‹ M. Thiers, le Comte de Saint Vallier, le général de Manteuffel: libération du territoire 1871Chapitre 17 sur 128 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Premières nég^oeiations à Coinpièg^ne.

Le comptage des versements. — Déférence marquée par l'Empereur Guillaume; libération des départements de Normandie. — Noblesse des procédés chez M. de ManteufTel.

A ce début des payements qu'ils attendaient de nous sur la contribution de guerre, l'intérêt des Allemands résidait à être certains qu'effectivement nous les ferions. Les premiers allégements obtenus et les améliorations plus notables que nous devions immédiatement rechercher, avaient pour condition le versement des premiers 500 millions. La date du 10 juillet avait été indiquée par M. Thiers dans ses entretiens avec le général de Manteuffel ; alors, aux termes des préliminaires de paix, les troupes ennemies occupant les départements de l'Eure, de la Somme et de la Seine - Inférieure devaient être aussitôt retirées. Lors du départ de MM. de Saint-Vallier et Blondeau pour Gompiègne, le chef du gouvernement ne doutait point que ce versement n'eût été effectué. Le plénipotentiaire avait donc pour premier mandat de réclamer l'évacuation.

Mais aussitôt se présenta un obstacle qui allait être,

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pendant deux mois, une pierre d'aciioppement. Le comte de Saint- Vallier trouva le général de Manteuffel moins qu'opposé, quant à lui, à ce premier pas de libération. Il était retenu, toutefois, par la résistance de Berlin. Là, on niait la réalité du payement, et M. de Waldersee, interrogé par le général, donnait des renseignements négatifs, assurait n'avoir été informé de quoi que ce fût qui constatât des versements. En cela, la situation où Ton se trouvait à Versailles était pour quelque chose par la trop grande urgence qui régnait en tout, par l'inexpérience administrative, par l'organisation inévitablement insuffisante des services. Il est certain, cependant, que Ton n'avertissait pas le chargé d'affaires d'Allemagne à Paris. D'autre part, le ministre des Finances annonçait peut-être à M. Thiers les envois de fonds plus tôt qu'il ne se trouvait à même de les réaliser, ou bien sa diligence ne s'y appliquait pas à temps. Le chef du gouvernement était naturellement impatient du résultat. Il en sentait le besoin pour Tesprit public et se trouvait conduit à dire ou à écrire ce qui n'était pas encore fait. C'est presque journellement que le comte de Saint-Vallier occupe le télégraphe à demander si l'on a versé, quelles sommes l'ont été, à quel moment, à combien se monte le total, mais sans avoir toujours une réponse exacte.

Les agents allemands recevaient à Strasbourg. Ils n'entendaient admettre la réalité du payement qu'à dater du comptage effectué. C'était bien matière qu'on pouvait débattre; mais le résultat à atteindre eût comporté que l'on se réglât sur la prétention et qu'on y satisfit. Il semble que M. Pouyer-Quertier apportait à ces égards ou une vigilance insuffisante ou un sans-

gêne que les circonstances n'admettaient pas. En fait les 500 millions, avec quelque chose de plus il est vrai, ne se trouvèrent versés intégralement et tenus pour tels que le 18 juillet, quoique le 15 déjà, à Berlin, on eût avis de la majeure partie. Les quittances se trouvaient dans nos mains, les receveurs s'étaient même plaints de voir arriver trop d'argent coup sur coup et de a n'avoir pas le temps de le compter* ». 927 000 francs envoyés en sus répondaient suffisamment des manques éventuels, M. Thiers l'écrivait non sans raison à M. de Saint- Vallier*. Mais la lenteur allemande n'était-elle pas voulue? Par ce motif d'abord : sur les ambitions de territoire se greffait le désir d'abuser, et l'on en trouvait là une première manière. La subsistance de l'armée en solde, en vivres, en rations, qui nous incombait outre les 5 milliards de la contribution de guerre, excitait tout naturellement le lucre de l'administration impériale. Chaque journée dont l'évacuation pouvait être retardée se traduisait en accroissement pour le Trésor, à plus forte raison chaque semaine. Ensuite par un autre motif, tenant à la différence des dispositions envers nous. Un motif qui n'a que trop régné, le général de Manteuffel perdit longtemps son bon vouloir à le surmonter : c'était le peu de propension qu'avait pour lui M. de Bismarck. Dans ces conditions, le formalisme bureaucratique venait naturellement en aide au chancelier.

Du bon vouloir, le commandant de l'occupation en manifestait d'indubitable, et M. ïhiers le cultivait attentivement chez lui. Il le faisait pour le présent, en

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