CHAPITRE XXV
L'évacuation.
Après le 24 mai. — Où en était la question de Verdun; comment elle est reprise; pourquoi elle échoue. — M. de ManteufTel et le nouveau gouvernement; dispositions témoignées par M. de Bismarck. — Le chancelier essaye de revenir à la délimitation des diocèses; réponse du duc de Broglie. — A Nancy; menées politiques sur le nom de M. Thiers; préoccupation qu'en a M. de Saint-Vallier; manière digne dont le duc de Broglie le tranquillise. — Indemnités réparties par M. de ManteufTel; don fait à Nancy en conséquence; intervention inconsidérée du président de la Société de protection des Alsaciens-Lorrains; émoi au quartier général et dans l'armée occupante; M. de Saint- Vallier rétablit le calme. — Le général tout à la mansuétude; la veille du départ; le 5 au matin il emmène les troupes.
Par suite de la démission de M. Thiers le 24 mai, un parti, non un homme politique,, était monté au gouvernement. Ce parti, les « choses de l'intérieur », comme on disait alors, l'esprit et la conduite à suivre pour changer les directions, l'intéressaient essentiellement; les affaires de l'occupation lui semblaient secondaires ou ne point exister. Dans son milieu on était près de croire que lorsque le gouvernement d'auparavant arguait de celles-ci, c'était pour en imposer, mais qu'en réalité elles marchaient d'elles seules sous les
conditions stipulées. En fait on ignorait ces affaires; la main qui les avait menées disparaissant soudain, il n'en restait de traces que sur les lieux mêmes. Lorsque le nouveau ministre des Affaires étrangères prit possession de son cabinet, il ne se vit sans doute appelé par la correspondance officielle ni à donner des réponses, ni à demander des informations. Du moins eûtil été de prévoyance de s'enquérir à Nancy, le second jour en tout cas, si quelque chose n'y demandait pas Tattention. Plus tard on fut sans doute fâché de ne l'avoir point fait. Par discrétion politique, le comte de Saint- Vailier avait laissé passer deux fois vingt-quatre heures avant d'essayer d'avertir le gouvernement nouveau; à défaut d'aucune communication de Versailles, il avait pris ensuite pour cela l'intermédiaire du secrétariat précédent. Mais aucun effet n'était provenu de cette démarche, peut-être par une cause fortuite, peutêtre aussi parce que, dans le Versailles qui succédait au précédent, personne n'avait l'idée qu'au sujet des Allemands il pût y avoir, en dehors des payements restant à faire, matière à regarder ou à suivre K Trois semaines s'étant cependant écoulées et le plénipotentiaire ne recevant ni une interrogation ni un avis bien que, le 30 mai déjà, il eût envoyé des informations, il demanda audience au ministre des Affaires étrangères pour l'entretenir des questions que leur nature propre ou l'approche du moment fixé pour
1. Le nouveau gouvernement correspondit en chiffres, pendant la nuit du 24-25 mai et la journée du lendemain avec « Le général de division à Nancy », sans se douter que ce personnage militaire n'existait pas sous l'occupation, que les fonctions toutes de bureau et fort minimes correspondant à ses fonctions étaien.t remplies par un lieutenant-colonel de gendarmerie, et que celui-ci n'avait aucun chiffre.
révacuation ne permettait plus de retarder *. C'était raffaire de la délimitation des diocèses, et elle risquait d'entrer dans une phase délicate; c'était de régler les dépenses de reconstruction et de matériel effectuées par les Allemands dans les places fortes; par-dessus tout c'était l'affaire de Verdun.
Au sujet de cette dernière, M. de Saint- Vallier avait mandé : « Parmi les plus urgentes, il y a une négo- « dation confidentielle entamée avec M. de Bismarck « sur l'ordre de M. Thiers et par l'entremise de c( M. Manteuffel, pour une évacuation anticipée de c( Verdun sous certaines conditions; l'affaire, qui était (( en bonne voie, est demeurée en suspens depuis le ce 24 mai; j'avais chargé M. de Pontécoulant de vous « en dire un mot il y a quinze jours, mais je crains « qu'il ne l'ait pas fait; dans tous les cas il est essence tiel que je vous fasse voir les lettres échangées ce jusqu'ici à ce sujet. » Toutefois, il ne fut pas encore trouvé, à Versailles, que l'heure d'une audience eût sonné. Était-ce que l'affaire avait cessé d'être entière? Lors de la retraite de M. Thiers, la réserve d'or qu'il avait prescrite atteignait 268 millions. Le ministre des Finances du nouveau gouvernement s'était étonné de cette accumulation, n'avait recueilli aucun renseignement qui la motivât; ayant à opérer le payement du 5 juin sur le dernier milliard, il y avait fait comprendre 50 millions en métal jaune, pensant répondre par là aux besoins de la circulation. Le comte de Saint- Vallier hésitait à penser que la négociation pût être utilement reprise ^ Cependant, on l'autorisait à s'en