‹ M. Pasteur: histoire d'un savantChapitre 8 sur 23 · ETUDES SCR LE VIX. IDJ · texte numérisé non relu

ETUDES SCR LE VIX. IDJ

unes et les autres restèrent dans une cave dont la température variait, en été, entre i3 et 17 degrés. Tous les qumze jours, M. Pasteur venait passer l'inspection. Sans déboucher les bouteilles, il les élevait de façon à regarder dans la gouttière du fond de chaque bouteille placée entre l'œil et la lumière, et à pouvoir constater la moindre formation de dépôt. En moins de six semaines, particulièrement pour le vin de Tannée i863, un dépôt flottant très apparent commença de se former dans toutes les bouteilles qui n'avaient pas été chauffées; ces dépôts augmentèrent progressivement. En examinant ces dépôts au microscope, tous se montrèrent formés de filaments organisés, mélangés quelquefois d'un peu de matière colorante devenue insoluble. Nul dépôt n'apparut dans lesbouteilles chauffées.

L'idé^e^^^^ière du chauffage des vins n'appartient pas a M. Pasteur. Les personnes qui aiment à rechercher les questions de priorité trouveront dans les œuvres des agronomes latins diverses pratiques de conservation des vins qui, toutes, reposent sur Temploi de la chaleur. D'autres fois, pour donner au vin de la durée, on

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ajoutait à la vendange des proportions variables, de moût cuit, réduit à la moitié ou aux deux tiers, dans lequel on avait fait infuser de l'iris, de 1{ myrrhe, de la canelle, de la poix résine et d'autres ingrédients. Mais, pour citer des exemple; plus rapprochés, Appert, dont les conserves sont devenues si populaires, raconte qu'il envoya à Saint-Domingue quelques bouteilles de vin de Beaune, préalablement chauffées au bain-marie à 70 degrés et qu'il compara à leur retour en France deux bouteilles de ce vin avec une bouteille du même vin resté au Havre et une autre bouteille également du même vin resté dans sa c-we, — toutes deux n'ayant pas subi fopération du chauffage. La supériorité du vin qui revenait de Saint-Domingue, dit Appert, était incontestable. Rien n'égalait sa finesse et son bouquet. Mais Appert ne signalait nullement comme vin altéré ou malade le vin des deux bouteilles restées en France. Il n'y avait point dans cette remarque une observation complète, il y avait simplement la constatation du fait qu'un long vovage. ce qu'on savait déjà, )oint à Tcmploi de la chaleur, avait eu un excellent effet sur du vin de Beaune. Cet incident était tombé dans l'oubli, dans un oubli si complet que ce fut

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seulement en i865 que M. Pasteur^ se livrant à des recherches historiques pour composer ses Etudes sur le vin, rencontra par hasard l'histoire des bouteilles de Saint-Domingue et s'empressa de la raconter à TAcadémie. Mais M. Pasteur eut sur la question du chauffage des vins un débat de priorité auquel il ne s'attendait guère. Un viticulteur bourguignon, M. de Vergnette, qui, après avoir proposé d'abord comme système protecteur la congélation des vins, avait parlé ensuite sans grande précision de la chaleur comme d'un autre moyen de conservation, réclama une grande part d'invention dans le procédé de M. Pasteur. « Si, après avoir soumis cà l'épreuve de la chaleur, disait M. de Vergnette, quelques échantillons de vins que Ton veut exporter, on reconnaît que ces vins ont résisté, on peut les expédier. Dans le cas contraire, on devra s'abstenir. » C'était, dans la pensée de M. de Vergnette, à la composition du vin, à son état robuste, à sa bonne constitution que le vin devait sa propriété de pouvoir ■ supporter le chauffage. M. Pasteur n'eut pas de peine à démontrer que ces assertions sont en pleine contradiction avec l'expérience. Jamais un vin ne s'altère par Tapplication modérée

'^' , *^ftof*^' HISTOIRE d'CN savant.

de la chaleur à Tabri de l'air, et c'est prcci- - » ... sèment lorsqu'il est d'une santé douteuse qu'il faut lui faire subir Topération du chauffage, car cette opération ne Taltère pas plus que s'il était d'une santé robuste. Tous ks^vins peuvent subir l'action de la chaleur sans s'altérer le moins du monde et une minute de chauffage, au degré voulu, suffit pour assurer la conservation d'un vin quel qu'il soit. Grâce à cette opération, le vin le plus faible, le plus disposé à tourner à l'aigre, à la graisse, le vin qui est menacé d'amertume est garanti des altérations qu'il aurait pu éprouver.

Rien n'est plus simple que de réaliser les co:!ditions du chauffage en bouteilles. On les porte, après avoir solidement ficelé le bouchon pour l'empêcher de sauter, dans un bain-marie. Un panier en fer est utile. L'eau doit s'élever jusqu'à la cordeline. Au milieu de ces bouteilles, on en place une remplie d'eau où plonge la boule d'un thermomètre. Dès que le thermomètre marque 55 à 60 degrés, on retire le panier. Il serait imprudent d'en remettre un autre immédiatement. L'eau trop chaude pourrait faire éclater les bouteilles froides. On attend que Feau ait un peu tiédi ou que les bouteilles du second

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panier aient été déjà placées dans une eau dégourdie.

Mais si M. Pasteur avait prévu jusqu'aux moindres détails pour prévenir les altérations ou les arrêter, il sentait encore que Ton n'avait pas pleine confiance dans l'efficacité d'un procédé qui devait, pensait-on, nuùre soit au goût, soit à la couleur, soit à la limpidité du vin. Après avoir provoqué le jugement de personnes du monde qui presque toutes, si elles firent une différence, rétablirent consciencieusement en faveur des vins chauffés, M. Pasteur voulut avoir une opinion plus décisive. Il s'adressa d'abord à des courtiers, à des négociants très exercés à saisir dans les vins les moindres de leurs qualités, puis il tenta une grande expérience de dégustation. Le i6 novembre i865, — les dégustateurs n'ont pas oublié la date, — une souscommission, nomme'c par la commission représentative du commerce des vins en gros de Paris, se rendit à l'École normalepour donner son avis sur un nombre très respectable d'échantillons Après une série d'appréciations qui reconnaissaient sinon une supériorité sur le vin chauffé, du moins une nuance de goût imperceptible qui échapperait, disaient les dégustateurs émérites,

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aux neuf dixièmes des consommateurs,?,!. Pasteur, craignant qu'il ne restât encore dans Tesprit du plus grand nombre des membres de la commission une légère prévention contre l'opération du chauffage et que l'imagination n'eût une petite part dans Texamen de ces nuances de goût, demanda à la commission de Tautoriser à ne plus indiquer, dans une séance suivante, si tel échantillon était un échantillon de vin chauffé ou de vin non chauffé. La commission, qui n'avait d'autre désir que celui de connaître la vérité, s'empressa d'accepter. L'incertitude sur la préférence à donner aux vins chauffés ou non chauffés fut amusante, tant elle était absolue. Il va sans dire que les vins non chauffés n'avaient pas éprouvé la plus petite alte'ration. Ils ne se distinguaient des autres que par la simple opération du chauffage. Mais à un certain moment, M. Pasteur, qui était cependant émerveillé de la délicatesse extraordinaire du palais de ces dégustateurs, usa d'une petite supercherie. Il leur offrifdeux échantillons absorumenridéntiqïies,sortant de la même bouteille. Il y eut des préférences^ bien légères il est vraiTmais gravement exprime'es, pour tel ou tel verre. La commission, faisant allusion dans son rapport à cette

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dégustation spéciale, fut la première cà convenir de bonne grâce que les différences entre le vin chaufféet non chauffé étaient insignifiantes, im-

perceptibles quand elles existaient, et que l'imagination, ajoutait le rapporteur, n'était pas sans avou^ une grande influence sur la dégustation, puisque les, membres de la commission euxmêmes étaient tombés dans un petit piège expérimental.

Ainsi M. Pasteur, après avoir expliqué les cau ses qui déterminent les altérations des vins, avait trouvé les moyens de les combattre prati-. quement, avec certitude et succès. Il avait pu, grâce à rapplication de la chaleur, ne modifier ni la couleur ni le goût des vins, en assurer la limpidité, les rendre capables de se conserver indéfiniment en vases clos.' Si ces vins, exposés trop longtemps à l'air, risquaient de s'altérer de nouveau, c'est parce que l'air leur apportait de i nouveaux germes vivants de ces ferments qu'ils j avaient perdu par Faction de la chaleur. Mais ces germes d'altération qui viennent de Tair sont si peu de chose, quand on les compare à ceux qui viennent du vin lui-mGme, que Ton peut presque jdire que le chautïage rend le vin inaltérable même après qu'il a été transvasé au contact de

l'crir. Par une série d'expériences qui ne devaient rien au hasard^ dirigées, comme le disait un jour M. Dumas, avec le sentiment profond des lois de la nature et la connaissance exquise des moyens que la science possède pour les mettre en e'vidence, une des plus grandes questions économiques était résolue. Les vins pouvaiem être gardés ou transportés en tout pays sans quel leur goût ou leur parfum en fût altéré. Ces] expériences de laboratoire devaient, par une] large exploitation, — car on imagina bientôt des] appareils puissants pour chauffer le vin des tonneaux, — P£9iidrejes pro^rtions d'un bjepfaii public.

Avez-vous jamais assisté, dans certains départements du Midi, aux éducations des vers à soie? La vie des populations est suspendue à l'existence des précieux insectes. On ne voit dans chaque maison que des claTeToù se traînent les vers. On en met jusque dans la cuisine, et souvent, même dans les familles aise'es, ils occupent les meilleures charnbres.'Là où Ton fait de grandes éducations, s'élèvent, dans d'immenses hangars, sous des toits à tuiles disjointes, de véritables étagères de claies, où des milliers et des milliers de vers rampent sur des litières qu'ils ont Tinstinct de ne jamais quitter. Grandes ou petites, les magnaneries sont partout. Les gens ne s'abordent pas pour se dire : Com-

i66 HISTOIRE D UX SAVANT.

ment allez-voas? mais: Comment ^•ont-ilsr La nuit, on se relève pour leur donner à manger ou pour entretenir dans la chambrée une chaleur convenable. Et que d'inquiétudes au moindre changement de temps! La feuille du mûrier ne sera-t-elle pas mouillée? La digestion se ferat-elle bien? La digestion! grande affaire pour la santé des vers qui ne font guère que manger tout le temps de leur vie ! Leur appétit devient surtout insatiable durant les derniers iours de l'éducation = Tout^le monde est alors sur pied jour et nuit. Ce ne, sont à tout moment que sacs de feuilles qu'on ^pporte et que Ton .éparpille sur les litières. Parfois le bruitdes vers triturant ces feuilles ressemble au bruit de la pluie sur des arbres touffus. Avec quelle impatience on attend le moment où, arrivés à leur dernière mue, les vers, le corps gonflé de soie, monteront sur la bruyère pour s'enfermer dans leur prison d'or et y devenir chrysalides! Quels jours de fête que ceux où 1 on recueille les cocons, où l'on fait, comme disait Olivier de Serres, la cueillette de la soie!

Ainsi que toutes les récoltes agricoles, cette cueillette est exposée à bien des risques. Presque toujours cependant elle paie l'éducateur de ses

peines, et parfois elle le paie largement. Mais, en 1849, après une année exceptionnellement bonne, et sans qu'aucune condition atmosphérique expliquât de pareils faits, des chambrées échouèrent presque complètement; une maladie, qui peu à peu prit les proportions d'une épidémie, s'abattit sur les magnaneries. Vers à peine éclos ou vers arrivés à leur dernière mue, bon nombre étaient frappés. Peu importait la phase que traversait le ver, toutes l'exposaient au mal. \

Il n'est guère de collégien qui n'ait élevé au fond de son pupitre cinq ou six vers à soie, les nourrissant au besoin, à défaut de feuilles de \

mûrier, de quelques feuilles de laitue ou même \

de salsifis. Aussi est-il à peine nécessaire de rappeler comment vient, grandit et se transforme le ver à soie. Sortant de son œuf. que l'on appelle une graine, tant cet œuf ressemble à une petite semence végétale, le ver naît au printemps, dès les premiiers beaux jours. Il ne pèse alors qu'un à ^ - ^'^ un et demi-milligramme. Peu à peu, sa grosseur et son activité augmentent. Le septième jour de sa naissance, il s'arrête sur une feuille et paraît s'endormir. Il reste ainsi pendant près de trente

i68 HISTOIRE D UN SAVANT.

heures. Bientôt sa tête remue, comme si elle ne tenait plus au reste du corps, et, sous la peau de cette tête, apparaît une seconde tête toute neuve. Gomme s'il sortait d'un e'tui, le ver se dégage de sa vieille peau fle'trie. Voilà ses pattes de devant, voilà les fausses pattes qu'il porte à son arrière. Le ver est enfin tout entier. Il se repose un instant et se met à manger. Au bout de quelques jours, nouveau sommeil, nouvelle peau, nouvelle mue, puis une troisième, puis une quatrième métamorphose. Huit jours environ après la quatrième mue , le ver ne mange plus, son corps devient plus eftilé, plus transparent, il cherche à quitter sa litière, il lève la tète, il paraît inquiet. Il suffit de placer alors quelques brindilles desséchées de bruyère pour qu'il s'y accroche, qu'il y monte et qu'il n'en descende plus. C'est là qu'il file son cocon et qu'il devient chrysalide. Lorsque lesvers d'^e chambrée ont tous filé leur soie, les cocons sont étouffés dans des étuves à vapeur d'eau boufllante et, après les avoir fait sécher au soleil, on les livre aux^ filatures. Si l'on veut, pour avoir de la graine, réserver une partie des cocons, au lieu de les étouffer on les réunit en chapelets, en filanes, suivant le mot consacré. Après trois semaines environ,

LA MALADIE DES VERS A SOIE. ibcj

le papillon sort de sa chrysalide, perce le cocon au moyen d'une liqueur qu'il laisse échapper de sa bouche et qui a la propriété de ramollir tellement la soie que le papillon peut traverser le t cocon. A peine s'est-il essuyé et a-t-il développé 1 ses ailes que mâles et femelles s'accouplent pendant quelques heures. Puis les femelles pondent leurs œufs. Elles peuvent en pondre À»^^ de quatre à six cents. Voilà toutes les phases Jir>^ que traversent les vers à soie dans l'espace de deux mois.

Eh bien ! dans cette maladie qui désola les magnaneries, en 1849, ^^s symptômes étaient multiples et changeants. Quelquefois la maladie s'annonçait immédiatement. Beaucoup d'œufs étaient stériles ou les vers mouraient dès les premiers jours de leur naissance. Souvent Téclosion était excellente, les vers arrivaient jusqu'à la première mue, mais cette mue se faisait mal. Un grand nombre de vers, prenant peu de nourriture à chaque repas, restaient plus petits que les autres, avaient un aspect un peu luisant et une teinte noirâtre. Au lieu de vers réguliers, parcourant ensemble toutes les phases de cette première mue, l'éducation commençait de présenter une inéga

lité sensible qui s'accusait de plus en plus à chacune des mues suivantes. Bien loin de voir sur les tables les vers foisonner pour ainsi dire, comme s'ils augmentaient en nombre, il y avait partout des places vides. Chaque matin, on relevait des cadavres sur les litières.

Le mal se présentait quelquefois dans des conditions plus cruelles. La chambrée avait très bien marché jusqu'à la troisième et même jusqu^à la quatrième mue; l'égalité et la santé des vers ne laissaient rien à désirer; mais, à partir de la quatrième mue, les craintes de l'éducateur commençaient. Les vers ne blanchissaient pas, ils conservaient une teinte rouillée. Leur appétit diminuait, ils s'éloignaient même de la feuille qu'on leur offrait. Des taches apparaissaient sur leur corps : meurtrissures noires, irrégulièrement disséminées sur la tête, sur les anneaux, sur les fausses pattes, sur l'éperon. Çà et là on apercevait des vers morts. En soulevant la litière, on en trouvait un grand nombre. Toute chambrée atteinte était une chambrée perdue. En i85o et en i85i, les échecs se renouvelèrent Quelques éducateurs, découragés, attribuèrent ces accidents à la mauvaise graine, et en firent venir de l'étranger.

Tout alla d'abord à souhait» L'année i853, ,rV V'^ où s'élevèrent en France beaucoup de ces graines, ' ^ fut une des plus productives du siècle. On lit jusqu'à 26 millions de kilogrammes de cocons, '^k^Lk qui produisirent un revenu de i3o millions de •J.t francs. Mais, l'année suivante, quand on essaya \\jl) la graine issue des papillons de ces belles chambrées d'origine étrangère, cultivées en France, \ J^^^O^ on constata immédiatement une singulière dégénérescence. Cette graine ne valait pas mieux

que la grame française. On était véritablement ,.

aux prises avec une épidémie. Comment s'en défendre? Faudrait-il donc toujours s'adresser aux semences étrangères ? Et si l'épidémie gagnait l'Italie, l'Espagne et les autres contrées séricicoles? >vji^<**^

Ce que l'on redoutait arriva. Le mal s'éten- i^'fi^/i*^Ù^

dit; l'Espagne et l'Italie furent frappées. Il fallut aller chercher des graines dans les îles de l'Archipel, en Grèce et en Turquie. Ces graines, d'abord très bonnes, s'infectèrent à leur tour .

dans leur pays d'origine; Tépidémie s'était pro- .__^ .

pagée jusque-là. On alla s'approvisionner en

Syrie et dans les provinces du Caucase. Le fléau

suivait le commerce des graines. En 1864, toutes -^

les semences, de quelque coin de l'Europe

qu'elles vinssent, étaient des semences malades ou suspectes. A Textrême Orient, le Japon seul restait encore sain.

Sociétés agricoles, gouvernement, tout le monde était préoccupé du fléau et de sa marche envahissante. C'était, disait-on, quelque chose comme le choléra des vers à soie. Des centaines de brochures se publiaient chaque année. Les remèdes les plus bizarres étaient proposés, tous infaillibles, assurait-on, depuis le soufre en fleurs, les cendres et la suie répandues, tantôt sur les vers, tantôt sur les feuilles de mûrier, jusqu'aux fumigations gazeuses de chlore, de goudron, d'acide sulfureux. On prescrivit même de faire prendre aux vers du vin, du rhum et de l'absinthe, et, après l'absinthe, on conseilla d'essayer la créosote et le nitrate d'argent. En i863, le ministre de l'agriculture, stipulant au nom de l'État, signa avec un Italien, qui avait proposé l'achat d'un procédé destiné à combattre la maladie des vers à soie, un traité par lequel, lui, ministre, s'engageait, si l'efficacité du procédé était reconnue, à solliciter une indemnité de 5oo,ooo francs en faveur du sériciculteur italien. Des expériences eurent lieu dans douze départements, mais ne donnèrent aucun résultat

7 '^ (?&yy.jX'

LA MALADIE DES VERS A SOIE. lyS

favorable/ En i865, la récolte des cocons tomba

à 4 millions de kilogrammes. C'était une perte '-^

de 100 millions de francs. y ^(W5 0

Le sénat fut saisi d'une pétition de'solée, signée de trois mille six cents maires, conseillers municipaux et propriétaires fonciers des départements séricicoles. La grande autorité scientifique de )yuij

Vl. Dumas, sa connaissance de l'industrie de la — -

•soie, sa sympathie pour les souffrances d'un des

départements les plus frappés, — le Gard, son ^-

pays natal, — tout contribua à le faire nommer rapporteur de la commission. Pendant qu'il , rédigeait son rapport, l'idée lui vint d'engager -% ' "^^•

M. Pasteur à se livrer à des recherches pour

conjurer l'épidémie dont personne ne pouvait triompher. ^

yi. Pasteur commença par décliner cette offre. Jj^.^-(, ,. C'était au moment où les résultats de ses recherches sur les ferments organisés lui ouvraient une \l\^

vaste carrière; c'était au moment oij, comme application de ses dernières études, il venait de reconnaître la véritable théorie de la fabrication du vinaigre et de découvrir la cause des maladies des vins; c'était au moment enfin où, après avoir fait

la lumière sur la question des générations spon- ^^ ;.

tanées, les infiniment petits lui apparaissaient

infiniment grands. Il les voyait partout présents, soit comme agents de décomposition chargés de rendre à l'atmosphère tout ce qui a vécu, soit comme auteurs directs des maladies contagieuses. Et on lui proposait de quitter cette voie dont il était sûr, qui lui offrait de toutes parts des horizons illimités, pour entrer dans un chemin inconnu, sans issue peut-être. Ne s'exposerait-il pas à perdre des mois, des années dans des efforts stériles ?

M. Dumas insista.

« Je mets un prix extrême, dit-il à son ancien élèye devenu son confrère et son ami, je mets un prix extrême à voir votre attention fixée sur la question qui intéresse mon pauvre pays. La misère dépasse tout ce que vous pouvez imaginer.

— Mais considérez, je vous prie, lui dit M. Pasteur, que je n'ai jamais touché à un ver à soie.

— Tant mieux, lui répondit M. Dumas, que vous ne sachiez rien sur le sujet, vous n'aurez d'autres idées que celles qui vous viendront de vos propres observations. »

M. Pasteur se laissa convaincre, moins par la valeur de ce argument que pour donner à son

LA MALADIE DES VERS A SOIE. i?^

illustre maître un témoignage de profonde déférence.

Une fois la promesse faite et la résolution prise ^ -^

d'aller dans le Midi, M. Pasteur se demanda quelle pourrait être la meilleure méthode à emplo3^er dans la poursuite du problème. Certes, ^'^'^^/^ au milieu du dédale des faits et des opinions 6o^^7' produites, ce n'étaient point les hypothèses qui manquaient. Depuis dix-sept ans, il en surgissait de tous côtés.

Un des travaux les plus récents et les plus éten- 'V^-» dus sur la terrible épidémie avait été présenté à TAcadémie des sciences par j\I. de Quatrefages. Un alinéa de ce mémoire avait vivement frappé M. Pasteur. M. de Quatrefages racontait que des naturalistes italiens, notamment Filippi etCornalia, avaient rencontré chez les vers et les papillons des vers à soie de petits corpuscules visibles - — — =4(^ seulement au microscope, tous identiques de f^

figures et de proportions. Le naturaliste Lebert assurait qu^on les constatait toujours dans les vers malades. Le docteur Osimo, de Padoue, avait même aperçu ces corpuscules dans certaines graines de vers à soie, et le docteur Vittadini avait proposé Texamen des graines au microscopepour - •■

avoir des œufs sains. M. de Quatrefages ne signa-

/^ ^-- lait le fait des corpuscules qu'en passant et en doutant de sa valeur et presque de son exactitude. Ce doute aurait pu éloigner de l'esprit de M. Pasteur la pensée d'approfondir la signification de ces .^ . petits corpuscules; mais, au milieu de la confusion générale des opinions, M. Pasteur s'attacha d'autant plus volontiers à l'idée d'une étude sur

^i-^^^. ces petits corps qu'il s'agissait d'un élément organique visible seulement au microscope. Cet

(§ instrument avait rendu à M. Pasteur de tels services dans ses délicates expériences sur les fer-

- ments qu'il fut séduit à la pensée de le reprendre

encore comme un moyen de recherche.

iùo

Le 6 juin i865, M. Pasteur partit pour Alais.

J L'émotion qu'il ressentit sur les lieux mêmes

où le mal sévissait dans toute sa force, sa pas-

^''^''^ sion en face d'un problème à résoudre lui firent

immédiatement oublier les sacrifices qu'il venait

d'accomplir en quittant son laboratoire de

LA MALADIE DES VERS A SOIE. i77

l'École normale. Il se promit de ne revenir à Paris qu'après avoir épuisé tous les sujets d'étude et triomphé du fléau.

Quelques heures après son arrivée, il avait

déjà constaté la présence des corpuscules dans^ ^Mo

certains vers et avait pu les montrer au président O^nMj^ Cf^

et à plusieurs membres du comice agricole qui

ne les avaient jamais vus. Dès le lendemain, il — «.,^

s'installa dans une maisonnette, à 3 kilomètres .,.^. ^

d'Alais. Deux petites éducations s'achevaient là. C'étaient à peu près les dernières; partout les cocons étaient faits. L'une de ces éducations, ^ provenant de graines importées l'année même Lfd l\Oryi^

du Japon, avait très bien réussi; l'autre, issue -^ ~—

aussi de graines japonaises, mais de graines ^

reproduites dans le pays, en était à la quatrième — — -^

mue et avait la plus mauvaise apparence.. Or, chose singulière, en examinant au microscope une multitude de chrysalides et de papillons de ^^. la chambrée qui remplissait de joie son proprié- -^h-î" taire, M. Pasteur trouva pour ainsi dire constamment des corpuscules, tandis que l'examen des vers de la mauvaise chambrée ne lui en (fftH"^oiTrait qu'exceptionnellement. Cette double circonstance frappa étrangement M. Pasteur. Il envoya aussitôt^ dans tous les environs d'Alais,

des personnes à la recherche de quelques restes d'éducations tardives. Il attachait une importance extrême à pouvoir ve'rifier si la présence des corpuscules dans les chrysalides ou les papillons de bonnes chambrées et l'absence de ces mêmes corpuscules dans les vers de mauvaises chambrées étaient un fait accidentel ou un fait général. Il ne tarda pas à reconnaître que très souvent les choses se passaient ainsi. Mais qu'allait-il arriver quand les vers de la mauvaise chambrée fileraient leur cocon ? M. Pasteur reconnut que, dans les chrysalides, surtout dans les chrysalides âgées, les corpuscules étaient fréquents. Quant aux papillons, issus de ces cocons, aucun n'en était privé, et ils y étaient à profusion.

Poursuivant son idée préconçue qu'une relation entre la maladie et le corpuscule pouvait exister, comme le pensaient d'ailleurs quelques observateurs, M. Pasteur déclara, dans une note présentée au comice agricole d'Alais, le 26 juin î865, vingt jours après son arrivée, que Ton avait tort de chercher comme on le faisait le signe du mal, c'est-à-dire le corpuscule, dans les œufs ou dans les vers. Les uns et les autres pouvaient porter en eux le germe de

la maladie sans offrir de corpuscules distincts et visibles au microscope. Le mal se deVeloppant surtout dans les chrysalides et dans les papillons,, c'était dans les papillons et dans les chrysalides qu'il fallait le chercher. Enfin, concluait M. Pasteur, il devait y avoir un moyen infaillible de se procurer de la graine saine, en ayant recours à des papillons exempts de cor- ^li2«i*-t-— puscules.

M. Pasteur s'empressa d'appliquer ce mode

nouveau pour obtenir des graines pures. Bien

que la maladie fût généralement re'pandue, il ^

parvint cependant, après plusieurs jours d'observations microscopiques assidues, à rencontrer des papillons privés de corpuscules. Il en - | -^^^ conserva précieusement la graine, ainsi que la graine issue de couples très corpusculeux, se ■ f- t"**promettant d'attendre l'année suivante ce que donneraient ces graines, — les premières vrai- 4^'/> .^'

semblablement exemptes de corpuscules et les -~-4

autres corpusculeuses. On aurait dès lors, ■- \ Y

quoique sur une petite échelle, des éducations >

primitivement saines et d'autres malades doiit — ^,

la comparaison avec les éducations industrielles, toutes plus ou moins frappées par le mal, ferait surgir des vues toutes nouvelles. Qui sait

c^)'f-'/-.^. <3^#'X \^pMt/^^ù^ l^'fjùmK^ -à^

même, se disait M, Pasteur, s'il n'y a pas dans l'application pratique de cette production de graines pures à l'aide de papillons exempts de corpuscules le salut de la se'riciculture?

A peine -AL Pasteur avait-il fait connaître d'abord au Comice agricole d'Alais, puis à l' Acade'mie des sciences, le résultat de ses premières observations et les inductions auxquelles elles donnaient lieu, que s'élevèrent de toutes parts des critiques sans nombre. On lui objecta que les travaux de plusieurs savants italiens établissaient, à n^en pouvoir douter, que les corpus-

- cules étaient un élément normal de certains vers et particulièrement de tous les papillons,

- lorsqu'ils avançaient en âge, que d'autres auteurs avaient affirmé qu'il suffisait de mettre

des vers à la diète pour faire apparaître dans tous leurs tissus ces fameux corpuscules, que le docteur Gaëtano Cantoni avait déjà essayé des éducations avec des graines provenant de papil- -lons sans corpuscules et qu'il avait totalement échoué.

« Vos efforts seront vains, écrivait le célèbre entomologiste italien Cornalia, vos œufs choisis donneront des vers sains, mais ces vers devien-

LA MALADIE DES VERS A SOIE. i8i J^

dront malades par suite du génie épidémique

qui règne partout. )) '.

Tout autre que M. Pasteur eût e'te' ébranlé, . mais M. Pasteur n'était pas homme à se décourager sur la foi de vues à priori et d'assertions plus ou moins hasardées. Il se promit de n'abandonner son idée préconçue que lorsque l'expérimentation aurait prononcé avec rigueur. Toute recherche scientifique, pour être abordée et poursuivie avec succès, doit avoir pour point de départ une idée préconçue, une hypothèse dont on s'efforce, par Texpérimentation, de vérifier l'exactitude et la portée. Pour juger de la valeur des faits que M. Pasteur venait d'annoncer, la question était de savoir s'il y avait une relation de cause à effet entre les corpuscules et la maladie régnante. C'était là le grand point à éclaircir.

Mais s'il avait découvert sans tâtonnement la voie qu'il fallait suivre, M. Pasteur s'y avança ensuite avec sa rare prudence d'expérimentateur. Pendant cinq années, il revint s'installer plu- 5^ t:^. sieurs mois près d'Alais. La petite maison blottie dans les arbres, que Ton appelle le Pont-Gisquet, devint à la fois son habitation et sa magnanerie.

i82 HISTOIRE D UN SAVANT.

Elle est cerne'e par des montagnes où s^étagent des gradins plantés en mûriers. La solitude était profonde. M°^ Pasteur et sa fille se transformèrent en magnanarelles, prenant leur rôle au sérieux, non seulement faisant la cueil lette de la feuille du mûrier, mais s'associant encore à toutes les expériences tentées. Les préparateurs de l'École normale, les Duclaux, les Gernez, les Maillot et les Raulin vinrent se grouper autour de leur maître. Ainsi se forma dans ce coin perdu des Cévennes une colonie cherchant avec ardeur la solution d'un obscur problème et les moyens de guérir ou de prévenir une maladie qui tarissait depuis si longtemps une des grandes sources de la richesse nationale.

Un des premiers soins de M. Pasteur fut de résoudre la question de la contagion du mal. On avait bâti beaucoup d'hypothèses sur cette contagion, mais on avait essayé très peu d'expériences et aucune des expériences faites n'avait été décisive. Aussi les opinions étaient-elles très partagées. Les uns considéraient que la contagion était certaine; le plus grand nombre la mettait en doute ou en niait l'existence, Quelques-uns la considéraient comme acciden-

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telle. On disait, par exemple, que le mal n'était pas contagieux par lui-même, mais qu'il le devenait lorsqu'il y avait présence et complication d'autres maladies qui, elles, étaient contagieuses. L'hypothèse était commode et permettait d'expliquer des faits contradictoires. Si des personnes avaient vu des vers sains, mêlés par mégarde ou volontairement à des vers malades, périr tous, et si elles affirmaient la contagion, d'autres personnes répondaient aussitôt par des observations diamétralement opposées. Quelles que fussent les divergences d'opinions, tout le monde croyait cependant à l'existence d'un milieu délétère rendu épidémique par quelque influence occulte. M. Pasteur parvint bientôt, par des expériences rigoureuses, à démontrer que le mal était absolument contagieux.

Voici quelle fut une de ces premières expériences. Il prit de très bons vers, exempts de la maladie des corpuscules, au sortir de leur première mue, et il leur donna un repas de feuilles corpusculeuses. Rien de plus simple : il broya un ver à soie, délayé dans un peu d'eau, et il passa sur toute la surface des feuilles un pinceau trempé dans ce liquide. Pendant plusieurs jours,

t>^^AJeAvY>»^

i84 HISTOIRE D UN SAVANT.

011 ne s'aperçut pas le moins du monde que les vers fussent en proie à un mal intérieur. Les vers arrivèrent à la seconde mue avec le même ensemble que des vers d'un lot témoin qui . n'avait pas été contagionne'. La seconde mue

9 " s'accomplit sans éprouver de retard : c'était la preuve que tous les vers, contagionnés et témoins, avaient pris la même quantité de nourriture. Le parasite n'avait pas Tair d'être présent. Les choses continuèrent ainsi quelques jours

Q ^ encore. La troisième mue elle-même se fit sans 0 une différence bien sensible entre les deux lots

de vers. Mais bientôt survinrent des change-

^^ . ments profonds. Les corpuscules, qui ne s'étaient

montrés jusque-là que dans les tuniques de l'intestin, ne tardèrent pas à apparaître dans les autres organes. Dès le deuxième jour qui suivit la troisième mue, c'est-à-dire le douzième depuis l* la contagion, une inégalité sensible sépara les vers contagionnés de ceux qui ne l'étaient pas. "^Les vers du lot témoin étaient visiblement bien mieux portants. En regardant à la loupe les contagionnés, on distinguait sur leur tête et sur les y^ anneaux de leur corps une multitude de petites taches qui jusque-là ne s'étaient pas montrées. Les taches apparaissaient sur la peau extérieure,

LA MALADIE DES VERS A SOIE. i85

lorsque la peau inte'rieure du canal intestinal contenait un nombre assez considérable de corpuscules. C'étaient ces corpuscules qui entravaient les fonctions digestives et gênaient l'assimilation de la nourriture ingérée. De là rine'galité des vers. Après la quatrième mue, on eut sous les yeux l'image du mal tel qu'il éclatait à chaque instant dans les magnaneries industrielles, notamment ce symptôme des taches sur la peau qui faisaient appeler la maladie du nom de pébrine. Les paysans disaient que les .^ ^ vers étaient poivre's. La plupart des vers étaient ~\\ remplis de corpuscules. Ceux qui firent leur cocon donnèrent des chrysalides qui n'étaient pour ainsi dire qu'une bouillie corpusculeuse. - :^^

Que d'enseignements dans cette simple expérience! Le corpuscule ingéré dans le canal intestinal en même temps que la nourriture des vers pouvait donc porter l'infection dans ce canal intestinal et progressivement dans tous les tissus. Le mal pouvait avoir dans certains cas une longue incubation, puisque ce n'était qu'au douzième jour qu'on s'en était aperçu. Enfin les taches de pébrine sur la peau, loin d'être la maladie, n'étaient que l'effet du corpuscule développé à l'intérieur. Elles n'étaient qu'un signe déjà éloi-

gné du mal. « Ah ! se disait à ce spectacle M. Pasteur, si Ton rapprochait ces taches de pébrine de certaines maladies humaines dans lesquelles apparaissent sur le corps des taches ou pétéchies, ""que d'inductions intéressantes se présenteraient à des esprits préparés ! »

M. Pasteur ne se lassait point de reproduire cette carieuse expérience en en faisant varier les conditions. Tantôt il introduisait les repas corpusculeux dans l'éducation des vers sains dès leur naissance, tantôt à la seconde^ tantôt à la troisième mue. Parfois c'était au moment où les vers allaient faire leur cocon que ce repas corpusculeux leur était servi. Tous les désastres que Ton constatait dans les magnaneries, leur étendue et leurs formes multiples apparaissaient fidèlement reproduits. M. Pasteur cre'ait à volonté telle ou telle manifestation de la pébrine. Quand il contagionnâit,~par de la matière fraîche de corpuscules, des vers très sains après leur quatrième mue, ces vers, même à la suite de plusieurs repas de feuilles corpusculeuses, alternant avec des repas de feuilles saines, faisaient leur cocon. On eût dit que la contagion, dans ce cas, n'avait pas lieu. Ce n'était là qu'une apparence trompeuse. La communication du mal s'accusait

au plus haut degré dans les chrysalides et dans les papillons. Beaucoup de chrysalides mouraient avant de se transformer en papillons et leur corps était pour ainsi dire exclusivement composé de corpuscules. Les papillons, qui s'étaient formés et qui sortaient de leur cocon, avaient le plus triste aspect. Le mal pouvait même aller jusqu'à rendre l'accouplement et la ponte impossibles. Fidèle aux prescriptions de la méthode expérimentale, AL Pasteur avait le soin de reproduire ces mêmes expériences avec des vers du lot témoin, d'oii Ton avait extrait les vers contagionnés. Il donnait à manger à ces premiers vers ^ yL sains non plus des feuilles contamine'es de cada- ^r vrescorpusculeux,maisdesfeuilles sur lesquelles on avait étendu au pinceau une bouillie claire de v"^ A>; débris de papillons ou de vers exempts de cor-.. '4^ puscules. Ces repas laissaient aux vers leur santé -> /\ habituelle. Était-il une meilleure preuve que le ^.corpuscule fût bien à lui seul la cause de la pébrine ?

Toutes ces expériences variées, je le répète, à l'infini jetaient une vive lumière sur la maladie et rendaient un compte exact de ce qui se passait dans les éducations industrielles. Depuis le mal qui s'abattait aux premiers jours de la naissance

iS3 HISTOIRE D'UN SAVANT.

du ver et décimait une chambrée, jusqu'au mal invisible qui s'enfermait pour ainsi dire dans le cocon, tout s'expliquait maintenant. Un des effets du fléau qui avait le plus excité la surprise et dérouté les efforts des éducateurs était Timpossibilité desgrainages productifs, alors même qu'on ^ essayait de faire de la graine avec les cocons de

j Y^^^'^^- chambrées très réussies au point de vue de la pro- ^ P^- •J<> duction des cocons. On constatait à peu près . I infailliblement, Tannée suivante, que la semence

.'/ V de ces belleschambrées était improductive. Nom- ItANvt^M^r^ bre de Comices agricoles et de praticiens, ne pouvant croire à l'existence du mal dans des chambrées aussi satisfaisantes par l'abondance du produit et la beauté des cocons, s'obstinaient à croire que les échecs avaient une tout autre

^ cause que la graine elle-même. Il en résultait

déceptions sur déceptions, souvent même des méprises très regrettables. On voyait fréquemment les éducateurs les plus honnêtes livrer au grainage de très belles récoltes, parce qu'ils ^ n'avaient observé chez les vers ni taches de pé-

^-r^^^^^c-^^ brine accusées, ni corpuscules, même à l'époque -^ de la bruyère, et que la montée s'était faite dans \ ^ (r ^-s meilleures conditions. Et Tannée suivante,

ils avaient la douleur de voir périr toutes les

LA MALADIE bES VERS A SOIE. 189

cJucations de ces graines. De telles circonstances, si bien faites pour jeter le découragement et donner au fléau un caractère mystérieux, trouvaient leur explication naturelle dans les faits de contagion expérimentale.

Toutefois, comme il n'arrive jamais à l'éducateur de contagionner directement les vers en leur donnant à manger des feuilles volontairement -chargées de débris corpusculeux, on pouvait se demander comment, dans les éducations industrielles, se produisaient de pareils faits. M. Pasteur ne tarda pas à résoudre cette difficulté.

Dans une éducation où se trouvent des vers cor-*: pusculeux, ceux-ci fournissent sans cesse une matière contagionnante qui tombe sur la feuille et^^ la souille. Ce sont les déjections de ces vers que le microscope montre plus ou moins remplies.:::;— --^ de corpuscules enlevés aux parois du canal intes-__--^ tinal. C'est là qu'ils pullulent. On conçoit aisé-- -/^0 ment que les déjections qui tombent sur la feuille -^' la contaminent d'autant plus facilement que les ^J^y vers en rampant pressent par le poids de leur -^t> corps ces déjections contre la feuille. Telle est une des causes de contagion naturelle. M. Pasteur, à l'aide des déjections des vers corpusculeux, de'jections écrasées, délayées dans quelques

igo HISTOIRE D UN SAVANT.

gouttes d'eau, étendues ensuite au pinceau sur la feuille de mûrier destinée même à un seul

/^^ ^„ repas, contagionna autant de vers qu'il voulut.

^^^ Il constata aussi l'existence d'une autre cause

de contagion naturelle et directe. Les six pattes antérieures du corps des vers sont terminées par des crochets pointus, à Taide desquels les vers se piquent la peau les uns les autres. Que l'on imagine un ver sain passant sur le corps d'un ' y ver corpusculeux. Les crochets du premier ver, ./ en pénétrant dans la peau du second, peuvent se souiller des corpuscules place's immédiatement sous cette peau et ces crochets sont prêts à aller porter le mal sur d'autres vers sains piqués à leur tour. Pour démontrer expérimentalement, comme J'a fait M. Pasteur, l'existence de cette cause de contagion, il suffit de prendre des vers et de les amener à se blesser eux-mêmes. Enfin l'infection à distance, par l'intermédiaire de l'air et des poussières qu'il transporte, n'est pas un fait moins avéré. Il suffit de soulever, par le ba-^ / j^ layage de la chambrée ou par le nettoyage des claies, les poussières de déjections corpusculeuses, les débris desséchés de vers morts et de les laisser se répandre sur des claies de vers sains pour voir apparaître au bout d'un certain

temps la contagion dans ces vers. Les vers très sains, fussent-ils placés dans une magnanerie à une assez grande distance des vers malades," seront infectés à leur tour.

Certes, il n'était plus possible, après tant d'expe'riences de'cisives, de ne pas voir dans la pébrine une maladie essentiellement conta- j/^^tIj^Z/Iy gieuse. Cependant, parmi les faits qui e'taient invoqués en faveur de la non-contagion, il en / ^ ^ est un qu'il était difficile d'expliquer. Il existait plusieurs exemples d'éducations réussies, quoique faites dans des magnaneries qui avaient, l'année précédente, absolument échoué par la

pébrine. M. Pasteur démontra que si les pous- ^

isières peuvent servir d'éléments de contagion,

c'est à la condition que ces poussières soient -7^~ o

I fraîches. La matière corpusculeuse, en se dessé- I chant, perd sa virulence, si l'on peut parler ainsi. Il suffit de quelques semaines pour que ^wUyf\ cette matière devienne inoffensive. Les poussiè- j \y^ • rcs d une année ne sont donc point nuisibles aux '^ . . .éducations de l'année suivante. La maladie , /^^>s'éteint sur place. Ce qui la rend transmissiblc, e>t^ 4'Vu||t«*'ùf-, ;ce sont uniquement les corpuscules contenus dans les œufs des éducations à venir. =^

Et quoi de plus facile à comprendre que Ir

présence du parasite corpusculeux dans la graine ! L'œufprendnaissancependant cette merveilleuse phase de la vie du ver à soie qui, après avoir filé son cocon, s'y chrysalide, s'y endort et se résout, pour ainsi dire, dans des sortes d'albumine et de vitelline, d"où sortira un papillon tout formé comme un poussin sort de son œuf. Que Ton imagine cette gangue d'une vie prochaine, non plus dans sa pureté normale, mais associée à un ^ parasite qui, lui aussi, va trouver dans ces ma-

' tières si propres à la vie et à ses transformations les éléments de sa nourriture et de sa multiplication. Il sera là, ce parasite, au moment où les ^ ^^ œufs du papillon femelle, tendres et mous comme y^ de Talbumine, commenceront de dessiner leur contour. ^Malheur à ces œufs, s'ils enferment alors quelques parcelles de corpuscule ou de sa matrice originelle ! L'enveloppe de ces œufs

{j^^^ . aura beau devenir peu à peu dure et cornée,

Pennemi sera dans la place et plus tard il se i^ retrouvera dans Pembryon du ver à soie.

. C'est ainsi que cette terrible épizootie est tout à la fois contagieuse et héréditaire, toute prête à nous permettre de comprendre l'évolution de ce double caractère dans certaines maladies des hommes et des animaux.

,A MxVLADIE DES VERS A SOIE. igS

Lorsque M. Pasteur se rendit pour la première fois à Alais, l'épidémie des vers à soie était universellement rapportée à une seule cause, la pébrine, et la pébrine s'appelait la maladie. Ce mot disait tout. Il indiquait que Ton avait affaire à un fléau mystérieux, insaisissable dans i %^ sa nature et dans ses origines , prêt à seVir sur toutes les éducations. Quoi qu'il advînt, quelle que fût la cause de ruine d'une magnanerie, on accusait la maladie. Une des preuves les plus frappantes que le mal était rapporté à la pébrine seule se trouve dans la proposition d'un prix de 5,ooo florins fondé en 1868 par le gouvernement autrichien pour récompenser Fauteur du meilleur remède préventif ou curatif capable . d'empêcher la pébrine, « maladie épidémique ^'^.7..^i<VKii\< sévissant sur le ver à soie ». -, .. ^^flAji,

Si l'on embrasse maintenant d'un coup d'œil les principes qui viennent d'être établis, on jugera que la pébrine pouvait être considérée

comme vaincue. M. Pasteur avait démontré que les papillons exempts de corpuscules ne donoulv-va- ^^^^ jamais naissance à un seul œufcorpuscu- »nw^LiJ>t>icux; il avait prouvé, en outre, que des graines, élevées isolément, loin d'un voisinage immédiat avec des graines contaminées, ne produisent ni vers, ni chrysalides, ni papillons corpusculeux. Il était donc facile de multiplier Texistence de chambrées exemptes de pébrine. La productio'fi <P de la soie, la production des graines était ainsi assurée. Pour constater si les graines étaient pures, on n'avait qu'à recourir à des observa- ^ tions microscopiques portant sur les papillons ^

y^ reproducteurs. Ces observations pouvaient être y faitespar desfemmes, des jeunes filles, des enfants même. Il suffisait de broyer un papillon avec quelques gouttes d'eau et de placer sur le champ du microscope une goutte de cette bouillie pour voir apparaître nettement les corpuscules, quand ils existaient. Il semblait donc qu'on en eût fini avec le fléau. Mais M. Pasteur ne tarda pas à reconnaître que la croyance générale à une maladie unique n'était pas justifiée. Si les expériences de 1866 lui avaient démontré toute l'extension de la maladie des corpuscules et avaient fondé les principes d'une pratique propre à la prévc-

r.A MALADIE DES VERS A SOIE. igo

nir, la méthode qu'il avait adoptée devait lui servir à démontrer que la pébrine était loin

d'être la seule cause dont souffrait la séricicul- '^ ^

ture.

Ce fut en 1867 que ce résultat fut acquis. Cette année-là compta double au point de vue expérimental pour M. Pasteur. Obéissant à la fois à une profonde S3^mpathie pour les souffrances et les misères dont il venait d'être témoin deux années de suite, et impatient en même temps d'avoir raison du fléau, M. Pasteur commença, aux mois de février, de mars et d'avril, avant les grandes éducations industrielles, une /

série d'expériences sur des vers éclos par une ï

chaleur artificielle et nourris de feuilles de mûriers venus en serre chaude.

Or, pendant ces essais précoces, sur 16 pontes f'/^ provenant de parents non corpusculeux, M. Pasteur en vit i5 réussir, tandis que la seizième I A périt presque entièrement entre la quatrième mue et la montée à la bruyère. Après avoir témoigné de la plus belle apparence, les vers mouraient tout à coup. Dans une éducation de 100 vers, on relevait chaque jour 10, i5, 20 morts, qui devenaient noirs et tombaient en putréfaction avec une rapidité extraordinaire,

'/yc*

souvent même dans l'espace de vingt-quatre heures. Parfois , ils étaient mous, flasques , pareils à un boyau vide et plisse'. En consultant les auteurs qui avaient écrit sur les vers à soie, M. Pasteur ne put douter qu'il n'eût sous les yeux un exemple caractérisé de la maladie dite des morts-flats ou Jlacherie. Outre que ces vers ne montraient jamais les taches de la pébrine, on n'y rencontrait nulle part dans leur corps la présence" des corpuscules. Ce qui était plus significatif encore, les corpuscules se trouvaient également absents dans les chrysalides et dans les papillons des rares vers qui purent faire leur cocon. Quoiqu'un tel exemple ne portât que sur une seule ponte issue de parents privés de corpuscules, ]\I. Pasteur ne laissa pas d'avoir quelques doutes sur Texistence d'une maladie unique, ainsi que sur une dépendance nécessaire entre la pébrine et la flacherie.

Ces premiers soupçons devaient se confirmer bientôt dans ses éducations du mois d'avril et du mois de mai. De nombreux exemples de flacherie se présentèrent. Sur le point principal de rinfiépendance entre les deux maladies, pébrine et flacherie, l'incertitude n'était plus possible. Les éducations atteintes, même au plus haut

degré, par la maladie des morts-flats venaient de graines nées de parents exempts de corpuscules et conduisaient elles-mêmes à des reproducteurs e'galement privés de ce parasite. En parcourant une multitude d'éducations industrielles, M. Pasteur ne tarda pas à constater que ce qui se passait dans son laboratoire avait un caractère très général, et que, contrairement à l'opinion commune, deux maladies se partageaient les causes de tous les malheurs : la pébrine et laflacherie. La pébrine était évidemment plus répandue, mais la flacherie avait aussi sa part et sa très grande part de désastres.

Là encore, dans cette nouvelle étude, la puissance du microscope vint à l'aide de M. Pasteur. Si, à l'époque de l'éducation des vers à soie où la moyenne de la température est toujours assez élevée, on broie dans un mortier, en la mêlant à quelques gouttes d'eau, delà feuille de mûrier et qu'on abandonne ce liquide à lui-même, on le trouve, même après vingt-quatre heures, rempli de petits organismes microscopiques. Les uns immobiles ressemblant à de petits bâtonnets ou à des grains soudés bout à bout comme de petits chapelets; d'autres, plus ou moins agiles, flexueux, doués d'un mouvement vermiforme,

ujS HISTOIRE D UN SAVANT.

de la nature des vibrions et que Ton rencontre dans presque toutes les infusions organiques en voie d'alte'ration. D'où viennent ces organismes microscopiques ? Il suffit de se rappeler les faits relatifs à la génération dite spontanée pour savoir que ces germes étaient à la surface de la feuille broyée ou qu'ils étaient répandus, sous forme de poussières, sur les objets qui ont servi à triturer cette feuille, — mortier, pilon, gouttes d'eau ajoutées.

Chose bien singulière! Si Ton vient à ouvrir le canal intestinal d'un ver en pleine digestion, la feuille broyée qui le remplit d'un bout à Taul ÛL f\ ^^^ ^^ montrera des organismes microscopiques ^^ \. d'aucune sorte. On n'y verra que cellules du parenchyme de la feuille, grains verts de chlorophylle de la feuille, et débris de trachées. Sous l'influence des liquides que sécrètent les glandes qui tapissent les tuniques du canal intestinal, les germes d'organismes sont eux-mêmes digérés ou gênés dans leur développement. Les fonctions digestives des vers à soie ont une si grande activité que tout est entraîné, détruit à la manière des feuilles elles-mêmes.

Mais que, dans telle ou telle circonstance, la digestion du ver soit ralentie ou suspendue,

LA MALADIE DES VERS A SOIE. 19g

alors ces germes extérieurs, ingérés dans le canal intestinal en même temps que la nourriture du

ver, donneront lieu à la multiplication des êtres Ki

microscopiques qui se forment toujours dans ?) la feuille broyée artificiellement avec un peu — '^'^ d'eau. Que de causes peuvent entraver cette fonction digestive du ver, fonction d'une telle importance pour un être qui, dans Tintervalle d'un mois, passe du poids d'un demi-milligramme au poids de 5, 6, 7 et 8 grammes ! M. Pasteur constata que, toutes les fois qu\in ver était atteint de fîacherie, ce ver avait certai- "' nement dans son canal intestinal sa matière nutritive associée à l'un ou à l'autre, ou à l'ensemble des organismes microscopiques que l'on rencontre toujours dans la feuille de mûrier triturée. « Tout ver fîat, disait M. Pasteur, résumant dans une sorte d'aphorisme une série d'observations, est un ver qui digère mal, et inversement, — — =^^ tout ver qui digère mal est condamné à périr de la fîacherie ou à fournir une chrj^salide et un papillon dont la vie ne s'est pas normalement accomplie, à cause du trouble apporté par des ferments organisés, j)

Ainsi que pour la pébrine, les symptômes morbides de la Vacherie sont extrêmement variables.

Jil^^

Tout dépend de l'intensité du mal, c'est-à-dire de l'abondance et de la nature des parasites développés dans le canal intestinal, et tout dépend aussi de Tépoque de la vie du ver où cette fermentation a commencé de se montrer. Les plus dangereux de tous ces ferments sont ceux qui \I (Atw^- sont de la famille des vibrions. S'ils existent aux premières phases de la vie du ver, le ver meurt /^^__ promptement. Il ne tarde pas cà tomber en pu-

^^ tréfaction, et parfois il se résout en une sanie

infecte. Mais souvent la maladie se présente dans des conditions particulièrement affligeantes et désastreuses pour l'éducateur. La chambrée a présenté la plus belle apparence jusqu'à l'époque de la montée à la bruyère. A peine la mortalité a-t-elle été de deux à trois pour cent, ce qui n'est rien. Les mues se sont opérées avec un ensemble parfait; puis, tout à coup, quelques jours après la quatrième mue, les vers deviennent languissants-, ils rampent péniblement, ils hésitent à s'emparer de la feuille au moment où on la leur jette sur les claies. Si quelques-uns sont montés sur la bruyère, ils s'allongent sur les brindilles, le corps gonflé d'une nourriture qu'ils ne peuvent digérer. Quelquefois ils restent là sans mouvement jusqu'à leur mort ou tombent pendus et

retenus seulement par leurs fausses pattes. Les rares papillons qui ont réussi à percer leur cocon n'offrent pas le moindre corpuscule; ils peuvent faire de la graine, mais cette graine, née de parents affaiblis, donne Tannée suivante une génération menacée de flacherie. C'est en ce sens que la flacherie peut être une maladie héréditaire, quoique les parasites du canal intestinal auxquels est due la flacherie ne se transmettent jamais à la graine et aux vers qui en naissent. Les vers ne sont qu'atteints dans leur constitution, et, sans force de résistance contre tout ce qui peut altérer chez eux les fonctions digestives, ils sont à la merci des mauvaises chances d'éducation.

Un trop grand assemblage de vers dans une magnanerie, une trop grande élévation de température au moment des mues, un temps orageux qui prédispose les matières organiques cà la fermentation, Temploi d'une feuille échauffée, d'une feuille mouillée, surtout par un brouillard ou par la rosée du matin ou du soir qui accumule sur la feuille les germes en suspension dans une grande masse d\air, voilà autant de causes propres à diminuer Pactivité des fonctions digestives des vers et à faire naître, à la

suite d\inc fermentation de la feuille dans le canal intestinal, la maladie des morts-flats. Souvent aussi, la flacherie dépend de fautes commises par l'éducateur dans les soins que réclame son précieux « bétail », selon Pexpression du xv!*" siècle.

Dans un livre chinois publie' sur Féducation des vers à soie, il y a une se'rie de petits conseils pratiques. « La personne qui soigne les vers à soie, dit ce guide du parfait éducateur, doit porter un vêtement simple, non doublé. Elle réglera la température de Tatelier d'après la sensation de froid ou de chaud qu'elle éprouvera. Si elle sent le froid, elle jugera que les vers ont froid, et elle augmentera le feu; si elle sent de la chaleur, elle conclura que les vers ont trop chaud et elle diminuera convenablement le feu. »

Un point qui était ignoré jusqu'aux expériences de M. Pasteur était le caractère contagieux

la flacherie. Cette contagion peut dépasser, au point de vue de la durée du danger, la pébrine elle-même. Dans la pébrine, en effet, la matière des corpuscules desséchés perd toute virulence dans l'intervalle de quelques semaines. La pébrine ne peut pas, nous l'avons vu, se communiquer d'une année à l'autre par les poussières

LA MALADIE DES VERS A SOIE. 2o3

corpusculcuscs d'une magnanerie. Les germes, au contraire, des organismes microscopiques qui provoquent la fermentation de la feuille du mûrier et notamment des vibrions conservent leur vitalité pendant plusieurs années. Les poussières d'une magnanerie infectée par la flacherie se présentent au microscope toutes remplies de kystes ou spores de vibrions. Spores ou kystes sommeillent comme la belle au bois dormant, jus- . qu'à ce qu'une goutte d'eau tombe sur eux, les réveille et leur donne la vie. Déposés sur la feuille qui va être mangée, ces germes de vibrions pénètrent dans le canal intestinal des vers, se développent, se multiplient et troublent complè- I tementles fonctions digestives des vers, à moins que ces fonctions n'aient une telle puissance ^^^ que ces germes soient immédiatement arrêtés et -- — -< digérés. C'est ce qui arrive quand les vers sont en pleine vigueur. Il y a là un combat de la vie, ^ — <0 et les vers ont souvent la victoire.

En donnant. à des vers très sains un repas de

feuilles recouvertes de poussières sèches d'une

j magnanerie infectée l'année précédente par la -v,.^-^

I pébrine et la flacherie, M. Pasteur provoqua la ^

I flacherie et nullement la pébrine. A plus forte

"aison, flt-il naître la première de ces maladies,

quand il donna des repas de feuilles souillées par le contenu du canal intestinal des vers flats. l^tvwAN-? De même que dans la pébrine, les déjections des > j i r vers atteints de la flacherie qui souillent les feuilles de la litière portent le mal dans les vers sains ou ajoutent à la fermentation dangereuse dans le canal de ceux qui sont déjà en partie '^nvahis.

Pour préserver les vers à soie de la flacherie accidentelle, il suffit de soins hygiéniques. Quant à la flacherie par hérédité, ou, pour mieux dire, ,pour celle qui se développe facilement par une diminution de vigueur dans les œufs et dans Tembryon, M. Pasteur trouva encore une fois le remède dans le recours au microscope. Grâce au microscope , on peut se rendre compte de la santé des vers, des chr3^salides et des papillons destinés à produire la graine que Ton veut éleer. Toute l'attention doit se porter sur Tabsence absolue des ferments dans le canal intes- '^ tinal des vers et dans la poche stomacale des chrysalides, petite poche à laquelle se réduit tout ' / le canal intestinal du ver et son contenu plus ou f\ moins transformé. Mais si Ton n'a pas le temps J m de faire au microscope cette recherche des fer- ^J ments parasitaires, une simple observation des

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