SCÈNE l
PARFAIT
.le suis le mari.
JAVOTTE
Et moi j‘ai raison.
PARFAIT
Je te dis que si.
JAVOTTE
Je vous dis que non.
ENSEMBLE
Après six mois de mariage, etc., etc.
JAVOTTE
Pourquoi m’avez-vous épousée,
Monsieur, si vous ne m’aimiez pas?
PARFAIT
Oui, j’eus une belle pensée De me donner tant d’embarras 1 JAVOTTE.
Autrefois je vivais heureuse,
Au grand jamais je ne pleurais!
Autrefois, sans scène fâcheuse,
Je déjeunais et je dinais!
■ JAVOTTE
Le ciel confonde le notaire Qui me donna ce beau mari!
PARFAIT
Au diable soit monsieur le maire •
Qui me fit un jour dire : oui !
JAVOTTE
Ce compliment doux et sincère Vaut bien un cadeau... le voici I
[ Elli' lui itniiAo un soufltpl.)
iO M’SIEU LANDRY
PARFAIT; prenant un pot tnr la table.
Je vais...
(Remettant doucement le pot snr la table.)
Mais la vaisselle est chère,
Fuyons, c’est le meilleur parti.
ENSEMBLE
" ■ ' PARFAIT
Ah I la femme détestable !
Coquette jusqu'à la fureur • Et tourmentante à faire peur !
C’est effroyable,
Abominable,
I^adam’ Parfait, c’est une horreur!
JAVOTTE
Oh! le mari détestablel Incommode, méchant, grondeur,
Grognon, jaloux et querelleur !
C’est effroyable, • '
. Abominable,
Monsieur Parfait, c’est une horieur!
(Parfait pronJ sa pipe et sort furieux.)
SCl’NE II.
JAVOTTE; seule.
Le voilà parti !... il est furieux, il a pris sa pipe... et les affaires de Suzanne en sont bien plus avancées ! Bah ! si ‘Landry n’épouse pas Suzanne, je n’en mourrai pas... ni elle, j’espère... ni lui non plus, je crois !... Mais, ce qu’il faut avant tout, dans un bon ménage, c’est que le mari veuille ce que sa femme veut. Or, pour bien établir les choses, une petite querelle de temps en temps ne peut pas faire de mal. Mais je ris... y a-t-il bien de quoi rire?