CHAPITRE X
•rrttBfftt «a petit drame trèe-pIqiMUit entre Jémui et Mdat Jeu.
« La première des grandes erreurs historiques du livre de Renan, dil M. Keim, est de supposer que Jésus avait déjà exercé un ministère en public avant sa rencontre avec Jean-Baptiste au bord du Jourdain. Sur quel document inconnu s'appuie donc Renan lorsqu'il avance que le Christ avait déjà formulé les aphorismes du discours de la montagne, et qu'il amena sa petite école aux pieds de Jean? Ces suppositions contredisent formellement nos Évangiles. D*après tous les documents, Jésus commence son ministère après son baptême. Rien n'est plus piquant que le roman de Tenlrevue de ces deux jeunes rivaux en« thousiastes qui se termine par un arrangement dans lequel Jésus, cédant à l'ascendant de Jean, se résout à se laisser protéger par lui, à se mettre à l'ombre de ce nom puissant, à faire le sacrifice de ses idées, acceptant non-seulement un baptême tout extérieur, mais matérialisant même jusqu'à Tidée du royaume de Dieu. Jésus fait sien le cours homélitique de Jean, et emprunte à ce dernier le ton impérieux et violent de ses invectives. » Tout cela est très-neuf sans doute, mais très-fantastique. Il faut citer quelque chose de ces nouveautés piquantes. Le lecteur n'est pas tenu de nous croire sur parole, a Jésus <i quitta la Galilée et se rendit avec sa petite école auprès de Jean, a Les nouveaux venus se firent baptiser, comme tout le monde.,. Les a deux maîtres étaient jeunes; ils s'aimèrent et luttèrent devant le « public de prévenances réciproques. « . Les deux jeunes enthousias-
« tes... ont bien pu faire cause commune et s*appuyer réciproquea ment. Un vieux maitre, voyant venir à lui un homme sans célébrité, a se fût révolté... Mais la jeunesse est capable de toutes les abnéga- « tiens... Loin que le baptiste ait abdiqué devant Jésus, Jésus, pena dont tout le temps qu'il passa prés de lui, le reconnut pour supéo rieur, et ne développa sop propre génie que timidement... Le c< baptême avait été mis par Jean en très-grande faveur ; il se crut a obligé de faire comme lui : il baptisa... L'élève égala bientôt le « maître, et son baptême fut fort recherché... La supériorité de Jean 0 était d'ailleurs trop incontestée pojar que Jésus, encore trop peu <c connu, songeât à la combattre. Il voulait seulement grandir à son a ombre... En somme, Finfluencc de Jean avait été plus fâcheuse « qu'utile à Jésus. Elle fut un arrêt dans son développement: tout « porte à croire qu'il avait, quand il descendit vers le Jourdain, des « idées supérieures à celles de Jean, et que ce fut par une sorte de « concession qu'il inclina un momentyers le baptême... La seule chose « qu'il dut à Jean, ce furent en quelque sorte des leçons de prédication « et d* action populaire... Jésus ne sera plus seulement un délicieux « moraliste^ aspirant à renfermer en quelques aphorismes vifs et « courts des leçons sublimes : c'est le révolutionnaire transcendant I d De quoi M. Renan se moque-t-il ici, de l'histoire ou de ses lecteurs? Ce critique, cet esprit si tin, qui a vu dans les paroles de Jésus tant d'ironies inaperçues, nous permettrait-il d'en découvrir ici une de sa part? Nous ferons seulement observer que ses milliers de lecteurs, vu leur bonne foi et leur confiance en lui, ne méritaient point cette dérision. Si M. Renan s'offensait d'une hypothèse qui met en doute sa sincérité, je lui offrirais l'excuse qu'il a trouvée pour Jésus* Christ, à savoir : quil y a pour la sincérité plusieurs mesures^ et que celui qui trompe V humanité^ qui veut être trompée, ne saurait ^ selon lui, encourir aucun reproche.