‹ M. Thiers, le Comte de Saint Vallier, le général de Manteuffel: libération du territoire 1871Chapitre 108 sur 128 · mars · texte numérisé non relu

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grâce au chancelier en personne? M. Thiers, bravant donc son éloignement à user de Tétat de siège, venait de réprimer d'autorité la plus violente de ces démonstrations hors de place : il ne désirait pas à tort qu'on le sût à Berlin. A neuf heures vingt-cinq du matin, il télégraphia à M. de Saint- Vallier : « Je vous remercie (( et je remercie M. de Manteuffel de toutes vos corn- « munications, qui m'ont rendu les plus grands ser- (L vices. Nous allons finir. Je suis tellement indigné (( des articles de certains journaux contre le prince de « Bismarck que je viens d'ordonner ce matin, spon- « tanément et sans intervention de l'autorité allège mande, la suppression du journal V Assemblée « nationale^ qui a fait sur M. de Bismarck des articles ce scandaleux. Dites-le à M. de Manteuffel, qui pourra (( le mander à Berlin ».

Les paroles de négociation, même écrites, ont souvent un autre sens que celui qui apparaît. Dans la soirée de ce jour, 14 mars, M. de Bismarck avait télégraphié à M. de Manteuffel que (( deux instruments étaient prêts, qu'ils pouvaient être signés tout de suite si Versailles laissait Belfort pour gage, mais que si c'était Verdun il faudrait régler la question de la garnison, celle du rayon, celle des étapes; il faudrait prendre les ordres du Roi, l'avis du ministre de la Guerre, d'où quelques jours de retard avant la signature », et le chancelier ajoutait d'en informer M. de Saint-Vallier. La vérité, c'est que le cabinet impérial espérait et désirait voir M. Thiers s'en tenir à Belfort, prendre l'offre de Verdun pour une condescendance dont la constatation lui suffirait. Non qu'à lierlin l'on eût sur Belfort, c'était certain maintenant, les vues obliques dont l'année précédente le parti

militaire était soupçonné; on souhaitait surtout d'en finir, de pouvoir le dire au Reichstag, et Ton craignait de perdre du temps à régler des détails, tandis que pour Belfort il n'y aurait qu'à continuer l'état présent. Les annalistes futurs seront probablement mieux à même qu'on ne Test aujourd'hui de montrer dans le jeu des partis à Berlin, partis de la cour, partis du Reichstag, un peu dans les circonstances extérieures peut-être, le prix particulier alors attaché à la conclusion définitive, c'est-à-dire à la consécration que la signature seule rend positive. C'était l'opinion du général de Manteuffel que M. Thiers écarterait l'échange, et c'était celle de M. de Gontaut, voyant de près et cédant sans doute à ce qu'il voyait. M. de Saint-Vallier venait de mander au sujet de M. de Manteuffel qu'il s'applaudissait a d'avoir contribué à déjouer les arrière-pensées et les calculs du comte d'Arnim, d'être parvenu par sa correspondance à faire introduire dans le discours royal au Reichstag les phrases satisfaisantes pour M. Thiers et son gouvernement qui s'y trouvaient, et, par son action dans tout ce qui venait de se passer, d'avoir donné au Pré- . sident un témoignage de ses sentiments * ». Le général, avec son réel désir de rapprocher son pays du nôtre par les procédés mutuels, en vit une occasion dans ce choix à faire entre l'un ou l'autre des deux gages. La pensée d'amener le Président à donner de suite à l'Empereur Guillaume la marque de confiance de ne point accepter l'offre, le porta à conjurer le plénipotentiaire d'y travailler avec lui, même de transmettre à M. Thiers une note de sa main pour le persuader.

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