CHAPITRE XXII
Accord décisif.
Conseil justifié de M. de ManteufTel contre les infidélités possibles du comte d'Arnim. — Étrange projet de traité présenté par ce dernier. — M. de Bismarck télégraphie à Nancy qu'il accepte les conditions du Président, sous la réserve de garder Belfort jusqu'à parfait payement. — Effet produit par cetteoffre; le chancelier explique pourquoi la restriction est émise. — Appréhensions à cause d'une indisposition de M. Thiers; explications données par le Président et par M. de Rémusat. — Procédé du comte d'Arnim pour empêcher d'avancer; M. de Bismarck dévoile l'ambassadeur. — Affirmation réitérée que Belfort sera rendu après le dernier payement; intérêt qui le faisait retenir. — Prompte réponse de M. Thiers; sous des réserves secondaires, il accède aux conditions de Berlin.
M. de Rémusat avait cru, un moment, à quelque prévention de trop chez le général de Manteuffel contre l'ambassadeur d'Allemagne. Il est possible que ce dernier en eut un peu. Le général baron de Manteuffel était quelqu'un de plus que le comte d'Arnim; l'ambassadeur avait souvent montré qu'il entendait le tenir pour moins : de là peut-être matière à rancune. Mais à la différence de l'ambassadeur, le général avait position pour juger. Mêlé de près à la politique, à celle du souverain lui-même, il puisait son opinion sur les per-
sonnes dans un ordre d'appréciation ayant du poids. Lorsque des natures de petite dimension apportent dans des positions publiques, plus d'ambition que de facultés, rinaptitude les fait aisément descendre à des procédés dont on pense avant tout à se prémunir. M. de Manteuffel savait que l'ambassadeur, même trouvé au-dessous de sa place, deviendrait inattaquable dans l'esprit formaliste et épris de hiérarchie qu'était celui du roi, s'il pouvait invoquer le grief que l'affaire de l'évacuation était traitée en outre de lui et surtout en dehors de lui. Aussitôt que le commandant de l'occupation s'était vu chargé d'engager la négociation par l'intermédiaire du commissaire français en la cachant à l'ambassade, il ne s'était donc pas borné à faire recommander le secret à Versailles avec beaucoup d'insistance. Il était allé plus loin. D'après ses désirs, M. de Saint- Vallier mandait à M. Thiers, le 12 février : a II regarderait comme nécessaire de vous (( placer à l'abri des infidélités du comte d'Arnim ». Le moyen aurait consisté en ceci, à l'exemple de ce que le général avait appris du prince Gortshakow comme pratiqué dans la diplomatie russe : adresser à M. de Gontaut à Berlin un résumé de chaque entretien , lequel, lu au chancelier, serait rectifié sans délai si le besoin s'en faisait sentir. M. de Manteuffel renouvelait ce conseil dix jours après *, quoique grâce à lui la promptitude des pourparlers ne laissât pas le temps d'une précaution si efficace. Il dut ressentir avec tristesse, plus tard, la satisfaction de se dire qu'il n'avait pas tort.
Les pièces du procès d'Arnim n'ont pas uniquement