‹ M. Tardif; comédie-vaudeville en un acteChapitre 204 sur 233 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

LES MÊBiES, LORD DERBY.

DERRY, sans voir Edith, Je viens de donner mes ordres, et... (iZ s'arrête en wojant Edith.) Ahî {à Georges.) je croyais t'avoir laissé seul.

GEORGES , troublé.

Oui, j'allais rentrer lorsque mademoiselle s'est offerte à. ma vue; j'étais loin de m'alleadre , en ces lieux, à une surprise aussi agréable.

EDITH, de même et prenant la main de Derhy.

Moi, j'ai cru entendre votre voix... et l'impatience...

DERBY , les absentant.

Je vous remercie. Et vous causiez tous deux de,.,

GEORGES 5 vipement.

Oui , nous.,, nous parlions peinture.

EDITH 5 à part.

Allons , il paraît que tout le monde ment aujourd'hui.

DERBY

Je voulais, ma chère amie , vous présenter Georges , mon neveu \ mais il me semble (ju'il n'a pas eu Besoin de moi,

EDITH

Il se pourrait I monsieur est votre neveu ?( le regar^ dant, ) Je trouvais effectivement une ressemblance. DERBY , de même.

N'est-ce pas?., vous auriez juré ne pas le voir pour la première fois? (à part») Comme ils sont troublés ! ( haut. ) Il est fâcheux que nous ne devions sa visite qu'à un événement aussi triste et qui peut avoir de* conséquences.

EDITH

Comment?

DERBY

Oui 5 un^duel j il est poursuivi, et si on le découvrait...

Ah ! mon Dieu ! j'en serais au désespoir !

GEORGES, légèrement.

Soyez tranquille, il n'y a pas le moindre danger 5 et l'intérêt que vous prenez à ma situation.,.

DERBY

Tu traites cela trop légèrement, mon ami , la chose peut devenir très grave ; moi, je ne suis pas sans inquiétude, se frappant la tête,) Eh! mais j'y pense maintenant : ( tirant des journaux de sa poche. ) ces gazettes que l'on m'a remises à mon départ de Londres... fe n'y avais pas fait attention d'abord... mais on y parlé de c^ malheureux duel. ( parcourant des yeux une gazette, ) Ecoute plutôt.

GEORGES , légèrement.

Ah ! si ce n'est que cela... {il&e rapproche ^ Edith ^ et cause bas a^ec elle, )

DERBY, à part.

Eh bien Îj.. il est d'une tranquillité.,, on dirait que cela ne le regarde pas. ( haut et lisant, ) Le roi est furieux... 11 s'inléresse beaucou.p au parent du lord chancelier, et veut que son adversaire soit traduit à une commission particulière. ( à son neveu, ) Eh bien ! Georges... Georges^, tu ne m'écoutes pas ?

GEORGES

Si^ si, mon oncle, allez toujours. ( à Edith,) Ahl vous aimez aussi la musique, mademoiselle? comme c'est heureux!

DERBY, à lui-même, Ilsn-^ont rien oublié.. .jusqu'au signalement que voilà. ( lisant et regardant son neveu, ) Eh ! mais... c'est singulier... ce signalement ne ressemble pas plus... taille de cinq pieds six pouces ! ( haut,) Ah ! parbleu !...

GEORGES

Qu'est-ce donc?

DERBY, à part.

Ce n'est pas lui, contenons-nous, (^haut et froide-, ment. ) C'est le signalement du coupable qu'on a joint à l'article.

GEORGES , à /7ar^; \jè signalement... je suis perdu!

DERBY , le regardant.

Ah! c'est bien toi... cheveux blonds... la taille, les yeux , tout est conforme.

GEORGES, vivement.

Que dites-vous?

DERBY

Eh bien ! cela t'étonne que ton signalement te res- semble?

GEORGES, embarrassé, Non, non, mon oncle; mais c'est jouer de mal-

îieur ! c'est peut-être le premier qui se rapporte à îà personne. ( à part,) Si on allait m'arréter à sa place!....

DERBY, mettant ses papiers dans sa poche et regardantson neveu.

Je devine tout, mais je sam-ai me venger... {haut, ) Ma foij mon clier ami, j'avais le projet de te faire partir pour le continent; mais d'après ces nouvelles-ci et les ordres donnés de tous côtés, ton départ aurait de graves inconvéniens.

EDITH , avec intérêt.

Oli! sans doute, cela serait trop dangereux : votre signalement doit être dans toutes les mains.

DERBY

Tu resteras caché ici.

GEORGES, avec joie et regardant Edith, Oui, mon oncle, c'est tout ce que je demande^

DERBY

Une quinzaine.

GEORGES, vivement.

Un mois, trois molé : il faut bien donner aux premières recherches le temps de se ralentir. C'est charmant I nous vivrons ensemble : le matin , la promenade ,^ la peinture; le soir, de petits concerts... nous ferons de la musique avec mademoiselle.

DERBY

Non, non , diable! de la musique !.. cela pourrait éveiller les soupçons et te faire découvrir... j'ai une bien meilleure idée!..

GEORGES

Ah !

DERBY

Vois-tu , là-bas , au bout du parc , dans le fond du bois, j'ai une petite masure isolée, abandonnée, qui te conviendra à merveille... des barreaux aux fenêtres, de i^i'osses portes bien ferrées... c'est presque une prison; ^oilà, ce q^u'il te faut.

GEORGES, intrigué.

Comment?

DERBY

Je vais 1^ faire conduire sur- îe- champ; lu y vivias seul , tout-à-fait seul ; tu n'y recevras personne, ce qui est bien plus rassurant.

EDITH 5 enchantée.

Oh I la bonne idée ! ce n'est pas là qu^'on ira Vous chercher.

GEORGES

Quoi î mon oncle?.,

DERBY

ۏ n'est pas tout, mon ami; pendant que tu seras^ dans ta cellule , nous autres , nous allons partir, GEORGES, inquiet.

Vous allez partir?

DERBY

Oui, Edith et moi nous partons pour Londres: tu sens qu'il est essentiel de ne pas perdre un instant^ \h £iut que je rassemble mes amis, que je fasse usage de tout mon crédit pour obtenir ton pardon.

EDITH , attendrie , à Derhy, Ah! Monsieur, que vous êtes généreux!

GEORGES, à part.

Me voilà bien. ( haut, ) Mais mon oncle si je partais avec vous ?

DERBY

Y penses-tu?

Quelle imprudence î

DERBY

Et ton signalement, et les poursuites? nous partis, au contraire, on croira cette maison inhabitée.

EDITH

On ne songera plus à y faire des recherches,

DERBY

Cela nous donnera le temps d'agir..

ïlDiTH, appuyant.

Oui, oui, c'est bien mieux, (à Georges,) Allons, Monsieur, du courage, tâchez de ne pas trop vous ennuyer.

GEORGES , à parté Ah î mon Dieu î ( haut, ) Mais mon oncle...

DERBY , avec chaleur.

Tu n'as pas hesoin de me le recommander, mon ami,, je mettrai dans mes démarches un zèle, une activité... je me jeterai , s'il le faut , aux pieds du roi. i^lui serrant la main, ) Mon cher Georges, mon pauvre ami, je me mets bien à ta place , je sens tout ce que tu dois souffrir. EiJiTH, émué.

Ah! quel oncle vous avez là.

GEORGES , avec une colère concentrée.

Certainement, je suis touché.., (-^àpart. ) J'enrage!

DERBY

Pas de remercîmens mon ami , ce que j'en fais , c'est autant pour moi que pour toi; mais nous n'avons pas une minute à perdre; vite à Fexécution, je vais don^ ner mes ordres.

GEORGES, bas.

Enfin , il nous laisse seuls.

DERBY s' arrêtant avec défiance eï appelant,. Holà! quelqu'un.

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