‹ M. Pasteur: histoire d'un savantChapitre 4 sur 23 · ICI EST NE LOUIS PASTEUR LE 27 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

ICI EST NE LOUIS PASTEUR LE 27 DÉCEMBRE

Arrivé devant cette maison, M. Pasteur évoqua l'image de son père et de sa mère, de ceux qu'il appela ses chers disparus et, du fond des lointains de son enfance, tant de souvenirs d'affection, de dévouement, de sacrifices paternels accoururent vers lui qu'il éclata en sanglots.

Ce fut une vie rude que la vie de son père, vieux soldat, décoré sur le champ de bataille,

obligé, à son retour en France où il n'avait plus de foyer, de gagner péniblement son pain. Il prit le métier de tanneur. Un jour, il rencontra une jeune fille vaillante; il en fit sa compagne, et tous deux entrèrent courageusement dans leur existence laborieuse. Lui, calme, réfléchi, plus avide, dès qu'il avait un moment de repos, de la société des livres que de la société de ses voisins ; elle, pleine d'enthousiasme, Tesprit et le cœur agités de grandes pensées qui, à toute minute, projetaient sur le fond gris de sa vie modeste des lueurs éclatantes : Tun et l'autre veillant avec une sollicitude sans cesse inquiète sur ce petit Louis dont nous ferons un homme, qui aura de Tinstruction, disaient-ils ensemble avec un mélange d'orgueil et de tendresse.

En 1825, la famille Pasteur quitta Dole pour s'installer à Arbois. Le père de ^L Pasteur venait d'acheter, sur les bords de la Cuisance, une petite tannerie. C'est dans cette tannerie et dans la ville d'Arbois que Louis Pasteur passa son enfance. Dès qu'il fut en âge d'être reçu demi-pensionnaire, on le mit au collège communal. Les premiers jours, il fut si fier, j /}

lui, le plus petit de tous les élèves, de passer sous la grande porte cintrée de ce vieux collège,

qu'il arriva les bras chargés d'énormes dictionnaires dont il n'avait nul besoin.

Tout en travaillant à son dur métier, le père de M. Pasteur s'improvisait, le soir, le répétiteur de son fils. Ce ne fut pas d'abord une sinécure. Louis Pasteur ne prenait pas toujours, pour se rendre en classe ou revenir travailler à la maison, le chemin le plus court. Il y a là-bas de vieux amis qui se rappellent avoir fait avec le petit Pasteur des parties de pêche dont l'impression fut telle qu'ils ont continué pour leur part à les renouveler toute leur vie. Souvent aussi Pasteur, au lieu de se mettre à son thème ou à sa version, s'échappait et s'amnsait à dessiner quelque grand portrait de voisin ou de voisine. On voit encore aujourd'hui., dans quelques maisons d'Arbois, une douzaine de ces portraits au pastel, tous signés. La sûreté du dessin est étonnante pour un dessin fait par un enfant de treize ans.

« Quel dommage qu'il se soit enfoncé dans un tas de chimie, disait, il y a peu de temps, une vieille Arboisienne, il a manqué sa vocation, il serait arrivé à se faire une réputation de peintre! »

Ce ne fut guère qu'à partir de la classe de troisième que Louis Pasteur, se rendant compte

des sacrifices que son père s'imposait, aban» donna ses engins de pêche, serra dans un tiroir, pour ne les reprendre qu'à de rares intervalles, ses crayons de couleur et sentit s^éveiller en lui cette passion du travail qui devait faire le fonds de sa vie. Le principal du collège, étudiant, suivant de près cet élève qui, du premier effort,

avait devancé tous ses camarades, disait : « Il

ira loin. Ce n'est pas vers la chaire d'un petit

collège comme le nôtre qu'il faut le diriger, il

faut qu'il soit professeur dans un collège M

ro3^al... Mon petit ami, ajoutait-il, pensez à

la grande École normale... »

Le collège d'Arbois n'ayant pas de professeur de philosophie, ^L Pasteur partit pour Besançon. Il y resta Tannée scolaire, fut reçu bâche- A lier es lettres et nommé immédiatement maître répétiteur au même collège. Dans l'intervalle ' de ses fonctions, il suivait les cours de mathé-^Ai^^^^^ matiques spéciales, qui préparaient aux examens des sciences de TEcole normale. Il fallait qu'il y eût déjà en lui une maturité singulière, car le proviseur lui confia la surveillance du quartier des grands, de ceux mêmes dont il e'tait, aux heures de cours, le camarade. En étude, sa table était au milieu d'eux et jamais aussi jeune

maître n'eut autant d'autorité et si peu besoin d'en montrer.

- Son premier goût pour la chimie se manifesta par des questions tellement fréquentes adressées, en plein cours, à un vieux professeur nommé Darlay que ce brave homme désorienté finit par déclarer que c'était à lui d'interroger Pasteur et non à Pasteur de lui faire subir, à propos de tout, un véritable interrogatoire. M. Pasteur n'insista pas, mais, apprenant qu'il y avait à Besançon un pharmacien qui s'était distingué autrefois par un travail inséré dans les Annales de chimie et de physique, il alla le trouver et lui demanda de vouloir bien consentir à lui donner en cachette, les jours de sortie, quelques répétitions particulières.

Aux examens de l'École normale, M. Pasteur fut reçu admissible : il était le quatorzième. Le rang ne lui plut pas. Quel que fût le blâme des candidats qui se présentaient en même temps que lui, il déclara qu'il recommencerait une nouvelle année de préparation. Ce fut à Paris même qu'il voulut travailler, dans un des coins du Paris silencieux, eaveloppé du recueillement des écoles préparatoires et des couvents. . Impasse des Feuillantines demeurait un chef

d'institution, M. Barbet, ou plutôt le père^ ^

Barbet, comme rappelaient avec une familiarité ^ ^j provinciale tous les Franc-Comtois. M. Pasteur demanda à entrer dans cette institution, non plus comme maître répétiteur, mais comme

simple élève. Sachant le peu de fortune de son ■ — '~

compatriote, M, Barbet réduisit d'un tiers la ^^

pension de M. Pasteur. Le père Barbet était -^

coutumier de ces ge'nérosités. Il n'aimait pas • — ~-~

qu'on les rappelât; aussi est-ce double plaisir — ^-

de les raconter.

Uanne'e se passe, les examens arrivent, M. Pasteur est reçu le quatrième. Le voici enfin, au mois d'octobre 1843, dans cette École - — =a< normale, où il devait occuper une si grande ^ j place. Le goût de M» Pasteur pour la chimie -^^^^^ e'tait devenu une passion. Il put la satisfaire à son gre'. La chimie était alors enseignée à la ^>. Sorbonne,par M. Dumas, et, à l'École normale, «i-iridl^

par M. Balard. Les "élèves de l'école suivaient yz:* — ;

chaque cours. Si différents que fussent les deux P 3U4i^^^ professeurs, ils avaient l'un et l'autre une grande action sur les élèves : M. Dumas, avec, ' t^^YlQci sa gravité sereine, son respect profond pour

son auditoire, ne laissant jamais la moindre ^ — ^-

incorrection se glisser dans ses paroles ou dans

ses expériences; M. Balard, d'une vivacité toute juvénile, s'agitant dans sa chaire comme un Méridional à la tribune, ne donnant pas toujours à ses paroles le temps de suivre sa pensée. C'est lui qui, en montrant un peu de potasse au public, disait avec un entrain resté célèbre : « Potasse qui, potasse donc, potasse enfin que je vous présente ici. »

Les idées générales que M. Dumas, dans son enseignement souverain, se plaisait à développer, la multitude des faits savamment étudiés que faisait défiler M. Balard, tout répondait aux besoins d'esprit de M. Pasteur. S'il aimait les grands horizons de la science, il avait déjà le souci rigoureux, le besoin du contrôle perpétuel de Texpérimentation. Chacune des leçons de rÉcole normale ou de la Sorbonne excitait en lui un profond enthousiasme. Un jour que M. Dumas, faisant l'expérience de la solidification de l'acide carbonique, demandait un mouchoir de bonne volonté pour recevoir cette neige d'acide carbonique solide, M. Pasteur se précipita au pied de la chaire, sollicita Thonneur de prêter son mouchoir, reçut le morceau de neige, revint triomphant et en courant à l'Ecole normale, répéta sur-le-champ les principales

expériences que l'illustre chimiste venait défaire passer sous les yeux de son auditoire et garda religieusement le mouchoir touché par^~"/ M.Dumas. *^ '^

Le dimanche, M. Pasteur passait ses journe'es ^ chez M. Barruel, le pre'parateur de M. Dumas. /7< Il ne songeait qu'aux manipulations. Longtemps on admira, on admire peut-être encore dans un des laboratoires de TÉcole un bocal contenant soixante grammes de phosphore, obtenus à l'aide d'os que AL Pasteur avait achetés chez un boucher, qu'il avait calcinés, qu'il avait soumis à toutes les épreuves bien connues des élèves en chimie, qu'il avait réduits enfin, après une journée de chauffe, de quatre heures du matin à neuf heures du soir, à ces soixante grammes. C'était la première fois que Ton tentait, à rÉcole normale, les longues manipulations qui préparent ce corps simple. Aussi, la veille du jour où le fourneau devait être mis en chauffe, AL Pasteur murmurait en se couchant : « Encore sept heures d'attente avant de redescendre au laboratoire! »

Laboratoire ou bibliothèque, il ne pensait qu'à s'enfermer là, curieux de toutes les choses de la science^ cherchant toujours à apprendre,

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ro HISTOIRE D UN SAVANT. ,

à questionner, à contrôler. Coinme le règlement de rÉcole laisse une large part à l'initiative individuelle, il s'en donnait à cœur-joie. Cette liberté' quotidienne fait le charme et Thonneur de rÉcole normale : non seulement elle permet, mais elle encourage les études personnelles, elle laisse Télève fréquenter à son aise la bibliothèque, consulter les journaux et les revues scientifiques. Ce système d'éducation majeure développe singulièrement Tesprit de recherche. Il y a là un élément de supériorité sur l'Ecole polv- \^ technique. Se ressentant de son origine mili-y^ \ . taire, contrainte d'ailleurs par le nombre de ses élèves à imposer à tous une exacte discipline, à introduire dans chacun des exercices une stricte régularité, TÉcole polytechnique est peut-être moins faite que PÉcole normale pour éveiller dans l'esprit des élèves le goût des sciences spéculatives. Il est certain que M. Pasteur dut à cette grande liberté de travail, à ces facilités de lectures solitaires la première occasion d'une recherche qui fut le point de départ d'une véritable découverte.

Souvent, un des maîtres de conférences de l'Ecole normale, qui ne ressemblait guère au vieux professeur de physique et de chimie de Besançon, se plaisait non seulement à répondre aux interrogations de ^l. Pasteur, mais à les provoquer et à causer avec lui de livres scientifi- ^ ques. Ce^NI. Delafosse, dont le souvenir est resté tj^J^L^Jf^ cher à tous ses élèves, était un de ces hommes qui ne donnent pas leur mesure ou, suivant l'expression du cardinal de Retz, ne remplissent pas tout leur mérite. Non que les circonstances leur soient défavorables, mais une modestie invincible et une nonchalance naturelle, qui trouve dans la modestie Papaisement trop facile de ses remords latents, les laissent dans une sorte de demi-jour où d'ailleurs ils se complaisent. Élève, puis collaborateur du célèbre cristallographe Haiiy, M. Delafosse s'était attaché aux questions de physique moléculaire. M. Pas- IYvv-^- OvI teur, qui avait lu avec passion les travaux d^HaiJy, ne parlait avec M. Delafosse que d'arrangements de molécules, lorsqu'une note inat-

tendue du minéralogiste allemand Mitscherlich,

communique'e à TAcadémie des sciences, vint

le troubler dans toutes ses croyances. Voici cette

note :

Le paratartrate et le tartrate de soude et d'ammoniaque ont la même composition chimique, la même forme cristalline avec les mêmes angles, le même poids spécifique, la même double réfraction, et, par conséquent, le même angle des axes optiques. Dissous dans l'eau, leur réfraction est la même. Mais le tartrate dissous tourne le plan de la lumière polarisée et le paratartrate est indifférent, comme M Biot l'a trouvé pour toute la série de ces deux genres de sels. Mais ici, ajoute Mitscherlich, ici la nature et le nombre des atomes, leur arrangement et leurs distances sont les mêmes dans les deux corps comparés.

Comment, se disait M. Pasteur, tout rempli

des enseignements d'Haiiv et de M. Delafosse

sur l'arrangement des mole'cules dans les cris-

)^y>/NT^/y taux, pe'ne'tré des idées et de la netteté des con-

ceptions de M. Dumas en chimie moléculaire,

comment admettre que la nature et le noriibre des atomes, Parrangement de ceux-ci et leurs distances soient les mêm.es dans deux espèces chimiques, que les formes cristallines de ces groupes soient également les inêmes, sans qu'il y ait une identité rigoureusement absolue entre ces deux espèces? N'y a-t-il pas une incompati-

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bilité profonde entre l'identité affirme'e par les conclusions de Mitscherlich et la dissemblance du caractère optique constatée entre les deux combinaisons tartrique et paratartrique qui font l'objet de cette note ?

Cette difficulté resta longtemps dans l'esprit de M. Pasteur avec la ténacité d'une idée fixe. Reçu agrégé des sciences physiques , à la fin de sa troisième année d'école, puis retenu près de son maître AL Balard, il commençait déjà Tétude des cristaux, la détermination de leurs angles et de leurs formes, lorsqu'une nomination de professeur de physique au lycée de Tournon vint le surprendre et le désoler. M. Balard courut au ministère et parla de son préparateur dans des termes tels que la nomination fut rapportée. M. Pasteur resta au laboratoire de l'Ecole normale.

Pour se fortifier dans la science des cristaux, il prit pour guide un travail étenJu de M. de La Provostaye. Je répéterai, se disait AL Pasteur, toutes les mesures d'angles, toutes les déterminations de AL de la Provostaye et je comparerai mes résultats aux siens. Le travail de ce physicien, connu par la précision et l'exactitude de ses recherches, avait pour objet

Tacide tartrique, Tacide paratartrique et leurs combinaisons salines.

Il y a deux ou trois ans, M. Pasteur, après m'avoir cité textuellement, sur une route du Jura, où nous nous promenions ensemble, cette note de Mitscherlich, me raconta, avec un enthousiasme de savant, le plaisir qu'il avait eu à faire cristalliser Tacide tartrique et ses sels dont les cristaux, disait-il, rivalisent en dimension et en beauté avec les plus belles formes cristallines connues :

f< J'aurai bien de la peine, lui dis-je, à vous suivre à travers cet acide tartrique, ces tartrates et ces paratartrates. Autant vos autres études m'ont toujours attiré, autant celles qui ont pour point de départ la note de Mitscherlich et le mémoire de M. de La Provostaye m'ont paru, chaque fois que j'ai essayé de m'y remettre, d'un accès difficile. Ahî ajoutai-je, vous auriez bien dû, par égard pour ceux qui aiment à parler de vos travaux, ne pas faire de découvertes dans cette voie-là !

— Est-il possible, s'écria M. Pasteur avec un singulier mélange d'indignation et d'indulgence, que vous n'a\'ez jamais entrevu, derrière ces

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recherches de physique et d'optique molécu-^laires, de grands horizons! Si j'ai un regret, c'est „ de ne pas avoir suivi cette route, moins rude qu'il ne semble, et qui doit conduire, j'en suis convaincu, aux plus belles de'couvertes. Par un brusque détour^ elle m'a subitement jeté dans les fermentations, les fermentations m'ont jeté' à leur tour dans Tétude des maladies, mais je reste de'solé de n'avoir jamais eu le temps de revenir sur mes pas. »

Alors, avec une simplicité d'exposition où l'on sentait l'homme qui a été professeur et qui s'est toujours efforcé de mettre ses idées à la portée de ses auditeurs :

« Si l'on envisage, me dit-il, tous les corps de la nature, qu'ils appartiennent au règne miinéral, au règne animal, au règne végétal, ou que Ton considère même des objets, fabriqués par la main des hommes, on s'aperçoit qu'ils se distribuent en deux grandes catégories. Les uns ont un plan de S3'métrie, les autres n'en ont pas. Voici une table, une chaise, un dé à jouer, le corps d'un individu, on peut imaginer un plan passant par ces objets et le corps humain et qui les partage en deux moitiés absolument pareilles. Ainsi, un

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plan qui passerait par le milieu du siège et du dos d'un fauteuil laisserait à sa droite les mêmes parties que celles qui seraient à sa gauche. De même, un plan vertical qui passerait par le milieu du front, le milieu du nez, de la bouche, du menton d'un individu laisserait à droite un ensemble de parties que l'on retrouverait du côté gauche. C'est bien simple, n'est-ce pas ? Tous ces objets et une foule d'autres semblables forment la première catégorie. Ils ont un ou plusieurs plans de S3^métrie, disent les mathématiciens.

'( Mais tous les objets sont bien loin d'être constitués de cette façon pour la répétition de leurs parties semblables. Considérez, par exemple, votre main droite, il est impossible de lui trouver un plan de symétrie. Quelle que soit la position que vous imaginiez pour un plan qui couperait la main, jamais vous ne trouverez à la droite de ce plan ce qui est à sa gauche. Il en est de même de votre main gauche, de votre oreille droite, de votre oreille gauche, de votre œil droit, de votre œil gauche, de vos deux bras, de vos deux jambes, de vos deux pieds. Le corps hum.ain, pris dans son ensemble, a - un plan de symétrie et chacune des parties qui

composent Tune ou l'autre de ses moitiés n'en a pas. La tige d'un vége'tal, dont les feuilles sont distribuées en spirale autour de cette tige, n'a pas de plan de syme'trie, un escalier tournant n'a pas de plan de symétrie, un escalier droit en a un. Vous voyez cela.

« Il eût été vraiment bien extraordinaire, n'est-ce pas, que les espèces minérales, telles que le sel marin, Talun, le diamant, le cristal de roche et tant d'autres qui relèvent de la grande loi de la cristallisation et qui revêtent des formes géométriques ne nous offrissent pas des exemples des deux catégories dont nous venons de parler. Elles les offrent en effet. Cest ainsi que le cube, qui a la forme d'un dé à jouer, a un plan de symétrie; il en a même plusieurs. La forme du diamant, qui est un octaèdre régulier, a également plusieurs plans de symétrie. Il en est ainsi de la grande majorité des formes des espèces chimiques que Ton rencontre dans la nature ou dans les laboratoires. Elles ont généralement un plan ou plusieurs plans de symétrie. Il y a cependant des exceptions. Le cristal de roche, que Ton trouve en aiguilles souvent volumineuses dans les anfractuosités des roches, dans certains terrains primitifs.

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n'a pas de plan de symétrie. Il existe sur sa forme cristalline certaines petites faces distribuées de telle sorte que l'on pourrait comparer leur assemblage à une espèce d'hélice, ou de spirale, ou de vis, tous objets qui n'ont pas de plan de symétrie.

ce Tout objet qui a un plan de symétrie, placé devant une glace, a une image qui lui est rigoureusement identique. L'image pourrait se superposer à la réalité. Placez une chaise devant une glace, l'image reproduit fidèlement la chaise, la glace reproduit notre corps considéré dans son ensemble. Mais placez votre main droite devant une glace et vous verrez une main gauche. La main droite n'est pas superposable à la main gauche, pas plus que le gant de votre main droite ne peut aller à votre main gauche, et inversement. »

Et, revenant au début de ses études cristallographiques, AL Pasteur me raconta brièvement qu'après avoir suivi le travail de AL de la Provostaye, il s'était aperçu qu'un fait très intéressant avait échappé à Thabile physicien. AL de La Provostaye n'avait pas vu, dans l'observation des formes cristallines de l'acide tartrique et de ses combinaisons, que ces formes font

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toutes partie du groupe des objets qui n'ont^

pas de plan de symétrie. Certaines petites faces

lui avaient échappé. M. Pasteur reconnut en

d'autres termes que la forme de Tacide tartrique CAZ24.*b<!h

placée devant une glace produit une image qui

ne lui est pas superposable. Il en est ainsi des ^ ^

formes de toutes les combinaisons chimiques de cet acide. M. Pasteur reconnut, au contraire, que la forme de Pacide paratartrique et les formes de toutes les combinaisons de cet acide font partie du groupe des objets de la nature qui ont un plan de symétrie.

Ce double résultat transporta de joie M. Pasteur. Il y vit la possibilité d'atteindre, par l'expérience, l'explication de la difriculté que la note de Mitscherlich avait jetée en quelque sorte comme un défi à la science en signalant une différence optique entre deux combinaisons chimiques qui paraissaient devoir être rigoureusement identiques par l'ensemble de tous leurs autres caractères. Puisque, se disait M. Pasteur, je trouve l'acide tartrique et tous ses tartrates ^-^ ^^ ^ '^ dépourvus de plan de symétrie, tandis que son isomère, l'acide paratartrique, et ses combinaisons ont un tel plan, je vais m'empresser de préparer le tartrate et le paratartrate de la note

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de Mitscherlich, je comparerai leurs formes et yraisemblablementle tartratesera diss3anétriquc, c'est-à-dire sans plan de s\'métrie-, le paratartrate, au contraire, continuera d'avoir un plan de symétrie. Dès lors, ridentité absolue signalée entre les formes de ces deux combinaisons par Mitscherlich n'existera pas. Sur ce point, il se sera trompé, et sa note n'aura plus rien de mystérieux. Comme l'action optique propre aux tartratcs dont il est parlé dans sa note se traduit par une déviation à droite du plan de polarisation, c'est là un genre de dissymétrie qui n'aura rien d'incompatible avec la dissymétrie de la forme. Tout au contraire, ces deux dissymétries pourront être rapportées à une même cause; de même l'absence de dissvmétrie dans la forme du paratartrate sera liée à la neutralité optique de la combinaison.

Les choses ne se passèrent qu'en partie comme l'avait espéré M. Pasteur. Le tartrate de soude et d'ammoniaque offrit, comme tous les autres tartrates, la dissymétrie qui s'accuse par l'absence de tout plan de s^qnétrie, c'est-à-dire que la forme de ce sel placé devant une glace montra une image qui ne lui était pas superposable. C'était comme une main droite ayant sa gauche

yXJKn^XR/lÀ^'l^KXi clfL ^&VLyè^ - —

pour image. Quant au paratartrate de soude ef d'ammoniaque, une circonstance frappa M. Pasteur d'une manière tout à fait inattendue. Loin de constater sur les cristaux de ce sel. Tabsence de toute dissyme'trie, il reconnut que tous la por-, talent manifestement. Mais, chose étrange, certains cristaux l'offraient dans un sens, les autres dans le sens opposé. Si on plaçait certains de ces cristaux devant un miroir, ils reproduisaient l'image des autres, et Tune de ces sortes de cristaux se confondait rigoureusement pour leur forme avec la forme du tartrate, prépare à Faide de Tacide tartrique du raisin. M. Pasteur se dit alors : Puisqu'il n'y a aucune différence dans la forme du tartr.ite qui provient de l'acide tartrique du raisin et de l'une des sortes de cristaux qui se de'posent au moment de la cristallisation du paratartrate, je vais séparer manuellement, par l'observation de leur dissyme'trie propre, tous les cristaux de la cristallisation du paratartrate qui sont identiques à ceux du tartrate. Je devrai pouvoir, par les procédés chimiques ordinaires, extraire un acide tartrique identique à l'acide tartrique du raisin avec toutes ses propriétés physiques, minéralogiques et chimiques, c'est-à-dire un acide tartrique ayant, comme

l'acide tartrique naturel du raisin, la dissymétrie de la forme et Faction sur la lumière polarisée. Par contre, je devrai retirer de la seconde sorte des cristaux, associés aux précédents dans la cristallisation paratartrique, un acide qui reproduira Tacide tartrique ordinaire, mais ayant une dissymétrie de sens inverse et d'action également inverse sur la lumière polarisée.

Avec une ardeur pleine de fièvre, M. Pasteur s'empressa de faire cette double expérience. Quelle fut sa joie lorsqu'il vit ses prévisions se réaliser et se réaliser avec une netteté véritablement toute mathématique ! Son saisissement fut si grand qu'il quitta brusquement le laboratoire. A peine sorti, il rencontra le préparateur du cours de physique, et Tembrassa en lui disant :

« Mon cher monsieur Bertrand, je viens de faire une grande découverte! J'ai séparé le paratartrate double de soude et d'ammoniaque en deux sels de dissymétirie inverse et d'action inverse sur le plan de polarisation d(i la lumière. Le sel droit est de tout point identique au tartrate droit. J'en suis si heureux que j'éprou^^e un tremblement nerveux qui m'empêche de li.emettre de nouveau l'œil à l'appareil de polarisation. Allons au Luxembourg; je vous expliquerai tout cela! »

Ces résultats frappèrent à un haut degr^, .

l'attention de TAcadémie des sciences où sié- -:^. .-

geaient les Arago, les Biot, les Dumas, les de ^^-^jn/ Senarmont et les Balard. On peut dire sans — /-^ — ^ exagération que TAcadémie en fut émerveillée. ^-^*^-^ — Toutefois, beaucoup de membres ne crurent pas j Xi/^^ï d'emblée à la découverte. Chargé d'en rendre ^ compte, M. Biot commença par exiger de M. Pasteur la vérification de chacun des points

annoncés. Dans ce contrôle, M. Biot apporta sa —

précision habituelle qui fut associée à une sorte de défiance soupçonneuse.

ce II me fit venir chez lui, racontait dans une de ses leçons M. Pasteur, il me remit de Tacide paratartrique qu'il avait soigneusement étudié lui-même et qu'il avait trouvé parfaitement neutre vis-à-vis de la lumière polarisée. Ce ne fut pas au laboratoire de l'École normale, ce fut en sa présence, dans sa cuisine, qu'il me fallut préparer le sel double avec de la soude et de l'ammoniaque qu'il avait également désiré me procurer lui-même. La liqueur fut abandonnée à une évaporation lente, et, au bout de dix jours, lorsqu'elle eut fourni environ trente à quarante grammes de cristaux, il me pria de passer au Collège de France, afin de recueillir la

cristallisation et d'en extraire des cristaux de deux sortes que je placerais, ajouta-t-il, les uns à sa droite, les autres à sa gauche, me demandant de déclarer de nouveau si j'affirmais bien que les cristaux mis à sa droite dévieraient à droite et les autres à gauche. La déclaration faite, il me dit qu'il se chargeait du reste. M. Biot prépara les solutions en proportions bien dosées, et, au moment de les observer dans Tappareil de polarisation, il m'invita de nouveau à me rendre dans son cabinet. Il plaça d'abord dans Fappareil la solution la plus intéressante, celle qui devait dévier à gauche. Sans même prendre de mesure, par Paspect seul des teintes des deux images ordinaire et extraordinaire de l'analyseur, il vit qu'il y avait une forte déviation à gauche. Alors, très visiblement ému, l'illustre vieillard me prit le bras et me dit : <c Mon cher enfant, j'ai tant aimé les sciences dans ma vie que cela me fait battre Je cœur! «

L'émotion de ^L Biot e'tait d'autant plus vive qu'il avait le premier découvert la polarisation dans des substances chimiques, et que, pendant plus de trente ans, il avait répété que l'étude de ces substances et de leur action sur la polarisa-

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