CHAPITRE XI
M. ntnaa ii*expU<iiie point où Jéwam m, pulaé son incomporoblo morale, poorqaol U u'wn dit ls fils db Dibv et €:• qa*U favt entendre par le bèone de Pinu.
M. Renan réduil tous les enseignements du Christ à la morale. Cependant le dogme y a bien sa place, se réduirait-il à Tidenlité du Père et du Fils, à la nécessité du baptême, à la foi au Paraclet, et au règne de Dieu. « En tout cas, dit M. Keim, si la morale chrétienne, de Tavis de tout le monde, s'offre à nous quelque part sous sa forme primitive et authentique , c'est dans le Sermon sur la montagne. Au lieu de se ranger à ce sentiment universel, Renan, se défiant ici sans raison de la chronologie des évangélistes, qui placent le discours de la montagne à la têle des prédications, cherche, en poursuivant des analogies trompeuses avec l'histoire de Mahomet, le premier fond de morale chrétienne dans les aphorismes ayant cours à cetle époque. Cette analogie, entre la manière d'Hillel et celle du Christ, est cherchée bien loin; elle est passablement arbitraire, et c'est une chose purement fortuite si les enseignements se rencontrent en quelques points. » L'écrivain contredit formellement lui-même celte hypothèse arbitraire, en reconnaissant à la morale du Christ un caractère marqué d'originalité. Comment pouvait-elle être à la fois une morale commune et une morale originale? C'est ce qui ne s'explique guère. « Quoi de plus contradictoire encore que de faire dériver les préceptes de Jésus de l'Ancien Teslament, des apocryphes, d'Hillel, et d'autre part de soutenir que cetle morale n'a rien de juif, qu'elle
M. RENAN ET LES RATIONALISTES ALLEMANDS. 6i
est une création de la grande âme du Christ ? » C'était dans le sein de son Père que Jésus trouvait ses enseignements sans précédents; et M. Renan aurait dû expliquer par là leur originalité : c'est dans la conscience de son identité avec son Père que se trouvait aussi le secret de l'autorité de la parole du Maître incomparable. Mais chercher à Jésus des exemples qu'il imite, des autorités qui lui servent de garantie, c'est méconnaître le secret de sa puissance qui était toute dans la conviction sans égale qu'il était le fils de Dieu.
« Est-il nécessaire ensuite de faire remarquer que Renan n'explique point pourquoi ni comment, dans son système, le Christ affirmait son identité avec Dieu le Père? Comment le sentiment de cette identité découle-t-il de l'Ancien Testament, comment se développet-il au milieu des fleurs de la Galilée, comment mûrit-il au milieu des difficultés et des épreuves? Tout cela chez M. Renan ne s'explique point. On ne sait pourquoi Jésus se déclare Fils de Dieu ; et tout ce que dit M. Renan de Çakyamouni, l'inventeur de la Nirvana et de la religion de ranéantissement, de Platon, 1 homme de l'induction logique, de Paul et des autres fils de Di^usontde vaines paroles. » Ces analogies surfaites et misérables n'expliquent ni la force, ni l'intensité, ni la clarté, ni la tranquillité de la conviction de Jésus. Voici quelques-unes de ses paroles : « Moi et mon Père sommes un, ego et Pater unum sumus. » « Philippe celui qui me voit, voit aussi mon Père, Philippe qui videt me videt et Patrem.ni 11 n'y a rien dans l'histoire qui égale la simple réponse de Jésus à Caiphe, lorsque celui-ci lui demandait : Êles-vous le Fils de Dieu? « Oui, dit-il, avec un calme ineffable, je le suis : Tu dixisti. » Non-seulement Jésus-Christ s'est dit fils de Dieu, mais cette conviction a été si intense en lui qu'il l'a communiquée dans la même plénitude à ses apôtres. Ecoutez saint Jean : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était Dieu, et Dieu était le Verbe; in principio erat Verbum^ et Verbum erat apud Deunij et Deus erat Verbum. » Le même apôtre, dans sa première Épître, dit en parlant de Jésus : « 11 est le vrai Dieu et la vie éternelle. Hic est verus Deus et vita xterna. » Saint Paul n'avait pas un langage moins net : a Non rapinam aibitratus est (Christ us) esse se œqualem
DeOj sed semetipsum exinanivit... et habitu inventus est homo. » (Philip. 11, 6.) « NomineJesu omne genu flectatufj qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse ! » (Philip., ii, 9.) — Le Christ élait-il panthéiste? On n'ose le dire. On aime mieux, sous des phrases vagues, lui reprocher les rapports personnels qu'il affirme avoir avec Dieu. En écartant l'hypothèse de la doctrine panthéiste du Christ, on se prive du dernier moyen d'expliquer comment Jésus se disait égal à son Père. M. Renan qui, comme le dit M. Keim, n explique pas la conscience en Jésus de Fidentité avec son Père, ni la conviction des Apôtres à cet égard, n*a point su non plus comprendre le règne de Dieu. Selon M. Renan, il y aurait eu deux royaumes de Dieu prêches par le Christ, absolument contradictoires. Le premier était le règne de la morale et de la justice dans le monde. Il était annoncé dans les jours sereins et limpides de la jeunesse, alors que Dieu pendant quelques mois était vraiment sur la terre. •< Le royaume de Dieu est «commencé... Chacun le crée sans bruit parla vraie conversion du « cœur. Le royaume de Dieu n est alors que le bien..., le règne de la a justice, que le fidèle, selon sa mesure, doit contribuer à fonder, ou «encore la liberté de Tâme.» Le second royaume est prêché après le séjour de Jésus dans le désert auprès de Jean. Alors le Christ n'est plus le délicieux moraliste : « c'est, dit M. Keim en reproduisant les paroles de M. Renan, un révolutionnaire qui ne rêve que catastrophe dans le monde, destruction de la nature, un règne de millénaire fondé avec le secours des anges, sous T influence terrifiante de la trompette du jugement. « Ce jugement est proche : l'ordre actuel de « l'humanité touche à son terme. La grande révélation du Christ est « proche. Un âge d'homme, tout au plus, lui est réservé.» M. Renan voit l'annonce de deux royaumes contradictoires là où Jésus Christ ne parle que d'un seul, parce qu'il apprécie mal la figure et la réalité, l'événement prophétique de la ruine de Jérusalem et la ruine du monde, le commencement du règne de Dieu sur la terre, et sa réalisation c^omplète au dernier jour du monde. Si Jésus avait réellement entendu et prêché le royaume de Dieu comme M. Renan l'entend, il se fût contredit de manière à compromettre sa parole. De
ploft, la foi de h première génération chrélienne s'eipliquerait peutêtre, quoique difficilement, mais la foi de la seconde génération ne s'expliquerait plus du tout. Les événements eussent donné au Christ un démenti qui aurait détruit la foi dès le premier siècle.