‹ M. Paul Hervieu, son œurvre dramatiqueChapitre 2 sur 7 · II, M · texte numérisé non relu

II, M

Voici, à défaut de l'affabulation de ce chef-d'œuvre connu, les oppositions sentimentales que le dramaturge a notées. — Acte I. Sabine Revel ne se remariera pas avec l'Américain Stangy, dont elle est aimée et qu'elle aime, afin de ne pas compromettre l'établissement de sa fille Marie-Jeanne. Il lui en coûte pourtant de consentir à cet établissement que Marie-Jeanne demande peu après : semiamour et semi-égoïsme des mères ; égoïsme des enfants. Au contraire, M™e Fontenais, mère de Sabine et grand'mère de Marie- Jeanne, voit sans trop de peine s'éloigner celle-ci, parce que sa fille lui reste : semi-amour et semi-égoïsme d'une grand'mère. — Acte II. La faillite menace Didier Maravon, mari de Marie- Jeanne. Cent mille francs le tireraient d'affaire; M"^^ Fontenais désirant garder intact ce qui lui reste ainsi qu'à ses enfants, les refuse. Marie-Jeanne, affolée, presse sa mère d'écrire à Stangy. Sabine écrit avec répugnance, mais non sans espoir (égoïsme et amour d'une grand'mère; égoïsme de l'enfant; lutte entre la mère et l'amante). — Acte III. Stangy ne répond pas. Sabine essaie de voler à M™« Fontenais la somme indispensable. (Amour maternel.) Elle échoue. L'Engadine est prescrite à Marie-Jeanne plus malade, mais le médecin défend à M"^^ Fontenais, souff"rante du cœur, de l'accompagner. Mais la grand'mère ne paiera le voyage que si Sabine demeure avec elle ou si elle part également. Sabine, ne voulant ni quitter ni laisser mourir sa fille, accepte d'être accompagnée par sa mère. (Egoïsme et amour des parents.) — Acte IV. Stangy villégiature aussi en Engadine. Il offre à Didier une situation rémunératrice aux Etats-Unis. Ni Didier, ni Marie-Jeanne n'hésitent à accepter. Un moment, Sabine croit que sa fille ne l'abandonnera pas. Marie-Jeanne la détrompe durement. Sabine se retourne alors vers M^^ Fontainais qui, seule, lui reste. Celle-ci, ébranlée par un air trop vif, tombe morte. (Egoïsme des enfants et des parents ; indifférence de la nature.) — Quelques remarques sont encore nécessaires. L'exposition est un peu lente. Le ton mondain n'en concorde pas assez avec l'allure tragique et générale de la pièce. Mais le vol des titres et la visite à l'agent de change, au troisième acte, forment un admirable récit, l'égal des meilleurs que nous trouvions chez Corneille ou chez Racine. C'est à Bossuet enfin que Stangy semble emprunter les paroles qui déplorent la mort prématurée de son enfant : « Quelle

misère ! C?ux qui nous ont donné la vie, c'est donc à peine si nous nous retournons quand, derrière notre dos, la mort les fauche... '•(i). La Course du Flambeau est universellement goûtée, j'allais dire qu'elle est populaire. Elle le doit à ses multiples beautés et au plus humain des sujets. Nous sommes tous mortels. Nous pouvons être tous père ou mère. Pourtant je préfère encore Le Dédale ou Le Réveil. Le Dédale est plus vaste, plus serré, plus absolument beau. La Course nous désespère : le triomphe de la conscience, dans Le Réveil, nous ouvre une échappée sur l'Infini.

Théroigne de Méricourt est la pièce de M. Hervieu qui paraît d'abord différer le plus des autres. Le sujet en est historique. Ailleurs les sujets sont psychologiques. L'action des autres pièces devient de plus en plus courte ou simple. Théi^oigne a six actes et dure treize ou quatorze ans. Elle débute à Vienne et se promène ensuite en quatre endroits de Paris. Des foules y gesticulent et y crient. Mais Théroigne n'est pas que cela. Théroigne c'est l'effort des peuples vers la liberté, effort victorieux d'abord, finalement vain. Si Théroigne a défié l'empereur et inspiré les plus généreux des révolutionnaires, elle fera massacrer Suleau son adversaire personnel en même temps que politique, et elle mourra dans un cabanon. Ainsi la Révolution française de 1789 connut d'abord les gloires de la Constituante et de la Législative, puis immola Louis XVI et les Girondins pour aboutir à la dictature de Napoléon. C'est enfin la signification du songe que Théroigne raconte au cinquième acte et un personnage le redit au sixième : « Ce que je sais de tous les gouvernements, c'est que les gens n'y comptent qu'autant que des bœufs; et ceux qui mènent les hommes, je les ai toujours vus les mener à l'abattoir! (2) » C'est toujours l'énergétisme pessimiste où la nature des choses — ici notre cruauté ou bien ambition et lâcheté originelles — sacrifie les individus.

Voici les principaux épisodes de ce drame. — Acte 1. Théroigne avertit Léopold-Joseph II empereur d'Autriche et chet des Alliés de la fièvre de liberté qui anime à cette heure-là Paris et la France. —

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