‹ M. Thiers, le Comte de Saint Vallier, le général de Manteuffel: libération du territoire 1871Chapitre 114 sur 128 · La Gazette de Voss et la Gazette d^Eberfeld · texte numérisé non relu

La Gazette de Voss et la Gazette d^Eberfeld

était prochain, il fallait ne rien négliger pour toucher au plus vite la plus forte part qui serait possible de l'indemnité de guerre pendant que le pays pouvait encore payer». Version à la manière du comte d'Arnim et qu'on dirait empruntée à certains de ses rapports. Qui plus est, version à plusieurs fins, pouvant décharger M. de Bismarck si elle venait de son entourage, le diminuer si elle l'avait en vue, et, de plus, atteindre en France le général, dont ce langage était complètement l'opposé de celui qu'il y tenait et qui lui avait tant concilié le gouvernement du Président. Les journaux français, visant naturellement à jeter des motifs de plus de récrimination sur les Allemands, reproduisaient ces dires.

Ce fut le coup le plus profond qu'eût senti M. de ManteufTel depuis son commandement. Après le rôle qu'il s'était donné pour nous et qui venait de si bien réussir, paraître n'avoir été que duplicité lui fut intolérable. Les paroles ne lui suffirent pas pour protester auprès du comte de Saint- Vallier; c'est le registre tout entier de sa correspondance confidentielle qu'il mit sous les yeux de celui-ci, ses messages secrets au Roi, au prince de Bismarck, à M. de Moltke. Ils ne montraient pas seulement que pendant toute la durée des négociations suivies pour le dernier traité, il avait correspondu uniquement avec le chancelier, n'avait adressé ni une seule lettre ni un télégramme soit à l'Empereur Guillaume, soit à des personnes de son entourage; ils attestaient tous, en outre, qu'il ne cessait de manifester sa confiance en la loyauté du Président, en son respect des engagements pris, de répéter qu'il fallait lui en faciliter l'exécution en évitant de témoigner une défiance blessante. (( Il ressort de cette

« curieuse correspondance », écrit le plénipotentiaire à M. Thiers * (et c'est un autre document à recueillir de notre situation à cette malheureuse époque ainsi que des moyens par lesquels nous en fûmes tirés), « Il res- « sort de cette curieuse correspondance qu'il n'a jamais « varié depuis le séjour qu'il a fait auprès de vous à « Versailles en juin 1871, que l'impression exercée sur « son esprit par ses entretiens avec vous à cette époque « ne s'est jamais affaiblie et qu'elle a inspiré tous ses a conseils à son gouvernement : au moment de la a négociation Pouyer-Quertier en août et en sepa tembre 1871, au moment du traité de juin 1872, enfin (( lors du dernier traité. Quelques lettres m'ont parti- « culièrement frappé, celles notamment où M. de Man- (( teuffel s'attache à combattre la conviction arrêtée chez « le Roi, chez le chancelier, chez tous les ministres, à « la cour, dans l'armée, que nous nous hâterons de (( payer les deux milliards pour dégager Paris et « retrouver notre liberté d'action, mais que nous a n'exécuterons pas les autres engagements du traité a et que nous tenterons le sort des armes plutôt que « de payer les trois derniers milliards. D'autres lettres « intéressantes sont celles, de date récente, dans (L lesquelles le Roi et M. de Bismarck le félicitent a d'avoir vu si juste sur l'état de la France, sur les a fermes dispositions de son gouvernement, contrai - « rement à l'opinion de tous les agents envoyés à <(' Paris depuis le rétablissement de la paix. »

Nous étions encore à cinq mois de la fin ; ces sympathies avouées du général en chef nous feraient inévitablement besoin d'ici là. L'estime qu'avaient

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