SCÈNE X V I 1 I
ANODIN, BROSSART (I/f5f ivre).
(^Pendant qu'ils s'abordent açec force salut s , l'orchestra
joue le Dies irée }.
Air: de la Découpure.
Servilcur Au savant docteur.
B R 0 S S A R T." Stilut auconfrire, Tf^s-rlliisfrc Apothicaire,
Ensemble.
Du tj^artjcrvoiis <;tcs l'iionncnr, .
Et tic la santé Je vrai restaurateur^
Ordonnons
Kt saignons Ft pnrîjions fort, Chassons «le la \ille La tou\, l;i fcvrc -t la Lile.
Orilonnons
El *argnons
Et purgeons fort.
EROSSART. Oui , ie veux s;.i^ner » ,, ,. ,. i ,
Ai..«n.,x. /. • •■ > morbleu îjusqu a la uiortî
A^0D1^. Uui, je vcitx pur-er j ' ^
Les Prc'ccdens, SAlNT-FlRMIN , toujours vêtu cnpeinlre
et faisant sembla nt de travcilur.
St.-FiRMIN , à pnrt ^ entrant en arrici e pour n être pas i^u, Bou, voilà mou drôle, voyous s'il parle de mou affaiic. B R O S S A R T.
Savez-vous ^ docteur^ cju'il n'cloit pas du tout mauvais pour du via à quiuze.
Anodin.
Comment dites-vous ?
St. -FiRMIN, à part.
Oh ! le coquiu , il aura achevé' les six bouteilles. ( A Brossart tout bas ^, Malheureux, tu vas tout perdre. Brossart, à Saint-Finnin.
Paix , mon neveu.
Anodin.
Voilà un docteur qui me paroît uu peu e'chauffe'.
St. -FiRMiN, Parle donc de la lettre.
Brossart.
Eh! bien , docteur , comment trouvez-vous mon stjle î heim l
Anodin.
Je suis flatte' de votre lettre ; flatte , véritablement , on ne peut davantage.
BRoSSArt.
Je le crois bien , c'etoit du vrai Mâcon,
Anodin.
Comment, docteur, du Mâcon! ne vous trompez-vous pas?
S T. - F I R M I N , bas , à Brossart. Coquin^ je vais t'assomnier.
BRossart, Ah ça ! A'oisin , ma proposition vous convient- elle , oui ou non ? Décidez-vous , parce que je n'aime pas à rester le bec dans l'eau.
Anodin.
C'est ce qu'il me semble. Ah çà ! permettez donc , docteur ^ avant de parler d'afiaires avec vous, je dcsirerois savoir si c'est par bazard ou par habitude que vous vous êtes mis aujourd'hui dans vm pareil état. Soyez, tranquille j papa, mes malades ne se plaignent jamai?
de moi ; j'aî la confiance rie tous les marchands-dc-vin cJa
Pont-aux.-Choux , et nous ferons de jolies ûliaircs ensemble.
Air : du Panorama.
Vous avez Ae 1 inteliigenrc,
Je suis adroit je suis actif;
Je 1er, ri plus d'une ordonnance ,
Vous f r<.7, plus d'un purgatif.
Par tous li s étais à la iile ,
Je vois uion comptoir assicgc,
Si nous purgeons dans cette ville
Tout ce qui doit éirc purge'.
Anodin, Il est facétieux j le docleur.
BrossaRt, Allons, c'est dit , je tirerai mes ordonnances à vue sur votre cabaret.
Anodin, Mon cabaret!
Et vous me fournirez du ];o'.; , | ; rce ([ue mon intention n'est pas de faire souflVir lon^-temps mes malades. Anodin.
Soyez tranquille , ils lie languiront pr-s plus long-temps avec mes drogues cju'avec elles de mes coniVeres. ( à pari ) L'ivro<^ne! s'il u'étoit pas aussi bien dans le cas de doauer un débouche à ma pharmncie !
Brossart.
Qu'est-ce crue vous dite., doue 1 1 tout seul père à la rhubarbe \ vous avez «j^uebjue bf uteille à déboucher \ Anodin.
Non, je reflc'chissois, docteur, que vu , lo peu d'équilibre de votre situation actuelle , nous devrioui; remettre à demain à diicutcr les conditions de notre association. •
St. -F I R M I N.
Tu vois, misérable !
Brossart.
A demain ! oh que non • mou neveu mé feroit vn b au train, vraiment.
Anodin.
Votre neveu!
Brossart.
Un jeune et joli garçon, par ma foi , (iiudian* en ni 'decine^ et qui vous donnera furieusement de pratiques, car il fait johment boire..,, ses malades.
A N O D I îT, Qu'à de commun voire noveu...
Rien avec vous^ m avec moi ; mais avec votre fille, dont il est amoureux, en diable, et ijue vous allez lui faire épouser; sans quoi, rien de fait. (^Bas à St.'Firmiii ) C'est lapé, j'espère.
Anodin.
Tu dieu , docteur , comme vous allez vite en besogne.
Brossart.
Il est vrai que je vais droit moa chemin. Ainsi , vous voyez , c'est à prendre ou à laisser. Mon neveu est d'un bon cru , et je n'aurai pas de peine à m'en défaire. D'ailleurs , il apporte une assez jolie dot. Toute sa fortune est en maladies , et c'est d'un revenu sûr, papa.
Air : Daignez m épargner le reste.
Pcnir sa dot je lui donnerai , Fièvre , catharre , hydropisie ; Colique de miserere , Migraine, éthisie , et plitlnisie, II a dt plus pour s'enrichir , I^e scorbut , la grippe et la peste.
En un n:ot il peut vous offrir Les maux qui font le plus souffrir.
Anodin.
Vous pouvez garder le reste.
Brossart.
Avec ça , vous voyez qu'i: trouvera plus d'un bon parti.
Anodin.
Et croyez-vous que la dot de Mlle. Anodin soit plus à dédaigner l
Même air.
Ma fille apporte quinquina , Manne , séné , jus de réglisse, I^lmbarlje, ipécaculiana, OEil de perdrix et d'écrevisse, Tout ce qui sort de l'a'.ambic , De meilleur ou de plus funeste , .Syrops, jiillulcs , fiel d'aspic, ■^ vert-de-^ris , ci'^uë , arsenic.
Brossart,
Je vor.s fait préseiit du reste.
Anodin, J'espère que c'est un joli trousseau.
B ROS s A R T.
Vous voyez donc bien qu'ils sont faits l'un pour l'autre.
Mais eflectivemrnt.
Brossarïj Allons donc.
Anodin.
Va comme il est dit , marions , par cxtraorJIoaire , le remède à la maladie ; cola fera un mariage bien assorti : tjue votre neveu épouse ma fille. 11 est vrai que je l'ai promise à Seriniia , et (ju'cile aime St.-Firmin ; mais c'est é,<:al,
Les Précédens , CELESTINE , SERINGA. BROSSARD , avperceoant Celestinf.
Je suis ptrsuadè ([ue mademoiselle aimera mieux ualuroa comme mon neveu.
Célestine, Si mon p'-re l'ordoime.
Seringa, s' élançant avec fureur.
Votre père ne peut pas vous ordonner uae chose comme gà \ j'ai sa parole.
Quel est ce nigaud ?
Anodin,
C'est mon élève, monsieur.
Brossart, 11 est bien mal cleve... 11 a l'air d'un garçon touché.
Seringa.
Comment, d'un garçon bouclier.... Monsieur^ je suis garçon apothicaire.
Brossart, Oui , il a l'air bouché comme une bouteille de vin de Bordeaux.
S C K N !•: XXI \\ T D 1'. U iv 1 K R !•:. Les Précédens , BEQUIEM , SAINT - FIRMIN.
Requiem, à part , en entrant.
Si mon cocjuia de neveu sa voit la démarche que je fais aujourd'hui pour lui.
S T. - F I R M I N , l'appcrccifant. Mon ouclc ! tu yoici bien d'une auire 1
BROSSART , se retournani présente Fequiem ^ croyant prestnter Saint-Firmin.
Venez, petit espiègle, embras.scz, votre beau -père
Tiens , à qui donc cette face lugubre là ? Seringa.
Ah ! qu'il est gentil sou neveu , qu'il est gentil -, mamzelle Celestine , je vous en fais mon coniplinieat» R. E Q U I E M.
Lequel de vous se nomme Auodin l
Anodin.
C'est moi , monsieur.
Requiem, Moi , monsieur , je me nomme Requiem,
Anodin, Aussi ?
BROSSART,à part.
De l'effronterie. ( A Requiem) Et moi , monsieur^ comment m'appellerai-je , s'il vous plait l
Requiem, toujours avec Jlegme.
J'ai reçu ce matin une lettre de monsieur.
BroSSAB-T,
Et moi aussi.
Requiem, J'y ai repondu,
Brossart,
Et moi aussi.
Requiem,
J'ai promis de venir. ..
Brossart, Et moi , je suis venu tout droit...
Requiem.
Traiter d'une sffaire importante.
Brossart.
Et moi aussi.
Requiem, Il s'agit de mon neveu.
Brossart.
11 s'agit du mien.
Requiem.
Uu assez mauvais sujet.
BslossaRt.
Coiam« le misu,
iQ
Apprentlf mcdocin.
Comme le mien.
Et déplus, amoureux de Mlle. Celestinc.'
Brossart.
C'est encore comme le mien.
Anodin, Et moi aussi... et moi aussi... c'est le mien... Expliquonsnous ; je n'ai e'crit qu'une lettre.
BRossaRt.
C'est à moi.
Anodin, Et voici la re'ponse.
Requiem et Brossart»
Air ; Des Drapeaux.
Cet écrit Que j'rii souscrit Est une prei*ve certaine.
Anodin,
Vous m'ave^ , oui , je le voij , Ecrit tous deux i» la fois.
Requiem et Brossart,;
Pour d'autre je n'écris pas , Ma lettre n'est pas la sienne.
Anodin,
De l'un des deux dans ce cas il faut que la lettre vienne.
C'est la mienne.
Brossart,
C'est la mienne.
Ensemble, Requiem et Brossart. Anodin.
Cet écrit Cet écrit
Que j'ai souscrit Par vous souscrit ,
Offre la preuve certaine Ici me met fort en peine ,
<Jue i'étois jaloux d'avoir Car je ne puis plus savoir
Ce soii l'honneur de vous voir. Lequel des deux vient me \oir,
C É L £ S T I N E et S T. - F I R M I N,
Cet écrit, Sans contredit , Va redoubler notre peine ; Faut-ii donc per<lre l'espo\r De nous voii unis ce «oir.
Anodin,
Qu'est-ce que tout çà /
C'est clair , ce sont deux fripons. ( Chacun d'eux lui donne unsoufJltt^.S oxks êtes bien heureux. ..d'être médecins. Requiem, à Anodin, Oui , c'est moi qui ai reçu votre lettre que voici ( il la montre') .^ et je viens vous proposer une associatioa et ua mariage.
St. -FiRMiN, à part.
Que veut-il dire \