Les mesures de répression quant à Tincident du conduc
l'évacuation 411
vingt-quatre heures le souvenir de la lettre du président de la Société de protection, celui des propos qui l'avaient annoncée ou qu'elle avait causés ensuite était sorti de son esprit. Le 4 août dans Taprès-midi, avec les mêmes égards qu'auparavant, il était allé prendre congé des représentants du gouvernement. Le lendemain, dès le point du jour, la garnison allemande se trouva groupée sur la place Stanislas, où s'ouvre la route de l'Est. M. de Manteuffel, à cheval en tenue de route, vint bientôt se placer devant elle. Lorsque l'horloge de l'hôtel de ville frappa le premier coup de six heures, il leva son épée, trois hurras retentirent, puis, lui en tête, la masse sombre de l'uniforme ennemi s'écoula et le drapeau de la France, sorti de toutes les fenêtres, pavoisa en un instant la ville entière.
L'établissement à Verdun n'était plus qu'une station d'étape sous le giron de laquelle passerait le restant des troupes en retraite, en attendant la fm de nos payements. Pour le commissaire français il n'y avait plus qu'à mettre à point tous les comptes afin que le dernier jour de l'occupation fût bien celui du dernier versement, à obtenir du commandant en chef la remise des pénalités encore subsistantes ou l'abandon
teur de diligence ayant été prises sur l'heure, il se déclara aussitôt satisfait et ne se préoccupa plus que de n'en pas inquiéter M. de Saint- Vallier. Le fait s'était passé à 5 heures du soir; à 7 heures, par un autre de ces « crayon » en lignes descendantes qui lui étaient habituels, il remerciait le préfet des ordres immédiatement donnés, et il ajoutait: « croyez que tout ce qui m'ar- « rive personnellement me désarme autant que c'est possible. « Je vous remercie encore une fois bien sincèrement. J'aurais « écrit de cet incident au comte de Saint-Vallier ce soir, mais « comme c'est un détail je ne voudrais pas lui gâter la nuit, « connaissant sa sensibilité. Cette affaire n'aura pas de suite. » « Nancy, 15 juillet 1873. »
des poursuites commencées, à terminer les questions encore inacJievées concernant les communes. Depuis la négociation manquée qui tendait à Tévacuation totale le 5 août, M. de Bismarck avait eu à soutenir, contre les adversaires de sa politique intérieure, un assaut sous lequel ils s'étaient cru un moment forts de le renverser. Cette nouvelle crise s'était de nouveau résolue à leur confusion, et d'autant plus complètement que le prince royal et le ministre s'étaient rapprochés, oubliant des dissidences qui, en existant entre eux, entretenaient l'espérance de voir l'Empereur abandonner le chancelier. Après ce qui s'est déroulé précédemment, on ne s'étonnera pas que M. de Saint- Vallier pût faire connaître à Versailles, d'après des informations arrivées au général, que le comte d'Arnim se trouvait au milieu des plus ardents assaillants et que son maintien à l'ambassade de Paris paraissait improbable ^ Mais à présent M. de Bismarck tournait
1. Saint- Vallier au duc de Broglie, 16 juillet. — Le plénipotentiaire, rapportant les faits avec détail, écrivait notamment : « La veille du départ de l'Empereur pour Ems, le prince-chan- « celier a eu avec lui une explication seul à seul qui s'est pro- « longée longtemps et a été d'une singulière violence; le prince « en est sorti vainqueur sur tous les points après avoir entiè- « rement convaincu et ramené le souverain, qui lui a fait toutes « les concessions et promis toutes les satisfactions exigées par « le premier ministre; aujourd'hui le pouvoir de M. de Bismarck « est plus grand et plus entier que jamais; il a su, d'autre part, «« se réconcilier avec le prince royal, ce qui détruit aussi les
« espérances d'avenir de ses ennemis Votre Excellence
« trouvera peut-être quelque intérêt à savoir que l'ambassadeur « comte d'Arnim, parent éloigné et créature du prince de « Bismarck, s'est fait remarquer, durant la dernière crise, « comme l'un des adversaires les plus acharnés du chancelier; « on ne croit pas que ce dernier le lui pardonne et on regarde « à Berlin la situation politique de M. d'Arnim comme sérieu- « sèment compromise; dans tous les cas, on ne pense pas qu*il « soit maintenu à la tète de l'ambassade de Paris. »
ses préoccupations politiques d'un côté qui ne Pavait pas inquiété sous M. Thiers; la retraite de ce dernier rendait ses successeurs suspects à ses yeux. La brusque évolution survenue avait probablement dérangé chez le chancelier des conceptions pour lesquelles il espérait trouver du concours dans l'esprit du Président d'auparavant. Au fond, il n'avait peut-être pas moins que M. de Manteuffel la pensée d'un rapprochement ultérieur de l'Allemagne et de la France comme un résultat à rechercher, et qu'en M. Thiers plutôt qu'en tout autre homme d'État se rencontrerait le Français avec qui pourraient être abordées les vues de nature à y conduire. A cet égard les documents qui viendront ultérieurement au jour au delà du Rhin seront peut-être d'un certain intérêt. En tout cas, l'avènement d'une politique de droite à Versailles ouvrait inévitablement de tout autres perspectives devant M. de Bismarck, et c'est vers elles qu'il regardait.
La presse allemande tenait contre le nouveau gouvernement de la France un langage très hostile. On pouvait supposer que l'impulsion du chancelier n'y était pas étrangère. Sur ce sujet les conversations quotidiennes de Verdun mettent M. de Saint- Vallier à même de donner encore des informations assez précises à Versailles. Au dire de M. de Bismarck, ce n'était plus lui qui dirigeait la presse, c'étaient ses adversaires. Il n'avait plus d'action que sur trois feuilles, affirmait-il *, et quoique à son sens la campagne actuelle fût une oc campagne de représailles » contre le langage de journaux comme le Français, la
i. La Correspondance provinciale, la Correspondance de Berlin, la Gazette de V Allemagne du Nord,
Presse^ la Patrie, il la trouvait « poussée trop loin ». Il faisait d'ailleurs, à propos de cette presse française, une réticence dont il sera peut-être ultérieurement curieux d'avoir la clef; il disait ne nommer que ces feuilles-là parce que c'étaient «c les respectables » ; à quoi il ajoutait : « Car vous «comprenez que je ne tiens a aucun compte des grossières injures de la presse a bonapartiste ; j'en connais les mobiles et je sais « combien il me serait facile de les faire cesser ». Ceci toutefois vers le 20 août, quand il voyait se relever l'opposition contre lui. Il parlait alors à M. de Manteufîel, qui l'avait questionné sur les attaques dont celui-ci s'était vu abreuver par certains organes allemands après le traité, et il lui montrait en cela l'œuvre ce du parti qui combattait la politique de « conciliation suivie à Tégard de la France, du parti « qui aurait voulu traiter la France en pays confie quis * ». Mais quelques jours plus tard, la politique anti-ecclésiastique a repris empire sur le ministre impérial. Le général est allé à Berlin pour l'inauguration du monument élevé en l'honneur des victoires allemandes; il a entendu le chancelier de nouveau; il ne cache pas à M. de Saint- Vallier qu'il l'a trouvé « 1res excité contre le clergé allemand », l'accusant de (( chercher, de mendier notre appui », se disant, lui, d'autant plus désireux de la paix qu'il ce en a besoin pour briser les catholiques ultramontains ». Il s'était monté ensuite jusqu'à des emportements contre les évêques, le Pape, les catholiques de Pologne et des bords du Rhin, de l'Alsace-Lorraine, jusqu'à imputer avec véhémence aux évêques français d'en-