‹ M. Renan réfuté par les rationalistes allemandsChapitre 11 sur 18 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Cofluteat, malgré les alttnBatioiui eontraires de H. Renan, Jéaiw-Cauial appartenait à la race de Dairid, oonuBent il est né à Bethléem, comment il n*a point en BiUel pour maître.

Nous nous sommes engagés, à la suile de M. Renan, dans des questions qu'il a soulevées sans raison, puisqu'elles ne se rattachent point directement à son sujet. En les omettant, l'auteur de la Vie de Jésus aurait épargné à son lecteur de faire un long détour pour arriver à Fappréciation de Télat moral et du développement religieux des Juifs au moment de Tapparition de Jésus.

« Malheureusement, observe M. Keim, Renan n'a point exposé en lieu convenable les faits relatifs à cette question. Ce qu'il dit làdessus est disséminé dans son livre. Il n'a pas non plus accordé l'attention que réclamaient de lui les divers partis qui divisaient la Judée. Jl est vrai qu'il nous révèle des choses inattendues et inouïes, comme *<elles-ci, par exemple : à savoir qu'Hillel a été le maître de Jésus et ^hilon son frère aîné. Ajoutons que le révélateur ne prend pas la 3;>eine de prouver ces paradoxes, et qu'il se contente d'affirmations ^'une incomparable légèreté. »

On sait peu de choses certaines sur la vie d'Hillel, de cet homme

^ui aurait, selon les rabbins, vécu cent vingt ans, et qui, selon le

'ïalmud, aurait parlé toutes les langues, tous les idiomes des vallées,

cJes collines, des montagnes, des arbres, des plantes et des démons !

Josèphe n'en dit pas un mol» Le caractère que la légende prête à Hillel

est le seul motif que M. Renan puisse invoquer en faveur de son opi-

U-i M. RENAN ET LES RATIONAUSTES ALLEMANDS.

Il ion : encore faudra il-il savoir à quoi se réduisent les \erlus prêtées h ce rabbi et qui, par leur exagération, ressemblent à une création posthume opposée par les Juifs aux chrétiens pour amoindrir l'autorité de Jésus.

llillel était de mœurs douces; il interprétait la loi d une manière plus clémente que le dur et irascible Schammàï. Mais il y a loin de là aux suppositions de M. Renan. Si Jésus a rencontré quelquefois llillel, c'est parmi les juges qui le condamnèrent. Ce membre de la société juive officielle présida le sanhédrin et se mêla activement aux affaires de son temps. Jésus parut effectivement au milieu des rabbins juifs, mais ce fut, comme nous l'apprennent les évangélistes, pour leur donner des leçons et non pour en recevoir. Dès Tâge de douze ans il avait, devant les docteurs, cette attitude de maître seule digne du Messie. Quant à Philon, qui vivait en Egypte, qui s'était mis à la remorque des néoplatoniciens, et travestissait la Bible par des allégories rafGnées, quels rapports a-t-il eus avec Jésus-Christ? On constaterait des différences par vingtaines, tandis que les ressemblances nous échappent absolument.

M. Renan nie sans plus de raison que Jésus soit descendu de la famille royale de David. L'écrivain n'aurait pas dû ignorer que Tapôtrc saint Paul a aflirmé positivement cette descendance à un moment où renonciation du fait en question était encore facile à appi*écicr. Les textes de saint Paul sont formels. Nous ne citerons que celui de son Épitre aux Romains (1, 5) : Jésus... qui fadus est ex semine David secundum carnem. Les Juifs, qui avaient le plus grand intérêt à nier cette descendance, ne Tont pourtant jamais fait. Domitien cite devant lui les petits-neveux de Jésus comme descendants de David. M. Renan suppose impossible la vérification des généalogies remontant si haut; mais le Talmud et les écrits des rabbins admettent nettement le contraire : c'est ainsi qu'ils font descendre Hillel, Gamalicl de la famille môme de David. Saint Paul, 1 élève de Garaaliel, et les évangélistes se seraient-ils compromis aux yeux des rabbins et de toute la nation en afti rmant une généalogie qui n'aurait eu pour elle ucjne ombre de fonde ment? Si Ton ne voit point figurer la famille

de David à côté des Sadokiles, des Asmonéens, des Hërodes et des Boéthusiens, c* est que les restes de celle noblesse royale étaient tombés dans la pauvreté qui amène après elle robscurité. On a vu partout de grandes familles déchoir et vivre dans Toubli. Bélisaire mendiait, et les derniers descendants de Luther sont aujourd'hui d'obscurs ouvriers. Les Sadokites, les Asmonéens, les Hérodes, jaloux de leur influence, ont dû faire ce qu'ils pouvaient pour écarter une race rivale et ajouter à son humiliation.

M. Renan met en doute là naissance de Jésus à Bethléem, parce que Jésus était appelé Nazaréen. Ce n'est pas sérieux. On appelle tous les îonvsParisiens des hommes nés en province. Nous ne voulons point ici discuter l'objection tirée du fait qu'il y eut un recensement ordonné par Quirinus après la mort d'Hérode le Grande Ce recensement, postérieur à la naissance de Jésus, prouve-t-il contre le fait d'un recensement antérieur? Les opérations de cadastre et de recensement sont, de nos jours, assez multipliées pour que nous supposions qu'à une époque où les moyens de statistique étaient encore irès-imparfaits, on eût besoin de vérifier et de recommencer plu-

ssieurs fois le travail dans un pays comme la Palestine. Les popula • ions hostiles à ces recensements devaient chercher à éluder les rdres, à tromper les gens de César, et l'opération faussée par ces ispositions a dû être plusieurs fois recommencée à l'aide de meures légales de plus en plus sévères. Le recensement opéré par uirinus, devenu procogsul, ayant été fait avec plus de succès et plus e solennité que les précédents, est, dans l'histoire, celui auquel on rattaché les autres, confondus avec lui. Nous n'avons besoin, pour tablir ce fait, ni àHiiscriptions reconnues fausses, ni même des liyothèses douteuses établies par Savigny sur les textes de Cassiodore t de Suidas, hypothèses que parait ignorer M. Renan. Il nous suffit dire que saint Luc connaissait parfailenient la date et les cir-

c^onstances du recensement de Quirinus proconsul, comme il est fa-

' Nous traiterons cette question avec les développements, qui conviennent au bruit qu'on en a fait, dans l'ouvrage que nous préparons sur la vie de Jésus et dont le premier volume paraîtra prochainement.

r>4 M. RE^Alf ET LES RAnOHALISTES AUE1A5DS.

cile de s'en convaincre par les Actes des ApAtres Iv, 57); qu'il n'a pu confondre cette mesure qui eut tant de retentissement avec ce qu'il appelle à dessein prima descriptio. Ce premier recensement fut un acheminement au second, que Ton peut appeler le recensement définitif, le seul dont parle Josëphe.

Nous sommes ici de l'avis d'Ebrard. Il suppose trois moments, trois opérations dans le recensement qui devait sceller la servitude des Juifs ù regard des Romains. Il y eut d'atwrd un édit d'Auguste, ordonnant que des opérations successives de cadasti'e et de recensement s'étendissent à tout l'empire, orbi terrarttm. Par suite de cette volonté du César un recensement eut lieu sous Hërode, recensement provisoire, imparfait, accompli d'après les formes de la loi juive. Knfin le recensement définitif, accompli avec toutes les formalités de la loi romaine, eut lieu lorsque la Judée, devenue province de l'empire, fut soumise au ceiiSy h l'impôt du denier dont il est parlé dans rKvangilc. Ces trois actes se tiennent et le second se rapporte au troisième, comme la préparation h l'œuvre, comme le commencement li la fin. L'opération définitive et totale a une date, celle du proconsulat de Quîrinus, Tan H de J. C.

Si la naissance de Jésus-Christ i\ Nazareth eût été un fait de notoriété publique^ comme le suppose M. Renan, comment explique-t-il le massacre des innocents h Bethléem, ordonné par Hérode? Ce fait, dit-il, se rapporte à quelque cruauté exercée par Hérode du côté de Bethléem^ il n'a eu aucun rapport avec la naissance de Jésus I Mais sur quoi baser cette supposition? Nous avons l'autorité formelle de saint Matthieu pour établir la relation de la cruauté exercée sur les enfants bethléémitcs avec la naissance de Jésus qui en est la cause. M. Renan a-t-il pour lui un texte, une allusion, une apparence quelconque de raison historique? Non . Cela lui paraît, c'est probable ! Inclinons-nous.

« Renan, reprend M. Keim, se fait de T éducation de Jésus Tidéequ'on en peut concevoir d'après les usages de l'époque ; seulement il rétrécit h plaisir riiorizon juif à ce moment de l'histoire. Jésus avait une connaissance précise, profonde et étendue du monde. Ses paroles l'ont souvent montré; et le mot profond : «Rendez à César ce qui esta César

et à Dieu ce qui est à Dieu, ^ suffirait à le prouver. Une étude de

esprit de Jésus-Christ et de sa divine intelligence eût éclairé bien

es questions, et se serait trouvée là parfaitement à sa place. »

Tout le monde comprend que si Jésus n'avait pas pénétré le secret

es sociétés comme il pénétrait le secret des cœurs, FÉvangile n'eût

s eiercé cette action intime et lente qui a réformé les lois et fondé

a société chrétienne sur des bases heureusement rajeunies. Mais ce

e sont là que de simples peccadilles dans un grand pécheur. La

ule louange que donne M. Keim à M. Renan racontant ce qui a pré*

é le ministère de Jésus-Christ, est relative à l'appréciation du rôle

e Judas leGaliléen. a M. Renan, dit-il, a eu raison d'attirer Tattention

ur le soulèvement qu'excita et que dirigea un contemporain et un

mpatriote de Jésus, Judas le Galiléen. En élevant contre la domi-

ation romaine et le recensement Tétendard de la liberté du règne

e Dieu qu'il prêchait, cet homme intrépide était réellement, dans

n certain sens, le précurseur armé et violent d'une révolution spiri-

uelle. »

Nous ne pouvons acquiescer qu'en partie à celte observation :

udas le Galiléen ne peut être en aucun sens le précurseur de la ré-

olution spirituelle et pacifique de Jésus. C'eût été le précurseur d'un

essie exclusivement juif et d'un règne temporel, fondé sur la puis-

ance des armes. Mais ce Messie, attendu, il est vrai, des Juifs qui

nterprélaient mal les prophéties, n'est point venu, et c'est en vain que

a nation aveuglée l'attend encore. Le professeur de Zurich ne blâme

oint M. Renan de placer la naissance de Jésus-Christ à Nazareth :

oas avons donné les raisons pour lesquelles, ici encore, nous ne

sommes pas de son avis.

Le lecteur comprend, sans que nous l'en avertissions, que nous ne ^pouvons pas être toujours d'accord avec le disciple de l'école de Tul>ingue. M. Keim, par exemple, met au nombre des plus belles pages de la Vie de Jésus « la vaporeuse description de Nazareth, de ses habitants, de ses collines sur lesquelles le Christ, se laissait entraîner à ses rêves de Y absolu bonheur. » 11 est vrai, les peintures sont aimables, la topographie exacte peut-être; mais le Jésus de

M M. nBNAN ET LBS RATIOÏIALTSTES ALLNAVDS.

M. Renan est dépeint sous des couleurs tout humaines; c^est, si Ton veut, un délicieux cl mélancolique jeune homme; mais ce n'est pas le Verbe incarné. Celte pensée nous trouble et nous empêche de goûter beaucoup Tari descriptif de M. Renan. Toutefois, pour n'être point injuste, citons quelques traits de ce que H. Keim pouvait en cffel admirer. Nazareth est un lieu consacré : c'est un sanctuaire, encore aujourd'hui, visité de pèlerins : Dieu l'a fait beau pour son Fils et pour nous. Il n*est point mal que les profanes le célèbrent. K Nazareth était une petite ville, située dans un pli de terrain lar- « gement ouvert au sommet du groupe de montagnes qui ferme au « nord la plaine d'Esdrelon... Les maisons, à ce qu'il semble, tie dif- «feraient pas beaucoup de ces cubes de pierre sans élégance extéccrieure ni intérieure qui couvrent aujourd'hui les parties les plus « riches du Liban, et qui, mêlés aux vignes et aux figuiers, ne laissent « pas d'élre fort agréables.

a Les environs, d'ailleurs, sont charmants, et nul endroit du

« monde ne fut si bien fait pour les rêves de l'absolu bonheur. Mémo

a de nos jours, Nazareth est encore un délicieux séjour, le seul

a endroit peut-être de la Palestine où l'âme se sente un peu soulagée

« du fardeau qui l'oppresse au milieu de cette désolation sans égale.

« La population est aimable et souriante ; les jardins frais et verts. . . .

c( La fontaine où se concentraient autrefois la vie et la gaieté de

<( la petite ville est détruite ; ses canaux crevassés ne donnent plus

a qu'une eau trouble. Mais la beauté des femmes qui s'y rassemblent

c( le soir, cette beauté qui était déjà remarquée au sixième siècle,

« et où l'on voyait un don de la vierge Marie, s'est conservée d'une

a manière frappante. C'est le type Syrien dans toute sa grâce pleine

« de langueur. Nul doute que Marie n'ait été là presque tous les

« jours, et n'ait pris rang, l'urne sur l'épaule, dans la file de ses

« compatriotes restées obscures. Antonin le martyr remarque que

« les femmes juives, ailleurs dédaigneuses pour les chrétiens, sont

c( ici pleines d'affabilité. Aujourd'hui encore les haines religieuses

« sont à Nazareth moins vives qu'ailleurs.

« L'horizon delà ville est étroit, mais si l'on monte quelque peu

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