Saint-Vallier à M. Thiers, 6 mai
effet assez habituel, le sujet le commandait, M. de Saint- Vallier s'y attendait donc. Mais il savait par expérience que le moment d'après le général se demanderait comment il pourrait s'employer encore et y aviserait bientôt. Le 15 mai, en effet, le plénipotentiaire pouvait augurer de ses entretiens ultérieurs que le général avait ce reçu des assurances favorables », et il écrivait à M. Thiers : « Si nous payons exactement le « 5 juin, comme nous l'avons fait le 5 mai, nous « aurons les meilleures chances de réussir, par une a négociation confidentielle, à faire abandonner par le « cabinet de Berlin Toccupation de Verdun ». « Vous apprécierez, continuait-il, s'il convient de pressentir à cet égard M. de Bismarck, c'est-à-dire (pas avant cette date du 5 juin, toutefois) de faire dire un mot par M. de Gontaut ou par le comte d'Arnim, ou bien de m'écrire une autre de ces missives privées qui ont tant d'autres fois séduit le commandant en chef et dont la copie ou les extraits, envoyés tantôt au Roi tantôt à ce dernier et à son ministre en même temps, ont eu d'heureuses conséquences ».
Est-il besoin de rappeler à quel point la politique s'envenimait à Versailles, pendant qu'à Nancy tout paraissait s'acheminer vers ce complément souhaitable du traité du 15 mars? Il reste encore des survivants n'ayant pas oublié combien M. Thiers envisageait avec sérénité, tout au moins le laissait croire, les assauts, maintenant rapprochés, qui étaient livrés à sa Présidence. Dans ce moment même son commissaire extraordinaire en recevait une nouvelle preuve. A l'élection du candidat de l'extrême gauche à Paris, d'autres avaient succédé sur divers points de la France. Plusieurs, marquées du même caractère
excessif que la précédente, étaient défavorablement commentées à Berlin. M. de Saint-Vallier avait exprimé des regrets de ce surcroît d'incidents, et avec d'autant plus de chaleur à cause de la négociation qu'il venait d'ouvrir. Le Président, en lui répondant, ne se borna pas à accuser réception de préliminaires qui faisaient espérer le succès. Nous étions au 18 mai, à la veille d'un autre de ces débats si souvent renouvelés depuis trois mois, mais que les circonstances semblaient à l'envi rendre définitivement aigus. Il voulut réconforter le commissaire extraordinaire afin qu'une fois de plus, et il pouvait penser que ce serait la dernière, celui-ci fût à même de faire tomber les appréhensions qui se ravivaient. Rentrant à Versailles après un séjour de vacances politiques à Paris, il passa à M. de Saint-Vallier ce télégramme, a particulier et confidentiel * » ;
a Mon cher M. de Saint-Vallier,
« Je suis en pleine crise ministérielle et en gros ennuis de transport de Paris à Versailles, et c'est à peine si je puis, soufl'rant et fatigué, vous écrire quelques mots. J'ai reçu et j'ai lu avec un vif intérêt votre lettre du 15 mai. Je suis d'avis que si en retour de notre exactitude nous voulons obtenir la simultanéité de l'évacuation, c'est-à-dire de Verdun comme de tout le reste, il faut attendre le payement du 5 juin qui est tout prêt, et employer la forme que vous indiquez. Nous pouvons y ajouter une ofl're d'une bonne somme en or, dont on est très friand comme nous le savons par Berlin. — Remerciez toujours