‹ M. Pasteur: histoire d'un savantChapitre 15 sur 23 · LE VACCIN DU CHARBON · texte numérisé non relu

LE VACCIN DU CHARBON

Amsijjueje^jaitjv^^ le

microbe du choléra des poules, rimmunîté c"ontre un microbe virulent peut donc être acquise par une maladie bénigne que provoque ce même microbe affaibli dans sa virulence. Quel ajvenir pour la médecine, si Ton pouvait appliquer cette méthode à la prophylaxie de toutes les maladies virulentes! Le charbon étant à rétude dans le laboratoire de TÉcoie normale, c'est sur le charbon que la recherche fut d'abord tentée. Mais le succès de cette recherche, se disait M. Pasteur, on ne peut Tespérer que si Taffection charbonneuse ne récidive pas. C'est alors seulement que Ton serait autorisé à penser que

l'inoculation du microbe charbonneux affaibli ' — ' '^ ! S^^ ' -^ -»

préserverait du charbon mortel. Malheureusement la médecine humaine est muette sur cette y question de non-recidive. L'homme survit rarement à une pustule maligne. S'il y a des cas de / guérison, — et il en existe d'authentiques, — celui qui a échappé à la mort ne saurait être fixe sur la chance qu'il peut avoir d'être désormais à Tabri au charbon. Il lui faudrait, pour acquérir une telle sécurité^ s'exposer à des expériences directes d'inoculation, ce dont il ne se soucie guère. Seuls les animaux offrent la possibilité y de résoudre ce problème. Encore est-il néces-

saire de ne pas s'adresser à toutes les espèces. Tout mouton inoculé de Taffection charbonneuse est un mouton perdu. Le bœuf et la vaiche résistent davantage. Les cas de guérison sont fréquents. Un incident permit à M. Pasteur de pousser très loin cette étude expérimentale.

En 1879, le ministre de l'agriculture le chargea de porter \m jugement sur la valeur d'un procédé de guérison du charbon des vaches qu'avait imaginé un vétérinaire du Jura, M. Louvrier. ^^t-^lU*^- Après s'être adjoint M. Ghamberland pour surveiller l'application du remède de M. Louvrier, M. Pasteur institua une série d'expériences comparatives. On inocula des vaches, au nombre

LE VACCIN DU CHARBON. 3o3

de deux et parfois au nombre de quatre, par le virus charbonneux virulent. La moitié de ces vaches fut livrée au mode de traitement^ de M. Louvrier; Tautre moitié ne fut pas traitée. Un certain nombre des vaches soignées par M. Louvrier résistèrent, mais un nombre pareil de vaches non traitées se remirent également. On constata tout à la fois Tinefficacité du remède et la causer des illusions de l'inventeur. Mais il resta de Fessai de ce remède un résultat précieux. M. Pasteur et M. Ghamberland eurent ainsi à leur disposition plusieurs vaches gué- ^ ries du charbon et qui en avaient ressenti les atteintes par les symptômes les plus graves. Au point inoculé, des œdèmes énormes s'étaient formés, œdèmes qui descendaient dans les membres ou sous Tabdomen et qui contenaient jusqu'àpluâieurs litres de sérosité. La fièvre avait été intense et, â certain moment, la mort avait paru imminente. Quand ces vaches guérirent,. on les réinocula avec de grandes quantités de tif^>>^^^9U virus virulent. Pas la moindre trace de maladie i ^^^^s^^\ ne se manifesta, rinoculation fût-elle pratiquée --^'^^^ ' après un intervalle de plus d'une année.

La question était résolue. Ainsi que la plu- ^^^-^^ part des maladies virulentes qui ont pu être ^^^"^

U\MM-9^^ ^A^' /'rVf /^^^ ,

3o4 HISTOIRE d'un SAVANT.

^ ■ étudiées sous ce rapport, le charbon ne récidive

^^^^ ' pas. L^immunité acquise a une longue durée.

TV^Anl-i'

f^A/^^^ Alors, avec cette vaillante ardeur qui le pousse toujours à aller en avant, M. Pasteur se promit de rechercher le vaccin du charbon. En vue de ^ 'ces nouvelles investigations qui devaient exiger de longs et minutieux travaux, et qui demandaient certaines connaissances' médicales, M. Pasteur s^adjoignit, outre M. Chamberland, '•un jeune savant, aujourd'hui docteur en méde- «A cine, M. Roux.

Poursuivant le cours rigoureux de ses déductions, M. Pasteur s'adressa naturellement à /n\,A^ l'oxygène de l'air pour tenter la modification de la virulence du microbe du charbon. Mais une difficulté se présenta tout d'abord. Entre le microbe charbonneux et le microbe du choéra des poules, il existe une difl'érence essentielle. Comme il arrive pour un grand nombre d'organismes microscopiques , le microbe f^H^'^hfi- du choléra des poules se reproduit seulement y ^ %^ "par scissiparité. Le parasite du charbon, au yj contraire, a un auTre mode de génération. Il

> ^ $ renferme des corpuscules-germes dont on ne

trouve pas les analogues dans le microbe du choléra.

»4^À^ t ^ «il>

LE VACCIN DU CHARBON. 3o5

Dans le sang des animaux comme dans iesé^!URi§M| cultures à leur début, le microbe charbonneux • est d'abord en filaments translucides, plus ou «^"^^^^ moins segmentés. Jusque-là, la ressemblance ii^^^M entre le microbe du charbon et le microbe du ^^^

choléra est complète. Mais ce sang ou ces cultures, exposés au liBre contact de Tair, au lieu de continuer ce premier mode de génération, laissent voir, souvent déjà après vingt-quatre heures, ^^^ des corpuscules-germes distribués en séries plus^Cf^* ou moins régulières, dans la longueur des fila- <7-7> 4? ments. Tout autour de ces corpuscules, la matière du filament se résorbe, ainsi que M. Pasteur Ta figuré autrefois dans les planches de son ouvrage sur la maladie des vers à soie, à propos des bacilles de putréfaction. Peu à peu, toute liaison entre ces corpuscules disparaît et leur ensemble ne forme bientôt plus qu^une poussière degermes. Or, — et voici la grande difficulté que les expérimentateurs rencontrèrent pour appliquer au charbon le mode d'atténuation du microbe du choléra, — ces germes peuvent être exposés pendant des années aîi contact de l^air sans perdre leur virulence, toujours prête à se reproduire sans changement appréciable et à manifester ses eflcts dans le corps des animaux.

3o6 HISTOIRE d'un SAVANT.

||ll^%jùk Comment espérer découvrir le vaccin du charbon avec la méthode qui avait servi au vaccin

^î^k^^ du choléra des poules, puisque la virulence char- ^^^^^>#^>^ bonneuse se fixe très vite, au bout de vingt- -î!^.^ quatre heures déjà, dans un germe? Avant que l'oxygène de Pair ait eu le temps d'atténuer par sa présence le parasite dans sa culture, la virulence de ce parasite se serait établie, enkystée dans des corpuscules-germes. Et cependant M. Pasteur ne vit pas dans cette objection une objection capitale. Puisque, se disait-il, sous sa forme de filaments le microbe du charbon est tout à fait Tanalogue des petits articles du microbe du choléra des poules, on peut réduire le problème de Texposition à l'air du microbe charbonneux à ce problème-ci : Rechercher les onditions propres à empêcher les corpuscules- ;^^germes du charbon de prendre naissance. La difficulté serait ainsi tournée, car, une fois que Ton serait délivré des corpuscules-germes, les filaments charbonneux pourraient être maintenus au contact de Pair, pendant un temps quelconque, et Ton retomberait vraisemblablement --^ dans les conditions qui avaient amené Tatténua-

tion du microbe du choléra.

M. Pasteur et ses deux préparateurs s'enga-

LE VACCIN DU CHARBON. 3o7

gèrent dans cette voie. Les jours passèrent, les expériences se multiplièrent. M. Pasteur devenait de plus en plus préoccupé. Il avait ce que sa fille appelait « sa figure à découverte pro- *"■ — — chaîne». Ca J

« Ah! que ce serait beau! murmurait-il de temps en temps à demi-voix, si l'on arrivait à y^^ cela; si le fait de l'atténuation du microbe du yj^^ choléra des poules n'était pas un fait isolé! » >tf^>^ Alais quand on se risquait à lui adresser ^>^^i une question timide sur la phase que traversaient ses expériences, ^L Pasteur répondait : « Non, je ne puis rien vous dire, je n'ose pas formuler tout haut ce que j'espère. »

Un jour enfin, il remonta de son laboratoire ^ le visage triomphant. Sa joie était telle que les larmes lui montaient aux yeux. Jamais je n'ai vu sur une physionomie un plus grand rayonnement de toutes les émotions hautes et généreuses que peut contenir l'âme humaine : /

« Je ne me consolerais pas, nous dit-il en nous ' ' embrassant, si une découverte comme celle que nous venons de faire, mes préparateurs et moi, n'était pas une découverte française ! »

Et, avec cette clarté qui est le charme de ce

yJJ^^. puissant esprit, il nous raconta les dernières J^ expe'riences de son laboratoire.

Dans le bouillon neutre de poule, le microbe

5 charbonneux ne se cultive plus à 44, 46 de- / gre's. Sa culture est facile, au contraire, à 42,^ ^ v^ *o y^ 4^ degrés et, dans ces conditions, le microbe •< /^^"^ y ne donne plus de corpuscïïles-^ermes ou spores. « t^.jkf^^^^^ On peut donc maintenir, au contact de l'air pur, ^ U^ A^^j»^entre 42, 40 degrés une culture filamenteuse /^^ '^^-ydu parasite du charbon entièrement privée de ^ '/ /9 ^germes. En quelques semaines, la culture meurt, y^;^ c est-a-dire que si on ensemence cette culture *iM«<^^*y''**' dans du bouillon récent, la stérilité de ce bouilji'^f/, Ion est complète. Mais, les jours précédents, V ^ la vie existe dans la culture. Si^, après deux, ..^iJiyf quatre, six et huit jours d'exposition à l'air et

à la chaleur, on éprouve la virulence de cette culture sur des animaux, on constate que la culture change s^ans ceslë'devirulence avec le temps de son exposition et qu'en conséquence '^^'elle représente une série de virulences atténuées. ît^*^^«Tout est donc sensiblement pareil à ce qui se <1^^J!^ passe pour le microbe du choléra des poules,

y^ du moment où l'on empêche la formation des spores du bacille charbonneux. En outre, comme" pour le microbe du choléra, chacun de ces états

/^ -fk^i^^^^^-^^^

VACCIN DU CHARBON. 3o()

de virulence atténuée peut être reproduit par la culture. Enfin, le charbon ne récidivant pas, chacun de ces microbes charbonneux constitue un vaccin pour le microbe supérieur.

Afm de proportionner la virulence du vaccin à l'espèce que l'on veut vacciner, il faut éprouver ce vaccin sur un certain nombre d'individus de cette espèce. Si on inocule à des animaux vaccinés le virus virulent et qu'aucun d'eux ne périsse, / le vaccin est bon. Toutefois, parmi les individus . ^^ d'une même espèce, la différence de réceptivité' ^f^J^ est en général assez grande pour qu'il soit prudent, nécessaire même de recourir à deux vac- . cins inoculés à douze ou quinze jours d'inter- ^v''^^^ '^ valle, Tun faible et l'autre plus fort. , /^^^^^'^i

Ce fut le 28 février 1881 que M. Pasteur communiqua à l'Académie des sciences, en son lir nom et au nom de ses deux collaborateurs, Pex- - posé de cette grande découverte. Des applaudissements éclatèrent avec une joie et une fierté patriotiques. Et cependant ces résultats étaient si merveilleux que quelques confrères ne purent s'empêcher de dire : « Il y a un peu de roman dans tout cela. » Tout cela rappelait, en effet, ce que faisait l'alchimiste de Lesage pour les diables

qui le gênaient. Il les enfermait dans des petites fioles bien bouchées et les tenait ainsi prisonniers et inoffensifs. M. Pasteur enfermait dans des ballons tout un monde de microbes, avec toutes sortes de variéte's qu'il cultivait à volonté'. Virulence atténuée ou terrible, maladie bénigne ou mortelle, il pouvait tout offrir. A peine les journaux avaient-ils publié le compte-rendu de cette communication que le président de la Société d'agriculture de Melun, M. le baron de la Rochette, venait au nom de la Société offrir à M. Pasteur de faire une expérience publique de vaccination charbonneuse.

!M. Pasteur accepta. Le 28 avril, il y eut une sorte de convention passée entre M. Pasteur et | la Société. La Société mettrait à la disposition de M. Pasteur et à celle de ses jeunes collaborateurs, MAL Ghamberland et Roux, soixante moutons. Dix de ces moutons ne devaient recevoir aucun traitement. A^ingt-cinq subiraient deux inoculations vaccinales, à douze ou quinze jours d'intervalle, par deux virus-vaccins d'inégale force. Quelques jours après, ces vingt-cinq moutons seraient soumis, en même temps que les vingt-cinq moutons restants, à une inoculation de charljon très virulent. Une expérience

S^M A*#j,^ySHiftCIX DU CHARBON-. 3ll

pareille aurait également lieu sur dix vaches. Six seraient vaccinées, quatre non vaccinées, et les dix vaches recevraient ensuite, le même jour que les cinquante moutons. Tinoculation du virus très virdlent.

M. Pasteur affirma que les vingt-cinq mou- 4 h ^9"tons non vaccinés pe'riraient, que les vingt-cmq 4^ f%.^ vaccinés re'sisteraient au virus très virulent, que ^^mJi les six vaches vaccinées ne seraient pas malades^ ^

tandis que les quatre autres non vaccinées, s^iX-lS^^ elles ne mouraient pas, seraient du moins extrê-y^^n 4/***^ mement malades. ^

Dès que la presse scientifique et agricole eut publié ce programme et enregistre' les prophé- ^ t^à* ■■ ties de M. Pasteur, plusieurs de ses confrères à^, - q l'Académie des sciences, e'mus d'une telle hardiesse, devant un sujet enveloppé jusque-là d'obscurités profondes, craignant de voir Fillus-

tre compagnie quelque peu compromise par ces ^

affirmations devant ces problèmes de physiologie et de pathologie, adressèrent à M. Pasteur quelques observations sur ce qu'ils appelaient

une imprudence scientifique. — -fj

"^Prenez garde, lui cTirent-ils, vous vous

engagez sans auus réserver une retraite possible. û

Vos expériences de laboratoire ne vous auto-

' 3l2 HISTOIRE d'un savant. • -* .

,^A^/^'^risent peut-être pas encore à tenter des expe'riences comme celles de Melun.

— Sans doute, répondit M. Pasteur, dans nos expériences d'e'tudes, nous n"'avons jamais eu à notre disposition un si grand nombre d'animaux a inoculer, mais j'ai pleine confiance. Ce qui a déjà été fait dans mon laboratoire m'est une garantie de ce que l'on peut faire. »

Et M. Bouley, confiant aussi dans les assu- •' ^^ ^/' rances de son illustre ami, prenant rendez-vous avec lui pour assister à ces audacieuses expériences, dit à ces confrères inquiets :

'c Ne craignez rien, il reviendra en triomx^ phateur. »

'• Les expériences commencèrent le 5 mai i88r,

à trois kilomètres de Melun, dans une ferme de la commune de Pouilly-le-Fort, appartenant à un vétérinaire, M. Rossignol, secrétaire général de la Société de Melun. Sur le désir de la Société d'agriculture, une chèvre avait remplacé un des vingt-cinq moutons du premier lot. Le >y 5 mai, on inocula, à l'aide de la petite seringue

^ , de Pravaz, — celle dont on se sert dans toutes

les injections hypodermiques , — vingt-quatre moutons, la chèvre et six vachespar cinq gouttes d'un virus charbonneux atténué. Douze jours

LE VACCIN DU CHARBON. 3i3

après, le 17 mai, on réinocula ces trente et un animaux par un virus atténué, mais plus virulent que le précédent.

Le 3i mai était le jour de Tinoculation très,'-^^. virulente. Des vétérinaires, des curieux, des ' yy}t0^ agriculteurs formaient foule autour de ce petit troupeau. Les trente et un sujets vaccinés, atten- 1^ dant la terrible épreuve, étaient à côté des vingtcinq moutons et des quatre vaches qui attendaient aussi leur premier tour d'inoculation virulente. Sur la proposition d'un vétérinaire, ù qui colora son scepticisme du désir de rendre les épreuves plus comparatives^ on inocula alternativement un animal vacctrie et un animal non vacciné. Rendez-vous fut pris alors par M. Pas- ^ teur et toutes les personnes présentes pour le r?*^v jeudi 2 juin, c'est-à-dire après un intervalle de quarante-huit heures, depuis le moment de Fino- /£/##-

culation virulente.

Plus de deux cents personnes s'étaient donné '^^^T* rendez- vous à Melun. Le préfet de Seine -et- i^^fd^^ Marne, M. Patinot, des sénateurs, des conseil- t-^ ^^ lers généraux, des journalistes, un grand nombre '^

de médecins, de vétérinaires et de fermiers, tous ceux qui croyaient et tous ceux qui doutaient étaient v^nus impatients du résultat. A leur

(;;^'vvHM^

arrivée dans la ferme de Pouilly-le-Fort, ils ne purent retenir un cri d'admiration. Sur les vingtcinq moutons non vaccinés, vingt et un étaient morts charbonneux, la chèvre était morte aussi ; deux autres moutons se mouraient et le dernier, déjà frappe', devait mourir le soir même. Les vaches non vaccine'es avaient toutes des œdèmes volumineux au point d'inoculation, derrière répaule. La fièvre e'tait intense et elles n'avaient plus la force de manger. Les moutons vaccinés étaient en pleine santé, en pleine gaieté. Les vaches vaccinées n'avaient aucune tumeur, elles n'avaient même pas subi une élévation de temperature et elles continuaient à manger paisiblcment.

•' Il y eut devant ces résultats vraiment merveilleux une explosion d'enthousiasme. Les vétérinaires surtout, qui avaient accueilli avec une complète incrédulité l'annonce anticipée des résultats du programme des expériences, qui, dans leurs conversations, dans leurs journaux, avaient déclaré bien haut qu'il était difficile de croire à la possibilité de préparer des vîrusvaccins capables de triompher de maladies aussi mortelles que le choiera des poules et le charbon, ne "^revenaient pas de leur surprise. Ils

^yO^U

LE VACCIN DU CHARBON. 3i5

regardaient les morts, ils tâtaient les vivants. « Allons! dit à l'un d'eux M. Bouley, êtesvous converti? Il ne vous reste plus qu'à vous incliner devant le maître, ajouta-t-il en montrant M. Pasteur, et à vous écrier :

« Je vois, je sais, je crois, je suis désabuse a

Devenus subitement les fervents apôtres de la nouvelle doctrine, les vétérinaires allèrent par-^ tout proclamer ce qu^ils venaient de voir. Un de

ceux qui avaient le plus douté poussa le prose* '^ ' lytisme jusqu'à vouloir se faire vacciner luimême. Ce vétérinaire du département de l'Yonne /^ s'inocula les deux vaccins, sans autre accident j!-*tfc4^ qu'une légère fièvre. Il fallut tous les efforts de A,Ht>^f^ sa famille pour l'empêcher de s'inoculer le virus^ f%4^^^ très virulent. h^^H^t^

Un mouvement extraordinaire se produisit de P 4Jk^^ toutes parts en faveur de la vaccination. Un . . -

grand nombre de Sociétés agricoles voulurent répéter la célèbre expérience de Pouilly-le-Fort; des cultivateurs accablèrent ]\I. Pasteur de de- ^4^^ mandes de vaccins. M. Pasteur dut installer ^itAÊÈÊj^ rue Vauquelin, à quelques pas de son Inhnra- \faÊ^^/^%

toire, une petite fabrique de préparation de ces

vaccins. A la fin de Tannée 1881. il y avait déjà

^^^^r^u-^^^ Ce^^tA^li^h^^ ^^-t^^^/>//^^^

7 3i6 histjire d un savant.

/y^ 33,04*5 animaux vaccinés, qui se décomposaient

a/ en 32, 55o moutons, i,254bœufs et 142 chevaux.

/ En 18S2, le chiffre des animaux vaccinés s'e'leva

' à 399, 102. 47,000 bœufs et plus de 2,000 che-

vaux étaient compris dans ce chiffre. En i883,

fjfC^ù^ plus de 100,000 animaux s'ajoutèrent au total

/ de 18S2.

4^1^ Dès le début de l'application pratique de la

#• nouvelle méthode, les résultats furent topiques.

^7 En 1881, dans des troupeaux dont^ lajmojtié

avait été vaccinée et l'autre non vaccinée, — tous les animaux continiîanF3e vivre ensemble, — la mortalité par le charbon fut sur les mou-

•i^' ; tons vaccinés dix fois plus faible que sur les non vaccinés, i sur 740 au lieu de i sur 78; et sur les vaches^^^eTTês bœufs q-uatorze fois plus faible, i sur 1,254 ^^ lieu de 1 sur 88.,

\^ - * En 1882, la mortalité fut également dix fois plus

-* /2 I *. grande sur les non vaccinés que sur les vaccinés. \, ^ En i883, on constate que la durée de Pim-

"** ■ munité dépasse en général une année; mais il

est sage de vacciner tous les ans et de cholsfr,

'♦4-^' pour procéder'à cette opération, une époque où

^^s^K .«'• le charbon ne se développe pas encore, en mars et en avril. Si l'on attend, pour vacciner, que le'charboiTsoit dans la bergerie, on s'expose à

•v-.^ .t5»iV.

LE VACCIN DU CHARBON. 3i7

mettre sur le compte de la vaccination des pertes qui, en réalité, appartiennent au charbon naturel. De même que la vaccine humaine ne pre'scrve pas de la variole un sujet qui est déjà en puissance de variole, de même les vaccins charbonneux sont impuissants contre le charbon en voie d^incubation.

Il ne faudrait pas croire que Ton ne puisse pas com^parer la durée de Timmunité chez les animaux à la suite de la vaccination charbonneuse à la dure'e de l'immunité contre la variole par la vaccine jennérienne. Jenner et ses contemporains croyaient que la vaccine était capable de préserver de la variole pendant toute la iic. On ^^ ne partage plus depuis longtemps cette illusion. 4j\ On fixe aujourd'hui à dix années en moyenne la ■ T durée de cette immunité et Pintervalle qui doit in /u^^ séparer les vaccinations successives. Encore cet intervalle est-il trop long pour un certain nombre d'individus. Il ne faut pas perdre de vue d'ailleurs, pour juger de l'immunité des vaccins anticharbonneux, l'épreuve redoutable à laquelle on soumet les animaux vaccinés en leur inoculant le virus le plus virulent. Quel est donc le médecin qui oserait soumettre un enfant vacciné à rinoculation de la variole noire, un an après

3iS HISTOIRE D UN SAVA\T.

sa vaccination ? Enfin, à ne considérer que la vie commerciale et économique, si Ton peut ainsi parler, d'un mouton, la moyenne de cette vie ne dépasse guère trois années. La durée de Pimmunité que lui confère la vaccine est donc du tiers environ de la durée de sa vie.

DU RETOUR A LA VIRULENCE

Agrès avoir fait descendre aux microbes du

choléra des poules et du charbon tous les degrés . ^

de la virulence, les avoir conduits à ne plus -^^f^-éf^, pouvoir se multiplier dans le corps des animaux , j^t€j%4 auxquels on les inocule et les avoir fixés dans J^lMSté^ des milieux appropriés à leur vie, M. Pasteur se demanda s'il ne pourrait pas rendre à ces microbes plus ou moins affaiblis, atténués même au point d'avoir perdu toute virulence, une

virulence meurtrière, s'il ne pourrait pas les ^ %

rendre aptes à vivre et à se multiplier dans le --— -^

corps des animaux.

L'expérience ne tarda pas à confirmer cette vue de l'esprit. Un virus charbonneux atténue', qui — ne fait courir aucun danger de maladie ou de

mort à des coba3^es d'un an, de quelques mois Kj ^ ou même d'une semaine, provoque la mort d'un petit cochon d'Inde qui vient de naître, qui n^a ^^. qu'un ou deux jours. Le microbe atténué se

*'**'W^*' multiplie dans le sang d'un animal aussi jeune. ^-^- On peut croire que, chez cet être à peine formé, la puissance d'oxygénation des globules du sang n'est pas encore capable d'empêcher le microbe aérobie du charbon 'd'utiliser à son profit l'oxygène du sang. La maladie fait son œuvre et la mort survient.

Mais après tout, que la résistance vitale d'un coba3^e qui vient de naître soit^autre que celle d'un cobave adulte, il n'y a rien là de bien étonnant. Ce qui est très curieux, c'est que si l'on passe d'un cobaye d'un jour à un autre un peu . y-o»^ plus âgé, p-ir l'inoculation du sang du premier rut^y d* au second, puis de celui-ci cà un troisième encore ^^9f^s ■ plus âgé, et ainsi de suite, on renforce progres- /^^^Çï^^t^sivement la virulence du microbe, c'est-à-dire t>^<*>^ l'accoutumance de ce parasite à se développer ^g^/ ;^ dans le corps des cobayes. On dirait une race S^^ r*'- végétale ou animale qui, passant par étapes et \f^^,th^^ séjours successifs d'une région à une autre très .^^^,,^,^,1^ éloignée, soumise à de tout autres conditions cli- U-vw#> u. matériques, s'acclimaterait progressivement à

Qyisv

DU RETOUR A LA VIRULENCE. 321

cette dernière. Pour la virulence des microbes auteurs de maladies que l'importance du milieu est donc une grande chose! Par cette culture du microbe, en passant d'un cobaye à l'autre, / on finit promptement par tuer du charbon les / cobayes d'une semaine, d'un mois, de plusieurs ^^/ années; enfin la plus petite goutte de sang de ces cobayes suffit à tuer des moutons et des moutons on peut passer à un bœuf.

Il en est de même pour le microbe du choléra des poules. Lorsqu'il est arrivé à être sans action /; sur les poules, on lui rend sa virulence en ino- /f culant de tout petits oiseaux. Serins, canaris, ^ j moineaux, tous meurent, si le virus n'a pas été trop atténué. On peut également se servir de jeunes poussins. On crée ainsi, par quelques / passages successifs dans le corps de ces animaux, /y une virulence capable de faire périr des poules.

De tels faits ont suggéré à M. Pasteur des inductions peut-être profondes. L'atténuation des virus par l'influence de l'air n'est-elle pas un des facteurs de l'extinction des grandes épidémies? Et le renforcement de la virulence ne peut-il à son tour rendre compte de l'apparition de ces fléaux?

« Les récits que j'ai lus de l'apparition spon-

HISTOIRE D UN SAVAX

tanée de la peste de Benghazi, en i856 et en i858, disait il y a quelques mois M. Pasteur, tendent à prouver que cette apparition n'a pu être rattache'e à aucune contagion d'origine. Supposons, guidés comme nous le sommes par tous les faits que nous connaissons aujourd'hui, que la peste, maladie virulente propre à certains pays, ait des germes de longue durée. Dans tous ces pays, son virus atténué doit exister, prêt à reprendre sa forme active quand des conditions de climat, de famine, de ^j^^^misère s'y montrent de nouveau. La condition d'une durée dans la vitalité des germes du mal n'est même pas indispensable; car, si j'en crois les médecins qui ont parcouru ces contrées^dans tous les pays à peste et dans les intervalles des grandes épidémies, on rencontre des sujets atteints de bubons non mortels, semblables aux ^ bubons de la peste mortelle. N'est-il point probable que ces bubons renferment un virus atténué de la peste et que le passage de ce virus dans des corps épuisés, comme il en existe tant aux époques de famine, peut rendre à ce virus atténué une virulence plus grande?

ce II est d'autres maladies virulentes qui apparaissent brusquement comme le typhus des

//^^W ^/y^^ c./ic^UZ Ù.^^U4^ i4^/»4^^

Page 1