‹ M. Renan réfuté par les rationalistes allemandsChapitre 14 sur 18 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Conimwit M. RaiMUi mécoanatt et ooiraffe JéMW-CliHst en la préacntant à la lin

da aa via aova laa traita d'an fkntaatfiiiia.

Il n'a rien été écrit, qiie je sache de plus outrageant, et déplus faux à regard de Notre Seigneur Jésus-Christ que les derniers chapitres de la Vie de Jésus^ de M. Renan. Ce sont ces odieuses calomnies qui, en blessant si douloureusement les consciences chrétiennes, ont particulièrement motivé les paroles justement indignées des discours, des mandements et des circulaires de l'épiscopat français. Notre siècle sceptique aurait voulu plus d'indifTérence, plus de ménagements, peut-être plus de calme et d'adroite politique ; mais les consciences chrétiennes et les fortes convictions connaissent peu ces tempéraments faciles à une foi indécise. L'œuvre critique du théologien, toutefois, doit être plus froide; il fait taire son indignation pour laisser parler la seule logique et l'impartiale raison. C'est avec cette disposition d'esprit que nous désirons achever notre tâche. Nous laisserons le plus souvent la parole à M. Keim. Voici comment il entre en matière :

c< L'enthousiasme de Jésus, selon Renan, s'échauffe de plus en plus au milieu de ses enthousiastes disciples. Le siècle demandait des miracles, Jésus fait des miracles. Jésus s'exalte jusqu'à se croire tout-puissant. Le siècle demandait un Messie, et c'est dans le sens messianique que Jésus se nomme Fils de Dieu. Entraîné par ses partisans, il ne se contente plus du nom de Rabbi, il se dit ambitieusement plus grand

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que les prophètes, il entreprend de faire croire qu'il est en rapport intime a^ec Dieu, et rien ne lui plait plus que de s'entendre appeler des noms les plus sacrés. Excité par la contradiction du grand monde, il devient pur ébionite^ il ne s'adresse plus qu'aux pauvres, aux bannis ; il brise tout lien avec le monde et recommande la guerre contre la nature, la guerre contre le sang, la guerre aux besoins les plus légitimes du cœur ; il ne veut plus qu'un amour, celui dont il est l'objet ; et par le fait d'une telle morale il ne menace rien moins que l'existence même du monde social. C'est le temps des extases, des songes, des utopies. Car en ce monde où trouvera-t-on la vérité sans exagération, la grandeur sans faiblesse? Les hommes d'ailleurs veulent être trompés: Renan consent à excuser le Christ et ^ jeter un voile sur ces ombres, non-seulement parceque l'enthousiasme et la foi apocalyptique de Jésus le rendirent fort contre la mort, mais encore parce que l'idée fondamentale de sa prédication, un royaume de Dieu tout moral, est un correctif suffisant de ces songes, et . qu'en définitive le Christ a de la sorte assuré le salut de l'humanité. »

Voilà donc ce que M. Renan trouve dans l'Évangile, à savoir, un monde de pensées conçues dans l'ivresse d'un cerveau exalté, où la vérité, Terreur, la supercherie et la sincérité se confondent et s'embrassent ! A la place de la sainte figure du Christ, M. Renan nous offre le portrait d'un fanatique qui se trompe et nous trompe tour à tour. « Nous ne demandons pas à l'écrivain les preuves de si étranges et si légères affirmations, nous préférons rechercher le vice des conceptions historiques de Renan. Ce vice est tout entier dans l'idée qu'il s'est formée de la personne du Christ. Qu'est Jésus pour l'écrivain français? — Un fils de Dieu, dit Renan, le plus pur des moralistes et rien de plus. — Mais Jésus n'est pas le seul fils de Dieu ; c'est un commun privilège ; et quant à la morale de TÉvangile, l'emportet-elle, aux yeux de Renan, sur celle d'Ililiel et dePhilon qui l'ont inspirée? Bref, Jésus, d'après le critique français, n'a rien qui lui soit absolument propre, excepté dans la manière de dire et dans l'influence qu'il a exercée sur le monde. Lorsque Jésus prétend être

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sans égal, quand il convie les hommes à s'altacher à lui comme à Tunique voie de salut, quand il prétend être plus qu un rabbi, plus qu'un prophète, le fils de Dieu en rapport immédiat et singulier avec le Père, quand il demande qu'on Faime au-dessus de tous et de tout, quand il proche le renoncement absolu au monde, alors il devient un extravagant, un rêveur, un fanatique. L'idéal du Christ fait son apparition au seuil de son histoire : c'est là qu'il se réalise un jour. Ce jour- là, tout est vrai, élevé, moral : Dieu est vraiment sur la terre. Mais subitement cet idéal est terni, souillé ; le soleil s'éclipse. Qu'on ne dise pas que cette opposition, cette contradiction, est, dans le livre de Renan, une manière métaphysique, abstraite, d'analyser et de décomposer l'idée du Christ, que c'est l'application de la méthode transcendenlale de Platon, un genre nouveau de l'allégorie de Philon ; non, c'est de l'histoire, de la tragédie en grand style, c'est l'idéal qui s'abaisse et s'ehsevelit réellement, effectivement, dans la sphère empirique de l'erreur et du mensonge.

« Mais trouve-t-on dans les Évangiles quelque prétexte à de telles calomnies? Il est vrai, Jésus annonce qu'une grande catastrophe précédera l'entrée de ses disciples dans le royaume de Dieu. 11 est vrai, Jésus croyait opérer des miracles, et avec le secours de son Père, commander à la nature. Il est vrai, Jésus, au milieu de l'hostilité du monde, comptait beaucoup sur le pauvre peuple. Mais cette catastrophe, il Ta toujours annoncée et il n'y a pas l'ombre d'une vraisemblance dans la supposition qu'il a commencé d'abord par prêcher le règne pur delà morale, et qu'en suite et seulement dans les nécessités d'une lutte suprême contre ses ennemis, il a commencé ses prédictions apocalyptiques. C'est l'écrivain français tout seul qui a séparé et isolé ces deux parties intégrantes des enseignements du Christ ; c'est Renan qui vient scinder en deux une indivisible doctrine, en distinguant la partie lumineuse et la partie ténébreuse née de l'esprit mauvais du temps. Dans la pensée de Jésus, l'ordre moral du monde a sa sanction et son complément dans le jugement général. Alors même qu'une moitié seulement de la doctrine chrétienne serait jugée plausible, et l'autre excessive^ ce ne serait point une raison de

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transformer Jésus en fanatique. » Bien des chréliens ont une foi sincère à celle doctrine complète sans être pour cela fanatiques, et visionnaires. « il n'est pas nécessaire d'aller clierclier dans le quatrième évangile le genre apocalyptique qui, pour le dire en passant, ne s'y monti*e guère, on le trouve dans tout VAncien Testament et dans les autres livres qu^l a inspirés. La Bible tout entière est, si Ton veut, une apocalypse continue, puisque c'est l'iiistoire d'une révélation surnaturelle. Quoique idée que l'on se fasse de Jésus, il ne pouvait faire autrement que de produire son enseignement sous celle forme traditionnelle ; et de plus il trouvail dans les livres canoniques les prémisses de tout ce qu'il annonçait : il lui suffisait, à tout prendre, de procéder par déduction rationnelle. Pourquoi donc supposer au Christ Texallalion d'un visionnaire, pourquoi créer par là une difQcullé de plus pour rendre compte de l'admirable morale qu'il a préchée, et contredire ainsi l'histoire manifeste de sa vie?

« Est-ce que les miracles de l'Évangile démontrent mieux le fanatisme supposé du Christ et qu'il fut tour à tour trompeur et trompé ? D'après Renan, Jésus a parfois rougi lui-même de ses miracles; il a * cédé à l'opinion et à la pression de ses disciples, à ce point que le pouvoir surnaturel qu'il exerçait et môme le profond soupir poussé au tombeau de Lazare peuvent bien n'avoir été qu'une sorte de jonglerie.

« D'abord Jésus n'a jamais rougi des miracles qu'il opérait. 11 voulait qu'on y reconnut la preuve du royaume de Dieu à venir. De plus, on ne peut douter des guérisons qu'il opéra réellement. Qu'on ail recours tant qu'il plaira à des explications psychologiques du genre de celle de M. Renan, elles ne prouveront point que Jésus-Christ ail été un jongleur : loin de la, elles établiront le contraire. Les autres miracles de Jésus, son pouvoir sur la nature, présentent des difticullés plus graves. Admellons que ces prodiges donnent lieu aux doutes des historiens et des philosophes, bien que la science ne puisse les nier absolument, est-ce une raison d'abuser du récit de ces prodiges pour outrager la personne du Christ?

« Aucun honnête homme, par exemple, ne voudrait, à n'importe

quel titre, accepter la responsabilité de rarlifice que Jésus, selon Renan, employa pour la résurrection de Lazare.

« Vaut-il la peine de relever ce que dit Renan de l'enthousiasme croissant de Yébtonite, qui condamne tous les riches, qui ne connaît que les pauvres, qui identifie la propriété et Tavaiice et prêche le communisme? » — L'œil le moins exercé découvre ici l'exagération d'un critique qui franchit toutes les bornes. Qui ne sait que Jésus fut entouré des riches et des pauvres, et que même dans le cercle intime des disciples il n'y eut jamais de pur communisme. Plus d'un disciple avait sa maison, ses filets et sa barque?

Est-il donc si difficile de se rendre compte du motif pour lequel Jésus s'adressait surtout aux pauvres et aux affligés? Est-ce que le médecin dédaigne et condamne les gens bien portants, parce qu'il emploie sa journée à visiter et à soulager les malades? Quiconque a lu 1 Évangile restera confondu devant tant de légèreté, a Mais que faut-il attendre d'un critique assez peu sérieux ou assez fin, dit M. Keim, pour distinguer entre les discours de saint Matthieu et ceux de saint Luc, et établir entre eux cette différence à savoir que saint Luc, contrairement à saint Matthieu, est un ébionile exalté, cl trèsexallé?»

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