‹ M. Thiers, le Comte de Saint Vallier, le général de Manteuffel: libération du territoire 1871Chapitre 116 sur 128 · Versailles, 30 mars · texte numérisé non relu

Versailles, 30 mars

sion aux mêmes dates et dans le même appareil que pour les autres parties de la France. La difficulté était du côté français, dans les susceptibilités militaires. L'uniforme de notre armée avait été interdit sous l'occupation ; par continuation du deuil, par répugnance à se voir saluer de l'ennemi, par crainte d'offense aussi s'ils ne l'étaient pas, les officiers tenaient à ne point se vêtir de leurs insignes avant l'évacuation. Sentiment légitimé par trop de considérations pour qu'on le négligeât. Et cependant, à rouvrir- tout uniment sous l'habit civil une opération dont la solennité devait manifester à la contrée entière le retour à la vie nationale, on eût manqué le but. C'était le conseil de revision en tenue officielle, venant faire à vraiment parler au nom de la France la dévolution définitive des jeunes hommes de chaque localité au service de guerre, qu'il importait de montrer aux populations. Cet appareil même révélerait en quelque sorte la patrie reconquise. Des conventions avec le quartier général, acceptables par qui avait eu bien d'autres fois la mission de se plier à de pénibles, rassurèrent les appréhensions. La revision put être accomplie tout entière avant la fin de l'occupation, à côté et à la vue des troupes allemandes. Ce ne fut pas uniquement sans une seule occasion de froissement des deux parts, même en présence de la joie publique, les cloches sonnant, le clergé venant parfois bannières déployées au-devant du conseil avec les municipalités; elle s'accomplit, qui plus est, sous des égards presque embarrassants. Moyennant qu'en abordant chaque localité occupée le préfet ou son remplaçant fît, en personne ou par carte suivant les degrés, acte de courtoisie envers le 0(MumâQdant d'armes, la

garnison ennemie fut aussi attentive aux honneurs dus à Tuniforme français qu'à ceux prescrits vis-à-vis de ses officiers propres. Le général de Manteuffel avait donné de tels ordres qu'ils ne pussent être méconnus; ils furent observés même à la gare de Metz, traversée pour des parties de l'ancienne Moselle réunies à la Meurthe.

L'histoire ne s'étonne pas que l'impression de la blessure se fasse sentir longtemps quand il s'agit du pays. Mais les hommes d'État aux mains de qui viennent les choses sont obligés de retrouver leur liberté d'esprit bien avant les contemporains. Quand ils n'ont pas derrière eux la force, les bons rapports sont leur arme unique. C'est pourquoi M. Thiers avait oublié envers le général de Manteuffel l'irritation de la défaite, pourquoi il se crut tenu à la déférence envers l'Empereur Guillaume et conserva vis-à-vis du chancelier les convenances que d'anciennes relations lui dictaient; c'est pourquoi ses auxiliaires suivaient en cela ses inspirations. M. de Bismarck, lui, porté par les victoires, n'avait rien à sacrifier pour affirmer le changement survenu sous son impulsion. Il avait remercié le général avec autant d'etfusion que lui en permettait sa nature : pour M. de Saint- Vallier il se fit affable. Le 2 avril il adressait ce télégramme à M. de Manteuffel : a. Votre Excellence a pris part aux « négociations qui ont abouti à la convention du « 15 mars de cette année. Si les difficultés qui s'oppo- (( saient à cet arrangement ont été, grâce aux concesa sions faites réciproquement, écartées dans un temps a relativement court, une part importante de ce résul- « tat revient à l'active entremise de M. le comte de a Saint- Vallier. Le comte de Saint- Vallier a essentiel -

« lement facilité l'entente avec le gouvernement fran- « çais et a rendu possible, comme cela était désirable, «c la prompte conclusion de la convention. C'est un « devoir pour moi de prier Votre Excellence de vou- <( loir bien exprimer à M. le comte de Saint- Vallier ce ma sincère reconnaissance du service qu'il a rendu ce aux deux gouvernements contractants, en rendant ce possible un échange d'idées direct entre Votre Excelce lence et Monsieur le président de la République. y> Le comte en était alors à fixer, avec le quartier général, les arrangements militaires relatifs à Verdun et à la zone d'étapes des troupes allemandes sortant de France. On avait pensé d'abord qu'à un divisionnaire ordinaire serait remis le commandement du reste de garnison destiné à détenir la place, ce qui n'eût pas comporté de notre part beaucoup de frais d'installation. Mais il fut annoncé de Berlin qu'afin de marquer au président de la République la considération que l'on tenait à lui témoigner, le commandement, jusqu'au départ du dernier soldat, demeurerait entre les mains du dignitaire de l'armée avec qui les relations avaient été appréciées parle gouvernement français \ En effet, l'ordre arriva le 13 au général de Manteuffel de transporter son quartier général à Verdun lors de l'évacuation de Nancy*. Il ne devait être ni bien aisé ni peu coûteux de faire pareil établissement dans cette petite ville frontière ; la question d'argent fut nécessairement posée à M. Thiers. Qui serait surpris de le voir télégraphier en réponse^ : ce II faut faire à Verdun tous les préparatifs conve-

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