur Davaine, sur la contagion du mal charbonneux, disait :

« On trouve dans le sang de petits corps filiformes ayant environ le double en longueur du globule sanguin. Ces petits corps n'offrent point de mouvement spontané. «

Telle est la date de la première observation sur la présence de petits corps parasitaires dans ra maladie charbonneuse. Chose étran^îe! on ne ■- — donna aucune attention à ces petits filaments du

sang des cadavres morts du charbon. Rayer et

Davaine eux-mêmes ne s'en occupèrent pas da-

\ 3 vantage. C ettejn différence dura treize ans. Elle

se serait prolongée plus de temps encore, si la

doctrine du parasitisme dans les maladies trans-

missibles ne se fût présente'e à l'esprit à chaque nouvelle publication de M, Pasteur. De 1857 à 1860, M. Pasteur avait démontré, on se le rappelle, que la fermentation lactique était, comme

la fermentation~al coôîîqûë, provoquée par un .— . '

ferment vivant; en 1 861, il avait découvert que ,— ^.^J-^ '■^ Tagent de la fermentation butyrique était formé * ^

^.^P"^^^^ ^^^ mouvants ayant des dimensions de .,^.-^. même ordre que les filaments découverts par

Dava[ne etjlayer dans le sang charbonneux; — -

en 1862, il avait annoncé qu'il n'y avait pas ^ ^''''v^AvUHt' d'urines ammoniacales sans la présence d'un *tl^^^^^±^ ctrrmicroscopique; en i863, li avait ^talbHqûe '^^^::t^:^ , le corps des animaux en pleine* santé est fermé -'i^I^ÎÏ:!:^—. àj'introduction des germes des organismes mi- *^'^^^ * croscopiques, que le sang, pris avec des précautions convenables dans les veines ou les artères, il^a^-Jo»^ Purinè dans la vessie, pouvaient être exposés au ftwH 2^ contac^^e rairpur, sans q jamâîT^/MA*^»^ •

' ni putréfaction, m apparition d'êtres vivants ^V ju^^^t:^- ■' fîlïïormes quelconques, mobiles ou immobTles.x^i^;^;^^' Ce furent tous ces faits qui ramenèrent, en ^^^'^^./^^^ l'attention de Davaine, comme lui-même Fa vq-''^^ connu, sur l'observation qu'il avait constatée en i85o.

« M. Pasteur, disait M. Davaine dans une

communication à TAcadémie des sciences, a publié autrefois un remarquable travail sur le ferment butyrique, ferment qui consiste en petites bliguenes c}dîn3riques, possedanFtoÏÏs les'caracteres des vibrions ou dj? bactéries. Les corpuscules filiformes que j^ai vus en i85"ô^nsle sang des moutons atteints du sang-de-rate ayant une

y>^~^^\X~ grande analogie' avec ce's vibrlonT, [ë fus amené à examiner si des corpuscules analogues oïr"cru

Z ^f 2» même genre que ceux qui déterminent la^ fermentation birtyriqu^^^^ d'un animai, n'v^oûeraientpas également le rôle d'un ferment. Ainsrs'expirquëraient facilement l'altération , lintection rapide de la masse du sang chez un animal qui aurait reçu accidentellement ou expérimentalement dans ses veines un certain nombredecesj^éries , c'est-à-dire de ce ferment. »

Mais deux étés s'écoulèrent avant que Davaine ait pu seprocurerjjii^rnouton affecté du sans-de-rate. Ce fut seulement en i863 qu'il reconnut d'abord la présence constante d^un

parasite dans le sanglies moutons et des lapins

m'oFts'par inoculations successives du sang prélevé après la mort ou dans les dernières heures de la vie'; Qu'il constata ensuite ^e l'animal inp-

culé, dont le sang n^offrait pas encore de para-

site vîsîBle^u microscope,~¥vaît Toutes les appa- •

rences de la santé et que dans de telles condi- -

tions le sang ne communiquait pas le charbon. . 1^,^

« Dans l'état actuel de la science, concluait ^^vv^m/uv*^ 1 Davaine, personne n'aura Tidée de chercher, en iA/Vv^;fc-AAW dehors de ces corpuscules, Fagent de la conta- ^tt:;::^;^^--^^^ gion. Cet agent est visible, palpable; c^est un . - j —

être organisé, doué de vie, qui se développe et

se propage à la manière des êtres vivants. Par - -—

sa présence et par sa multiplication rapide dans —

le sang, il apporte dans la constitution de ce liquide, sans doute à la manière des ferments, des modifications qui font promptement périr FanTmal infecta. li y a longtemps, disait -il encore, que des médecins ou des naturalistes olit admis théoriquement que leslnâTâdies contagieuses", les fièvres épidémiques graves, la peste, etc., sont déterminées par des animalcules invisibles ou par des ferments, mais je ne sache pas qu^aucune observation positive soit jamais venue confirmer ces vues. »

Peu de mois après la publication des résultats obtenus par Davaine , deux professeurs du Valde-Grâce, MM. JaiJIard et Leplat, réfutèrent les conclusions précédentes. Après avoir inoculé à

des lapins et à des chiens des liquides divers en voie d'altération spontanée et remplis de vibrions, ils ne purent provoquer la mort de ces animaux. Il leur fallut, pour obtenir ce résultat, mtroduire dans le sang des chiens et des lapins plusieurs centimètres cubes de liquide très putride. Encore dans ce cas, qui ne faisait qu^ajouter un nouvel exemple aux expériences anciennes de Gaspard et de Magendie sur Faction des liquides putrides, ne créèrent-ils pas la virulence du sang.

Davaine n'eut pas de peine à faire observer /. Q que MM. Jaillard et Leplat s'étaient placés dans

T! / de tout autres conditions d'expériences, que ce

J ^ 'v^^^ii^émientpas des vibrions ou des bactéries d'in- S^è^ ^t^/ïusions quelconques dontlui , Davaine, s'était p^Jl^fi^ L^ervi, mais des bactéries que l'on trouve dans

► AtÀ ^.i^^S ^^^ moutons morts du sang-de-rate.

, M^I. Jaillard et Leplat revinrent à la charge

w#fW^'' et cette fois avec des expériences entièrement ^^tfcfJffiK«/s nouvelles et inattendues. Ils inoculèrent à des -^^ifi^ij- lapins, ainsi que le désiraif Davaine, le sang u VcccAu^^ d'une vache m^orte, près de Chartres, de la maladie du sang, autrement dit du charbon. Les lapins moururent rapidement, niais sans offrij, avant ou après leur mort, la moindre trace de

"^-JL^-L'

bactéries. De nouveaux lapins , inoculés avec le sang^des premiers, périrent également, mais il fut encore impossible de découvrir le moincTre parasite dans Tëur sang. .ALM. Jaillard et Leplat offrirent cà Davaine quelques gouttes de ce sang. Davaine, reprenant les expériences de ses contradicteurs, et tout en confirmant Texactitude des faits qu'ils avaient annoncés, conclut en disant que ces deux professeurs n'avaient pas emploj-é du sang charbonneux véritable, mais le sang d une maladie nouvelle, inconnue jusquelà, que Davaine proposa d'appeler la maladie de la vache.

« Le sang dont nous nous sommes servis, répliquèrent .^LM. Jaillard et Leplat, nous a été fourni par le directeur de rétablissement d'équarrissage de Sours, près de Chartres, et ce directeur est d'une compétence indéniable dans la connaissance du charbon. »

Pleins de sincérité et de conviction, MM. Jaillard et Leplat recommencèrent encore leurs expériences en seTervant, cette fois, cîû~sana g'un mouton mort charbonneux que le vétérinaire le plus exercé de la ville de Chartres, ^^LJBoutet, leur avait procuré. Leurs résultats furent semblables à ceux qu'ils avaient obtenus

avec le sang de la vache. Malgré les répliques de Davaine, qui d'ailleurs n'ajoutaient rien aux faits déjà rassemblés de part et d'autre, il devint difficile de se prononcer dans un pareil débat, et les esprits non prévenus gardèrent de cette importante discussion l'impression que MM. Jaillard et Leplat, en produisant des faits vérifiés exacts par le docteur Davaine lui-même, avaient porté un coup aux affirmations de ce dernier et que le sujet exigeait, dans tous les cas, de nouvelles études expérimentales.

En 1876, un médecin allemand, le docteur Koch, revint sur la question. Il confirma l'opinion de Davaine, mais sans entraîner le moins dulnonde la conviction dans les esprits, car il n'apporta aucun éclaircissement sur les faits produits par MM. Jaillard et Leplat, dont il ne daignait même pas parler. Au moment même où paraissait en Allemagne le travail de Koch, réminent physiologiste Paul Bert vint corroborer, au contraire, Topinlon de^IM. Jaillard et Leplat.

« Je puis faire, disait M. Paul Bert, périr la bactéridie dans ^a goutte de sang par Toxygène. comprimé, ir.DCuler ce qui reste et reproduire la maladie et la mort sans que la bactéridie se

montre. Donc, les bactéridies ne sont ni la cause ni l'effet ne'cessaire de la maladie charbonneuse. Celle-ci est due à un virus. »

C'était bien l'opinion de MM. Jaillard et Leplat. M. Pasteur, obéissant au besoin de connaître la vérité sur le fond des choses et aussi au vif désir de découvrir quelques preuves décisives sur Tétiologie de la terrible maladie, résolut à son tour d'aborder le sujet.

Le docteur Koch avait annoncé dans son travail que les petits corps filiformes, vus pour la première fois par Davaine en i85o, avaient deux mod^es de reproduction, le mode de scission qu'avait observé Davaine, et un autre mode par corpuscules brillants ou spores. L'existence de ce dernier mode de reproduction, ^L Pasteur l'avait déjà découvert en i8o5, affirmé de nouveau et figuré en 1870, comme propre aux filaments du ferment butyrique et à tous les ferments de la putréfiiction. Le docteur Koch ignorait -il ce fait important? Préféra -t-il, en gardant le silence, se réserver le bénéfice d'une apparente priorité?

Pour résoudre la première obscurité qui s'était présentée à son esprit, c'est-à-dire la question de savoir si la maladie charbonneuse

devait être attribuée à une substance solide ou liquide, associe'e ou non aux filaments découverts par Davaine, ou si elle dépendait exclusivement de la présence et de la vie de ces filaments, M. Pasteur eut recours aux méthodes qui, depuis vingt ans, lui servaient de guide

- — dans rétude des microbes-ferments. Ces méthodes, si elles sont délicates, sont aussi bien simples. Voulait-il, par exemple, démontrer que le microbe-ferment de la fermentation butyrique est Tagent même de la décomposition? il préparait un liquide artificiel formé de phosphates de potasse, de magnésie et de sulfate d'ammoniaque, ajoutés à la solution de la matière fermentescible et, dans ce milieu, il faisait

développer le microbe-ferment ensemencé à

l'état de pureté. Ce microbe se multipliait et provoquait la fermentation. De ce liquide, on pouvait passer à un second,, à un troisième liquide fermentescible composé de même et ainsi de suite. La fermentation butyrique apparaissait successivement. Dès Tannée iSSy, cette méthode, dans nombre d'études, avait été souveraine. M. Pasteur se proposa donc, dans cette recherche particulière sur Taffection char-

-^ bonneuse, d'isoler le microbe du sang charbon-

neux, de le cultiver à l'état de pureté dans des liquides artificiels et de revenir alors à l'étude

de son action sur les animaux. Mais, comme,

depuis Tattaque d'hémiplégie qu'il avait eue ^tQ en 1868, M. Pasteur n'avait pas recouvré ^— ^ l'usage de sa main gauche, il lui fallut, dans ^ l'impossibilité où il était d'entreprendre seul de longues séries d'expériences, songer à trouver un collaborateur courageusement dévoué. Il le trouva dans un ancien élève de l'École normale, M. Joubert, aujourd'hui professeur de physique au collège Rollin. Si M. Joubert fut au danger de ces expériences sur les maladies charbonneuses, M. Pasteur l'associa toujours, dans les comptes-rendus de l'Académie des sciences, à l'honneur des recherches et au triomphe des découvertes.

Le 3o avril 1877, M. Pasteur lut à l'Académie des sciences, en son nom et au nom de son collaborateur, une note où il fut démontré, cette fois sans réplique possible, que le bacille qu'on . appelait bactérie, bactéridie, filament, bâtonnet, ■ en un mot, le bacille découvert par Davaine et ^ Rayer en i85o, était réellement l'agent unique de la maladie.

Une gouttelette de sang charbonneux, ense-

mencée dans de Turine ou dans de l'eau de levure de bière, stérilisées préalablement, c'est-à-dire rendues imputrescibles au contact de Pair exempt de tous germes en suspension, donne naissance en quelques heures à des myriades de bacilles ou bactéridies. Une gouttelette de cette première culture, ensemencée dans un second ballon contenant un liquide pareil au premier et préparé avec les mêmes précautions de stérilité et de pureté, se montre non moins féconde. Enfin, après dix, vingt cultures semblables, le parasite est évidemment débarrassé des substances que pouvait contenir la gouttelette de sang initiale. Or, si on injecte une quantité très petite de la dernière culture sous la peau d'un lapin ou d'un mouton, elle les tue en deux ou trois jours au plus avec tous les symptômes cliniques du charbon naturel.

Pouvait-on objecter que le parasite était associé dans le liquide de culture à une substance dissoute qu'il avait fait naître pendant sa vie et qui agissait comme un poison? M. Pasteur transporta des tubes de culture dans les caves de l'Observatoire où règne une température absolument constante, circonstance qui permit le dépôt rigoureux, au fond des tubes, de tous les

filaments du parasite. Or, en inoculant ensuite comparativement le liquide limpide supérieur et le dépôt du fond, il vit que ce dernier seul provoquait la maladie et la mort. C'est donc la bactéridie qui cause le charbon. La preuve était donne'e et on ne discuta plus.

Pili-î. ^^ ^i^^^ll^on est bkii la maladie produite ^^V çarj^ bactéridie, comme la gale est la maladie -IIT^^ produite par Tacare. comme la trichinose estla' maladie produite par la trichine. La seule parti' cularité est que le parasite de la maladie char-' bonneuse ne peut être aperçu que par l'emploi du microscope et d^assez forts grossissements. Voilà donc une maladie virulente au premier chef du^^à un infiniment petit.. Ce terrible virus, -, M. Pasteur le tenait et Tisolai". C'était dans un parasite microscopique que résidait la virulence du charbon et dans ce parasite seul. Un crrand «^ tait scientifique était acquis : Un virus pouvait être constitué, non p^runejnatière amorphe,

mais par un être microscopique. La virulence tenait à la vie.

Liebig et tous les chimistes et tous les médecins qui avaient accepté et soutenu sa doctrine rejetaient bien loin toute action vitale dans les fermentations comme dans les maladies contagieuses et infectieuses. Domine's par leurs hypothèses, ils se laissaient tromper par de fausses assimilations avec des phénomènes d'ordre purement chimique qui leur paraissaient se rapprocher de ceux de la fermentation et de la virulence.

« Par le contact du virus de la petite vérole, écrivait Liebig, le sang subit une altération à la suite de laquelle ses éléments reproduisent de nouveau ce virus. Cette métamorphose ne sWrête qu'après la transformation complète de tous les globules décomposables. »

Cette vague théorie des virus devait s'effondrer sous les expériences multipliées de M. Pasteur. Mais, en attendant d'autres découvertes, si la preuve irréfutable était donnée que le parasite microscopique faisait toute la virulence, il restait à éclaircir les faits, matériellement exacts^ annoncés par >DL Jailiard et Leplat, et à les mettre en harmonie avec les faits non moins cer-

tains, avancés par Davaine. Les lapins que MM= Jaillard et Leplat avaient inoculés avec une ]] / goutte de sang prélevée sur une vache ou sur un mouton charbonneux étaient morts rapidement, et le sang de ces lapins s'était de nouveau montré virulent. Il avait suffi de l'inoculer en quantité infinim'ent petite à d'autres lapins pour provoquer leur mort. Or, l'examen de ce sang, affirmaient MM. Jaillard et Leplat , n'avait révélé l'existence d'aucun être microscopique. M, Paul Bcrt, de son côté, avait réussi à tuer la

"^actéridie par une comoression d'oxygène et la

/virulence avait persisté.

Existait-il donc deux sortes de virus? Comment sortir de ces ténèbres ? La clarté se fit tout à coup.

M. Pasteur avait déjà démontré, quelques années auparavant, que le corps des animaux est . — *

fermé à l'introduction des germes des orga- ■ ^

nismes inférieurs. Dans le sang, dans l'urine, dans les muscles, dans le foie, dans la rate, dans i lés reins, dans le cerveau, dans la moelle et dans les nerfs, on ne trouve à l'état normal ni germe, ni particule connue ou inconnue pouvant se ! transformer en bactéries, vibrions, monades, microbes quelconques. Seul le canal intestinal

U (4Mt^

'/tCïiC^t^*^ est rempli de matières associées à une fouie de germes et de productions vivantes, en voie de développement et d'actions physiologiques diverses. Outre que sa température est favorable à la vie des organismes des infusions, il reçoit sans cesse des matières charge'es des germes de

a M^l'iV ^^^ organismes microscopiques. Dans les por-

^ r \ tions supe'rieures, Tair peut encore avoir accès, de telle sorte que, jusque dans Testomac, on

J.^'^fc^r' trouve des microbes aérobies, mais dans les^ ^ , profondeurs du canal Toxygène est absent, et il

#/j|jL<l-f-f^^Vy a que les anaérobies qui puissent s'y déve-^

, j • lopper. Si la vie, qui s'exerce à la surface des . a/nÇii" ^^ , ,,.' ^ . , . , , ^

i^^ii^'

muqueuses de Tintestin, s'oppose à toute péné-^ tration de ces petits êtres dans l'intérieur des ^gw*-'^^ organes, il n'en va pas de même après la mort.

e Aucun obstacle ne peut désormais les arrêter

" et les empêcher d'agir suivant les lois de leurs évolutions respectives et de l'influence décom.-^ ^yyn^^^jjrrù* posante qui leur est propre. C'est par les anaé^

91I :. robies, en effet, que commence la putréfactio^i^

*• ^ • des cadavres. Ils pénètrent dans les organes et^ <7 dans le sang, dès que ce liquide est prive d'oxy-

gène, — ce qui ne tarde guère, — Toxygène fix^ &-^'^;^~ sur les globules se trouvant bientôt absorbé par^ , des combustions diverses. Dans le cadavre char-

bonncux, la putréfaction est plus rapide encore, parce que le sang est déjà en grande partie privé d'oxygène par les effets de la maladie au moment de la mort, que les intestins sont malades, couverts d'ecchymoses et quelquefois d'hémorragies. Rien n'est plus frappant que ce prompt ballonnement et cette putréfaction presque immédiate des bêtes qui ont succombé au charbon. De tous les vibrions prêts à passer du canal intestinal dans le sang du réseau des veines mésentériques qui enveloppent ce canal, il en

est un qui paraît prendre les devants, c'est le -- L>,i

vibrion septique. Les autres se répandent dans l f^H^ le sang avec plus ou moins de lenteur; ce sont -féf:/*^^* les vibrions qui méritent le nom de vibrions de -^ ^ la putréfaction, à cause des gaz très putrides qui l/^i^i^t^tJ résultent de leur action sur les matières orga- C ^^''^i*'//! niques azotées et sulfurées; mais le vibrion sep-tique, lui, s'empare presque immédiatement du cadavre. Déjà, après douze ou quinze heures, le sang de l'animal charbonneux qui était, au moment de la mort et dans les premières heures suivantes, exclusivement charbonneux, ne contenant absolument que le parasite de cette affection, donne asile tout à la fois au bacille du charbon et au. vibrion. septique. Alors interviennei.t

254 HISTOIRE d'un savant. f

les très curieux effets du caractère anaérobie de ' , ce vibrion et de leur opposition avec ceux du

t^i^ï'^Hc^ bacille charbonneux, qui est exclusivement aéroi^ti l'i^'^.bie. Répandu dans un sang privé de gaz oxygène, •y le bacille charbonneux ne peut vivre dans ce

■^f - *sang et pe'rit rapidement. Peu à peu, on ne ^ ' trouve plus à sa place que des granulations amorphes, dépourvues de toute virulence. Le vibrion septique anaérobie, au contraire, se trouve après la mort dans les meilleures con- :4P*ï/iW* ditions de vie et de développement. Non seulement il pénètre dans le sang par les veines 1 profondes' du mésentère, mais aussi dans les liquides qui suintent dans l'abdomen et dans les muscles.

De cet antagonisme qui existe dans les propriétés physiologiques entre le bacille charbon-#^i i^t » 17 - ^ neux et le vibrion septique, il résulte que si l'on prélève, pour l'inoculer à un animal capable de contracter le charbon, une gouttelette de sang d'une bêté~~quT^ient de mourir du charbon, on yâ. est certain^ en opérant dans les premières heures qui suivent la mort, de communiquer à cet aniy'é (f^^rfrTprir^ mal le charbon et le charbon exclusivement. Si Ton attend, au contraire, un plus grand nombre d'heures, nombre qui varie entre douze et vingt-

quatre suivant la saison, l'inoculation du sang

K communiquera tout à la fois le charbon et la

septicémie, — la septicémie que l'on peut appé- ^"55^^^^ 1er aiguë,! cause des désordres inflammatoires -f^xè^^ rapides que le viKTon septique détermine dans '

l'animal inoculé. Les deux maladies peuvent ^^^#v-<-%j t se développer simultanément sur l'animal inoculé, mais^la plupart du temps l'une précède ,^ Tautre. L'affection septique est la plus prompte dans son action. D'ordinaire elle cause la mort avant que le charbon ait pu se développer et produire des effets appréciables. ^' ^

Ainsi peuvent maintenant s'expliquer tous les faits observés contradictoirement par MM. Jaillard et Leplat, d'une part, et, de l'autre, par Davaine. Qu'avaient fait VlS\. Jaillard et Leplat désireux de contrôler les travaux de Davaine ? Ils avaient demandé dans un pays que le charbon a rendu célèbre, le département d'Eure-et-Loir, un peu de sang charbonneux. Or, qu'arrive-t-il dans une ferme quand un anjmal tombe frappé du charbon ? On dépose le cadavre sur un fumier, sous unliangar, dans une écurie', jusqu'à ce que la voiture de l'équarrisseur, qui doit l'enlever, vienne à passer. L'équarrisseur prend son temps, et le cadavre reste là pendant vingt-quatre ou

wVOi^

256 HISTOIRE d'uX savant.

quarante-huit heures. Le sang prclevé jur cet animal est plus ou moins envahi par la putréfaction et les vibrions se mêlent à la bactéridie charbonneuse dont le développement s'arrête au moment de la mort de Tanimal. Bref, on conçoit aisément que quand un expérimentateur écrit à Chartres pour se procurer du sang charbonneux, il soit exposé à son insu, età l'insu de son correspondant, à recevoir un sang tout à la fois charbonneux et septique. Et cette septicémie est parfois multiple^ car on peut dire que, à chaque sorte de vibrion de putréfaction, correspond une septicémie propre.

Telles furent les circonstances qui durent accompagner, sans qu'ils s'en rendissent compte le moins du monde, les recherches de MM. Jaillard et Leplat sur l'affection charbonneuse. On en a d'ailleurs l'impression en lisant leurs notes successives à l'Académie des sciences. Le sang de la vache morte du charbon, envoyé par l'établissement d'équarrissage de Sours, et le sang du mouton charbonneux, adressé par M. Boutet, avaient dû être prélevés sur des cadavres d'animaux morts depuis assez d'heures pour que leur sang fût à la fois charbonneux et septique. La septicémie, si prompte dans son action, avait

^Uittn^ ^^^

tué les lapins de ^DI. Jaillard et Leplat. Comme l'examen du sang de ces lapins ne leur avait pas offert la moindre bacte'ridie, ils avaient conclu, avec une grande apparence de vérité, que rinoculation du sang charbonneux pouvait donner la mort sans apparition de bactéridies, alors même que celles-ci étaient abondantes dans le san^ d'inoculation. Dans le sans; des inoculés, la présence des vibrions septiques leur échappa. Lorsque Davaine répliquait que ^DI. Jaillard et Leplat n'avaient pas eu affaire au charbon pur, il était dans le vrai, mais il ne pouvait en donner des motifs plausibles. Les uns et les autres se débattaient dans des expériences oii la vérité et Terreur étaient étroitement associées.

Le travail de M. Paul Bert, à la fin de l'an- ^11 née 1876, était entouré de circonstances non moins complexes. Pour bien les saisir, il fr.ut • . se rappeler la découverte de ^l, PasFeur sur le • tO'-*^^*^ mode dereproduction des vibrions anaérobies '^^•v4tA##! de putréfaction. Ces vibrions se reproduisent par corpuscules-germes, sorte d'oviparité. Ce mode c.\^ %-^ de génération, le vibrion de la septicémie aigiic /l^ t^^^ué le possède. Des fils courts~oirTon^s, articulés, se ""(^.^^^HftnA montrent parsemés de points brillants qui sont

^ ibfti

précisément les germes dont nous parlons. Uexpe'rience prouve que ces corpuscules-germes résistent très bien à la pression d'oxygène. En inoculant du sang à lafoisseptique et charbonneux, après ravoir comprimé, les spores septiques reste'es vivantes donnent la mort, sans que Ton puisse apercevoir dans le sang ni bactéridies ni filaments au moment de la mort. C'était également de Chartres que M. Paul Bert avait fait venir du sang charbonneux. Le sang qu'il avait reçu était, sans nul doute, non seulement char-

L^ .. bonneux, mais déjà septique. Les filaments de

bactéridies ou les filaments des vibrions septiques avaient péri, sous Toxygène comprimé; mais les corpuscules-germes étaient présents, et la pression considérable du gaz oxygène n'avait point agi sur eux. La virulence nouvelle qui avait pris naissance et qui avait emporté les animaux inoculés était due à ces corpuscules. ^ Quant à la preuve que cette virulence dans . ^ le sang du cadavre charbonneux est bien Teffet #^

Q t du vibrion septique, M. Pasteur, assisté de

^ ^ M. Joubert et d'un nouveau collaborateur, '^^ 'Ai/ Chamberland, i\L Pasteur l'avait donnée, ainsi qu'il l'avait fait pour la bacte'ridie du charbon, par la méthode des cultures successives

^îu^W-; n^èfÀé^i ^W**>; C^&iJvU'*^^

aans un milieu artificiel. Toutefois ces cultures du vibrion septique exigent des précautions et des conditions toutes particulières. Elles doivent être effectue'es en présence du vide aussi parfait qu'on peut l'obtenir ou au contact du gaz acide carbonique, en dehors de toute présence de l'air. Ensemencées au contact de Pair, ces cultures du vibrion septique seraient toutes stériles, parce que ce vibrion est exclusivement anaérobie. L'air le tue. Si un corpuscule-germe de cet organisme pouvait germer au contact de Pair, le produit de la germination serait aussitôt arrêté dans sa éL^i^}^^,^^ marche et périrait par Faction de rowaprip ^, ,f ^^ ^ "l^'cst absolument l'inverse de ce qui se passe ' ^, ^pour le bacille du charbon. JDans le vide ou en *

présence du gaz carbonique, les cultures des bacilles sont stériles. Si Tun de ces corpusculesgermes du bacille du charbon, car lui aussi en a, pouvait germer, le produit de la germination, privé d'oxygène libre, périrait aussitôt. Et, pour signaler en passant une expérience très ingénieuse de j\I. Pasteur, on a ainsi le mo3^en de ** sé£arer, par la culture, le bacille du charbon du vibrion septique, lorsqu'ils se trouvent associés temporairemento Que l'on cultive au contact de l'air ce mélange d'organismes pathogènes, le

2Go HISTOIRE d'un savant.

bacille du charbon se développera seul. Que \X^ \ Ton cultive ce même mélange, à Tabri de Pair,

/ <^ dans le vide ou dans le gaz carbonique, le vibrion septique seul se deVeloppera. Cet artifice" de culture est un des meilleurs dont on puisse se servir pour de'montrer, par exemple, que le sang d'un cadavre charbonneux possède après la mort une seule virulence, la virulence charbonneuse, et que, vingt-quatre heures après la mort, au contraire, il a deux virulences, la virulence charbonneuse et la virulence semique.

Il y a quelques mois, à propos de ces faits de charbon et de septice'mie^.,, une trè^ vive discussion s'éleva entre ]\L Pasteur et une commission formée de la plupart des professeurs de Técole vétérinaire de Turin. Une expérience, dont le succès intéressait extrêmement M. Pasteur, avait été faite à cette école. Au lieu d'employer du sang charbonneux pur.^ sans autre virulence que la virulence du charbon, les professeurs italiens, soit ignorance des faits qui précèdent, soit inadvertance, employèrent du sang d'un mouton charbonneux qui, de leur propre aveu, était mort depuis plus de vingt-quatre heures. M. Pasteur écrivit immédiatement^[uehi ^oirunission avait

eu le tort de se servir d'un pareil sang qui devait être tout à la fois charbonneux et septlque. •' 7 ^ Les Turinois se fâchèrent. Ils affirmèrent que cette assertion de M. Pasteur était inexacte, que le sang du mouton avait été étudié avec soin et qu'on n\^ avait rencontré que des filaments du parasite du charbon; qu'il serait merveilleux d'ailleurs, ajoutaient-ils avec ironie, que M. Pasteur, du fond de son laboratoire de Paris, pût assurer que ce sang eût été mêlé de virulence septlque, quand eux, bons observateurs, armés du microscope, avaient eu ce sang de mouton sous les yeux. M. Pasteur se contenta de répondre que son assertion reposait sur un principe et qu'il pouvait parfaitement, sans avoir vu le sang du mouton, assurer que, dans les conditions où il avait été recueilli, ce sang était septlque. De part et d"autre, des notes publiques furent échangées, mais on ne parvint point à s'entendre. M Pasteur offrit alors de se rendre personnellement à Turin, pour^démontrer, sur autant de cadavres de moutons charbonneux que Ton voudrait sacrifier, que le sang de tous ces cadavreji^-— au bout de vingt-quatre heures, au mois " de miars, au bout de douze ou quinze heures, -

au mois de juin, — serait à la fois charbonneux ^~^r^^h^A

^;,et septique. M. Pasteur se proposait de retirer

fi^ cà volonté, par des cultures appropriées, la viru-

•" . lence charbonneuse ou la virulence septique ou

f^^ -toutes les deux ensemble, au choix des Italiens./

Mais les Italiens se dérobèrent à la proposition que leur faisait M. Pasteur d'aller leur rendre une visite pour les convaincre de leur erreur. La netteté', la sûreté' des assertions de M. Pasteur est ce'lèbre, mais ce qui donne à tout ce qu'il avance une telle autorité, c'est que, comm? ^fitf^^i ^^ disait un jour M. Paul Bert, la hardiesse de M. Pasteur à affirmer n'a d'e'gale que sa timidité 1 ^ quand l'expérience n'est pas derrière lui. Jamais

il ne s'engage que sur un terrain qu'il s'est rendu familier, mais il s'3^ engage alors avec une résolution et parfois avec une impétuosité telles que l'on peut dire à un de ses adversaires j quel qu'il soit : Je vous plains de tomber dans

- ses mains redoutables.

c( Faites attention, disait peu de temps après

^X<-- l'incident de Turin, un membre de l'Académie

\j;x — des sciences à un membre de l'Acade'mie* de

me'decine, qui s'était proposé « d'e'trangler » ■ '^n ~~^ -scientifiquement M. Pasteur, faites attention, ^îUïg — ^Pasteur ne s'est jamais trompé. »

Un jour, en 1879, un orofesseur d'une Faculté

de médecine de province annonça à TAcadémie des sciences qu'il avait trouvé dans le sang d'une femme, atteinte depuis plus de deux semaines d'une fièvre puerpérale grave, et morte à l'hôpital, un nombre considérable de filaments immobiles, simples ou articulés, transparents, droits ou courbes qui appartenaient au genre Leptothrix. Engagé dans des études sur la fièvre puerpérale, et n'ayant jamais rencontré dans ses recherches un fait de cet ordre, M. Pasteur écrivit aussitôt à ce professeur pour lui demander un échantillon de ce sang infectieux. Le sang arriva au laboratoire, et, quelques jours après, M. Pasteur écrivait au médecin : « Votre leptothrix n'est autre chose que la bactéridie charbonneuse. ».

Cette réponse rendit le médecin très perplexe. Il écrivit à M. Pasteur qu'il ne discutait pas une telle affirmation , qu'il se promettait de la contrôler et que, s'il se rendait compte lui-même de l'erreur qu'il avait commise, il la proclamerait.

M. Pasteur lui offrit alors un envoi de petits

cochons d'Inde inoculés du charbon : « Vous les

— -7 — »-, — rr - * ■-

recevrez encore vivants, ils mourront sous vos

yeux, vous en ferez l'autopsie, et vous reconnaîtrez vous-même votre leptothrix. » Le médecin accepta. M. Pasteur inocula trois petits cochons,

%/iti^

2'J4 HISTOIRE d'un SAVANT.

les fit placer dans une cage et les expédia par le chemin de fera l'adresse du professeur. Ils arrivèrent le lendemain matin et succombèrent vingt-quatre heures après, sous les yeux mêmes du médecin. Le premier cochon avait été inoculé avec le sang infectieux de la femme morte, le second avec la bactéridie d'un sang" charbonneux de Chartres . le troisième avec du sang charbonneux d'une vache du Jura. A Tautopsie, il fut impossible de constater la moindre différence dans le sang des trois animaux. Non seulement le sang, mais les organes internes et principalement la rate se trouvaient modifiés de la mcme manière. |

Alors,, avec une parfaite loyauté, le médecin s'empressa de constater, dans une communication à TAcadémie des sciences, qu'il était doublement regrettable qu'il n'eût pas connu le charbon dès l'année précédente, car il aurait pu, d'une part, diagnostiquer la complication redoutable que présentait la femme morte le 4 avril 1878, et rechercher, d'autre part, le mode de contamination qui lui échappait maintenant. Toutefois il avait pu apprendre quelques détails sur cette malheureuse femme. Elle était femme de peine et demeurait dans une petite chambre qui

était contiguë à une écurie appartenant cà un maquignon. Beaucoup de bêtes passaient dans cette écurie.

Mais revenons cà nos vibrions septiques. Si ^ Tair les détruit, si leur culture est impossible au '^""""^ contact de Tair, comment donc la septicémie

peut-elle exister, puisque l'air est partout pré- ^

sent? Comment du sang exposé à Pair pourrait-il devenir septique par les poussières qui sont à la surface des objets ou que l'air tient en suspension.^ Où pourraient donc se former des f^ermes • septiques? ^objection paraît sérieuse, mais elle * ' tombe devant une expérience très simple : Que

l'on prenne de lasérositéabdominale d'un cochon

d'Inde mort de septicémie aiguë. On la trouvera /» y\ remplie de vibrions septiques, en voie de gêné- /f\'\ ^^ ration par scission. Que Ton expose ensuite ce ^^ liquide au contact de l'air, avec la précaution de donner au liquide une certaine épaisseur, d'un centimètre par exemple. En quelques heures, voici le très curieux spectacle auquel on assiste, si on le suit à l'aide du microscope. Dans les couches supérieures, Foxygène de Tair est absorbé, ce que manifeste déjà le changement de teinte du liquide. Là, le vibrionfilamenteux

meurt et disparaît sous forme de fines granulations amorphes dépourvues de virulence. Au fond de cette couche d'un centimètre d'épaisseur, au contraire, les vibrions, protégés contre l'arrive'e de l'oxygène par leurs semblables qui périssent, continuent de se multiplier par scis- ^v.-^.-«« sion; puis, peu à peu, ils passent à l'état de ^^^iT """" corpuscules-germes, de telle sorte qu'à la place

^ ' -r de fils mouvants de toutes dimensions linéaires

r>r ■ -^ et dont la longueur dépasse même quelquefois ^"^"^-^ le champ du microscope, on ne voit plus qu'une • W^'^^ " poussière de points brillants, isolés, sur lesquels «T*^ l'oxygène de l'air est sans action. C'est ainsi ^ ' ' que peut se former, même au contact " "'^'^ une poussière de germes scptiques,

se comprendre Tensemencemcnt d'êtres anaéj^m J^^i'^robies dans des liquides putrescibles par les idiMi poussières en suspension dans Tatmosphère. /L\^ Ainsi peut s'expliquer la permanence des maladies putrides, de toutes celles même qui peuvent avoir pour cause des microbes anaérobies que l'atmosphère empêche de vivre et qui échappent à cette destruction en devenant corpuscules-

tact de l'air, A >. Ainsi peut \\

germ^es.

Grâce à des expériences aussi inattendues et aussi concluantes, M. Pasteur avait d'':montré

que MM. Jaillard et Leplat n 'avaient nullement inoculé à leurs lapins un virus amorphe, liquide ou solide, mais un virus constitué par un être vivant microscopique, par un véritable ferment. A côté du parasite du charbon, on avait donc un nouvel exemple d'un virus animé vivant, à germes formant poussière. Et, chose extraordinaire, parmi les microbes auteurs de maladies qu'ils provoquent en pénétrant et en se multipliant dans le corps des animaux, il en est d'aérobics comme le bacille du charbon, et d'autres amiérobies, comme le vibrion de la ^ ^ O septicémie aiguë. >r—^ :-.-,-- — „

Pour CCS deux maladies, si virulentes, le charbon et Ia~ septicémie, les recherches de M. Pasteur avaient nettement établi la doctrine du para- r^dup-j/fi sitisme. Une grande et nouvelle voie s'ouvrait aux études futures sur les causes des maladies. Toutefois, par les différences surprenantes qui séparent le charbon et la septicémie, on pressent

que si l'avenir, répondant à ce passé dliier et à des découvertes plus récentes encore, réserve, à n'en guère douter, la connaissance de nouveaux microbes de maladies, les propriétés spécifiques de ces êtres microscopiques exigeront, pour cha- • que exploration nouvelle, des eflorts sans cesse

répétés, autant pour mettre ces microbes en évidence que pour apporter les preuves décisives de leur puissance morbide. Mais la question qui doit être considérée comme résolue par

. k^i^f avance, c est la non-spontaneite de ces microbes

' W'^^'^- ^infectieux. Qui dit maladie parasitaire dit par là

tpCtt^f^T ' même maladie spontanée. Or. il n'y a pas plus

de nialadie spontanée qu'il nj^^dc jgénération

spontanée^ dans Tétat actuel de la science. De

tels aphorismes ne vont pas sans soulever de

temps en temps des oppositions d'autant plus

vives qu'elles sont plus isolées. Au Congrès

médical international tenu à Londres au mois

/ d'août 1881, le docteur Bastian, médecin d'un

des principaux hôpitaux de Londres, vint dé-

.^^ clarer que, s'il ne pouvait pas ne pas accepter

r^^^^î^^L^d^ • Texistence de maladies à microbes, les microbes,

r-^^f^^ .suivant lui, étaient des effets des maladies et

r^^^/^^non leurs causes.

^ u Se peut-il, s^écria M. Pasteur, présent à la

séance, que l'on puisse aujourd'hui commettre une pareille hérésie scientifique! Ma réponse, docteur Bastian, sera courte. Prenez le membre d'un animal,.broyez-le, laissez s'épancher H^n^^ .,^^^ ,^ ce membre, autour de ces os broyés, autant de sang et^ d'autres liquides normaux ou anormaux qu'il vous plaira. A^cillcz seulement à ce que la peau du membre ne soit ni déchirée ni ouverte, ^ctje vous porte le défi de faire apparaître, les jours suivants et pendant tout le temps que durera la maladie, le moindre organisme microscopique dans les humeurs de ce membre. » ^ ^ . - \ A Texemple de Liebig en 1870, le docteur \/ - ^astian n'accepta pas le défi. r

Mais si une maladie comme le charbon a sa

cause dans un microbe.^ ce microbe est sous. ^

^ l'influence du milieu où il se trouve. Il ne se développe pas partout. Facilement inoculable et ^ mortel pour le bœuf, le mouton, le lapin et les - .,u^>U^ cochons d'Inde, — ces deux espèces condamnées -^^^ * . à toutes les expériences de laboratoire, — le char- ^^A^^ bon est extrêmement rare chez le chien et chez ^^jA^ le porc. Il faut insister à plusieurs reprises pour y^"^ I le leur'donner. Encore n'y parvient-on pas tou- ^^f^^ I jours. Il ne prend jamais chez les poules. On a r ■/ ^ beau leur inoculer en quantité considérable du ^^^^^ ^~— . ^ ^ ,3.

/70 HISTOIRE d'u.-: savant. V

sang charbonneux, elles ne paraissent nullement -^ -^ -s'en apercevoir. Cette indifférence avait beaucoup frappé M. Pasteur et ses deux collabora-

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