PREFACE
Lorsque j'ai commencé cette étude, mon intention n'était pas de composer un livre; mais simplement d'annoter les Souvenirs d'enfance et de jennesse, publiés par M. Ernest Renan, dans la Revue des Deux-Mondes. M. Renan a fait un livre de ses articles. A son exemple, et obéissant à de nombreuses et pressantes instances, j'ai réuni les miens en une brochure qui a été promptement épuisée. J'en donne, aujourd'hui, une nouvelle édition revue et augmentée de trois nouveaux chapitres qui ont paru, comme les autres, dans le Correspondant.
J'ai entendu faire une œuvre apologétique, défendre le christianisme, son dogme, sa mo-
raie, comme c'est le droit et le devoir de tout prêtre catholique, et non attaquer M. Renan que j'ai trop aimé pour vouloir et pouvoir le haïr. S'il sort diminué de cet écrit, il ne peut s'en prendre qu'à lui-même. Il s'identifie si intimement avec les idées fausses et pernicieuses qu'il professe en philosophie et en histoire, en religion et en morale; l'œuvre et l'ouvrier forment un tout uni par des liens si étroits, qu'il est impossible d'atteindre l'une sans risquer de blesser l'autre.
Ce sera mon excuse auprès de ceux qui seraient tentés de m'accuser de n'avoir pas assez ménagé les droits d'une ancienne et intime amitié. Dieu sait ce qu'il m'en a coûté pour encourir, même sans fondement, un pareil reproche. Mais, moi aussi, j'ai dit mon Dominiis pars, et entre la cause de Dieu et de son Église attaquée, et l'amitié d'un écrivain qui met toutes les ressources de son esprit et tout le prestige de son talent à l'attaquer, mon devoir, pour douloureux qu'il fût, ne m'a pas semblé douteux.
Les nombreux et hauts suffrages que j'ai
— m — reçus me laissent espérer que je n'ai pas perdu mon temps et ma peine. J'ai surtout écrit ce livre pour les nombreux étudiants de nos écoles publiques. Puissent-ils trouver dans sa lecture un contre-poison au venin de l'erreur et à la corruption du vice, qui mettent en péril, chaque jour, avec l'intégrité de leur intelligence et la dignité de leur vie, l'avenir de notre cher pays.
Paris, en la fête de l'Epiphanie, 6 janvier 1886.