‹ M. Scherer, ses disciples et ses adversairesChapitre 7 sur 21 · INSPIRATION · texte numérisé non relu

INSPIRATION

On remarque d^abord certaines erreurs communes dans lesquelles sont tombés tous ceux qui ont écrit contre les idées de M. Scherer sur l'inspiration. Par exemple, ils confondent tous la question de Tautorité et celle de l'inspiration. Il leur semble que les deux sujets n'en font qu'un, et que, du moment où l'on a établi l'un des points, l'autre se trouve par là même prouvé. Ainsi on se croit en droit de considérer tous les passages du Nouveau Testament qui établissent l'autorité des apôtres comme impliquant par là même leur inspiration et leur infaillibilité. Toute la brochure de M. Chenevière repose sur cette confusion; M. Bonnet ne l'évite pas toujours; mais c'est surtout M. Merle d'Âubigné qui se distingue sous ce rapport, non pas seulement dans ses premiers discours, mais particulièrement dans ces étranges pages qui portent pour titre ces mots plus étranges encore : Le Bihlicisme de Neander.

Neander avait adressé un opuscule à des étudiants en théologie, dans le but de leur apprendre à mieux étudier et à mieux appliquer la Parole de Dieu , afin d'arriver ainsi à moins parler d'eux-mêmes dans leur ministère. Aussitôt le professeur de Genève s'empare de l'écVit de celui de Berlin, pour en faire son affaire. Partant de la supposition qu'il faut être théopneuste ou à peu près, sous peine de ne faire aucun cas de la Bible, il triomphe

feuilleter au hasard le premier venu des ouTrages de Neander qui se trouvent sur les rayons de sa bîj^liothèquç, il ne serait pas tombé daqs i|ne étrange erreur qui a été vivement relevée par M. de Gasparin , bien qu'il en fût encore à faire ses premières armes dans les controverses théologiques, U suffit en effet d'avoir parcouru un ouvrage quelconque de Neander pour être convaincu qu'il n'y a pas d'idée plus malheureuse que d'assimiler sa métnode de considérer et de traiter 1^ EJcritures, à cellei que M. Scherqr avait (iésig(]|ée sous le nom de biblicisme.

La solution qu'on croit devoir donqer à la queatJQP d'autorité ne préjuge rien au sujet de la théopneustie. On peut très bien faire usage de la Bible, la considérer conime la source, ou, si les partisans du pagsé le préfèrent, comme la seule règle de la foi , sans pour cela être le moins du monde partisaci de la plépîère pu de quelque chose qui en approche* ï)'un autre côté, la théopneustîe n'emporte nuUepient Ici notion d'autorité popularisée ps^r l'apologétique traditionnelle et adppté^ par tous les partiçan^ du passé. Quant h ce qui qous concerne , on réussirait à nous prouver qu'il n'y a pa3 la pipindre erreur dans la Bible, qu'il faut repoqcer à la distinction entre la Parole de Dieq et J'Ecritqre , que tout ce qui est contenu eptre les deux couvertures du livre est canopique et éga^l^ment divip compi^ U veut

Traiment efficaees. Que vous croyiez ou non à la plé^ nièroi il ne yous est pas permis d'oublier que le chris-* tianisme est toujours, en dernière analyse, sa meilleur^ preuve à lui^-mème.

M» Scherer , qui semble avoir donné le premier Pexemple de la confusion que nous venons de relever, n'a pas tardé à s'en apercevoir (/l#«tie, vol. I, 6^ liv.), tandis que ses adversaires ne l'ont pas encore fait.

Une seconde erreur qu'on trouve chez tous les adversaires de M, Scherer, se rapporte au grand usage qu'ils prétendent faire du témoignage dq Saint-^Esprit* On dirait que, sentant d'une manière instinctive tout ce que leur théorie avait d'insoutenable scientifiquement parlant, il8^.ont éprouvé le besoin de soustraire au tribunal de la science les questions débattues, pour faire de leur solution tout autant d'articles de foi indépen<*> dants des recherches scientifiques. Ainsi vous trouves en grand nombre chez eux des déclarations comme celles-ci : « L'autorité de la Parole porte sa démonstra-* tion avec elle; elle n'exige pas de preuves, elle fournit des preuves de tout à l'âme ; le soleil n'a pas besoin d'être éclairé pour qu'on le reconnaisse, il éclaire ; la Parole de Dieu n'est pas jugée, elle juge... On ne oon*» naît jamais l'autorité de la Parole qu'en y croy^t. Nous reconnaissons Dieu dans cette Parole qui nous a créés de nouveau et nous a donné la paix de l'âme ; la foi est au-dessus des arguments de la science, et comme

à leur faire cette réponse qui est de toute force, puisqu'elle trouTC de l'écho dans le sentiment intime de tout chrétien : n Tout cela est vrai de la Parole de Dieu dans l'Ecriture, mais ne l'est pas également de l'Ecriture considérée tout entière comme Parole de Dieu. Nous sentons la puissance de l'Esprit dans les lignes de Paul sur la charité ; nous ne la sentons pas dans une généalogie \ » Et ailleurs : «La Parole qui nous crée de nouveau, ce ne sont pas, par exemple, les détails nautiques du voyage de Paul à Rome ; et la foi qui est au-dessus des arguments de la science, ne saurait décider si le dernier repas de Jésus a eu lieu le jour même de Pâques ou la veille *. » Ce que c'est pourtant que l'inexpérience I On se trouve avoir indiqué soi-même le principe au moyen duquel les adversaires procéderont à ce triage qui inspire tant de frayeur! Pour échapper à cette conséquence il faut avoir le robuste courage de M. de Gasparin, et soutenir avec lui, en dépit de l'histoire et du sentiment universel de tous les chrétiens, que cette simple parole : <c il est écrit » , garantit la canonicité et la théopneustie du volume entier, qui est également divin dans toutes ses parties, depuis a jusqu'à z.

Cette étrange méprise des partisans du passé se coq-

* Revue f -vol. î, litige 357. « Bévue, ibid.

n^impUque pas nécessairement Fautre, et que sous des influences différentes les choses se passeraient tout autrement. C'est parce que le réveil s'est développé à peu près exclusivement sous la pression de leurs vues dogmatiques et de la confusion que nous combattons^ que les chrétiens en jugent généralement ainsi. A cette funeste circonstance doit être également attribué le grand retentissement que la controverse sur l'inspiration a eu dans notre public religieux français. Tout le monde était tellement habitué à considérer le christianisme comme solidaire de la théopneustie et de la notion vulgaire d'autorité empruntée à Rome^ que quand on a vu ces opinionà humaines battues en brèche, une grande émotion s'est manifestée parmi les fidèles, comme si la vérité chrétienne avait été en danger. On veut nous enlever la Parole de Dieu qui nous a rendus heureux !

que ferions-nous sans cette lumière à nos pieds !I

se sont écrié les gens simples ; et on en voulait uniquement à la théopneustie et à la plénière ! De là beaucoup de préjugés, de saintes frayeurs, de pieux analhèmes que les partisans du passé n'ont pas manqué d'exploiter en en faisant l'unique argument en faveur de leur cause perdue. Il importe infiniment de faire disparaître cette funeste confusion qui ne permet qu'à peu de gens simples de soupçonner de quoi il s'agit. Nous sommes assuré qu'il n'y aurait rien de plus aisé, parce que la distinction à établir est déjà faite tacitement par chaque chrétien, quoique bien peu en aient conscience et sa^

(jui contraste singulièrement avec la faiblesse des preuves qu'ils contiennent, hejan auteurs prennent U con-i troverse sur le ton le plus haut et sont particulièrement prodigues d'expressions absolues* C'est à se demander s*ils se seraient figuré par hasard qu'il rejaillirait un peu sur leurs propres écrits de cette infaillibilité qu'iU réclament avec tant d'ardeur pour la Bible. Us ont tous l'air déparier ex cathedra; des expressions comme cellesci échappent sans cesse à leur plume : « U nous faut. ., il est nécessaire; nous avons besoin d'une Bible sans faute, comme d'un Christ sans péché. Nous ne saurions que croire si laBible n'était pas infaillible et théopueustique,» En parlant ainsi ils croient établir l'inspiration et l'autorité des Ecritures, tandis que, si ces assertions pouvaient prouver quelque chose, elles prouveraient tout au plus que ces idées sont nécessaires à leur foi. Et encore se font-ils illusion ; nous sentons le besoin de prendre leur défense ; ils se font tort à eux-mêmes ; ils valent, sau^ contredit, inûniment mieux quç leur théologie. Nou» avons assez de confiance en la piété pratique des adversaires de M, Scherer pour affirmer sans crainte que, quand bien même on réussirait à les convaincre que la Bible n'est ni infaillible ni théopneustique, aucun d'eux ne serait ébranlé dans sa foi. Bien au contraire. Il faudrait voir comment, àboutd'argupoents, ils nous donnai raient tous de magnifiques et éloquentes paraphrases de la belle réponse de l' aveugle-né ; Je ne sais pas si cM

JEa effipt, Messieurs de PorWRoy^l m Uw logique établissent leç deux règles suivantes, pQur prémunir J^qrs lecteurs contre tout ce que les ftrgwmeats à priori ont de fallacieux. ^ Tout ce qui §8t contenu dans l'idép claire et distincte d'une chose «e peut affirmer avec vérité de cette chose. » Et, développant le principe par des exemples, ils ajoutent : «Ainsi parce que être animal est enfermé dans l'idée de Thomme, je puis affirmer de l'homme qu'il est animal; parce que avoir tous les diaoiètres égaux est enfern^ dans l'idée d'un cercle, je puis affirmer de tout cercle que tous 368 diamètres sont i%aux, »

Vient ensuite la seconde règle. « Quand la seule con-r sidération des idées du sujet et de l'attribut ne suffit {las pour voir clairement que l'attrihut convient au sujet, la proposition qui l'affirme ne doit point être prise pour ai^iome, mais elle doit être démontrée en sa servant de quelque autre idée pour faire voir cette liaison. »

Toute la controverse actuelle montre suffisamment qu'il ne suffit pas de considérer les expressions : révélation -— ' recueil pleinement inspiré et eanoniquey pour voir clairement que l'attribut convient au sujet et se sentir eB droit de dire : La révélation est un recueil pleinement; inspiré et canonique, La prétention serait encore plus excessive, lorsque, passant de l'abstrait au concret, il s'agirait de dire : La révélation chrétienne est ce recueil pleinement inspiré dans toutes ses parties qu'on appelle

tous les diamètres sont égaux. Si donc Pidée de réT^atioD admise par tous impliquait nécessairement Padmission de la Bible comme recueil pleinement théopneustique dans toutes ses parties , non-seulement cette controverse serait sans objet, mais elle n'aurait pas même pu être soulevée.

Du moment que la chose n'est pas évidente de soi , il incombe aux partisans de la plénière de la démontrer c< en se servant de quelque autre idée pour faire voir cette liaison. » Mais c'est justement ce que nous faisons, vont-ils répondre, quand nous arguons de la nécessité d'une autorité et d'une règle de foi infaillible pour conclure à ce fait que la Bible est nécessairement ce recueil pleinement inspiré et complet de la révélation. Cette réponse reculerait simplement la difficulté. Car la nécessité d'une autorité et d'une règle infaillible ne pourrait elle-même être affirmée à priori ; il faudrait avant tout prouver qu'elle ressort nécessairement de l'idée de révélation.

Or, c'est ce qui n'a jamais été tenté par aucun d'eux, et ce qui, dans tous les cas, ne pourra jamais être fait. Il ne suffit pas de dire : Il me faut une Bible pleinement inspirée, recueil infaillible de la révélation ; si cette règle me manque, je ne sais plus distinguer entre la vérité et l'erreur, je ne puis plus être chrétien. Cette argumentation purement subjective, — le fait est digne de remarque, — abandonnant entièrement le terrain histori-

Vous n'y pouvez rien ; c'est à prendre ou à laisser ; il faut l'accepter tel qu'il est ou le rejeter; il serait absurde de vouloir lui prescrire les signes distinctifs auxquels seuls vous consentirez à le reconnaître pour divin. Vous croyez avoir besoin d'une autorité saisissable, garantie par une inspiration plénière, et vous dites : Le christianisme doit avoir ces caractères pour se légitimer à moi. Il serait infiniment plus simple de débuter par voir s'il les a. Mais, dites-vous, s'ils lui font défaut, je ne puis absolument pas croire en lui. — Pure illusion ! Voyez donc cet enfant craintif qui se tourmente et s'inquiète, se figurant qu'il ne pourra marcher si on lui enlève les appuis qui jusqu'à présent ont soutenu sa faiblesse. Et pourtant ce n'est qu'après qu'ils lui auront été enlevés qu'il marchera réellement. Que diriez-vous , esprits pusillanimes , si notre Père céleste n'avait pas jugé bon de revêtir la vérité de ces caractères extérieurs qui vous semblent indispensables, précisément pour qu'au lieu de se traîner péniblement sur des béquilles, comme des vieillards et des infirmes , ses enfants apprissent à se soutenir par eux-mêmes, afin de pouyoir marcher victorieux à la conquête de la couronne de gloire qu'il leur a réservée?

Nous ne voulons pas tomber dans le travers que nous vous reprochons en tranchant cette question à priori. Renonçons donc de part et d'autre à la folle prétention

procéder^ afin de saroir ce qu'il faut penser de l*id8fi>' ration? La Bible pent-^lle être citée en preute de l'autorité de la Bible, et être ainsi admise à témoigner dan^ la propre cause ? Ou bien coUTiendrait-il de s'adresser à une autorité différente au moyen de laquelle elle se légitimerait à nous ?

n est aisé de concetoir que s'engdger dans cette der-> nière voie serait^ pour ne rieti dire d'autre, stip{)oser qu'il ne peut y avoir de témoignage valable qUè celui qui repose sur une autorité extérieure et juridique. Ce serait précisément préjuger Ce qui est eu quéstlôtï. On ne saurait nous contester le droit dé tlôu^ adresser à là Bible elle-même dans le but de voir si elle se prétend inspirée, et |)oUr voir si cette prétention, supposé qtl'elle l'élève, est fondée sur une évidence ihtrinsèqué 6a sur des considérations d'uu autre ordre.

Avant de prôcédet* à l'étameti de§ ai*gUttlëûts dô M. làlaguier en faveur de l'inspiration , il convient de bleu se rendre compté des vues ëUiquélléS 11 répond.

M. Scberer, quand il publia sës déUj^ lettres, ne s'aitaqtiait qu'à la théorie de la pléuièré ; il y a lieu de croire qu'il admettait eucore une certâiue îiiëpiràtion , en |)i'euant ce mot daniâ une acceptlou vâgué dôiit il iié se rendait peut-être pas bien compte. C'est ainsi gué M. le pasteur VerUy avait compris l'état de la question lorsqu'on rendant compte des lettre^ dans la Rêtuë de ihéohgie , il déclarait que la cohtfôVèf se tië ptàfUAl qtlè sur la conception dogmatique que les docteurs de l'E-

fond du dogme théopneuslique... Il s'agirait de détet** miner la Taleur spécifique de la Bible... Il s'agirait de rendre à l'Eglise la conscience du Saint-Esprit, et de voir dans quel sens il peut être question d'Une inspiration spéciale des livres bibliques. » Il est assez probable qu'aujourd'hui M. Scherer ne parlerait pas ainsi ; toutefois , il n'est pas hors de propos de constater que, quoi qu'on en ait dit , il n'avait pas rejeté complètement l'idée d'inspiration au moment de sa démission.

M, Colani s'est montré beaucoup plus explicite et autrement négatif. Dans le vol. IIP de la Revue il disait déjà : a En dehors du cercle canonique , dans ce qui passe pour uniquement humain, pour profane, noua apercevons sans cesse l'action divine, et nous reconnaissons dans l'histoire entière une histoire sacrée. Les livret écrits soUS l'influence de l'Esprit-Saint sont à noâ yéux infiniment plus nombreux que Ceux que rônfei*me la Bible en hébreu ou en grec. Entre ceux-ci et les autres, il n'y a qu*uile différeilce de degré. C'est toujours l'humain transfiguré par le divin, le divin voilé par Thumaiu. Nous ne saurions accorder à âUcUii une vérité absolue , parce que nulle part le divin ne se montre à découvert; mais dans tous le chrétien peut venir nourrir son âme et se retremper dans les eâUx qui , eU définitive , ont leur source au pied du trôhe divin. L'édification, dans le sens le plus complet de ce beau mot, est le but de ses lecturesé » (p. 319).

Voilà qui est suRîsammënt clair. Le directeur de la

pliquani à tout écrit, qu^le que soit sa nature, il déclare qu'ils ont été inspirés par le même esprit que la Bible. C'est le même esprit qui inspire saint Jean quant il écrit son Evangile , Platon quand il compose ses Traités, les écrivains du jour quand ils fabriquent leurs romans. Il y a bien entre ces divers ouvrages un degré plus ou moins grand d'inspiration , mais l'esprit qui les anime n'est en rien différent. On voit que M. Colani n'est pas difficile ; il s'édifie aussi bien en lisant les Mystères de Paris qu'en lisant le plus divin des livres canoniques ; seulement beaucoup moins dans le premier cas. « Entre ceux-ci et les autres il n'y a qu'une différence de degré ; l'esprit est toujours foncièrement le même. »

Le sens spécial attaché au mot édification par les chrétiens, a complètement disparu, et la Bible ne diffère des autres livres humains que parce qu'elle possède à un plus haut degré l'esprit qui leur est commun à tous.

Maintenant que nous savons à quoi M. Jalaguier doit répondre, examinons ce qu'il dit*

Il n'admet pas l'idée qui veut que l'inspiration se rapporte directement aux livres, et il rejette comme sans valeur les arguments tirés de la nécessité de l'inspiration en tant que réclamée par le but et la nature du christianisme, de même que ceux provenant de l'impression de divinité produite par les Ecritures; enfin, les preuves résultant du témoignage de l'Eglise j qui reconnaît dans la Bible le même esprit dont elle est

ticularités dogmatiques et historiques qui la reflètent^ parcB que, comme la plupart des autres questions théologiques, celle-ci n'y est ni directement posée, ni formellement traitée. Cela explique suffisamment le caractère indéterminé de la doctrine.

Prenant donc le problème dans son sens le plus général et le plus indéterminé, le dégageant de tous les essais d'explication qui le compliqueraient inutilement, M. Jalaguier se pose cette question: « Le Nouveau Testament atteste-t-îl, oui ou non, chez les fondateurs du christianisme, l'action supérieure de l'Esprit divin désignée sous le nom de théopneustie? La contient-il, la manifeste-t-il dans sa doctrine et dans son histoire ? »

Il est regrettable que M. Jalaguier n'ait pas été ici aussi explicite qu'il pouvait Têtre. La question devait se poser ainsi : Les écrivains sacrés ont-ils eu part à une inspiration ou assistance du Saint-Esprit différente, dans l'espèce^ de celle qui est promise aux croyants dans tous les temps? D'après la nature de ses preuves, il est aisé de voir que c'est bien là ce qu'il a en vue.

Ces preuves lui paraissent être de deux genres : les faits du Nouveau Testament; ses enseignements et ses déclarations. D'après lui, il y aurait eu, dans, l'Eglise primitive, deux genres de dons : les uns ordinaires; les autres extraordinaires, miracles, prophétie. A cette division auraient correspondu deux classes de chrétiens : ceux qui n'avaient reçu que les dons ordinaires, la masse de l'Eglise; ceux qui possédaient les dons extraordinaires; et, parmi ces derniers, les apôtres auraient en-

natty lorsqu'il dit : «Ea fait, les dons miraculeux accordés aux uns et non aux autres partageaient bien le» premiers disciples en deux grandes catégories ; seulement, entre ces deux cat^ories» la tigne de démaraUiim n était pas u0Uemmt déiernUnée » (p. 23).

Dès lors> que peut prouver un pareil fait en faveur d'une inspiration spéciale? Quand bien même il faudr^t vous accorder qu'il y avait deux genres de dons bien distincts^ du moment où vous concédez qu'ils ne constituaient pas deux catégories de chrétiens bien déterminées, les dons miraculeux ou prophétiques ne sauraient impliquer, ches ceux qui les possèdent, une inspiration spéciale qui aurait été refusée aux autres chrétiens. Vous devez considérer comme ayant eu part à la théopneustie, non pas uniquement les écrivains du Nouveau Testament, mais tous ceux qui jouissaient du don de miracle et de prophétie. Dès lors la notion théopnenstique s'étend singulièrement, et il ne saurait plus être question d'une inspiration spéciale que les écrivains du Nouveau Teistament auraient possédée à l'exclusion de tous les autres chrétiens.

Il est intéressant de prendre note des vues on ne peut plus opposées des deux adversaires sur la force probante des miracles. Le professeur de Montauban, fid^ à son point de vue strictement supranaturaliste^ àé^ dare que « le but évident du miracle, son but essentiel et immédiat, c'est de légitimer la doctrine du réréh-

une prévision surhumaine , et, conséquemment , de riaspirâtion dans tout miracle » (p. 44) «

Pour M. Scherer, au contraire, le miracle est dans un rapport direct avec la personnalité de celui qui l*ac^ complit. Il est un acte moral ayant sa signification et son but en lui«-méme..« Il ne possédé de caractère qu'autant qu'il émane de la nature morale d'Un îndî- Tidu et qu'il est véritablement son acte, parce qu*il est le produit de son énergie personnelle \

M. Jalaguier attribue une beaucoup trop grande force probante aux miracles^ lorsqu 'oubliant qu'il en est beau^ coup de faux, et que tout fait inexplicable n'est pas un miracle, il voit en eux la preuve de la vérité de la doctrine prêchée par l'homme qui les accomplit. Ce point de vue est tout à fait insoutenable. D'un autre côté, la définition de M. Scherer n'exclut pas la notion téléologique. Le miracle, ainsi qu'il l'entend, peut conserver toujours une certaine force probante. Car enfin, s'il est un fruit 4e l'intensité de la vie spirituelle, il est, par cela même, une indication que l'Esprit de Dieu -est donné dans une certaine mesure à celui qui l'accomplit, ou, du moins^ qu'il y a intervention spirituelle. It est vrai, ce fait n'imprime pas le sceau de divinité à ses paroles ; mais si vous voyez que, du reste, ses doctrines sont irréprochables, vous seres amené à conclure que sa eapAcité d'accomplir des miracles ne provient pas

1 Des miracles de Jésus-Christ. RevWy vol. IV, p. 158.

à fait particulières dans lesquelles ils se trouvaient , ik pussent non -seulement rendre témoignage à la Tenté au moyen de la parole, mais auissi assurer rétablissement du christianisme par des faits miraculeux. Ce qui se passe au début de la vie animale et végétale qui est alors soumise à de tout autres lois de développement que durant le cours de Texistence subséquente du sujet, présente une analogie frappante qui conduit à reconnaître le caractère nécessairement temporaire et transitoire du miracle. Mais ceci nous éloignerait de notre sujet.

En tous cas la preuve tirée des miracles ne saurait établir l'inspiration spéciale. Il en est de même des enseignements et déclarations du Nouveau Testament, que M. Jalaguier passe ensuite en revue. Tout cela est beaucoup trop vague et ne saurait rien prouver, parce qu'il a négligé de déterminer d^une manière bien précise de quel genre d'inspiration il s'agit.

Prétend-il établir une théopneustie spéciale, c'est-àdirQ^une inspiration différente quant à l'espèce et la qualité de celle qui est promise à tous les chrétiens? Dans ce cas , nous devons dire qu'il ne réussit pas. Il n'a avancé aucun passage , aucun fait de nature à prouver qu'il y eût entre l'esprit qui animait les auteurs sacrés et celui qui assistait les autres chrétiens une différence essentielle, par exemple dans le genre de celle qui distingue l'esprit du monde de l'esprit chrétien. Aussi

L'idée d'une inspiiation plénière spéciale et (Aatinue^ recouvrant toutes les portions de TEcriture sans distinction, ne nous parait pas biblique.

Mais est-ce à dire pour cela qu'il faille renoncer à toute idée d'inspiration, et croire, avec M. Colani, que les Psaumes de David et les chansons de Déranger ont été inspirés par le même esprit, avec cette différence pourtant que l'élément divin est infiniment plus pur et pénètre incomparablement mieux l'élément humain chez le chantre de Sion que chez l'auteur du Dieu des bonnes gens? Il aura suffi de poser ainsi la question, pour qu'elle soit résolue presque pour tout le monde. Nous croyons à une inspiration tout à fait spéciale, sinon pour les écrivains sacrés exclusivement, du moins pour les chrétiens en général. En niant ce fait, on doit être conduit à ne voir dans le christianisme qu'une religion humaine comme tant d'autres.

Voici quelques données scripturaires qui doivent servir à définir cette inspiration.

1"* Nous mettons en première ligne les nombreux passages dans lesquels notre Seigneur Jésus-Christ promet à ceux qu'il a choisis pour être ses messagers et les témoins de la vérité, de ne pas les abandonner, mais de leur envoyer le Saint-Esprit pour demeurer toujours avec eux, afin de leur rappeler ce qu'ils avaient déjà entendu de lui et de leur enseigner des choses nou-

tout à la Peatac6t6.

3"" Dès œ momeat-là, la vie^ dea disciplas Ummf^oe de ce qui vient de s^accomplir. Ayant pleine conscience du changement qui vient de s'opérer dans leur intelli*gence non moins que dan# leur ccçur, ils sq disent dirigés, instruits (Act. XIH, 2), inspirés (1 Thes^* I, $) par le Saint-Esprit, qui les conduit dans les villes ou il convient d'aller (Act. XVI, 6-10). Aussi réclament-ils pour ce qu'ils enseignent une autorité , un respeot (1 Thess. IV, 8), qui ne 3ont dus qu'aux choses divines (Act. V, 3, A), lis prétendent à une ^gcsse supérieure que Dieu leur accorde par l'Esprit qui sonde toutes choses (i Cor. II, 10), complètement distincte de celle du monde (1 Cor, II, 8, 14) , à laquelle on ne saurait parvenir par la voie naturelle, et qui est comme un reflet de cet Esprit dq vie qui sonde toutes choses (1 Cor. II, 11, 12). Par ce moyen ils sont mis en état de comprendre la pensée de Dieu çt de la rendre %vec des paroles au-dessus de celles dictées par la sagesse humaine, et enseignées par le Saint-Esprit, qui approprie les choses spirituelles à ceux qui sont spirituels.

4* Cette inspiration n'appartient pas exclusivement aux apôtres; d'autres disciples en ont été rendus participants avec eux à la Pentecôte , et plus tard par leur moyen (Act. VIII, 14-17. — XIX, 6).

5** Elle ne les initiait pas d'une manière complète à toute connaissance (2 Cor. XII, 2) ; elle ne les autorisait pas à donner d'une manière absolue leurs enseigne-

à quelques chrétiens, ae peut être comparée à celte âernière, pour ce qui est du degré et de Tint^aeité, L'inspiration, chez les apôtres, a été de beaucoup su** périeure en étendue et en degré; le divin a pénétré rhumain d'une manière plus complète, et, ayant é\è plus saints^ ils ont été plus à Tabri d'erreurs et de fautee que les autres chrétiens.

Cette supériorité fut un résultat d'abord de leur union profonde avec Jésus-Christ pendant tout sou mi-» nistère, et du privilège qu'ils eurent de le connaître dans l'intimité, de le contempler dans toute sa perfection di-» vine et humaine, ce qui les a mis en état de rendre pliw fidèlement que qui que ce soit sa sainteté, sa doctrine, et de mieux réfléchir sa vie sainte dont ils avaient été reodus participants. En second lieu, elle résulte de la mission qu'ils reçurent d'aller annoncer l'Evangile de Christ qui les envoyait comme le Père l'avait envoyé, et des pouvoirs spéciaux qui la caractérisaient, comme on le voit par les déclarations expresses Matth. XVIIÏ, 18; Luc X, 16 : Celui qui vous écoute m'écoute, et celui qui vous rejette me rejette; et Jean XX, 21.

Une comparaison qu'il faudrait établir entre les écrits sacrés et la littérature contemporaine apocryphe ou autre, achèverait de compléter ces données, en montrant la grande différence qu'il y a entre ces deux genres de productions, ce qui confirmerait dans la conviction que les apôtres ont possédé le secours du Saint-Esprit ap-

Dieu a accordé par son Saint-Esprit à quelques-uns des premiers chrétiens, et surtout aux apôtres, afin qu'ils pussent être, non pas seulement de simples témoins ordinaires des faits historiques , mais les organes de la révélation, capables de l'annoncer et de la fixer dans sa pureté primitive avec toute l'exactitude, la perfection, l'infaillibilité qu'on est en droit de supposer chez des hommes qui, tout en ayant une abondante mesure de l'Esprit de Dieu, ne sont pas d'une manière absolue complètement au-dessus de toutes les imperfections inhérentes à la nature humaine, ni entièrement à l'abri des erreurs qui peuvent en résulter.

Cette définition s'applique également aux écrivains de l'Ancien Testament, dont les écrits sont représentés conmie inspirés (2 Tim. III, 15, 16), et en particulier aux prophètes qui ont parlé par le Saint-Esprit de Dieu (Héb. I, 1 ; Matth. I, 22 ; Rom. I, 2 ; Matth. XXII, 43 ; Act. I, 16; Hébr. X, 15), qui était le même que l'Esprit de Christ (i Pierre I, 11). Toutefois les écrivains de l'Ancien Testament ne pouvaient être inspirés de l'esprit du Nouveau que dans la mesure où une époque antérieure peut être animée de l'esprit de celle qu'elle prépare, dans la mesure où l'ombre participe aux privilèges de la réalité; et tout cela était déterminé par la place plus ou moins grande que Jésus-Christ occupait par anticipation dans cette économie destinée à préparer h sienne. Christ est la sonrce abondante d'où part

grand personnage de toutes Péconomie préparatoire (Malth. XI, 9-11).

Sans doute ceux qui dans cette controverse semblent décidés à avoir recours à un langage d'autant plus positif quUls ont mpins de raisons pour Tappuyer ; ceux qui vont répétant sans cesse : il nous faut^ il doit y avoir, il est nécessaire, ••.. trouveront notre définition de Tinspiration bien vague et bien incomplète. Nous tenons à leur déclarer que nous n'avons aucune idée préconçue contre une notion plus exacte, et s'ils veulent bien nous fournir les éléments nécessaires pour la formuler, personne ne leur en sera plus reconnaissant que celui qui écrit ces lignes. Mais nous avons inutilement cherché dans les brochures occasionnées par les débats actuels, aucun argument de nature à établir une inspiration plus spéciale, plus stricte. Nous nous sommes également borné à établir le simple fait, sans nous inquiéter de la théorie, sur laquelle, du reste, la discussion n'a nullement porté. Toutefois il ressort clairement de notre définition que nous ne saurions admettre une théorie qui ferait les écrivains sacrés purement passifs^ qui verrait une égale inspiration dans toutes les portions de la Bible, et qui prétendrait pour elle à une infaillibilité absolue.

Il suffira, d'un autre côté, de rappeler les premières pages de cet écrit, pour nous disculper du reproche fait par M. Jalaguier à ceux qui confondent la théopneustie des apôtres et l'illumination des fidèles (p. 97), « de

notion de l'inspiration aameiy cnex iw ounifaiu» ^xw^è-cs, un beaucoup plus haut degré d'inspiration que che« les autres chrétiens, si bien que leurs écrits peuTcnt sernr de norme. Il ne nous rangera donc pas du nombre de ceux pour lesquels « la conscience chrétienne, dans son évolution normale^ est, à chaque époque, l'expression de la vérité religieuse » (p. 98). Quant à l'assertion que « le caractère supérieur de la parole évangélique, et l'autorité suprême dont ce caractère, partout reconnu, rinvestit dès le commencement, supposent un don, un acte supérieur (spécifique) du Saint-Egprit » (p. 99), elle reste encore à prouver. Dans son dernier ouvrage*, M. Jalaguier a cru pouvoir en appeler à Y Histoire àé la théologie chrétienne au siècle aposioliqm de M. le professeur Reusy, qui n'aura pas été peu surpris, j'imagine, de se voir cité comme une autorité en faveur de la théopneustie. Le professeur de Strasbourg fait remarquer que, tandis que les autres écrits évangéliques ne connaissent qu'une action du Saint-Esprit qui est une régénération intérieure, le livre des Actes parle « d'une impulsion donnée par Dieu à l'individu pour le faire agir ou parler dans l'intérêt de la cause évangélique. » Cette inspiration-là est si peu la théopneustie permanente et plénière, couvrant tout ce que les apôtres ont écrit, que, comme M. Reuss le remarque, elle est un fait qui se répète « toutes les fois que cela est nécessaire pour un but spécial. » Les mêmes hommes reçoivent le Saint-

1 Du principe chrétien, etc., p. 8.

apôtres sont dans le même cas, IV, 31. Paul, qui l'a reçu IX, 17, le reçoit encore XIII, 9. » On imaginerait difficilement un argument plus concluant pour renverser toute l'idée théopneustique, puisque le livre des Actes s'attache à nous montrer que, dans certains cas donnés et à diverses reprises, plusieurs chrétiens reçurent ce secours du Saiat-»Esprit que, d'après nos théo^ pneustes, ils doivent avoir toi^aurs possédé d\une mth nière permanente. Comment auraient-ils eu besoin de ces révélations spéciales dans certains cas, s'ils avaient été, dans l'état ordinaire, inspirés à la façon dont on le prétend? Du reste, M. Jalaguier n'a pas été heureuiç en citant son collègue. M. Reuss, en effet , en disant que l'idée d'inspiration des Actes n'efit pas la mén^e que celle des autres livres, a grand soin d' ajouter en note : « C'est beaucoup moin» encore celle de l'exégèse traditionnelle, qui s'ohstine à y voir une inspiration officielle et exclusive des douze, qui leur laurait donné, d'un jour à l'autre, l'infaillibilité absolue, d Voyez encore la note de la page 155, vol, II de V Histoire dt la théologie.

AUTHENTIGITfi.

Le directeur de la Revut de théologie a éprouvé de bonne heure le besoin de mettre les résultats de la critique moderne à la portée de ses lecteurs. Ce recueil avait à peine quatre mois d'existence, qu'il attaquait de front les idées reçues au sujet du canon , dans trois articles ayant pour titre : Des évangiles canoniqtAes consi'' dérés comme documents historiques. M. Colani , qui place la composition de nos quatre évangiles après celle des épttres de Paul , s'efforce de prouver que la tradition est la source principale des synoptiques ; que tout leur contenu ne mérite pas la même foi ; que des erreurs, des inexactitudes, des combinaisons arbitraires s'y rencontrent assez généralement.

C'était attaquer l'orthodoxie par son côté le plus vulnérable, soit parce que les questions que ces. articles soulèvent sont des plus difficiles, soit surtout parce que les représentants du passé étaient encore moins prêts à se défendre sur ce point-là que sur les autres. Chacun sait, en effet, que les études de ce genre ont été complètement négligées par les hommes du réveil ; grâce à la fausseté de leur point de vue apologétique tout extérieur, ils manquent entièrement de la liberté d'esprit nécessaire pour se livrer à l'étude des questions d'authenticité et (le eanonîcité; car, dans leur opinion, l'édî-

guère attaqué que les synoptiques, et voilà que le professeur de Montauban se croit appelé à défendre tout le Nouveau Testament ! Ceci déjà trahissait le point de vue faux qui consiste à considérer le Nouveau Testament comme un recueil dont on prouverait Pauthenticité en bloc. Il arrive à chaque instant à Tauteur d'avancer tel argument qui est excellent lorsqu'il ne s'agit que d'un ou de plusieurs écrits, mais qui porte à faux lorsqu'on veut l'appliquer au recueil entier. Ainsi, par exemple, lorsque du fait qu'il se trouve des citations de plusieurs écrits du Nouveau Testament chez les Pères antérieurs à Irénée, l'auteur prétend conclure qu'ils avaient le même recueil que l'évêque de Lyon, il n'est personne qui ne sente que cette conclusion dépasse de beaucoup les prémisses. M. Jalaguier dit certainement de bonnes choses ; mais, ayant voulu trop embrasser, il lui est arrivé de mal étreindre. Sa brochure n'est nullement concluante; il est même douteux qu'elle ait fait faire aucun pas à la question. En se perdant dans les généralités, il a prêté le flanc aux attaques de la Revue, qui, malgré les bonnes raisons qu'elle avait à présenter dans ses répliques, n'a pas su se garder de quelques chicanes.

M. le pasteur Godet a été plus prudent et partant plus heureux en répondant à un autre écrivain de la Revue. M. Kayser, afin de déblayer le terrain et de préparer ses lecteurs à accepter les résultats de la critique interne, s'était attaché à infirmer le témoignage d'Iré-

données qui concordent atec lear point de Ttie général, et dissiper ainsi iUmpression défavorable qu'on aurait pa recevoir du caractère de l'évéque de Lyon en lisant les attaques dont il avait été l'objet. Après avoir contiparé attentivement la réponse de M. Godet (Revue y janvier 1854) et la réplique de M, Kaysèr (février 1854) y on sent très bien que tout n'est pas encore dit dans celte grande controverse; mais on est toujours plus porté à croire qu'il y a un juste milieu entre une critique interne qui ne tient nul compte des données historiques ou qui bouleverse l'histoire quand celle-ci la gêne, et les tours de force de M. de Qasparin, qui, avec sa parole magique : « 11 est écrit, » prétend couper court à toutes les difficultés et nous obliger à aœepter du même coup l'inspiration plénière et l'idée que Dieu Itii-mème aurait formé et définitivement fixé le recueil actuel.

Les droits de la critique, soit interne , soit etterne, sont incontestables ; les excès des deux tendances opposées ne sauraient nous porter à les méconnaître. Des hommes fiiillibles ont arrêté le canon actuel ; il appartient à chacun de vérifier les résultats auxquels ils sont parvenus, et de s'en écarter s'il croit avoir pour cela des raisons légitimes. Les théologiens qui ont renié le principe essentiellement moral et religieux de la Réformation dont ils se croient les représentants exclusifs, pour devenir les fidèles défenseurs d'une apologétique

certains que le christianisme est la vérité , et que, qtiel^ que puissent être les résultats de nos recherches, ils ne sauraient ébranler une foi qui ne repose pas principa^ lement sur le témoignage des hommes, mais avant tout et essentiellement sur la persuasion intime et inébranlable que nous possédons d'avoir trouvé celui qui est le chemin, la vérité et la vie* Alors qu'il s'agit des questions d'authenticité et de canonicité, il est nécessaire de renoncer à toute idée préconçue ; il faut s'engager dans la lutte sans peur, aGn de pouvoir en sortir sans re^ proche.

C'est dans cette disposition d'esprit que nous désirons nous livrer à l'examen de» articles de M. Golani sur les évangiles, auxquels il n'a pas été répondu. L'auteur tient fort peu compte des preuves externes, et interroge surtout les critères internes, afin de s'assut^ de la valeur historique de nos quatre évangiles.

Tout son travail tend k établir qu'il règne enti^ les synoptiques et le quatrième évangile une divergence profonde qui autorise à conclure à Tinfériorité des premiers. D'après lui> les synoptiques et lean ne s'fiH^cordent pus au sujet des lieux qui furent le théâtre de l'activité du Seigneur, et de plus ils ne le font pas mourir le mètm jour.

Examinons les preuves à l'appui de ces deux assertions.

salem, lorsqu'il y vient mourir; d'après Jeau, au contraire, il a fait quatre voyages dans cette ville , et a se-journé longtemps dans la Judée, qui semble même avoir été le principal théâtre de son activité. »

Tout en accordant que les synoptiques ne semblent parler que d'un voyage de Jésus en Judée, on s'étonnera des conséquences exorbitantes que le directeur de la Revue tire d'un silence qui, du reste, n'est pas complet

Les synoptiques ne diraient rien de l'activité du Seigneur en Judée , que M. Golani n'aurait pas encore le droit de conclure qu'ils ont ignoré ces voyages ; car ils pourraient avoir eu de fort bonnes raisons par devers eux pour ne pas en parler ; aucun historien n'est tenu de tout dire. Il est vrai que, dans le but de prévenir notre objection, il ajoute : « En thèse générale, ils (les synoptiques) nous disent tout ce qu'ils savent: ce sont des évangiles complets, offrant peut^tre certaines lacunes volontaires , mais embrassant dans son ensemble , soit toute la vie du Seigneur, soit seulement sa via publique, mais jusqu'à sa mort. » (p. 234.)

Sur quoi se fondent ces affirmations? M. Golani n'es* saye de prouver ce qu'il avance qu'à l'égard de Luc, et il ne réussit pas. Dans sa préface à Théophile, cet évaur géliste dit seulement qu'il se propose d'écrire /)ar ordre^ ce qui n'implique pas nécessairement l'intention de tout dire. Les synoptiques, il est vrai, ne se donnent pas pour

rusalem équivaut à une exclusion ^ à une négation. S'ils en avaient eu connaissance, ils n'auraient pu manquer d'en tenir compte. »

Jusqu'ici nous avons raisonné dans l'hypothèse que les synoptiques gardent un silence absolu sur l'activité du Sauveur en Judée. Mais cette supposition, comme nous allons le voir, est plus que contestable. Non-seulement M. Colani s'est trop hâté de conclure du silence à l'ignorance ; mais il avait encore adopté trop à la légère les prémisses sur lesquelles il raisonnait si mal. Les synoptiques, il est vrai, ne parlent pas des voyages à Jérusalem officiellement, ex professa; mais si, en ie^ examinant, on venait à découvrir qu'ils parlent comme les supposant et les connaissant? Cette preuve indirecte ne vaudrait-elle pas une mention catégorique, et ne montrerait-elle pas en même temps que les synoptiques n'ont pas eu la prétention d'être complets?

Je me propose d'opposer cette preuve indirecte aux négations de la Revue, a Jésus, dit M. Colani, durant sa vie publique, ne se rend, d'après les synoptiques, qu'une seule fois à Jérusalem, lorsqu*il y vient mourir; d'après Jean, au contraire, il a fait quatre voyages dans cette ville et a séjourné longtemps dans la Judée, qui semble même avoir été le principal théâtre de son activité. »

J'espère montrer, au contraire :

1"* que les synoptiques parlent du ministère du Sauveur et de ses rapports avec le peuple en général et

dernière l'oU ;

S"" qu'ils le font parler comme quelqu'un qui a prê« ché à plusieurs reprises et dans la Judée et à Jérusalem.

1^ Lorsque les synoptiques parlent du ministère du Sauveur et de ses rapports avec le peuple en général et avec les prétrôs en particulier^ ils le font dans un langage qui indique qu'ils ont eu connaissance de son ac*» tivité missionnaire en Judée*

Parlons d'abord de la renommée du Seigneur. « Et sa renommée, dit Matth. IV, 24, se répandit par toute la Syrie; et on lui présentait tous ceux qui se portaient mal, tourmentés de diverses maladies, les démoniaques, et il les guérissait. Et de grandes troupes de

peuple le suivirent de Galilée, et de Décapolis, et de Jérusalem f et de Judée y et de delà le Jourdain. »

Marc étend encore plus le théâtre d'activité du Seigneur; il fait parvenir sa renommée jusqu'à l'extrémité sud du pays de Canaan. « Et une grande multitude, dit-il, le suivait de Galilée, et de Judée, et de Jérusalem, et d'Idumée^ et de delà le Jourdain, d (Marc 111, 7,)

Lu€^ d'accord avec les autres évangélistes, nous présente Jésus entouré d'une grunde multitude, déjà Yer« le commencement de la première moitié de son num$» tère, alors qu'il prononça son discours sur la montagne: a .».., et une grande multitude de peuple de toute la Judée, et de Jérusalem, et de la contrée maritime deTyr

lui poirier leurs maladesi Ils sont si nambreux, ils sont aï désireqx d'obtenir ces guérisonsque^ pour se soustraire k leur importunité) il est forcé dâ se réfugier dans une nacelle.

Maintenant^ je le demande à tout esprit non prévenu : les synoptiques auraient^ils pu ranger autour de Jésus tant d'indiyidus venus de si loin dans un but si précis et si important, au cas où il n'aurait été qu'un obscur prophète prêchant exclusivement dans la province à demi païenne de Galilée, oomme le veut M» Colani? Ëst*il vraisemblable, dans cette hypothèse^ que sa re-^ nommée , traversant la Judée , eût pu pénétrer jus-* qu'en Idumée? Est-^il raisonnable de supposer qu'on se fût mis en route depuis l'Idumée avec des malades et des infirmes pour aller demander la guérison à un ob&« cur prophète que personne môme en Judée n'aurait ni vu ni entendu?

Ce n'est pas assex qu'on quitte la Judée ^ Jérusalem et même l'Idumée pour venir voir Jésus; il est connu en Judée de ceux qui ne Tont jamais vu» 11 suffit, le jour de l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, alors qu'il vient en Judée pour la première fois depuis trois an^, que Bartimée et son compagnon d'infortune en^ tendent le nom de Jésus, pour qu'ils sachent aossîtèt qui il est : « Fils de David^ aie pitié de moi. » (Marc X^ 47.) Ils contiaissetit qui^ est son pouvoir ; ib dont au fait de sa généalogie : Fils de Dtwid!

le Seigneur comme connu de tout le monde en Judée; ils supposent qu'il avait prêché dans ce pays , car ils nous parlent d'un de ses disciples, Joseph d'Ârimathée, domicilié à Jérusalem, où il avait un sépulcre.

Le Seigneur a plus que des disciples, il a des amis intimes dans le cœur même de la Judée, ce qui implique nécessairement qu'il a fait des séjours réitérés et prolongés dans ce pays. Luc, aussi bien que Jean, parle de la famille de Béthanie. Il est vrai que M. Colani traduit (p. 232) « dans un certain bourg où il est reçu par une

certaine femme » , voulant insinuer que Luc relate

des on dit, des bruits vagues , sans avoir une connaissance personnelle de ce qu'il raconte. Quelle que soit la valeur de ce pronom indéfini, auquel on attache une si grande importance, l'écrivain dans son récit, et cela est l'essentiel 9 montre très bien que ces personnes ne lui sont pas inconnues. Il sait que cette certaine femme, Marthe, a une sœur dont il connaît aussi le nom, Marie. Il connaît même les habitudes de celle-ci, et il nous la montre « se tenant aux pieds de Jésus et écoutant sa parole. » U y a plus que cela : Luc parait tout au moins aussi initié que Jean aux secrets de la famille. Car, tandis que le quatrième évangile se borne à faire agir les.deux sœurs, Luc s'arrête à dépeindre leur caractère. Alors que Marthe vient se plaindre de l'inactivité de sa sœur, Jésus lui répond^ d'après Luc X^ 41 , 42 : «Marthe, Marthe, lu t'inquiètes et tu t'agites pour beaucoup de

a pénétré dans rintimité du la famille ?

Venons maintenant à T examen de quelques autres

passages.

Si la thèse de M. Golani est \raie, les synoptiques doiTent représenter Jésus comme inconnu au peuple et aux prêtres de Jérusalem. Ils font justement le contraire ! Les passants qui le voient sur la croix le connaissent et ont probablement assisté à ses prédications, car ils Papostrophent en ces termes (Matth. XXVII, 40) :

aToi qui détruis le temple et qui le rebâtis en trois jours, sauTe-toi toi-même; si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix. » 11 n'y a pas jusqu'aux brigands, les moins bieil placés de tous les hommes pour être au courant des controverses et des nouvelles religieuses, qui ne sachent à quoi s'en tenir sur le compte du crucifié. Tandis que l'un d'entre eux le raille, l'autre connaît assez de son histoire pour pouvoir rendre témoignage en sa faveur. « Et pour nous, nous y sommes justement; car nous recevons des choses dignes de nos crimes ; mais celui-ci n'a rien fait qui ne se dût faire, » (Luc XXllI, 41 .) La conduite des prêtres et des chefs du peuple envers Jésus demande aussi d'être prise en considération. Nous voyons d'abord, d'après Matth. XV, 1, que des scribes et des pharisiens viennent de Jérusalem à Jésus et lui font cette question : «• Pourquoi tes disciples transgressent-^ils la tradition des anciens? car ils ne lavent point leurs mains quand ils prennent leurs repas. » Ces pharisiens doivent l'avoir entendu dans leur ville, ou

ooanu que les habitants de cette Tille et de la Judée n'ont pas vu depuis environ quatre ans^ et dont ils ont tout au plus entendu parler de loin en loin. Qu'arrivet-il cependant? Le Seigneur quitte Béthanie le jourdea Rameaux , et aussitôt la nouvelle de sa marebe se ré-* pand, le peuple se presse sur son' passage; les uns coupent des branches d'arbres, d'autres plus enthou«* siastes se dépouillent de leurs habits pour lui en (aire des tapis» son entrée devient Un triomphe : et les troupes qui allaient devant^ et celles qui suivaient^ criaient, en disant : « Hosanna au fils de David 1 Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! Hosanna dans les lieux tràs hauts I »(Matth. XXI, 0.)

M» Colani aura beau faire, il ne réussira jamais à nous persuader qu'on reçoive ainsi un inconnu, un homme dont on a à peine entendu parler depuis quatre ans, un prophète obscur qui n'a jusqu'ici prêché que dans la province à demi païenne de Galilée. IMais îl dira peut-être que les amis de Jésus lui avaient ménagé cette surprise, et qu'on avait profité de la présence de nombreux Galiléens à la fête pour faire cette démons* tration en sa faveur. D'abord Jésus n'eut jamais beaucoup d'amit, même en Galilée ; et ensuite, seraienb^ils tous venus à la fête, comment supposer que l'influence de ces Galiléens obscurs fût assez puissante à Jérusalem pour mettre obstacle aux projets des prêtres et les obli«* ger à user de quelque ménagement? Quand il est dit:

XXI| 46; XXVIi 4, 5), on ne nous fera pas admettre que c'étaient les Gtalilé$ns Tenus pour eélébrer laPâque, qui étaient le sujet de ce9 appréhendions*

Si y du bon aoeueil que la multitude fit au Seigneur^ nous avons le droit de conclure que c^lui-ei était eonda du peuple» la baine de ses adversaires qui se mnnifelta imoiédidtem^nt après son arrivée, nousconduit à la même conclusioD. Le cceur humain, il est vrai, a ses mystères: si les affections à première vue, les sympathies iostan^ tanées et irréfléchies ne sont pas rares, les anti|3athies sans cause, les haines subites, suite d'une répulsion na^ tureile et involontaire dont on ne peut se rendre compte, sont pour le moins ^ussi communes. Toutefois la lutt« finale entre les pharisiens, les principaux du peuple et le Sauveur, telle qu'elle nous est décrite dans les sy-** noptfeques, ne peut être provenue d'une antipâihÂe spon^ tanée , éclatant soudainement avec violence entre dns personnes qui se voient pour la première fois. Tout, au contraire, nous indique que la lutte qui se termina par la crucifixion, fut le dernier effort d'une haine inviéténé^ et longtemps contenue. Jésus et ses adversaires ne noue apparaissent pas dans le récit des synoptiques comme des ennemis qui se rencoal«ent pour la première fois» et qui, avant de s'aborder, cherchent à essayer leurs Corces; bien loin de là, de part et d'autre on ne s'épar^ gne guère; tous les ménagements cessent; las de lutter» on semble s'être dit qu'il fout en finir. Voyez comme

cent contre lui et lui tendent des pièges. Ce sont d'abord les principaux sacrificateurs (Matth. XXI , 23) qui Tiennent lui demander: « Par quelle autorité fais-tu ces choses ? » puis les hérodiens^ se joignant aux pharisiens, lui tendent un piège au sujet du tribut à rendre à César (Marc XII, 14); les sadducéens, qui ne veulent pas rester en arrière, l'interrogent à leur tour sur la résurrection. Je le demande, comment cette conduite seraitelle explicable dans l'hypothèse que Jésus avait été jusque-là pour Jérusalem un prophète obscur, et qu'ils ne le connaissaient que de la veille?

Mais si les adversaires du Sauveur laissent éclater leur haine sans le moindre ménagement^ lui de son côté les attaque de front et leur parle avec plus de sévérité qu'il ne Ta fait jusqu'ici. Remarquez d'abord que, d'après les synoptiques, le Seigneur, prévoyant le sort qui lui est réservé, annonce sa mort dès le commencement du voyage : a Et après qu'ils l'auront fouetté, ils le feront mourir; mais il ressuscitera le troisième jour (Luc XVIII, 33) ; et ils le condamneront à mort, et le livreront aux Gentils (Marc X, 33); et Jésus, montant à Jérusalem, prit à part sur le chemin ses douze* disciples et leur dit : ... ils le condamneront à mort (Matth. XX, 18). » Evidemment des historiens qui auraient écrit dans la supposition que leur héros n'avait pas visité Jérusalem depuis trois ans, se seraient gardés de lui imputer de telles appréhensions.

donc décidée dès la première rencontre ; le bot qu'on a en vue est bien déterminé, seulement il reste à se consulter sur le choix des moyens ; car il faut garder quelques ménagements envers le peuple qui tient Jésus pour un prophète (Matth. XXI, 46).

Le Seigneur alors a recours au langage le plus sévère. En présence du peuple il dénonce ses adversaires comme des hypocrites. Jusqu'ici il les a avertis, il s'est contenté de leur résister et de les combattre, dans l'espérance qu'ils pourront peut-être s'amender. Mais comme le mal est actuellement sans remède et que tous ces ménagements ne pourraient aboutir à rien, celui qu'ils n'ont pas voulu reconnaître pour leur Sauveur devient leur juge et les maudit. « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui fermez le royaume des cieux aux hommes, etc. » (Matth. XXIII, 13.)

Qu'on relise toutes ces dernières controverses, et qu'on nous dise ensuite si c'est là une lutte commencée seulement depuis quelques jours, la manifestation d'une haine née d'hier. Si on est obligé de reconnaître que cette opposition opiniâtre, qui se termine par la crucifixion, suppose des rapports antérieurs entre Jésus et ses adversaires, on sera obligé de confesser aussi que le récit de synoptiques, bien qu'ils ne le disent pas, implique nécessairement qu'ils avaient eu connaissance de ses voyages en Judée et à Jérusalem. Je crois donc avoir prouvé ma première thèse.

supposaient qu'il tvait visité plusieurs fois cette ville. En effet, ils lui prétest uue connaissance détaillée des li^uxy qui implique séjour antérieur dans le pays.

Lorsqu'il est en route vers la capitale de la théocratie, en vue de son triomphe, il envoie chercher Tânoii dvBx un de ses disciples , établi dans le voisinage. Ceci défà suppose qu'il a prêché précédemment dans ces lieux-Jà, et les renseignements détaillés qu'il donne confirment la même manière de voir. « Allez à la bourgade qui est vis-à-vis de vous, et, y étant entrés, vous trouvères ua ânon attaché, sur lequel jamais homme n'est monté ; dé« tachez-le et amenez-le-moi Et comme ils détachaient l'ânon, les maîtres leur dirent : Pourquoi détachez-vous cet ânon ? Ils répondirent : Le Seigneur en a besoin. » (Luc XIX, 30-34.) Cet homme qui laisse em^ mener sa propriété à l'ouïe de cette parole : « Le S^igmnr en a besoin » ne peut être un disciple converti ia v^lle» Toutes les circonstances de ce i*écit supposent une activité antérieure du Seigneur dans ces contrées.

Les détails qu'il donne à ceux de ses disciples chargés d'aller préparer la pâque ne sont pas moins significa^s. Encore dans ce cas il s'adresse avec autorité à un des siens établi à Jérusalem, ce qui est un nouvel imlice de son activité antérieure dans cette ville. De plus on doit supposer qu'il avait maintes fois visité ce disciple, car il connaît les dispositions de sa demeure. <c Et il vous montrera une grande chambre ornée et préparée. » Il est même au fait des habitudes de la maison : a Un

ces détails sans avoir jamais visité les lieux. Comme cette objection ne sera pas soulevée pai* les écrivains de la RemàBy je ne m'y arrête pas. Mais ils pourront dire qtMl le Seigneur , les joors précédents , avait eu avec ces deux disciples quelque entretien privé dans lequel ils étaient convenus de tout (^ qu'il y aurait à faire. Il est possible <]ue les choses se soient passées ainsi pour la préparation de la pâqne ; mais ce ne fut certainement pas le cas au sujet de l'autre incident, car le maître étonné demandait compte aux disciples de leur conduite : ce Pourquoi détachez-^vous cet ânon ? d

Quoiqu'il en soit, l'existence de ces deux disciples et de Joseph d'Arimathée, établi à Jérusalem ou dans son voisinage, implique, aussi bien que l'intimité aveo la famiUe de Bétfaanie, une activité antérieure de Jésus dans ces lieuxf*Ià. Une autre circonstance rapportée par les synoptiques, vient apj>uyer cette preuve, en montrant que les disciples de Jésus étaient passablement nom^ breux à Jérusalem. Lorsqu'on conduisait le Seigneur au Calvaire, il était suivi (LucXXIll, 27) d'une grande multitude de peuple et de femmes qui se frappaient la poitrine et pleuraient. Nous contestera4-on qu'il fallût connaître le Seigneur depuis quelque temps, pour oser lui témoigner sa sympathie à cette heure solennelle, alors que Pierre, Jean et les autres disciples l'avaient abandonné? Qu'on ne mette pas cet acte de courage sur le compte des femmes venues de Galilée, car le Seigneur dit expressément en les consolant ; Filles de Jérusalem......

tés. Si on pouvait prouver qu'ils le font parler i quelqu'un qui a visité Jérusalem , notre thèse serait établie d'une façon encore plus décisive. Or^ cette preuve sans réplique, la voici.

Quand Jésus, porté en triomphe, s'approche de Jérusalem, son cœur, à la vue des murailles de la ville, est saisi d'une tristesse qui va jusqu'aux larmes, et il s'écrie tout ému (Matth. XXIII, 37) : a Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes, et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme la poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne l'avez point voulu. »

Analysons ce passage important.

Il a cherché à porter le peuple de Jérusalem à la pénitence ; il a exercé son ministère au milieu d'eux. ^

Il leur a prêché très souvent la répentance, « combien de fois» ; et avec afTection et persévérance, ainsi que l'exprime si bien l'image: a comme une poule... »

Enfin, si ces preuves ne sont pas assez concluantes, le verset suivant en fournit encore une autre : « Désormais, dit le Seigneur, vous ne me verrez plus ; » ils ravaierU donc vu plusieurs fois précédemment! l

Comme nous l'avons fait remarquer déjà, le ton du Seigneur quand il parle au peuple, les malédictions qu'il prononce contre les Juifs, sont une indication certaine qu'il n'a pas affaire à eux pour la première fois. I^C$ synoptiques n'auraient pas pu mettre un tel langage

lait qu'il eût offert le pardon et la miséricorde dans quelque rencontre précédente. Enfin nous avons le propre témoignage du Seigneur, qui déclare qu'il a plusieurs fois visité Jérusalem. Gomment supposer que Matthieu et Luc, qui rapportent ces paroles si claires et si positives, n'aient pas même soupçonné que leur maître eût visité la Judée dans le courant de son ministère ? Ce passage montrerait à lui seul que l'ignorance imputée aux synoptiques est inadmissible. Tout nous prouve au contraire, tout nous indique que, bien qu'ils ne parlent pas des voyages antérieurs de leur maître à Jérusalem, les synoptiques racontent les incidents de sa vie et de son ministère en hommes qui très certainement en ont eu connaissance.

Le dernier passage qui vient d'être examiné est si concluant que M. Colani ne peut le passer sous silence. Voici ce qu'il écrit (Hernie, p. 236) : «Ces paroles, marquées au coin d'une authenticité que Strauss luimême n'a point osé révoquer en doute, supposent de la manière la plus évidente un ou plusieurs séjours prolongés du Seigneur en Judée. » Ahî enfin nous y voilà! Les synoptiques n'ignorent donc pas complètement l'activité du Sauveur en Judée, puisque deux d'entre eux rapportent des paroles parfaitement authentiques et qui supposent « de la manière la plus évidente un ou plusieurs séjours prolongés du Seigneur en Judée.» Comment M. Colani peut*il concilier cet aveu que lui arrache l'é-

vepez vous-même qua les synoptiques renferment une déclaration positive qui suppose <( de la manière la plus évidente un ou plusieurs séjours prolongés du Seigneur en Judée* » Comment se fait-*il que M. Golani, lorsqu^il a rencontré ce passage si positif sur son chemin^ n^ait pas senti qu'il faisait fausse route^ et quMl devait^ sinon changer complètement, du moins modifier p^ofondéiuent ses vues sur les rapports des synoptiques et de Jean ?

Au lieu de s'arrêter devant Tévidence des faits, M» Qh lani n'en tient nul compte, et, oubliant à l'égard du recueil évangélique le respect le plus vulgaire qu'on doit à tout document historique, plutôt que de inodifiar ses TueS) il met, hardiment des inconséquences et de gres*sières bévues sur le compte des synoptiques. Après avoir dit : ce Ces paroles (Matth. XXIIl, 37), marquées au coin d'une authenticité que Strauss lui-même n'a poîst osé révoquer en doute, supposent de la manière la plus évi^ dente un ou plusieurs séjours prolongés en Judéei x> il îijoute l'étrange conclusion que voici : ^ I^lh$ m peuvmt^ par comé^umt^ cadrer avec k rédt des sjfnopliqite^ ; elto ridanmU comme prémisse celui de Jem. ^

Vraiment! Elles y sont pourtant, dans le récit des sy-^ noptiques, et elles en forment une partie intégrante et authentique, comme vous le reeonnaissez vous^^nêmel Vous dites qu'elles ne cadrent pas avec le reste du récit des synoptiques; mais c'est seulement quand ou part de l'h^^pothèse qUe les trois premiers évangéiiates ont igDof4

miner si les synoptiques et le quatrième évangile ont la même valeur historique. Dans ce but ^ il examine oe quUls disent des divers voyages de Jésus à Jérusalem « Dans son examen des synoptiques, il ne prend en conisidération que les passages qui nous montrent le Sei-^ gneur en Galilée ^ après quoi il se hâte de conclure de c^ prémisses incomplètes : « Les trois évangiles n'ont pas eu connaissance d'un séjour du Seigneur en Judée ^ntre son baptême et son dernier voyage« » Puis ^ lofs* qu'il rencontre dans ces mêmes synoptiques des passages dont il n'a pas d'abord tenu compte y et qui impliquent des voyages antérieurs ou déclarent hautement que Jésus a visité plusieurs fois Jérusalem , il s'écrie d'un ton ac^ cusateur : « C'est là une véritable antinomie historique. 9 Mais c'est vous qui la créez ^ l'antinomie historique, pour vous donner le plaisir d'en triompher. 11 n'y a d'antinomio qu'entre les synoptiques et votre hypothèse^ et tous les reproches que vous leur adresses tombent en pji^n sur votre travail. C'est un procédé vraiment monstrueux f que de persister à mettre des contradictions sur }e compte des synoptiques , alors qu'ils fournissent euxmêmes des données suffisantes pour une conciliation a^^si simplo que naturelle. Quoique les synoptiques ne parient pas des voyages antérieurs du Seigneur en Judée, le récit qu'ils nOus donnent montre clairement qu'ils les supposent et qu'ils en ont eu connaissance.

Ou n*a nul droit de médire si hautement de Tharmo^ nie> quand on se lance dans des procédé» encore plus

ni dans sa conscience de théologien libre de tout préjugé. Nous avions droit à nous attendre à d'autres procédés de la part d'un recueil scientifique qui déclare se placer en dehors de toutes les coteries théologiques , et fait sonner bien haut la prétention d'élever un nouvel édifice sur les ruines de tous les partis. Est-on resté fidèle à la devise : Veritati cédendo vinœre opinionem? Comme œuvre surérogatoire , je dirai un mot des invraisemblances que M. Colani impute au récit des synoptiques. « La relation des synoptiques, dit-il après avoir témoigné sa préférence pour celle de Jean , n'est pas également exempte de toute invraisemblance. Elle ne fait aller Jésus qu'à une seule Pâque, soit qu'il n'ait pas célébré les autres , soit que son ministère n'ait pas embrassé plus d'une année. Cette dernière supposition susciterait de graves objections; car il n'est certes pas probable que le Seigneur ait accompli son œuvre en un espace de temps aussi court. Mais l'autre manière de voir vient se heurter contre les dispositions de la loi mosaïque y qui ordonne à tout Israélite de se présenter devant Jéhovah aux trois grandes fêtes annuelles (Exod. XXUl, 14 et 17 ); comment Jésus, qui accomplissait toute la loi, a-t-il pu éluder cette prescription, non pas une fois pour des raisons majeures, mais chaque année trois fois? » (p. 235.) C'est vraiment se plaire à évoquer des fantômes. Où donc M. Colani a-t-il vu que Jésus, d'après les synoptiques, ne soit monté qu'à une Pâque, tandis qu'ils nous déclarent qu'il se rendit phmeurs fois à Je-

entier, ni la haine des chefs contre lui. A peine a-t-il mis les pieds à Jérusalem, que le sanhédrin, sans le con- Daitre encore, décide sa perte! C'est là une véritable antinomie historique , et n'eussions-nous pas d'autre critère, nous devrions préférer le récit du quatrième évangile. »

Très bien. Mais puisque les synoptiques rapportent les effets , pourquoi s'obstiner à leur faire dire des absurdités, sous prétexte qu'ils n'en ont pas connu les causes, alors que les paroles qu'ils mettent dans la bouche de Jésus impliquent forcément cette connaissance? Pourquoi vouloir à tout prix qu'ils n'aient pas eu connaissance des voyages de Jésus en Judée , alors qu'ils constatent une opposition , une inimitié qui se-«> raient inexplicables s'il n'y avait pas mis les pieds? Ne serait-il pas au contraire plus naturel de conclure que, puisqu'ils ont rapporté les effets de ces voyages , ils doivent en avoir eu connaissance , bien qu'ils n'en parlent pas directement? Mais non ; c'est là une solution trop simple pour la Revue. M. Colani ne peut pardonner aux synoptiques d'avoir divisé le récit à leur manière, omettant ces faits-ci , racontant plus au long ceux-là; il voudrait qu'ils eussent adopté le même cadre que Jean ; ou mieux , qu'ils eussent écrit la feuille de route , l'itinéraire du Seigneur à travers la Galilée et la Judée , et parce qu'ils ne l'ont \ms fait^ méprisant les autres indices, il les condamne sans appel pour cause d'ignorance.

par cousequuui y caurer avec le rocii ue» syuopiiques ; elles réclament comme prémisse celui de Jean. » Si je reviens sur ce sujet , c'est tout simplement parce que je n'ai pas encore réussi à saisir le sens de ces lignes^ qui, dans tous les cas^ indiquent une défaite. Que veut faire entendre M. Colani , quand il écrit : « Elles réclament comme prémisse celui de Jean? » Supposerait-il que dés données provenant de la tradition suivie par Jean se seraient mêlées à la tradition consultée par les synoptiques? Ou bien ceux-ci , avant de se mettre à Pœiivre, auraient-ils y selon lui, consulté le quatrième évangile? Mais alors les synoptiques n'ont pas puisé à des sources complètement indépendantes, comme il prétend le prouver, et sa théorie s'écroule par la base. Chose bizarre ! Les deux traditions se trouveraient avoir eu des points de contact, avoir emprunté l'une à l'autre (elles réclament comme prémisse celui de Jean) précisément au sujet des voyages du Seigneur, qui doivent pourtant servir à prouver leur divergence et leur complète indépendance ?

M. Golani veut-il dire peut-être que ces versets de Marc et de Matthieu ont été ajoutés plus tard, par qndqu'un qui aura eu connaissance du quatrième évangile? Nous ne pouvons croire qu'il ait recours à une hypothèse si discréditée.

11 ne reste donc plus qu'une supposition à faire. M. Golani prétend sans doute que les synoptiques auront

VJUI.JO \^xx

venir à la conclusion inévitable qu'il avait dû visitet plusieurs fois Jérusalem; elle a, de plus, l'inconvénient de renverser toute la théorie de M. Colani. Car enfin, du moment qu'il est admis que les synoptiques ont , d'une manière inconsciente ou non, emprunté quelques^ unes de leurs données à la tradition suivie par Jean , et surtout à l'égard des voyages , on ne peut plus soutenir que les deux traditions sont restées complètement indépendantes* C'est pourtant là ce que M. Colani s'efforce de prouver, pour conclure ensuite à l'infériorité des synoptiques !

En attendant qu'il présente à l'appui de sa thèse un argument plus décisif que celui tiré des voyages du Seigneur, on est en droit de conclure : Bien que les synoptiques ne parlent pas directement des voyages de Jésus en Judée et à Jérusalem , leur récit les suppose à toutes ses pages ; tout nous prouve qu'ils ont dû en avoir connaissance.

XB JOUR m LÀ MOBT BU SEIGNEUR.

Passons maintenant à la question de la Pâque. M. Colani réchauffe, dans un intérêt purement critique, cette controverse aussi vieille que l'Eglise. « Il s'agit de savoir, dit-il, si Jésus a, oui ou non, mangé une dernière fols la Pâque avec ses disciples; s'il a été crucifié, oui ou

chrétienne a reposé jusqu'à aujourd'hui.

Convenons-en tout de suite ^ la différence que notre adversaire signale existe, et^ qui plus est, nous ne savons comment la faire disparaître. Aucune des nombreuses explications dont on a essayé ne nous satisfait complètement. Elles ont toutes quelque chose de forcé qui est loin de les recommander à un critique impartial* Il serait inutile d'allonger ce travail en les rapportant. Bornons-nous à signaler la difficulté, et à examiner si elle peut avoir les conséquences que M. Golani en tire.

Disons d'abord qu'au lieu d'aborder le problème dans des dispositions conciliantes, notre savant adversaire, selon le procédé auquel il est resté fidèle pendant tout ce travail, exagère encore les difficultés. Pour preuve unique à l'appui de cette assertion, citons ce simple passage : (c Jean aussi commence son récit de la passion par un souper j Jésus toutefois, au lieu d'instituer la cène, lave les pieds de ses disciples. » Il faut avoir grande envie de mettre en opposition Jésus et les synoptiques, pour supposer que le lavement des pieds , dans le récit de Jean, exclut l'institution de la cène. A ce compte-là, d'après l'hypothèse du directeur de la Revue qui veut que les auteurs sacres ignorent tout ce dont ils ne parlent pas, le disciple bien-aimé qui reposait sur le seiu du Seigneur n'aurait pas même eu connaissance de ce

nous voyons aujourd'hui qu'un intérêt tout opposé fait tomber dans le même travers.

Voici la difficulté :

Les synoptiques et Jean font mourir le Seigneur le même jour de la semaine, le vendredi. M. Colani accorde ce fait et reconnaît également que d'après les quatre évangiles le souper a eu lieu le jeudi. Voilà déjà deux points importants d'acquis.

Mais ici commence la difficulté.

Selon les synoptiques, le jeudi devait être le 14 nizan ; à ce compte le Seigneur aurait été crucifié durant la fête de Pàque, le lendemain 15, tandis que, d'après le récit de Jean, le jeudi aurait été seulement le 13 nizan, et Jésus aurait, par conséquent, été crucifié le lendemain 14, la veille de la grande fête. Ainsi, d'accord sur les jours de la semaine, les synoptiques et Jean diffèrent quant au jour du mois. Et M. Colani de s'écrier tout de suite : « Suivant les synoptiques il a été crucifié jour de la grande fête et après avoir mangé de l'agneau pascal ; suivant le quatrième évangile il est mort la veille de la grande fête, avant le repas de l'agneau pascal. Nous aurions donc ici, non pas seulement une divergence dont on peut au besoin essayer la conciliation , mais une contradiction flagrante. » Afin de rendre la contradiction encore plus grave et d'exclure toute idée de conciliation , M. Colani ajoute : « Nous avons ici des deux parts une série de données qui chacune, en opposition avec l'autre, concorde parfaitement avec elle-même (p. 240). »

Il n'y a qu'un instant, au sujet des voyages de Jésus à Jérusalem y nous étions obligé de défendre les synoptiques contre les attaques de M. Golani , et maintenant nous sommes presque réduit à les attaquer, tandis que le directeur de la Revue leur impute une concordance qu'ils n^ont pas. Tout à l'heure il supposait arbitrairement les synoptiques en désaccord avec eux-mêmes, pour aboutir à montrer que leur récit ne concordait pas avec celui de Jean ; et voici qu'à présent il leur attribue une concordance parfaite avec eux-mêmes, toujours dans la pensée de prouver qu'ils ne sauraient s'accorder avec le récit du quatrième évangile. Nous allons voir que les éloges de notre adversaire ne sont pas moins arbitraires que ses attaques.

Les données fournies par les synoptiques ne concordent pas entre elles. En effet, ils nous disent que Jésus mangea la Pâque avec ses disciples le premier jour des pains sans levain, « le jour où l'on faisait ce sacrifice, le jour où l'on devait le faire » , par conséquent le 14 nizan. Comme ils font mourir le Seigneur le jour suivant, il semble donc que, d'après leur récit, il aurait été crucifié le grand jour de la fête. Mais voici qu'ils nous fournissent eux-mêmes des données qui ne nous permettent pas dç tirer une conclusion à première vue si naturelle.

Remarquons, tout d'abord, qu'ils ne disent nulle part expressément que le Seigneur ait été crucifié le jour de Pâque; et nous verrons, en second lieu^ que tout

de peur qu'il ne se fasse quelque émotion parmi le peuple » . Matt. XXVI , 5 ; Marc XIV, 2 ; Luc XXII, 2.

2^ Leur récit montre que ce vendredi n'était pas le grand jour de la fête, car personne ne la célèbre. Jésus et ses disciples n'observent pas la fête; les tribunaux vaquent à leurs affaires comme les jours ordinaires; Simon de Cyrène revient de travailler aux champs quand on le force à porter la croix ; Joseph d'Arimathée l'ensevelit ce jour-là; or, il est constant qu'on ne faisait pas toutes ces choses-là le jour dePâque; puisque les synoptiques les rapportent, cela montre clairement que dans leur opinion ce ne pouvait être le grand jour de la fête. De plus, il n'était pas permis de porter des armes le jour du sabbat ; comment supposer qu'après le souper de la Pâque le sanhédrin ait pu se réunir et envoyer une cohorte de soldats saisir Jésus? Remarquons enfin que les femmes (Luc XXIII, 56) vont acheter et préparer des aromates et se reposent pour revenir au sépulcre après le sabbat. Certainement il ne leur aurait pas plus été permis d'acheter des épices le jour de Pàque, 15 nizan, que le jour du sabbat.

3° Non- seulement les synoptiques ne déclarent pas que ce vendredi soit le jour de la fête ; mais ils le désignent expressément comme le jour de la préparation. Marc XV, 42 ; Matth. XXVII, 62 ; Luc XXIII, 54.

4** Enfin ils appellent le jour suivant le sabbat, Luc XXIII, 54 et 56 ; c'est parce que ce jour de repos

Avaai aonc ae comparer leur reçu a ceiui ae jean, u faudrait ou les mettre d^accord avec eux-mêmes, ou déterminer quelles sont celles de leurs données qui doiyent être considérées comme inexactes. Or, le plus naturel est certainement de s'en tenir aux données des synoptiques qui sont d'accord avec celles fournies par Jean.

Voici donc à quoi se réduirait la difficulté : D'après les synoptiques et Jean, le Seigneur serait mort le vendredi ; ils s'accordent aussi à lui faire instituer la sainte Gène le jeudi soir.

Mais, d'accord pour le jour de la semaine, les synoptiques et Jean diffèrent pour ce qui est du quantième du mois. Les synoptiques se trompent en appelant le jeudi, 13 nizan, le premier jour des pains sans levain, puisque, d'après leur propre récit, la fête n'a lieu que le samedi ; le premier jour des pains sans levain devait être le vendredi 14, jour de la crucifixion du Sauveur.

Maintenant, comment les synoptiques ont-ils été amenés à faire cette confusion? Est-ce ignorance, inexactitude historique? Ou bien l'archéologie fournirait-elle quelque explication de cette énigme? Ceux-ci ont prétendu que les sectes juives n'étaient pas d'accord, et qu'une d'entre elles célébrait la Pâque un jour plus tôt que les autres ; ceux-là ont soutenu que l'impossibilité d'immoler un si grand nombre d'agneaux en un seul jour, avait conduit une partie du peuple à commencer

le 13, afin de mourir le lendemain, lui, le véritable agneau pascal, à l'heure même où les Israélites allaient faire leurs sacrifices. Alors, parce que le 13 nizan avait été réellement pour eux le jour de la Pâque, les synoptiques, tenant plus compte de leur impression personnelle que des faits objectifs, l'auraient présenté comme le jour de la fête pour tout le peuple. Leur langage peu exact, qui manque de rigueur historique, serait ainsi expliqué.

Du reste, nous ne nous exagérons pas la valeur de cette solution, et il a déjà été dit qu'aucune ne nous satisfait complètement. Il n'est pas possible de mettre d'accord le récit de Jean et celui des synoptiques, comme on le désirerait, de sorte que la thèse de M. Colani reste en partie vraie. Mais afin de gagner la cause que nous défendons contre lui, il n'est nul besoin de prouver que son opinion ne s'appuie absolument sur rien.

Et ici nous éprouvons le besoin d'élever contre les prétentions exorbitantes de M. Golani une protestation énergique, qui trouvera certainement de l'écho dans le cœur de tout homme qui sera chrétien avant d'être théologien. Après avoir exagéré le désaccord qui règne entre les synoptiques et Jean au sujet de la Pâque et des voyages du Sauveur, M. Colani conclut : a II suffit de rapprocher ces résultats pour apercevoir une profonde divergence. Le nier serait puéril ou plutôt impossible. Les trois premiers évangiles racontent autre chose que le quatrième. )>

en tirer. Nous ne pouvons nous laisser enfermer dans ce dilemofie : « Ou bien le quatrième évangile est une fiction y un roman philosophique; ou bien les synopti* ques ont puisé à une source plus ou moins altérée et indirecte.» En effet, même si M. Golani avait raison, et nous venons de voir que ce n'est pas le cas, les .points de divergence seraient trop peu importants pour en tirer des conclusions aussi énormes. Non, quand bien même les synoptiques n'auraient aucune connaissance des voyages du Seigneur à Jérusalem, on n'aurait pas le droit de dire que les trois premiers évangiles racontent autre chose que le quatrième. Autre chose! mais c'est énorme ! Le Christ des synoptiques ne serait pas le même que celui de Jean ; son esprit, sa vie, ses tendances seraient autres ! M. Colani semble ne pas reculer devant cette conséquence, quand il dit : « Les trois premiers (évangiles) diffèrent sur des points essmlieU du quatrième. «Comment, la divergence quanlaux voyages à Jérusalem, une question de [lieu, le désaccord au sujet du jour de la mort du Seigneur, une question de temps, suffiraient pour statuer entre [ces écrits des différences essentielles ! Tout sera dit quand ces deux points auront été examinés, et il ne restera plus qu'à choisir entre un roman philosophique et une tradition de seconde main I Nous tenions les écrivains de la Revue pour mystiques, c'est-à-dire pour des hommes faisant passer l'esprit avant la lettre, le fond avant la forme et le récit lui-même avant le plan. Ceux qui les accusent

Judas et les Juifs. Il est assez probable que ceux qui' auront lu son travail seront d'avis quUl trahit lui* même encore plus de mauvais vouloir à l'égard des quatre évangiles. On sent d'un bout à l'autre que l'auteur est bien décidé à tout pousser au pire. Si deux hypothèses également probables se présentent^ soyez sûr qu'il choisira la plus défavorable; il ne craindra pas môme de récuser tous les Pères grecs dans des questions de philologie; ils savaient sans doute moins bien le grec que les savants d'aujourd'hui.

Et pourquoi toutes ces assertions plus que hardies? C'est ce que nous allons voir en examinant un dernier point.

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