‹ M. Renan réfuté par les rationalistes allemandsChapitre 3 sur 18 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Il faut se hâter si Ton veut écrire à temps sur la Vie de Jésus par M. Renan. Les rayons de la gloire passent vite, et, par une sage précaution de la Providence, le bruit tumultueux du scandale meurl plus vite encore. Dans quelques semaines, quelques mois tout au plus, la tombe de rindifïërence et de l'oubli qui de nos jours a englouti tant d œuvres éphémères de la littérature à grand tapage, se sera refermée sur la Vie de Jésm.

Les réfutations rapides et improvisées au souffle d'une généreuse indignation, dans lesquelles les questions personnelles avaient une grande part, vont faire place à des discussions critiques mûries dans le calme du cabinet, ayant pour unique objet les faits et les principes. En frappant au nom de toute TÉglise un livre qui cherclie à ébranler la base même du christianisme, ÏIndex semble avoir rendu moins nécessaires les condamnations en forme des membres vigilants de Tépiscopat. Le grand nombre parait devoir se borner à

flétrir au nom du bon sens et de la piété indignée ce produit d^vne intelligence infirme et troublée^ ce manifeste, qui renferme tant d'erreurs et tant de blasphèmes, non farce quil est trop savant^ mais parce quil ne l'est pas assez^. Les fidèles sont avertis; les foules admiratrices sont lasses : tout est fini ou près de finir.

Il ne resterait plus, ce semble, qu'à se recueillir, à résumer les débats, à grouper les incidents et à pressentir le jugement dé Timpartiale et froide histoire. Toutefois, ce ne sera point ici ma tâche. Arrivé trop tard du fond de FAllemagne sur un champ de bataille presque abandonné, je n'ai d'autre but que d'éclairer la retraite de l'ennemi et de détruire un préjugé. Beaucoup de gens s'imaginent que M. Renan est l'organe autorisé des savants d'outre-Rhin : Je voudrais montrer que les rationalistes allemands le désavouent aussi énergiquement que les déistes français*.

La foule ignorante, et Dieu seul peut compter les multitudes qui la composent en France, quand il s'agit d'exégèse, la foule ignorante s'est quelquefois montrée injuste envers les réfutations courageuses qui dès le lendemain de l'apparition du livre de M. Renan lui ont opposé une incisive réplique : pour cette foule, l'ouvrage était à la fois une perle littéraire et un monument de science incomparable. On voulait se persuader qu'à la base des affirmations sans preuves, des paradoxes tranchants, se trouvait toute la science de la Germanie. On reconnaissait que les propositions les plus discutables étaient jetées à la face des chrétiens toutes nues et sans être démontrées. Mais on disait : les considérants qui sont absents du livre se trouvent dans les vastes répertoires de la science allemande, dossiers indigestes que l'auteur produira quand il voudra. Si M. Renan les dissimule aujourd'hui, c'est par bon goût, afin d'éviter à des lecteurs faciles à effrayer l'ennui que traîne après elle cette pesante théologie à laquelle le monde est si heureux d'échap-

1 Paroles de Mgr l'archevêque de Paris dans sa circulaire pour le 15 août, et au lycée Napoléon.

* Voir la brochure de M. Patrice Larroque (chez Dentu).

per. Le délicat écrivain s est contenté de dégager, avec l'art qui lui est propre, les résultats d'une critique profonde, mais étouffée sous Térudition luxuriante de nos voisins. L'Allemagne a prouvé ; Renan a exposé.

Il s'agit de faire connaître aujourd'hui ce que dans les écoles les plus avancées de l'Allemagne on pense du jeune membre de l'Institut de France qui s'est donné au monde pour l'interprète des grands travaux exégétiques du siècle.

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