‹ M. Tardif; comédie-vaudeville en un acteChapitre 157 sur 233 · SCÈNE VIÏI · texte numérisé non relu

SCÈNE VIÏI

Les Mêmes, Mad. DUMESNIL en grande toiletlp.; M. DUMESNIL, en culotte courte, boucles , has de soie , le chapeau sous le hras ; CAMILLE, coiffée en chei^euXf a^cc une rohe neuve , un collier^

Air : Ma Fanchelte est charmante,

I M. et Mad. DUMESKIL.

/ Allons, viens qu'on te présente..'.

1 Grand dieu ! quel embarras !

Elle est toute tremblante Et n'ose faire un pas.

DUCOUDRAI.

L'entrevue est touchanlen

Voyez quel embarras,

/ Elle est toute tremblante :

ENSEMBLE. / , '

\ Ils n^osent faire un pas.

i CAMILLE.

I Grand dieu ! quel embarras I I Je suis toute tremblante f Et n'ose faire un pas.

I ALPHONSE, sur le devant de la scène ^ à gauche. \ Grand dieu î quel embarras !

Elle est toute tremblante \ Et n'ose faire un pas.

TOUS

Grand dieu ! quel embarras !

M. DUMESNIL, Cl sa femme.

Kli Lien! avance donc.

Mad. DUMESTîIL.

Ail en ! Gamille, ne te tiens donc pas dans tna poche. ( Ils s'avancent tous trois ; Alphonse au demnt d'eux en saluant. )

ALPHOÎÎSE.

Mille pardons de vous avoir dérangés, . et \^Oi*s surtont, madame... combien je vous dois d'excirses...

Mad. DUMFSWÏL.

C'est M, Alphonse de Lnceval, notre nouveau voisin.

M. DUMESNIL

C'est nous qui sommes confus... vous nous surprenez fins un négligé...

DU COUD RAI, à part.

Qu'est-ce qu^il dit donc?., ils sont superbes.

M, DUMESNIL

Mais h la campagne, on agit sans façons... et vous nous pardonnerez de vous avoir fait attendre.

ALPHONSE

Le temps ne m'a pas paru long; car je causais avec monsieur, qui me faisait votre éloge.

M. DUMESKIL.

Cet excellent anii... permettez que je vous prt'îsente ma fille.

ALPflONSE.

Mademoiselle...

Mad. DUMESNiL^ has à Camille Atp.. de Paris et le [village.

, Allons, tenez-vous comme il faut ,

Levez la téte davantage...

CAMILLE, bas.

Mais ma robe me gêne trop. ALPHONSE, à part^ en regardant Camille.

Quelle pïirui ô ! c'est dommage î Mad. DUMESNiL, bas à son mari.

Déjà je le vois enchaîné.

ALPUO^iSE, la regardant toujours.

Elle serait mieux je parie,

Sans tout le mai qu'on s'est donné Pour l'empêcher d'être jollé'.

ALPHONSE, à part.

Et moi qui avais demandé qu'elle ne fut pas prévenue... allons, on m^i manqué de parole.

{Ils sont rangés dans Tordre suwant : Alphonse le premier à droite du spectateur, Camille loin de lui au milieu du théâtre, entre M. et Mad. Dumesnil, et Ducoudrai à gauche. )

M. DUMÊSNiL, bas G SU fcnime.

Maintenant, pour l'achever, tâche donc de faire parler

la fille, car elle n'a pas encore dit un mot.

Mad. DUMESNIL.

Elle qui d'ordinaire est d'une gaiîé... {bas , s' approchant de sa fille. ) Allons, ma fille, allons, mademoiselle, lâchez donc d'être aimable.

CAMILLE, de m êm e .

Je ne peux pas quand on me regarde.

M. DUMESNIL^ hus Cl Ducoudrai.

Soutiens un peu la conversation... toi, qui es le parrain^ et qui n^as rien à faire.

DUCOUDRAI, a part.

Ils ont raison... si je ne m'en mêle pas, ik ne s'en tireront jamais; le prétendu surtout, qui a raison d'être riche,^ car il a l'air de n'être pas fort... ( Traversant le théâtre et passant entre Alphonse et Camille. ) Eli bien ! jeune homme ^ comixient trouvez-vous notre pays?

ALPHONSE, a part.

En voilà un qui^ avec son ton protecteur^ me déplaît souverainement.

DUCOUDRAI.

Un bon pays, n^est-il pas vrai?... un air pur... et puis^ VOUS qui êtes connaisseur.... ( regardant Camille) on y trouve de jolis points de vue.

ALPHONSE, froidement.

Superbes^ comme vous dites... ceux surtout dont la nature a fait tous les frais.

DUCOUDRAI, a part.

Est-il bête ! il ne comprend pas... ( haut ) mais il me semble que, seul, à votre âge, dans votre château, vous devez bien vous ennuyer ?

!3tl

Alphonse:

Je ne m'ennuie jamais... quand je suis seul.

Mad. DUMESNIL.

C'est comme ma fille... c'et»t ce qu'elle me disait encore ce matin... parce qu'une bonne femme de ménage trouve touiours à s'occuper... et vous ne croiriez pas, monsieur , que cette chère enfant fait tout dans la maison.

CAMILLE, has a sa mère.

Mais tais-toi donc.

Et puis quelqu'un qui , comme vous, a été élevé à Paris., doit aimer les arîs^ doux charme de la vie... Monsieur joue peui-eire du violon ou de la flûte.

ALPHONSE

Fort mal.., mais je cultive les arts pour moi , et non pour les autres.

Mad. DUMESJVIL.

C'est comme ma fille.... Je lui ai toujours dit : il faut avoir des talens , et ne jamais les montrer... Aussi ^ monsieur... elle a dessiné dernièremeot une tête de Bomiilus... une tête admirable, qui mériterait Texposition... Eh hieoî personne ne l'a encore vue que moi, son père, et ses quatre frères... car son parrain même n'en a pas eu couniassance.

DUCOUDRAI.

C'est, ma foi, vrai ; et c'est très-mal à toi.

Mad. DUMESWIL,

Allons, Camille, va donc chercher ton portefeuille ^ pour montrer à ton parrain.

ALPHONSE, a part.

J'y suis... c est le parrain qui est le compère.

Mad. DUMESMIL.

Et puis, monsieur qui est connaisseur, te donnera son avis.

CAMILLE

Mais non , maman, y pensez-vous?

Mad. DUME3KIL.

Mais si , mademoiselle. ,,. Je le veux.,;, allez cliercuer votre dessin^ cette tête de Romains.

CAMILLE

Elle était affreuse... je l'ai déchirée.

Matl. DUMESNiL, has à son mari.

Elle a déchiré sa tête de Romulns.

M. DUMESNiL, croisuTit SCS mains,

AUODS...

Mad. DUMESNIL.

Mais au moins tu pourrais nous faire eniendre cet air nouveau... justement on est venu hier par hasard accorder la harpe.

DUCOUDRAI.

Ça se trouve à merveille.

CAMILLE

Ail ! mon parrain !... je vous en prie.

ALPHONSE

Je serai enchanté de juger des talens de mademoiselle.., je suis seulement fâché qu'ellç n'ait point en moi un auditeur plus 4i§"G de l'apprécier.

CAMILLE, à part.

Dieu ! qu'il a l'air moqueur!... je n'y tiens plus... je suffoque... ( bas à sa mère ) par grâce... ne me fais pas chanter... c'est capable de me faire pleurer.

Mad. DUMESNIL.

Allons , rien ne nous réussit. ( i^ojaiit Baptiste qui arrhe ) Par boolieur, voilà le déjeuner... je les mettrai à côté l'un de l'autre.

Page 1