I. Saint-Vallier à M. Thiers, 24 février
montré, en effet, quelle singulière interprétation de d ravant-projetï)deM. Thiers avait transmise l'ambassadeur, mais fait voir aussi sous combien d'hostilité réfléchie il avait espéré rendre nulles les propositions françaises, et comment il tâchait de leur faire substituer un traité sur lequel l'inimitié planerait comme sur le précédent. Le surlendemain de son premier rapport, le 7 février, il avait pris texte d'un autre détail plus ou moins à sa place ou plus ou moins exact de la conversation de M. Thiers, pour assurer à son gouvernement que la France serait sansarméesuffisante une année et demie encore, conséquemment hors d'état de faire la guerre ou d'y aider, et il préludait par ce point de vue à un projet de libération à lui, quoique pourtant il ne lui en fût demandé aucun. Sous l'apparence de mettre fin à l'occupation le 1^^ mai, soit bien plus tôt qu'il n'en était question, ce projet nous enfermait dans des clauses absolues de neutralisation du territoire évacué, et surtout dans des clauses de payement qui laissaient probables des manquements dont chacun entraînerait de soi occupation nouvelle. Pour lui, le principe essentiel résidait à « ne pas perdre toute influence ultérieure sur la France », à ménager « une période intermédiaire durant laquelle l'Allemagne pourrait encore la surveiller sans peser sur elle autant qu'auparavant ». Belfort demeurait d'ailleurs retenu; dans ces conditions, disait l'ambassadeur, « la certitude que nous «c pouvons revenir garantit l'exécution des clauses non « encore remplies du traité de paix aussi bien que « l'armée d'occupation ». Plan libellé avec soin, en articles motivés chacun ; l'ambassadeur l'avait probablement rapporté ou reçu tout fait de Berlin. On y sent le parti qui avait dicté le traité du 29 juin. Son
auteur, ses auteurs peut-être, rélevaient au niveau d'un acte de politique européenne, car « l'effet qui serait produit dans les autres pays » y entrait en ligne de compte; l'ambassadeur ajoutait : « On saurait, je a crois, très mauvais gré aux Français, s'ils se mon- « traient ingrats et voulaient se conduire d'une manière a inconvenante, quand nous aurions pris vis-à-vis « d'eux une attitude que toute l'Europe regarderait « probablement, à première vue, comme une concesa sion étourdie * ». Le comte d'Arnim n'avait évidemment aucune notion des idées dans lesquelles M. de Bismarck, maintenant qu'il lui était loisible d'imposer la direction, voulait en terminer avec la France, ou bien, son intention était d'y faire obstacle en vue d'une politique différente de celle du chancelier. A moins que, tellement assuré de lui-même, il ne craignît pas de trancher encore de l'homme d'état, comme lorsqu'en 1872 il avait proposé la restauration de l'empire napoléonien sous l'égide de l'armée occupante. ' On apprendra dans un instant, par M. de Bismarck encore, que d'ailleurs il disait ne trouver à Versailles que détours ou indécision.
Au point où en sont les choses entre Versailles et le chancelier, il n'y a pour ainsi dire plus besoin d'en écrire l'histoire. La correspondance qui s'échange la retrace à elle seule. A la Présidence, on ignorait ces menées de l'ambassadeur et M. Thiers pouvait, comparativement, le trouver attentif, aimable, M. de Rémusat constater tout au moins sa bonne humeur. D'ailleurs on était tout à la gratitude envers le quartier général. L'anniversaire de la naissance de M. de Manteuffel