A l'une des personnes qui étaient à même de suivre à côté
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entendre de nouveau avec le général, à rendre compte de sa démarche; mais en même temps le ministre avisait M. de Gontaut de poser aussi la question à Berlin. Les préférences allaient maintenant de soi à ce dernier.
M. de Saint- Vallier supposa pourtant que la négociation n'était pas trop compromise et que les 218 millions en or qui subsistaient sembleraient encore au chancelier un attrait suffisant. Le 24 juin il exposait le résultat de ses nouveaux pourparlers. M. de Manteuffel avait d'abord demandé si depuis leurs premières conversations nous avions négocié à ce sujet, et la réponse négative du plénipotentiaire lui avait fait craindre que le temps écoulé n'eût enlevé à la question son opportunité. Malgré cela, il avait écouté avec les sentiments attentionnés d'auparavant le plénipotentiaire lui dire que « les dispositions demeuraient les mêmes qu'à Tépoque des conversations échangées précédemment entre eux; que le duc de Broglie partageait sur la question les idées de M. Thiers ; que nos 218 millions d'or disponibles étaient largement suffisants pour servir de base à la transaction indiquée; que sans y être tenus, sans rien demander en retour, nous venions d'en compter pour 50 millions à l'Allemagne, tellement nous avions à cœur de lui
de lui ces péripéties, le comte de Saint-Vallier écrivait le 6 juin : « Je ne puis prévoir le moment où il me sera possible « de me rendre à Paris, M. le duc de Broglie ne m'ayant pas « encore fixé le moment où il se trouvera suffisamment libre « pour avoir avec moi les longs entretiens que nécessite la « situation. Je dois donc attendre, non sans contrariété, car « cette perte de temps a de fâcheuses conséquences et me fait « perdre mon dernier espoir de réussir à négocier une évacua- « tion anticipée de Verdun, ce à quoi j*avais l'espoir fondé de « réussir, avant le 24 mai. »
montrer du bon vouloir; qu'en se montrant, elle, empressée à la transaction, elle nous donnerait surtout une satisfaction morale, tandis que ce seraient pour elle des avantages réels. » En conséquence le comte écrivait à Versailles : « M. de Manteuffel m'a dit qu'il allait en écrire particulièrement au prince de Bismarck en reproduisant le langage que je lui avais tenu ; mais il a exprimé la crainte qu'il ne fût bien tard aujourd'hui pour reprendre les pourparlers entamés au commencement de mai ; il a surtout insisté sur la nécessité absolue que la première ouverture vînt de notre côté »; si votre ambassadeur, a-t-il dit, se borne (( à attendre les ouvertures du prince, ce dernier ne ce prendra aucune initiative et ne dira pas un mot, ne (L voulant pas s'exposer à une fin denon-recevoir de la « part d'un nouveau gouvernement dont il ne connaît « pas les sentiments et les appréciations sur cette ques- (L tion... Si l'on veut faire quelque chose, il est indis- « pensable que M. de Gontaut, tout en se tenant dans (( le vague pour ne pas se compromettre, ouvre la voie c( à des propositions par un mot indiquant qu'il est (L prêt à en entendre. »
Il avait bien été conforme aux règles de mettre aussitôt notre ambassadeur au courant; mais c'était une erreur, pour la réussite de l'affaire, de lui donner mandat d'en parler avant de savoir ce qui adviendrait de la correspondance de M. de Manteuffel avec le chancelier. Dans l'ignorance où étaient les Affaires étrangères de l'utilité trouvée depuis six mois à l'intervention du général, elles auraient très probablement évité un échec en entendant tout d'abord à Versailles même M. de Saint- Vallier. La question étant perdue de vue, il aurait persuadé de ne point aborder le
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chancelier sans qu'il eût été préparé à la reprendre. L'échec ne tarda pas. M. de Gontaut ayant fait connaître sa démarche auprès de M. de Bismarck, le ministre apprenait le 28 au plénipotentiaire, par un pli personnel, qu'il n'y avait rien à attendre : « Il n'y « a pas à penser à l'évacuation anticipée. M. de Gon- « taut a fait la démarche convenue et rencontré une ce résistance fondée sur le motif ou sur le prétexte de «c la santé du Roi, qui est seul juge des questions « militaires et ne peut en ce moment s'occuper d'au- « cune affaire ». Mais le même jour une réponse de M. de Bismarck était arrivée à M. de Manteuffel, et il en ressortait assez clairement que, prévenu au préalable, le chancelier aurait sans doute amené l'Empereur à partager son sentiment à lui, lequel restait favorable à la proposition comme il l'avait été tout de suite. Le plénipotentiaire répondait le 30 au duc de Broglie : ce ... En même temps que je recevais votre « lettre, M. de Manteuffel en avait une du prince de « Bismarck qui lui donnait connaissance de l'ouvercc ture faite par M. de Gontaut au sujet d'une évacuait tion anticipée de Verdun. Le chancelier dit, paraître il, que la proposition a paru un peu tardive, qu'elle « a surpris le Roi qui ne s'y attendait plus et qui avait « conçu d'autres arrangements, que Sa Majesté ne l'a (( donc pas admise pour le moment, bien que son « avis à lui, prince de Bismarck, fût demeuré le même « et qu'il eût trouvé politique de l'accueillir mainte- « nant comme il y a six semaines ». Il aurait donc été efficace d'appeler M. de Saint- Vallier la dernière semaine de mai. Le temps d'occupation à courir encore suffisait pour réunir une plus forte somme d'or que 218 minions (M. Thiers comptait arriver à 500 mil-
lions) ; avec elle on aurait d'autant mieux décidé le chancelier, et l'évacuation totale se serait effectuée le 5 août. Nous y aurions gagné un million, mais surtout une satisfaction morale, et le nouveau gouvernement n'était pas assez riche de ces satisfactions-là pour qu'il n'eût point eu à apprécier celle-ci. De mauvais propos accusaient volontiers le gouvernement précédent de rechercher les pareilles dans des vues personnelles; ses successeurs, eux, ne s'inquiétèrent pas assez, à leur avènement, du point où il laissait les choses. Ils auraient perdu tout le bénéfice de ce qu'il avait ainsi commencé quand il ne lui était pourtant plus besoin de rien ajouter à ses services, si à raison des bons rapports et de l'estime que M. Thiers valait à la France M. de Manteuffel, on le verra tout à l'heure, ne s'était senti porté à abréger de quelques jours la durée de l'occupation. Les a autres arrangements » de l'Empereur Guillaume consistaient à ramener à Berlin le général avec ses troupes, pour assister à l'inauguration, prochaine, d'un monument qui s'édifiait en commémoration des victoires du règne. La solennité eut bien lieu à la fin d'août, mais le général y fut appelé seul , presque toute son armée étant déjà rentrée.
Le duc de Broglie a récemment fait connaître en détail et avec l'autorité d'un acteur direct, les relations tendues qui existèrent à certains égards entre Versailles et Berlin, après l'installation du gouvernement qui remplaça celui de 1871 \ En pays occupé, toutefois, aucune différence ne fut sensible. Le général
1. Le Vicomte de Gontaut, — M. Valfrey avait, dès 1875, relaté sommairement les circonstances qui se produisirent alors.
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de Manteuffel n'avait pas attendu de lire le message présidentiel du 26 mai pour se rendre non seulement chez M. de Saint- Vallier, mais même à la Préfecture de Meurthe-et-Moselle, et apporter aux deux endroits l'assurance que les dispositions ne changeraient ni de ce qu'elles avaient été de sa part ni de ce qu'étaient devenues depuis six mois celles de son gouvernement. L'air ambiant dû à M. Thiers survivait à sa retraite. Le duc de Broglie avait mandé à M. de Saint- Vallier, le 28 juin : a II n'y a donc plus qu'à penser à mener à « bien, sans désordre, sans prétexte à récriminations « de part ni d'autre, le mouvement de troupes qui « doit commencer le 5 juillet » ; la même vue régnait au quartier général. Elle s'affirma ouvertement dans les décisions qu'appelèrent de sa part des incidents, plusieurs assez graves, auxquels donna lieu la surexcitation produite par la proximité de la libération. M. de Bismarck, lui, éprouvait assez de contrariété de l'évolution politique inopinément survenue, car il ne laissa point passer, sans en reprendre officiellement le comte d'Arnim, des conversations de ce dernier qui avaient donné, à des journaux de Paris soutenant cette évolution, le droit de lui prêter l'assertion que « le gouvernement allemand n'avait pas d'intérêt au a maintien du gouvernement de M. Thiers* ». La lettre que le chancelier venait d'écrire à M. de Manteuffel relativement à Verdun, montrait aussi qu'en
1. Procès d'Arnim^ dépêche du 18 juin, après une première du 2 transmettant à l'ambassadeur les numéros du Gaulois et du Finançais qui avaient avancé l'un et l'autre l'assertion. — Cette dépêche ne trouva plus à Paris le comte d'Arnim. Celui-ci attendait un autre avènement que celui qui s'était produit; il avait quitté l'ambassade sans dire où il allait, comme il lui arrivait souvent de le faire.
ce qui concernait l'occupation il n'entendait pas se départir des considérations sous la dictée desquelles il avait récemment traité. Toutefois, à cause de la campagne anti-ecclésiastique et administrative par lui menée en Allemagne, il était préoccupé des précédents du parti politique qui venait de l'emporter à Versailles. Il aurait voulu reprendre la question de la délimitation des diocèses. Lorsque M. de Saint- Vallier en avait entretenu M. Thiers, le Président s'était empressé d'écarter momentanément ce sujet en télégraphiant que c'était là « une matière grave, délicate, « dont il n'était pas opportun d'ajouter les difficultés (( aux autres, mais qu'en temps favorable il ne deman- « derait pas mieux que de s'en entendre au préalable a avec la Prusse * ». Le chancelier eût assurément attendu ; mais l'avènement au pouvoir des partis français de droite offrit à l'évêque de Nancy l'occasion de paroles pouvant exciter, dans l'Alsace-Lorraine, la fièvre anti-allemande sous le zèle religieux. M. de Manteuffel s'était donc montré pressant de la part de son gouvernement auprès de M. de Saint- Vallier. Le duc de Broglie, sollicité et mis à même par ce dernier de renouveler la réponse de M. Thiers, en fit une analogue, tout en envisageant peut-être l'affaire différemment *, et cette question fut reportée à plus tard,