‹ M. Renan réfuté par les rationalistes allemandsChapitre 16 sur 18 · CHAPITRE XIY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIY

GouBMnt M. Renan expliquant, ainsi qn*U le fait, la résarrecHon de Lasare porte contre Jeans nne accusation de supercherie qui retombe sur raocusateur.

L'explication odieuse que M. Renan a donnée de la résurrection de Lazare a soulevé en France une réprobation unanime. On va voir qu'en Allemagne, où un tel travestissement de Thistoire rappelait les plus mauvais jours de Paulus, la critique n a pas été moins sévère.

« Selon Renan, la vision du règne de Dieu qui obsède Jésus, dit M. Keim, lui donnait le vertige, son irritation croissait ; sa mauvaise humeur en présence de la résistance qu'il rencontre lui suggérait des paroles divinement ironiques bien autrement amôres que Tironie de Socrale et de Molière ; elle le porta à des actes fanatiques et absurdes. Ses disciples le tenaient pour fou, et ses ennemis pour possédé. La mort seule pouvait mettre un terme à une situation aussi tendue ; et lui-même projetait de se faire tuer pour fonder son royaume. »

C'est dans ces graves circonstances que Jésus se décide à quitter Capharnaùm (où, selon M. Renan, il demeurait dans la maison de Pierre), et cette Galilée où il avait jusque-là, au milieu des pieuses femmes, des pécheurs et des douaniers, reçu plus d'une ovation, principalement au r,etour de ses voyages à Jérusalem. (M. Renan suppose qu'il arriva plus d'une fois à Jésus-Christ d'être environné de la foule enthousiaste, de monter lâne atix yetix dotix^ et de rentrer dans sa ville en foulant les vêtements, les Heurs et la verdure jetés sur son passage, au chant de l'hosanna!) a Jésus se

dirige vers la sombre Judée, vers Jérusalem, la ville esclave du rituel; il va s'y trouver en face de Tindestructible hiérarchie sacerdotale. » Il y aurait bien des choses élranges à relever dans le récit que fait M. Renan de la suite des actions de Jésus. Nous nous bornerons à quelques observations.

« Le motif décisif et dernier de la mort de Jésus est, d'après le quatrième évangile, la résurrection de Lazare. Voyons, dit M. Keim, comment Renan interprèle cet événement si grave. Le lecteur trouvera là un exemple caractéristique de la critique de cet écrivain, de sa manière d'entendre l'histoire et de sa théologie.

« Les amis de Jésus voulaient un grand miracle, la résurrection d'une personne considérable et connue, afin de faire contre-poids à l'incrédulité de Jérusalem. (On avait déjà, dans le même but, tenté divers moyens, en particulier les réceptions éclatantes et la prodigalité inouïe des parfums à Béthanie.) Les habitants de Béthanie s'y prêtèrent volontiers, ainsi que Lazare et ses sœurs. Jésus eut aussi la faiblesse d'y donner les mains. Au reste, Jésus à cette heure n'était plus lui-même. Ce n'était pas sa faute, mais bien celle de la coupable, de r impure Jérusalem, si le Christ avait perdu l'innocence de sa conscience : on l'avait poussé au désespoir. Les fautes involontaires de Jésus ne nous sont pas toutes connues ; ses historiens ont glissé discrètement sur les unes et dissimulé les autres. 11 se peut que Lazare ait été malade et que l'arrivée de Jésus lui ait fait du bien. C'est làdessus que l'on a bâti l'histoire merveilleuse. Le convalescent pâle encore se laissa envelopper de bandelettes comme un mort et enfermer dans une tombe de famille d'où Jésus le rappela I

« Est-ce là une impudente supercherie imputable aux habitants de Béthanie? Nous n'en croyons rien : c'est un tour à la française devant la hardiesse et le raffinement duquel nous restons confondus. 0 ratio* nalistes du dix-huitième siècle, déistes à(^ toute nuance, nous vous avons méconnus. Vous disiez que Lazare dormait d'un sommeil léthargique. » Mais du moins, vous n'imposiez pas au Christ le rôle humiliant d'un valet de comédie ! Vous pensiez plus noblement. Notre siècle vous doit des couronnes !

« Comment Renan a-l-il eu le courage de recourir à ces odieuses interprétations? Il devait se taire. Le silence de trois évangiles eût été son excuse. C'est l'unique miracle qu'il raconte parmi ceux dont saint Jean fait le récit : que ne l'a-t-il dissimulé comme les autres? » Beaucoup de ses lecteurs assurément ne s*en seraient pas aperçus. « Renan a appelé saint Jean un témoin oculaire d'une grande autorité. Il ne cite qu'un des miracles rapportés par l'évangéliste, d et encore il se croit obligé de l'expliquer en le défigurant! Pourquoi vanler un biographe si infidèle? Ce n'était vraiment pas la peine, si celui-ci a si mal vu, et si peu fidèlement raconté. Ce témoin oculaire d'un si grand poids est un sot ou un méchant. « Du moins si l'écrivain français eût ici mis cette mesure et cette discrétion dont il a usé pour le miracle de la multiplication des pains : à la bonne heure ! Là, ni trompeurs ni dupes, puisque la frugalité de la compagnie en compose tout le merveilleux. 11 est vrai que, selon Renan, il en fut tout autrement dans le festin deBéthanie. Là un grand dîner, de grands airs de fête donnés au festin, des parfums^ des femmes poussant les témoignages de leur culte à des excès jusque-là inconnus^ de grandes joies, de vraies prodigalités ! »

On dirait, observe M. Keim, la fin bruyante et joyeuse d'un drame ; mais ce drame est bien profane, vu la solennité lugubre du moment! M. Renan n'a pas plus compris le sens du dernier repas en Béthanie que le reste de la vie de Jésus. Est-ce que les paroles de Jésus à Marie, lorsque celle-ci eût répandu le nard précieux, n'auraient pas dû rappeler l'écrivain à la vérité et à la gfavité? « Ce que celle femme vient de faire, dit le Christ, elle l'a fait pour m'ensevelir I » Sur cette réunion que vous peignez sous les traits d'une fête enchantée, planait l'ombre de la mort, et les tristesses du sacrifice. C'était le plus amer des adieux, et vous le travestissez en un banquet profane !

En vain M. Renan cherche à s'excuser lui-même en excusant Jésus; en vain parle-t-il de la différence des temps, de l'éducation, du désespoir et du vertige du Christ : le lecteur n'excuse pas : sous cet indulgent langage et ces vaines paroles deM. Renan se cache un ennemi. Si Jésus et les habitants de Béthanie ont joué le rôle qu'on leur sup-

pose dans la résurrection de Lazare, ils séduisaient la foule; et ces imposteurs, selon la loi juive, méritaient la mort. Si, au contraire, l'écrivain les calomnie, celui-ci est un odieux accusateur digne do la vindicte de la critique et qui ne déshonore que lui-même.

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