CHAPITRE V
■. Bwald Jnf« ■. Reaaa.
Le jugement que le chef éminent de Técole dcGœtlingue porte sur l'auteur de la Vie de Jésus n'est point équivoque. Selon ce critique, M. Renan « n'a pas su s'élever à la hauteur de sa tâche. » Il n'a point écrit avec la préparation et « le calme d'esprit requis non-seulement par la sainteté du sujet, mais encore par le simple souci de la vérité historique.» — «Comment, continue M. Ewald, pourrait-on écrire la vie d'un homme quelconque, pour peu qu'il s'élève au-dessus du niveau commun, si auparavant on n'a pas saisi In nature de son caractère, la source de son influence, et les conditions de sa vie? » — M. Renan n'a rien compris de tout cela dans le Christ. Cet idéal de perfection que Tauleur, à l'exemple de Strauss, appelle du seul nom de Jésus était encore et essentiellement le Christ, <c Ne pas savoir reconnaître le caractère messianique dans le fondateur de la loi nouvelle, c'est ne rien comprendre à sa mission, à sa vie, à ses actes, à ses souffrances et à ses triomphes. » M. Renan pose mal la question du caractère messianique de Jésus, il la discute encore plus mal et ne la résout pas. « Pouvait-il dès lors montrer ce qu'a été Jésus-Christ dans la vérité et la grandeur de son histoire? Non, Jésus devait rester pour lui à l'étal d'énigme impénétrable. C'est pour cela que l'écrivain français se laisse aller à des suppositions aussi fausses qu'elles sont indignes de son sujet. Il n'a point saisi la corrélation des diverses parties de la vie de Jésus : son enchaînement et son unité lui ont totalement échappé. Il y a deux
hommes dans le Jésus de Renan, l'homme de la perfection morale et le fanatique ; et cependant nulle \ie dans Thistoire n'a conservé au milieu des vicissitudes une aussi parfaite unité que celle de Jésus- Christ. C'est parce qu'il a toujours eu la même conscience de luimême, toujours nourri la même pensée et poursuivi le même but, qu'il s'est montré en toute occasion si ferme, si digne et si divinement grand. »
En méconnaissant ces principes, M. Renan a éteint la lumière de l'histoire, et il est tombé dans les déplorables contradictions d'un Jésus tour à tour moral et immoral, sublime et vulgaire, véridique et menteur.
Il en coûte à M. Ewald de se montrer aussi sévère ; et après avoir fermement et nettement condamné, il adoucit tant qu'il peut les rigueurs de la sentence. Ainsi, lorsqu'il a dit : Renan n'a pas saisi « l'unité interne de la vie de Jésus, précisément dans ce qu'elle a de plus important : les efforts de Técrivain pour s'approcher de la hauteur de son sujet sont trop faibles, trop incertains ; les louanges éparses, et même les témoignages de Tadmîration et de la vénération la plus haute à l'égard du Christ, sont trop amoindris par des tableaux et des affirmations contradictoires, » le chef de l'école de Gœtlingue ajoute : Nous devons pourtant reconnaître que « Renan se meut avec précaution au milieu des contradictions , et même qu'il fait creuse d'une certuine noblesse; qu'il évite volontiers tout ce qui choquerait trop violemment les idées régnantes, tout ce qui paraîtrait trop bas ; qu'il n'aime pas à dire des nouveautés qui scandaliseraient trop fort : il y a plus : entre les opinions et les conceptions mises en circulation (par les écoles négatives), il choisit les plus sûres et cherche à se les approprier. »
M. ftenan pouvait-il rencontrer un juge plus bienveillant? Est-ce donc là de Tétroitesse, de riiostililé, de la passion cléricale? — Qu'il écoute donc jusqu'à la fin son indulgent critique.
« Les choses étant telles, continue M. Ewald, limportance du livre de Renan se réduit tellement, que je ne trouve pas d'intérêt à en signaler les erreurs particulières. » — « L'auteur n'apporte aucune
lumière sur les côtés obscurs du siècle de Jésus-Christ, et plusieurs de ses assertions sont fausses. L'identification des hérodiens avec les boéthusiensS par exemple, est une conjecture qui n'a pour elle qu'une ressemblance de mots. Les hérodiens étaient un parti politique, et les boélhusiens une école de philosophes. » M. Ewald renvoie M. Renan à saint Épiphane ' et lui conseille de ne point abuser de quelques mots mal interprétés du Talmud. 11 signale ensuite ce qu'il y a d'arbitraire dans le triage que fait M. Renan entre les parties authentiques de saint Jean et les parties non authentiques, a Comment, par exemple, le critique français ose-t-iiafBrmer ' que le verset22, ch.iY de saint Jean, au moins quant au dernier membre, n'est point authentique, parce qu'il contredirait les versets 21 et 23 ? » — La Samaritaine ne peut-elle pas dire ce que toutes les prophéties en circulation lui ont appris comme elles l'apprenaient aux païens : Le salut nous viendra des Juifs ; et Jésus-Christ ne pouvait-il chercher à arracher à Tétroitesse de ses conceptions la pauvre femme qu'il voulait gagnera lui, lorsqu'il disait : Femme^ crois-moij ïheure est venue où Von n'adorera plus ni sur cette montagne^ ni à Jérusalem ? Cette contradiction qui paraît aux yeux de M. Renan disparait tout à fait, comme beaucoup d'autres encore aux yeux de M. Ewald. Enfin lorsque l'auteur de la Vie de Jésus déplace le jour et le lieu de la Cène qu'il transporte au milieu de la vie publique du Christ, Ewald s'écrie : «Nulle part nous ne trouvons la preuve de la vraisemblance de cette supposition, ni dans les paroles de saint Jean (chap. vi), ni dans le reste de l'Évangile, ni ailleurs. Loin de là, il faut reconnaître que la Cène, même avec le sens qu'on lui attribue, n'aurait eu aucune importance, si elle avait été anticipée. » Après celle dernière observation, Ewald termine sèchement celte critique de détail qui Timpatiente, en disant : « C'est assez, nous l'avons déjà dit, il n'entre point dans notre plan de faire le relevé des erreurs de Renan, Wir moyen daruber hier uicht weiter reden ! »
* Vie de Jésus, p. 217.
* Hérésies, ch. xx.
' Vie de Jésus, p. 234.
Après avoir ainsi constaté que la Vie de Jésus, considérée, soit dans son ensemble, soit dans ses détails, est de nulle valeur, Ewald recherche pourquoi M. Renan est resté si loin du but scientifique qu'il s était imposé de lui-même et sans qu'aucune nécessité Ty contraignit : voici les raisons qu il en trouve. Nous analysons.
Renan, ignore Fhisloire vraie du peuple dlsraël pendant les deux mille ans qui ont précédé la venue de Jésus-Christ ; et, bien que toutes les facilités lui aient été données d'apprécier cette histoire dans toutes ses parties, il n'a pas pris la peine d'en acquérir une connaissance suffisante, partielle ou totale. Cependant il est impossible d'avoir une idée juste de Jésus-Christ sans l'étude préalable de l'Ancien Testament, puisque le Messie est la fleur, il faut dire plus, le fruit par excellence de la végétation historique qui Ta précédé. Comment Renan, un orientaliste pourtant, sait-il si peu l'Ancien Testament? Ce qu'il a dit dans son chapitre intitulé : Place de Jésus dans V histoire du monde^ est tout à fait insuffisant.
Une autre cause des erreurs de Tauteur de la Vie de Jésus, tout à fait différente de la première, c'est, selon M. Ewald, que l'écrivain a apporté dans l'étude de son sujet une multitude d'opinions et de principes qui lui sont totalement étrangers. Il faut le dire, ces opinions, considérées en elles-mêmes, manquent de rectitude; considérées dans leur rapport avec le sujet, elles sont inconvenantes. Nulle part pourtant la dignité, quand il s'agit de la vie de Jésus, n'est si bien à sa place. Pourquoi, par exemple, reporter jusqu'à l'époque du Christ les principes de la Révolution française, appeler Jésus un jeune démocraie, et en faire un collègue de Camille Desmoulins ou du socialiste Rabeuf?
Est-il vrai, est-il juste, est-il convenable de dire que, semblable à tous les grands hommes, Jésus-Christ a pu exploiter légitimement, en s'y ralliant sans bonne foi les erreurs et les préjugés de son temps? Le but justifie-t-il donc les moyens? « On m'assure que Renan a été élevé à l'école des jésuites, ajoute M. Ewald ; il y parait à diverses opinions semées dans ses écrits. Bien qu'il en soit aujourd'hui l'ennemi, comme beaucoup de gens de notre siècle, il est plus
j<'^suilc qu'il ne pense*. » Pascal n*a rien cité déplus contraire aux principes de la saine morale et de plus cyniquement machiavélique que les paroles suivantes de Renan. — M. Ewald les cite pour les livrer au mépris; nous croyons à propos de Timiter.
0 l/iiis(oire est impossible si ion n admet hautement qu il y a pour la fiincérHé pbmeurs mesures. Toutes les grandes choses se font par le peuple ; or on ne conduit le peuple qu'en se prêtant à ses idées. Le philosophe qui, sachant cela, s'isole et se retranche dans sa noblesse, est hautement louable. Mais celui qui prend rhumanité avec ses illusions et cherche à agir sur elle et avec elle^ ne saurait être blâmé. César savait fort bien qu'il n'était pas fils de Vénus... II nous est facile à nous autres, impuissants que nous sommes, d'appeler cela mensonges, et, fiers de notre timide honnêteté, de traiter avec dédain les héros qui ont accepté dans d'autres conditions la lutte de la vie. Quand nous aurons fait avec nos scrupules ce qu'ils firent avec leurs mensonges, nous aurons le droit d'être pour eux sévères... Le seol coupable Kr>i PAREIL CAS, c'cst Thumanité qui veut être trompée. »
Selon M. Renan, a la sincérité na pas beaucoup de sens chez les peuples orientaux^ peu habitués aux délicatesses de Tesprit critique. Ronne foi et imposture sont des mots qui dans notre conscience rigide s'opposent comme des termes inconciliables. En Orient, il y a de l'un à l'autre mille fuites et mille détours. Les auteurs des livres de Daniel, d'IIénoch, par exemple, hommes si exaltés, commettaient pour leur cause, et bien certainement sans ombre de scrupule, un acte que nous appellerions un faux. La vérité matérielle a très-peu de prix pour l'Oriental ; il voit tout à travers ses intérêts et ses passions. »
Ewald accompagne ces lignes des réflexions suivantes :
« Nous ne voulons point montrer tout ce que ces propositions ont de faux et de dangereux, ni faire voir combien elles contredisent les
• II y a ici plusieurs erreurs dont il n'est pas nécessaire d'avertir le lecteur : M. Renan n'est pas un élève des jésuites; et les jésuites ne professent pas la morale que M. Ewald suppose. M. Renan est sorti de Saint-Sulpice, et ce n'est pas non plus à l'école de M. Emery, qui sut dire sans effort la simple vérité à Napoléon irrité, que le libre penseur a puisé les leçons de sa nouvelle morale.
faits les plus avérés de Thistoire. Seulement nous déplorons que le savant français n'ait pas senti lui-même Timmense différence qui existe entre les Orientaux anciens et les Orientaux modernes. Il se peut que dans son dernier voyage en Phénicie et en Palestine, il se soit convaincu par sa propre expérience de la vérité des portraits qu'il trace ; cependant il y aurait ici quelques réserves à faire, et il conviendrait de rechercher et d'apprécier les causes qui ont précipité rOrientdans une telle décadence. Mais, en toutcas, juger des anciens peuples de TOrient, qui selils sont en question, d'après les modernes, c'est chose aussi déraisonnable que si on voulait retrouver dans les Athéniens et les Italiens d'aujourd'hui les Grecs et les Romains d'autrefois. Ce qui est plus déplorable encore que toutes ces méprises, c'est que Renan juge et peint Noire-Seigneur Jésus-Christ d'après des hypothèses aussi dépourvues de fondement. S'il est dans le passé un personnage dont la vie écrite s'identifie complètement avec la plus stricte vérité historique, c'est assurément le Christ. S'il Qst un homme parfaitement exempt de toutes les taches et de toutes les faiblesses de son époque et de sa nation, c'est encore le Christ, lui qui, dans les moindres détails de sa conduite, s'est mis scrupuleusement d'accord avec les principes de la plus pure morale, déposés dans le sein du peuple choisi par les révélations divines. Comment Renan eût- il pu comprendre les miracles et la nature des véritables pensées de Jésus, lui qui suppose au Christ des principes de conduite dignes de Tartufe ou d'Escobar? Que les principes émis dans Tapprècialion de la vie publique du Christ soient jésuiliques ou non, en tout cas, ils sont antichrétiens. »
Ewald termine son travail sur la Vie de Jésus en adressant à M. Renan des reproches qu'il nous suffira de signaler. « Renan, dit-il, cite avec éloge la Vie de Jésus de Strauss, et il l'estime assez pour dérober à l'ouvrage allemand un titre qui n'offre que le nom mutilé du Sauveur. Comment Técrivain français ne prend-il pas garde que cette œuvre, oubliée aujourd'hui en Allemagne, est tombée devant l'arrêt de l'opinion, qui Ta condamnée au nom de la science? Le livre de Strauss n'a produit chez nous qu'une sensation de courte durée, et n'a eu de
succès qu'auprès des ennemis du christianisme. Il trahit Tignorance complète des rapports et de la succession des Évangiles. Est-ce de la part de Renan une complaisance à l'égard du traducteur, son ooK lègue à rinstitut, fondateur de la Revue germanique, recueil qui, pour le dire en passant, est, par les principes qu'il adopte et la direction qu'il suit, aussi contraire à la science qu'à la religion? Les concessions faites à l'école de Tubinguc ajoutent au caractère général d'indécision du livre, qui flotte entre deux courants d'idées entièrement opposées. Ce manque de fermeté dans les vues se fait surtout remarquer dans la question de l'évangile de saint Jean. L'école de Tubingue suppose que cet évangile a été composé au deuxième siècle par un écrivain inconnu ; mais, depuis douze ans, cette assertion mensongère est tombée en Allemagne dans un discrédit croissant. M. Renan a sans doute été frappé des raisons qui militent en faveur de l'authenticité de saint Jean : aussi ne peut-il s'empêcher d'admettre que les récits historiques de cet évangile remontent au disciple bien-aimé, et qu'ils constituent un complément très-sûr et très-important des trois évangiles. Il met seulement en doute l'historicité des discours du Christ renfermés dans le quatrième évangile. Nous ne voulons point discuter cette question, qui nous parait d'une importance secondaire; il nous suffit de constater que Renan s* éloigne grandement de ceux qui, par leurs préjugés volontaires contre le quatrième évangile, se privent et privent le monde du livre le plus propre à nous faire connaître Jésus-Christ.
a Le critique français, dans l'importante question des sources évangéliques, partage beaucoup de nos idées : mais il retombe de nouveau dans le faux, lorsqu'il répète .d'après l'école de Tubingue des erreurs manifestes et opiniâtres. Ainsi, pourquoi reproduire l'objection tant de fois réfutée, tirée du silence de Papias à l'égard de l'évangile selon saint Jean? L'école de Tubingue affirme qu'il n'est point authentique parce quePapias raconte comment saintMatlhieu et saintMarcont écrit leurs évangiles, tandis qu'il ne dit mot du quatrième évangile. Cette raison est arbitraire. Nous ne connaissons de l'ouvrage de Papias que quelques fragments conservés dans l'histoire ecclésiastique d'Eusèbe ;
M. RENAN ET LES RATiORA LISTES ALLEMANDS. 31
nous ne savons donc point si Papias parle ou non de saint Jean dans le reste de son livre. Alors même qu'il n'en dirait rien, on n'en pourrait pas conclure que Tévangile de saint Jean n^est pas authentique. Eusèbe ne produit les témoignages des anciens qu'en faveur des écrits dont l'origine pouvait paraître douteuse, et quand il s'agit de décider de leur provenance. C'est à dessein qu'il ne veut rien affirmer et rien nier de ce qui touche l'évangile selon saint Jean ; et sa raison est toute simple : il savait qu'aucun homme intelligent ne pouvait douter de son authenticité. Si, toutefois, le même historien^ cite les paroles de Papias relatives à saint Matthieu et à saint Marc, ce n'est pas qu'aucun des contemporains de l'évêque de Césarée en ait douté, mais seulement parce que l'ouvrage de Papias lui parait renfermer des souvenirs et des particularités qu'il voulait livrer à l'appréciation de ses lecteurs. L'école de Tubingue ne met tant d'insistance à reconnaître l'authenticité de l'Apocalypse que pour se créer des raisons de nier celle du quatrième évangile. Nous ne savons si Renan veut suivre la même marche, quand il affirme que l'Apocalypse a été le premier livre canonique, ce qui ne repose sur aucun fait certain, et n'a aucun fondement en soi .
« Si, jetant un dernier regard sur l'ouvrage de M. Renan, nous considérons à part ce qu'il renferme de bon, en particulier la hardiesse de son entreprise et certaines observations qui ne sont pas dénuées de vérité, un homme bien informé reconnaîtra que tout cela est pris à l'Allemagne : c'est un résultat, un fruit de notre nouvelle science germanique. Non que nous voulions nous vanter de rien : la gloire que nous pourrions tirer de cette origine ne seiait pas claire^ vu le reste du livre et sa nature. Nous dévoilons ces particularités parce qu'elles sont vraies et qu'elles appartiennent à l'histoire de la composition de la Vie de Jésus. Elles sont d'autant plus intéressantes que l'auteur, contrairement à son habitude, ne cite nulle part les savants allemands et les travaux qui leur appartiennent.
« 11 parle dans l'introduction de l'école franco-allemande de
4 Hist. eccly lit, 39.
Strasbourg et de Paris, laquelle n'a ni indépendance ni originalité et qui jusqu'ici n'a rien produit, je ne dis pas de remarquable, mais de bon.
a Cette attitude étrange de Tauleur d'un ouvrage qui n^est point hostile à la science germanique s'explique seulement par la manière dont on se pose aujourd'hui, particulièrement à Paris, en face de l'Allemagne *
« Qu'on ne se méprenne pas chez nous sur le caractère d'un livre qui a pour auteur un Français sous quelques rapports si distingué : l'ouvrage, écrit pour la France, n'a d'importance que pour Paris et les catholiques. Il met en lumière Tétat du christianisme, de la science et de Tinstruction dans les pays romains. C'est à eux de voir en quoi la Vie de Jésus les touche, en quoi elle peut leur nuire ou leur servir. Renan, averti, à ce qu'il semble, par sa propre expérience, se garde de rien dire contre le clergé romain d'aujourd'hui et son Église, d'irriter les mécontents et de blesser les personnes vivantes. Mais son livre bâtard^ avec la forme et le vêtement qu'il revêt, par son fond et la liberté mesurée de son audace, est dirigé en réalité contre les dogmes de l'Église catholique. Puissions-nous voir le résultat définitif de ces attaques 1 11 faudra du temps. »
Tel est le jugement motivé, et l'on pourrait dire la condamnation que le chef de l'école de Gœtlingue porte contre la Vie de Jésus de M. Renan. Nos lecteurs trouveront que le juge est peu suspect de partialité à l'égard des catholiques; mais entin un fait est clair pour lui :1e livre, sans valeur scientifique, est une manœuvre de parti. Il nous reste à leur faire connaître une critique plus vivo et plus
• Celle phrase un peu obscure pour la généralité des lecteurs, est Irès-cîaire pour ceux qui savent que M. Ewald est Thomine de son pays qui se défie le plus de nos projets hostiles et ambitieux. Il nourrit, tant qu'il peut autour de lui, des senlimenls peu bienveillants pour les français et peu flatteurs pour les catholiques. 11 est, en cela, nous n'en douions point, de très-bonne foi. C'est un prolestant ardent et un Allemand qui se souvient trop des conquêtes du premier empire. Les deux fanlômes noirs qu'il poursuit et voit partout, sont la France impériale et V Église romaine pour ne pas dire catholique. M. Ewald nous permettra de regretter des préjugés chez un homme aussi éminent el d'un commerce aussi aimable avec les étrangers qui le visitent.
sévère encore, celle de Técole de Tubingue dont le docteur Keim va être l'organe. Ces rigueurs ont leur enseignement. Deux écoles non seulement rivales mais hostiles Tune à Tautre se réunissent pour réduire à néant la valeur scientifique de la Vie de Jésus. D'où peut venir un pareil accord, sinon de l'évidence et de la force de la vérité?