‹ M. Renan réfuté par les rationalistes allemandsChapitre 17 sur 18 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Comment M. Renan méconnaît le Jour et le caractère de l'institntioi) de l'Eadiariatie,

la mort et la réaorrection de Jésna-Cbrist.

Pins le livre de M. Renan approche de sa fin, plus il blesse et révolte le sentiment chrclien ; et n'était l'histoire de la Passion, racontée avec fidélité et quelque dignité, les derniers chapitres de la Vie de Jésus ne seraient qu'une longue et indécente moquerie.

« Renan, qui a le tort de ne s'inspirer désormais que du quatrième siècle, passe sous silence les faits touchants qui servent comme d'introduction à la Passion : il supprime la Cène et Gethsémani. Ce qui se trouve au fond du dernier souper, raconté par les synoptiques, c'est un souvenir défiguré qui n'est pas à sa place, celui des joyeux repas que Jésus assaisonnait de ses paroles. » Il n'y a point eu de mandification de l'agneau pascal, point d'institution eucharistique. La plus grande des institutions du Christ, celle qui est la plus touchante et qui a laissé dans le cœur des apôtres, des disciples, de la primitive Église, les traces les plus manifestes et les plus profondes, est supprimée d'un trait de plume. M. Renan ne trouve pas même à propos d'en dire un mot; il passe dédaigneusement de Béthanie aux complots des princes des prêtres et à la trahison de Judas. Que veulent donc dire, selon M. Renan, les synoptiques racontant l'institution eucharistique? Le voici :

« Les évangiles synoptiques supposent un acte sacramentel unique ayant servi de base a un rite mystérieux (signe de mlliement)^ et ils le placent à la dernière cène. Jean... ne parle pas d'un tel acte. » La

fraclion du pain est un geste habituel au Christ dans les repas. « Quand il fui morl, la forme sous laquelle il apparaissait au pieux souvenir de ses disciples était celle de président d'un banquet mystique, tenant le pain, le bénissant, le rompant et le présentant aux assistants. Il est probable que c'était là une de ses habitudes, et qu'à ce moment il élait particulièrement aimable et attendri.

« Le Maître usait à cet égard de termes extrêmement énergiques, qui furent pris plus tard avec une littérature effrénée. Jésus est à la fois très-idéaliste dans les conceptions et très-malérialisle dans l'expression. Voulant rendre cette pensée que le croyant ne vit que de lui, que tout entier (corps, sang et âme) il élait la vie du vrai fidèle, il disait à ses disciples : « Je suis votre nourriture, » phrase qui, tournée en style figuré, devenait : « Ma chair est votre pain, « mon sang est votre breuvage. » Puis les habitudes de langage de Jésus, toujours fortement métaphoriques, remportaient plus loin encore. A table, montrant Taliment, il disait : « Me voici; » tenant le pain : « Ceci est mon corps; » tenant le vin : « Ceci est mon sang ; » toutes manières de parler qui étaient Téquivalent de : « Je suis votre « nourriture. » Ce rite mystérieux obtint, du vivant de Jésus, une grande importance. // était probablement établi assez longtemps avant le dernier voyage à Jérusalem^ et il fut le résultat d'une doctrine générale bien plus que d'un acte déterminé. »

Renan a lu dans TÉvangile ce que nous autres simples mortels nous n'y trouvons point. Où donc saint Jean parle-t-il de ces festins mystiques? Est-ce au vi* chapitre? Nous trouvons dans cet endroit de saint Jean une allusion directe et évidente au don final de Teucharislie, institution qu il promet, mais qui n'est pas encore établie : Panis quem ego dabo, caro mea est pro mundi vitâ; le pain que je vous DONNERAI, c est mtt chair pour la vie du monde. Sur quel genre de preuve s'appuie M. Renan pour affimer que l'Eucharistie a été établie avant la dernière cène ? — L'Eucharistie, dites-vous, est un geste, un signe de ralliement] rien autre chose. Mais sur quoi repose ce démenti donné à l'Évangile, à la tradition, à l'histoire des mystérieuses fractions du pain de la primitive Église? Les premiers chrétiens se réu-

nissaient donc dans les Catacombes, au péril de leur vie, pour faire des gestes et avoir la satisfaction de se donner un signe de ralliemeni? 0 pauvreté d'un esprit hors des voies de la vérité! — Enfin nous ne comprenons ni le sens, ni le but des paroles que Renan met dans la bouche de Jésus-Christ. Renan a beau déplacer chaque mot et varier la figure , il fait tenir au Christ un langage tout à fait ridicule.

« Selon Renan, Tinslitution de Teucharistien'a pas eu lieu au dernier souper. Il ne veut point en croire les trois évangélisles qui Taffirment.

« Mais pourquoi oublie-til ou feint-il d'oublier que saint Paul a donné au récit des synoptiques la confirmation la plus nette, la plus circonstanciée et la plus éclatante ? II eût convenu de ne pas laisser ignorer le témoignage de Paul quand il est d'une aussi capitale importance. On en parlera dans le prochain volume, sans doute, mais toute chose doit venir en son lieu. Il fallait que le lecteur sût ici que saint Paul constate avec une précision tout historique que la Cène eut lieu la nuit même où Judas livra son maitre. Nous nous doutons bien de la raison du silence de Renan : il a supposé dans le Christ le dégoût des sacrifices et de l'idée profonde qui s y rattache. Mais que penser de celte manière d'écrire l'histoire; et de ces préjugés violents, qui font dissimuler le motif pour lequel Jésus voulut mourir, à savoir celui de la rédemption de l'humanité, la volonté de sceller la nouvelle alliance par son sang? Renan avait donc bien à cœur de réduire toute l'importance du Christ à celle d'un grand moraliste ! N'eût-il pas été mieux avisé de voir dans l'institution eucharistique l'acte fanatique par excellence? » Cette explication rentrait dans sa manière ; elle eût été moins maladroite : car l'institution eucharistique est l'acte d'un fou ou le trait sublime de l'amour et de la puissance de Dieu !

« La négation de l'institution eucharistique avait cependant encore pour Renan un avantage, c'était celui d'écarter un argument contre une hypothèse discutée en Allemagne dans de gros volumes; mais adoptée sans embarras et de prime saut par l'écrivain français. Celui-ci suppose

g,) M. RENAN ET LES RATIONALISTES ALLEMANDS.

que Jésus-Christ est mort le 14 nisan, avant la manducation delà pûque jui\e, cl nonle 15, comme le disent les trois autres évangélistes. Car la Cène instituée après la manducation de l'agneau pascal, et dans les formes de la pâque juive, prouve sans réplique que Jésus- Christ est mort le lendemain, c'est-à-dire le 15 nisan.

«Après la Cène vient l'épisode de Gethsémani. Cette préface sanglante de la sanglante passion du Christ, malgré son caractère d'incontestable vérité, est niée par Renan. D'une part, selon Renan, les synoptiques, en plaçant cette scène de douleur en tôle de la Passion, ont été guidés par des raisons de convenance ; et, d'autre part, saint Jean la repousserait comme peu convenable, à cause des faiblesses naturelles qu'elle suppose dans le Christ. Ainsi la sueur de sang est, selon l'écrivain français, tourà tour convenable dans les synoptiques et inconvenante pour saint Jean. »

M. Renan repousse l'histoire de l'agonie de Gethsémani en s'autorisant du silence de saint Jean. On ne comprend pas comment l'écrivain français, contrairement à ses propres principes, semble se ralliera une prétendue répugnance de saint Jean qui aurait trouvé trop humain le caractère du récit. Quoi de plus ftiimainquela nature des sentiments prêtés par M. Renan à Jésus dans les derniers jours de sa viel Le Christ aurait été alors agité par la pensée de ne plus revoir la belle Galilée, ses sources, ses figuiers, par le regret de n*être point resté simple charpentier, par les souvenirs des jeunes filles qui peutêtre étaient disposées à l'aimer, tandis que dans l'excès de malheur où il était tombé, il pouvait à peine compter sur l'intérêt fugitif que témoignait au jeune et bel Israélite la femme du procurateur Pilate !

«C'est dans son second volume que Renan traitera de la résurrection de Jésus-Christ. Mais il fait déjà connaître sa pensée sur le caractère de ce grand événement. Pour lui la résurrection est toute subjective, et s'accomplit tout entière dans l'esprit des disciples. Les explications de détail sont ajournées; mais en attendant, on insinue que l'imagination enflammée de la nerveuse Madeleine joua un grand rôle auprès du tombeau provisoire de Jésus, que la puissance divine

de Tamour et Teropire de rhallucination ont doté Thumanité d'un Dieu ressuscité.

aNous ne voulons point, dit enfin M. Keim, discuter cette interprétation en partie renouvelée de Celse, qui lui aussi récusait le témoignage des femmes. Selon Renan, le Christ moraliste et révolutionnaire ne devait pas, ne pouvait pas ressusciter! Nous engageons le critique français à prendre en considération un témoignage digne de toute confiance, celui de saint Paul, qui parmi les premiers témoins de la résurrection de Jésus-Christ nomme saint Pierre. Nous rengageons en outre à se demander s'il n'y a pas quelque chose de plus difficile à expliquer que la résurrection du Christ, à savoir, la fondation et le caractère de TÉglise sans la résurrection. Comment rÉglise primitive, dont les paroles et les actes sont empreints de tant de 'calme, de sagesse et de raison, est-elle née du sein du fanatisme et de la folie des visionnaires? Les visionnaires qui entourent le tombeau de Jésus-Christ doivent se retrouver plus tard, au milieu des apôtres et au sein de la communauté chrétienne de Jérusalem ; le premier siècle tout entier doit être un foyer d'aveugle fanatisme! Croirez-vous cette énormité, la persuaderez-vous au monde? Vous avez ouvert la bouche d'un volcan de fanatisme, comment la refermerez-vous ? »

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